‹ De l'Iris: Au point de vue médico-légalChapitre 9 sur 20 · HAT AVE · texte numérisé non relu

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Nous avons dit au commencement de ce chapitre que les couleurs des yeux et des cheveux concordaient généralement. Toutefois, chacun sait également qu’il existe des exceptions à cette règle. Ainsi, en France, la beauté proverbiale du type Arlésien est due en grande partie à la présence simultanée de cheveux bruns et des yeux bleus. D'autre part, nous lisons dans l’ouvrage du marquis de Custine {, qu'on rencontre à Alicante deux races bien distinctes; l’une ayant les cheveux bruns, le teint fortement coloré et les yeux très bleus, tandis que l’autre présente une peau fort blanche, des cheveux blonds et des iris d’un brun foncé.

À Goëttingue (Hanôvre), Ruete sur 100 personnes à iris bleus en a trouvé 77 ayant des cheveux clairs et 23 des cheveux foncés, tandis que sur 100 individus à iris bruns, la chevelure était foncée chez 82 et claire chez 18.

Un dernier exemple : le D’ Argelliès à compté dans le pays Basque, sur 47 individus, 22 fois des yeux clairs, dont 14 fois bleus et 25 fois bruns, tandis que les cheveux n’ont pas été blonds une seule fois. Dans deux cas ils étaient roux. Les autres étaient noirs ou châtain foncé.

Identité physioloyique et individuelle

Certains signes physiologiques seront absolument précieux pour la recherche de l'identité d’un individu. Quelques auteurs, parmi lesquels, je citerat le D'Cor-

i Custine. Voyage en Espagne. Paris, 1837.

naz ‘, de Neuchâtel, ont étudié les changements de coloration que subissait l’iris pendant la durée de la vie humaine. Les renseiguements qu'il donne à ce sujet, nous ont paru dignes d'être rapportés parce qu'ils peuvent souvent aider l’expert, quand il se trouvera interrogé sur l'identité d’une personne dont on ne possèderait qu'un signalement déjà tres ancien. Get auteur constate que, lors de la naissance, l'iris est ordinairement assez clair, et que ce n’est que petit à petit qu’il prend enfin la teinte qu'il conservera pendant l’âge adulte. D’autre part, chez l'enfant, le rebord pupillaire qui est ordinairement d’une couleur sombre devient de plus en plus pâle. Du reste, on sait que les premiers cheveux des enfants sont généralement d’une teinte plus foncée que ceux qu'il aura à l’âge adulte.

Par contre, dans la vieillesse, les yeux tendraient à prendre une teinte plus pâle, teinte rendue encore plus apparente par la présence de l'arc sénile (gérotoxon), qui ne laisse voir l’iris qu’à travers une cornée légèrement opaline à la périphérie. Ce signe peut toutefois faire défaut. Ainsi dans le compte rendu de l’autopsie de la centenaire de Tring, âgée de cent onze ans, publié par Duncan (the Lancet, 30 janvier 1875, p. 150) on trouve que les altérations ordinairement liées à la vieillesse ont fait défaut y compris l'arc sénile.

Les différentes anomalies congénitales de l'iris, présenteront, au point de vue de lidentité physiologique, un intérêt plus considérable, car l’art est incapable de remédier à ces sortes d’infirmités.

1 Archives d'Ophlalmologie, 18538.

Le coloboma de l’iris est le vice de conformation le plus fréquent de cette membrane:

Il est constitué par un arrêt de développement embryonnaire et caractérisé par une solution de continuité du diaphragme irien, dirigée presque toujours en bas et en dedans et terminée par une extrémité arrondie de telle sorte que la pupille devient piriforme. La partie supérieure seule de la pupille est mobile, si bien que lorsqu'il y a resserrement pupillaire, on voit la partie supérieure se rapprocher de l’angle inférieur qui demeure à peu près immobile.

Le coloboma est toujours congénital; 1l siège habituellement sur un seul œil et se rencontre souvent concurremment avec d’autres vices de conformation de l’œil, tels que l’absence de cristallin, le coloboma des paupières, une cataracte congénitale, le coloboma choroïdien, etc.

Cet arrêt de développement coïncide généralement avec de l'hypermétropie et surtout de l’astygmatisme régulier.

Un autre genre d'anomalies congénitales consiste dans 'irrégularité de la forme de la pupille et dans l’ectopie de cette membrane.

On sait que la pupille à l’état normal est toujours située en dedans du diametre vertical et légèrement au dessous du diamètre horizontal de l'iris; mais la pupille peut être située d’une façon absolument excentrique et n’être séparée du bord ciliaire de l'iris que par une bande très mince de cette membrane.

