L. DE WECKER
3° Enfin, section de l’iris avec un couteau particulier, après avoir tout d’abord largement ouvert la cornée à l’aide d’un autre instrument (Guérin).
Une nouvelle méthode d’iridotomie est celle de Janin (1); il fait usage de ciseaux, quhl introduit à travers une section pratiquée avec le couteau à cataracte dans la cornée, section tout-à-fait semblable à celle dont on faisait usage de son temps pour l’extraction de la cataracte. « Je relevai » ensuite, dit Janin, la calotte de la cornée avec une » curette que je tenais de la main gauche, tandis que la » droite était munie de ciseaux courbes dont la branche » inférieure était terminée en pointe ; l’ayant plongée dans » l’iris, à environ une ligne de son limbe inférieur et un » peu du côté du grand angle, je dirigeai la pointe de cet » instrument de bas en haut, et, m’éloignant d’environ une » demi-ligne de l’ancienne prunelle, je fis ma section d’un » seul coup ; cette plaie forma une pupille en forme de » croissant, la partie convexe faisait face au petit angle et » la concave au côté du nez : cette plaie avait à-peu-près » deux lignes et demi d’ouverture. »
Outre que Janin préconise une quatrième méthode d’iridotomie, son principal mérite est d’avoir parfaitement saisi les conditions favorables et défavorables à l’établissement d’une pupille artificielle par la simple incision du diaphragme iridien.
Pour arriver à un écartement convenable de la plaie, il indique qu’il est nécessaire de pratiquer l’incision de façon à sectionner verticalement les fibres « circulaires » et « que les lèvres d’une telle plaie doivent s’éloigner l’une de l’autre lorsque les fibres circulaires sont en action. »
Ce n’est pas à un esprit lucide comme celui de Janin que pouvait échapper le danger de l’iridotomie, alors que « le
(1) Mémoires et observations anatomiques, physiologiques et physiques sur l'œil et sur les maladies qui affectent cet organe, par M. Jean Janin, Lyon et Paris, 1772, p. 190,
DE l’iridotomie.
corps cristalloïde est très-près de la face postérieure de l’iris » et par conséquent « que l’aiguille de M. Gheselden étant plongée à mi-ligne du limbe de la cornée dans la sclérotique, la pointe de cet instrument ne peut qu’entamer le corps cristalloïde delà doit résulter, quand
même la pupille artificielle pourrait exister, une cataracte qui exigera une seconde opération . »
Janin croit donc l’iridotomie essentiellement propice à rétablissement d’une pupille artificielle sur les yeux privés de cristallin (par une opération préalable) ; en cas contraire, il faudrait « imaginer une opération qui pût mettre le corps cristalloïde à l’abri des atteintes des instruments , sans quoi elle serait imparfaite, ou pour mieux dire vicieuse. »
On ne saurait, de nos jours, faire une meilleure critique des inconvénients de l’ancienne iridotomie, mais on aurait tort de croire que les idées de Janin aient été mises à profit par ses successeurs. Aussi Beer (1) avait-il raison de dire, lorsque Maunoir publia, en 1812, sa monographie sur l’opération dont nous traitons : « M. Maunoir s’est, il faut le dire, donné beaucoup de peine pour réhabiliter la corétomie, mais, à l’exception de la France, où l’on a oublié ce qui a été fait de bon anciennement et où l’on ignore ou ne veut parfois pas reconnaître ce que l’on a fait de bon récemment, il n’aura guère de chances de faire de prosélytes. » Mais ce n’était pas seulement en France que l’on avait oublié « ce qui avait été fait de bon anciennement; » les publications de Richter (2), de Weller (3), de Benedict (4) et d’autres, sont là pour prouver que partout
(1) Lehre von den Augenhranhheiten, t. II, p. 199, Wien, 1817.
(2) Anfangsgründe der Wundarzneihünde,\- III, I 377 et 378.
(3) Ueher Tiünstliche Pupillen und eine besondere Méthode dieselben zu fertigen. Berlin, 1821 .
(4) Handbuch der prahtischen Augenheilkunde , fieipzig, t. îll, p. 317, 1824.