L. DE WECKER
s’était rencontré le même oubli du passé, et qu’à l’étranger également on était resté bien au-dessous du niveau des travaux de Janin. On n’avait trouvé aucune modification pouvant donner plus de sûreté à l’opérateur ni plus de chances de succès que les quatre méthodes opératoires de Gheselden, de Heuermann, de Guérin et de Janin, que nous avons exposées plus haut et qu’on peut regarder comme capitales .
Nous tomberions donc dans des redites fatigantes, si nous voulions décrire toutes les petites modifications de détail que chaque nouvel auteur a cru devoir mentionner, afin de mieux cacher qu’au fond il ressuscitait un ancien procédé | souvent bien mieux décrit avant lui. i
La pratique de la pupille artificielle par simple incision reçut une atteinte des plus graves, lorsque Wenzel (1) eut fait connaître, en 1786, la inanière d’établir une ouverture pupillaire par excision . On acquit bien vite alors la convie- ■ tion que l’ablation, l'enlèvement d’une portion de l’iris, pra- t tiquée surtout suivant le conseil de Beer, c’est-à-dire en : dehors de la chambre antérieure, était un procédé de beaucoup moins dangereux que l’ancienne iridotomie, en même ^ temps qu’il était efficace et sûr pour arriver à l’établisse- | ment d’une large ouyerture dans le diaphragme iridien. |
11 paraît tout naturel de supposer que les diverses ! méthodes d’incision de l’iris ont dû nécessairement inspirer l’idée de pratiquer l’excision d’une portion de cette membrane, et l’on a cru que c’était Guérin qui avait eu, par son incision cruciale, la pensée de circonscrire un lambeau en losange. IL n’en est rien, et son Traité ne renferme pas la moindre allusion qui ait pu mettre sür la voie de l’iridectomie. C’est le hasard qui fit découvrir à Wenzel père cette méthode opératoire. Il lui arriva parfois, bien contre sa volonté, que l’iris se portait, pendant l’extraction, sur le
(1) Traité de la cataracte. Paris, 1786.
. DE l’iridotomie.
tranchant de son couteau à cataracte, et qu’en enlevant forcément un lambeau de cette membrane, il agrandissait, sans détriment ni pour l’œil, ni pour la vision, la pupille naturelle. Wenzel conçut alors l’idée que cette excision, faite avec intention, pourrait avantageusement servir à pratiquer la pupille artificielle.
Nous ne serions cependant pas fidèle à la stricte vérité, si nous prétendions que, parmi les opérateurs ayant pratiqué l’iridotomie et écrit sur ce sujet, aucun n’a eu l’idée d’enlever un lambeau de l’iris. En effet, en 1767, Reichenbach (1) avait proposé, dans le cas où la simple incision de l’iris ne réussissait pas à donner une ouverture pupillaire suffisante, de « trépaner (2) » l’iris au moyen d’une canule abord tranchant représentant une sorte d’emporte-pièce. Les nombreux travaux qui furent publiés après l’émission de cette idée, montrent bien qu’on n’y avait prêté aucune attention. Vingt ans après, apparut le travail de Wenzel fils sur l’excision de l’iris, et ce n’est qu’une vingtaine d’années après cette publication que les heureuses modifications apportées par Beer firent rentrer l’iridectomie complètement dans le domaine de la pratique courante, en réléguant dans un oubli presque complet l’ancienne méthode de l’iridotomie.
IL Ü iridotomie moderne.
Les perfectionnements que l’école de Paris, avant toutes les autres, sous l’impulsion de Siebel et de Desmarres, apporta à l’iridectomie, et cette conviction qui avait gagné peu à peu le public chirurgical, qu’on pouvait hardiment
(1) Cautelæ et ohser'üationes circa extractionem cataractae novam meth. Syniz, operandi sist. Tubing. 1767, voy. aussi Jüngken, loc. cit..p. 607.
(2) On voit que l’idée de la trépanation avait germé un siècle avant que Bowmann et nous-même n’ayons conçu la pensée défaire des instruments destinés à cet usage pour la cornée.