Cette anomalie est généralement héréditaire et peut coincider avec une luxation du cristallin. Il ne faut pas oublier que chez les enfants qui se livrent à la mastur-

ro bation l'iris, d’après GC. Barbier, est porté en haut et en dedans.

L’iris peut faire défaut. Tantôt l’aniridie est complète, tantôt incomplète. Dans ce dernier cas, l'iris n’est alors représenté que par un anneau très étroit ou par un crois-. sant plus ou moins délicat. Une légère amblyopie et de. l’éblouissement sont les conséquences de cette anomalie qui doit être considérée comme un arrêt de développement plutôt que comme un vice de conformation de la membraneirienne. L’aniridie, pour Ruete, Gutbier et Solberg- Wells, est souvent héréditaire et coïncide avec d’autres: lésions analogues à celles citées plus haut à propos du coloboma irien.

La polycorie ou la multiplicité des pupilles se rencontre très rarement. Ge vice de conformation de iris est caractérisé par la présence de plusieurs autres pupilles entourant l’ouverture irienne normale qui peut conserver les mêmes dimensions ou bien manquer totalement. Von Ammon a nommé irido-dyastasie le cas de polycorie dans lequel l’iris est percé de petites fentes sur sa périphérie.

Si la polycorie est congénitale et que l’accomodation soit conservée ces ouvertures supplémentaires ne gênent aucunement la vision.

La persistance de la membrane pupillaire est plus fréquente que la polycorie. Toutefois, d'après Zehender et de Wecker, la science en compte à peine une vingtaine de cas réunis dans une thèse de Lyon par M. le docteur Gire, qui y a ajouté trois observations personnelles (Lyon 1884).

Suivant Beer et Wardrop, cette anomalie disparaîtrait

oo parfois avec l’âge; mais cette assertion ne semble pas prouvée.

Dans tous les cas, elle est caractérisée par une bande de tissu irien qui passe au-devant du champ pupillaire ; tantôt cette bande est incolore, tantôt elle est brunâtre ou blanchâtre.

La vue généralement est bonne chez les individus qui présentent une persistance de la membrane pupillaire; souvent on à constaté soit une légère myopie, soit de l’hypermétropie, soit d’autres lésions congénitales et même du strabisme.

L'intervention est donc contre-indiquée. Seule, liridectomie pourrait être utilement pratiquée dans le cas où la membrane pigmentaire serait trop épaisse et pourrait gèner la vision.

Les anomalies de coloration (hétérophtalmie) sont sans importance pour la vision, mais présentent aussi un caractère précieux pour la recherche de l'identité d’une personne.

Ces anomalies sont variées à l'infini ; tantôt l'iris rappelle, par sa coloration étrange, la stratification du granit, tantôt sa surface présente des raies d’une couleur plus foncée ou plus claire que le fond de la membrane, tantôt enfin, comme il nous a été donné de le constater sur une enfant qui se présentait à la consultation de notre maître, M. le professeur Gayet, l'iris est partagé en quatre segments égaux dont deux étaient jaunâtres et les deux autres bleus.

Les altérations de coloration de l'iris, très fréquentes sur les animaux chez lesquels elles sont connues sous le nom d’œl vatron, ne présentent, outre l’intérêt que peut y

oui trouver le médecin expert, aucune importance chez l’homme, si ce n’est à cause des ‘changements de couleur qui ont été signalés comme l’un des symptômes de l’iritis. Aussi, d’après Sichel, devra--t-on toujours s’enquérir auprès du malade atteint de ce vice de conformation, si la différence de coloration a toujours existé.

La décoloration de iris peut être complète sans reconnaître pour cause une lésion pathologique. Gette anomalie coïncide généralement avec les signes d’une vieillesse anticipée, tels que la décoloration des cheveux et de la barbe et l’apparition d’une cataracte.

Toutes ces anomalies sont toujours congénitales et souvent héréditaires. |

Enfin, comme dernier signe d'identité physiologique, nous citerons l’albinisme, dont les signes du côté de la pupille, sont caractérisés par une absence de pigmentation du stroma iridien et par la présence d'une coloration d’un rose vif de la membrane pupillaire.

Le docteur Cornaz cite un cas dans lequel un albinos vit, à l’âge adulte, ses cheveux brunir et sa pupille se rapprocher de la teinte grise commune. Des faits de ce genre sont excessivement rares.

Identité pathologique

L'opération de l’iridectomie, les lésions de l'iris qui peuvent résulter d’un traumatisme quelconque de cette membrane, telles que synéchies, décollement, déchirure, hernie ou enclavement de l'iris, sont autant de signes pathologiques utiles dans la détermination de l'identité.

