FIGURE
Gravè d'après un croquis fcurni par le D' A. Masson.
Dès les premiers jours, des modifications importantes se produisirent à la fois dans la chambre antérieure et dans la bosse.
Le caillot qui remplissait la cavité commença par se rétracter et se retira régulièrement de l'angle circulaire formé par la rencontre de la cornée et de l'iris, tout en laissant un certain nombre de filaments rouges, tendus entre lui et le susdit angle, à la façon
des cordages qui s'attachent aux piquets d'une tente. Entre ces filaments, les bords du caillot et le limbe cornéen, à travers les fenêtres de forme spéciale laissées entre ces parties opaques : au lieu d'apercevoir la teinte jaunâtre si caractéristique de l'iris, on vit du noir, et en projetant sur ce noir soit un faisceau d’éclairage oblique, soit la lumière ophtalmoscopique, il s’éclaira de lueurs rougeâtres. En même temps la malade pouvait percevoir un peu la lumière.
La résorption du caillot se poursuivit sans relâche, et le 11 novembre il n'avait plus que les dimensions d'une lentille ; il occupait le centre de la chambre, envoyant à la périphérie des ligaments suspenseurs qui de jour en jour devinrent plus tenus et fi-nirent par se rompre.
Dès ce moment, l’idée de la disparition totale de l'iris prenait le caractère d'une certitude, parce qu'aucun mode d'observation n’en pouvait révéler la présence; d'autre part, et c'est là un point intéressant, le cristallin et la zonule se montraient peu à peu dans une intégrité presque complète, le contour arrondi du premier se révélant sous un faisceau très oblique de lumière réfléchie ou par l’ophtalmascope. Grâce à l'emploi de ces moyens on pouvait même apercevoir la colerette des procès ciliaires, sauf dans un dizième à peine de sa circonférence, situé justement en regard de la bosse sanguine.
Quant à la tumeur sanguine, partie du point signalé plus haut, formée d’un mélange de sang et de pigment, elle ne tarde pas à subir un véritable retrait. La nappe ecchymotique disparaît peu à peu pour faire place à un vaste tatouage; la saillie d'apparence staphylômateuse se révèle peu à peu comme un soulèvement conjonctival sous lequel apparaît par transparence, une petite masse molle, noirâtre, irrégulière, en un mot l'iris plié comme un torchon. Plus de deux mois après l'accident, cette petite tumeur quoique très réduite existe encore, avec le même caractère, et sa vue ne laisse aucune espèce de doute sur sa véritable nature.
Le cristallin avait conservé sa situation, mais était affecté d’un vice de courbure qu’on pourrait définir du nom de cabossage, sans altération de transparence.
co
FR Voici les chiffres qui indiqueront la marche de l’acuité.
Le 4 décembre. V — 0,3 à l'œil nu.
— 0,6 au trou d’épingle.
Le 16 décembre. V = 0,4 avec un verre cylindrique —5 incliné de 15° sur l'horizon. V — 0,6. L'addition d'un verre sphé-
rique — 1 ou — 1,75 améliore encore la vision.
M. Gayet ayant réuni presque toutes les observations relatives à cette question d’aniridie, j'emprunte à son travail les renseignements bibliographiques suivants :
Weller (1828) avait déjà constaté chez un vieux paysan un cas d’aniridie à la suite d’un traumatisme de l'œil.
«En 1834, Cloquet, d’après les dires de Morel-Lavallée, aurait observé dans son service un homme qui, à la suite d’un coup de corne de bœuf, aurait subi un décollement de toute la circonférence del’iris sans plaie, ni de la cornée, ni de la sclérotique. La membrane aurait été rejetée en bas et aurait conservé seulement en ce point une adhérence, on la retrouvait pelotonnée à la partie inférieure de la cornée. »
Dans!’ Atlas de Von Ammon,de 1838, M. Gayetatrouvé, pl. XV, fig. 7, l’image d’un œil gauche sur lequel en vertu d’un choc tres violent, ayant porté sur la sclérotique en haut et en dedans, la plus grande partie du segment supérieur de l'iris s’en est allée par procidence dans la sclérotique et s’est perdue par distorsion. Il s’est formé, là où la sclérotique a été blessée, un amincissement de cette membrane, qui présente l’apparence d’un staphylôme au début. La partie encore persistante de l'iris n’offre aucune trace de maladie.
ns
Middleraoore, dans son Traité des maladies des yeux de 1835, avait, de son côté, consacré à laresorption de l'iris un chapitre où on lit ce qui suit : &« Un coup sur l’œil ou une chute sur la tête peut, sans déchirure de l'iris, causer éventuellement l'absorption de cette membrane. En pareille circonstance la pupille s’élargit graduellement et la vision s’amoindrit, jusqu'à ce que la totalité ou la presque totalité de l'iris ait disparu, auquel cas l’amaurose est complète. »
L'observation cczxirv de l’Zconographie ophtalmologique de Sichel a été communiquée à ce dernier par Guill. Sœmmeringe, de Francfort. Tous les deux croient qu’il s’agit dans ce cas d’une « rétraction complete et traumatique de l'iris. »
Le docteur Samuel cite quatre faits ayant rapport à cette question dans la Gazette hebdomadaire de médecine el de chirurgie (mai 1855).
Jeaffreson a publié, en 1870, un cas de rupture de la sclérotique avec perte du cristallin et de l'iris à la suite d’un choc contre l’angle d’une table.
Krajewski, en 1871, cite un cas dans lequel une chute contre l’augle d’un mur avait amené une perte de l'iris et du cristallin. Plusieurs mois après on trouva une cicatrice scléroticale.
Chisolm, de Baltimore, raconte l’histoire d’un homme qui, à la suite d’une rixe, s’apercutqu'un de ses yeux qui étaient bleu était devenu noir. Get individu présentait une cicatrice.de la cornée. :
Bien plus souvent le décollement irien consécutif à des traumatismes est incomplet. Dans l'observation suivante, nous trouvons un cas de ce genre de lésion.
ee
Observation IV A
Cette observation a trait à un homme déjà borgne, qui reçut dans son bon œil un plomb n° 4 lancé par un écolier au moyen d’un petit appareil élastique ; il éprouva au lieu frappé par le plomb, c’est-à-dire en bas et en dehors, un décollement irien de 2 à 3 millimètres qui se traduisit par une fente ressemblant à la coupe méridienne d’une lentille, noire comme la pupille à l’exa men de l’œil nu et miroitant avec l'ophtalmoscope (fig. 3).
Un,
Gravé d'après un croquis fourni par le Dr' A. Masson.
Observation V
Le malade dont il est sujet ici était dragon et recut sur l'œilun coup de canne, en se livrant à l’exercice avec cette arme.
Cet homme observé aussitôt après l'accident avait les trois quarts de son iris dccollé; la partie rendue libre, y compris la pupille, était descendue fortement, et l’œil avait pris nn aspect bizarre que la figure ci-lessus rendra mieux que toute description. (Voy. fig. n° 2.) Un peu plus de force dansle coup et le décollement eût été complet, peut-être même l'iris eût-il pu, poussé davantage, être expulsé à travers une déchirure de la coque. Dans ce cas, à la vérité le cristallin était luxé en arrière et en rotation sur un méridien vertical.
Le malade ayant intérêt ‘à charger les conséquences de son accident ne fournissait que des réponses douteuses relativement à sa vision. Nous ne donnerons done pas son acuité visuelle.