L’iridectomie fournira la preuve d’une intervention

ne

chirurgicale pour des affections dont il sera possible parfois de préciser la nature, et, pour n’en citer qu'un exemple, elle pourra être donnée comme signe de probabilité d’une affection syphilitique qu'on pourrait avoir intérêt à dissimuler et dont 1l n’existerait que des traces douteuses.

Comme il peut aussi se présenter des cas où l’iridectomie pourra être mée, on ne devra pas oublier que les éléments du diagnostic différentiel de l’iridectomie du coloboma et des déplacements pupillaires sont tirés en grande partie de l’examen de la cornée qui garde toujours, sous forme de cicatrice blanchâtre, .la trace des anciennes sections ou déchirures.

Les enclavements sont parfois des témoins précieux dont la présence jette la lumière sur d’anciennes plaies cornéennes, de même d’ailleurs que les hernies, les décollements, etc. Et nous sommes convaincus que, dans bien des circonstances, l’identité d’un cadavre pourrait être facilement confirmée par l’examen des affections iriennes qui sont si souvent consécutives aux maladies oculaires de l'enfance. Enfin nous devons ajouter que la variole laisse souvent des synéchies consécutives à l’évolution de pus-

tules cornéennes.

Identité thanatologique

Sous ce titre, nous étudierons quels sont les signes de la mort fournis par la pupille. Mais ici nous croyons qu'il est bon de définir ce que l’on entend par pupilles dilatées, moyennes et rétrécies. La plupart des anatomistes donnent au diamètre des pupilles moyennes une dimension de

4 millimètres. L’appréciation de cette mesure étant assez difficile à établir, nous userons de la méthode qu'a proposée M. Gauché dans son article sur les caractères fournis par la pupille en médecine légale (Congres international de médecine légale, août 1878), et, rapprochant les dimensions approximatives de la pupille de celles de la zone irienne tout entière, nous dirons qu'une pupille est moyenne lorsque son diamètre peut être sensiblement évalué au tiers du diamètre de l’anneau irien. Il y aura, par le fait, mydriase où myosis toutes les fois que le diamètre pupillaire sera supérieur on inférieur à cette dimension moyenne.

Nous avons puisé d’utiles renseignements sur l'identité thanatologique dans Particle «Mort cet Agonie » du Dichionnaire encyclopédique et dans la Thèse inaugurale de Muller (Strasbourg, 1870).

Contractée pendant l'agonie, la pupille se dilate brusquement au moment de la mort; tel est le fait le plus général et qui fournit à la fois un signe d'agonie et de mort. Dilatatur in 1psa morte, dit Haller, qui, voyant la pupille tellement dilatée, crut qu’elle n'existait plus.

M. le D' Bouchut, ajoute que pendant le sommeil, comme pendant l’agonie, la pupille est fortement contractée et présente à peine un diamètre de un à deux millimètres :

« L'homme endormi dont on ouvre les paupières, pas plus que l’homme agonisant, n’est sensible aux images qui l'entourent ».

Mais au moment de la mort, la pupille s'élargit brusquement. En effet, le moteur oculaire commun qui innerve le sphincter irien meurt le premier, tandis que les fibres

radiées innervées par le grand sympathique qui survit encore, dilatent la pupille.

Toutefois, la dilatation pupillaire peut, dans certains cas, exister avant la mort comme, par exemple, dans l’'empoisonnement par la belladone.

Cette dilatation ne persiste malheureusement que pendant quelques heures. Si ce phénomène pouvait durer, dit M. Bouchut, ce serait un excellent signe de mort. La pupille se rétrécit au moment où le dilatateur cesse d'agir. La rigidité et l’évaporation de lhumeur aqueuse font rapidement disparaître la dilatation primitive.

Lorsque l'iris cesse de se contracter sous l’action de la lumière, le galvanisme peut encore, pendant deux ou trois heures (d’après Nysten), ‘avoir de l’action sur ses mouvements. L'action de l’atropine et de l’ésérine ne persiste que pendant un quart d'heure après la mort.

M. le D'Ripault a proposé de comprimer l’œil de haut en bas où même horizontalement, de facon à hâter la production d’un signe qui est à peu près infaillible. Ce signe qui se montre naturellement, mais assez longtemps après la cessation de la vie, c’est l'irrégularité pupillaire.

Quelques auteurs veulent avoir observé une modification dans le diamètre de la pupille bien longtemps après la mort. Muller raconte que «Gorry croit l'avoir observée douze heures après la mort sur l’œil d’un individu atteint d’'hydrophobie ».

« Je crois qu'il faut assigner comme limite aux modications de la pupille celles que le professeur Tourdes a indiquée, c’est-à-dire la rigidité musculaire » (Muller, Thèse de Strasbourg, 1870). |

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