CHAPITRE Xm
De riritis dépendant de la syphilis héréditaire
Si l'on en juge par le petit nombre de cas qui ont été rapportés, l'iritis serait une manifestation bien rare de la syphilis héréditaire. Il n'y a guère que les auteurs anglais qui en aient traité (1). M. J. Hutchinson dans un travail qu'il a publié sur ce sujet (2) a résumé les observations qui avaient paru avant lui, ainsi que celles qu'il a pu recueillir lui-même et s'élevant au nombre de dix. Il y en a seize en tout, et encore M. Hutchinson déclare-t-il que dans plusieurs de ces observations, la description des symptômes syphilitiques concomitants est très-incomplète; dans trois cas rapportés par lui d'après d'autres auteurs, la cachexie syphilitique manque.
Voici d'ailleurs les conclusions qu'il émet (3); « Quant » à la fréquence de l'iritis chez les enfants, on peut
(1) Lawrence, qui a rapporté la première observation ; Jacob, Maunsell et Evanson, Walker, Dixon ; ces auteurs en ont publié
cinq.
(2) Ophthalmic hospital reports and journal of the royal London ophthalmic hospital, vol. I, p. 191-203. — Annales d'Occu listique, t. 41, 1851, où ces observations ont été publiées.
(3) Annales d'Oculistique, tome 41, p. 82.
V admettre sans difi&culté que cette afifection constitue » le symptôme le plus rare de la syphilis héréditaire. » Je suis convaincu toutefois, qu'elle passe souvent ina- » perçue. L'absence de la zone scléroticale, le peu de
V symptômes locaux qu'elle détermine, l'habitude qu'ont » les nouveaux-nés de tenir les yeux fermés, rendent 79 bien compte de ce fait. »
Voici d'autre part ce qu'écrit M. Thiry :
« L'iritis peut être VeSèt dé la' syphilis héréditaire comme de la syphilis acquise ; des auteurs croient que la syphilis se localise fré(|ttën^Tfifeiït dans l'iris ; je ne puis partager cette opinion, vu que dans le grand nombre de syphilis héréditaires que j'ai été à même d'ôbserVér, je n'ai pas encore constaté im cas d'iritis. ,»
CHAPITEE XIV,
Traitement.
Le traitement de riritîs syphilitique comprend trois indications essentielles :
lo Combattre la diathèse, c'est-à-dire modifier l'économie par une médication appropriée et la débarrasser entièrement de l'élément d'infection.
2o Combattre les symptômes réactionnels.
30 Prévenir la formation des adhérences, et à plus forte raison l'oblitération de la pupille.
Nous traiterons successivement de ces trois points.
§ 1er. TRAITEMENT DE LA DIATHÈSE.
Les limites de ce travail ne nous permettent pas d'entrer dans l'examen des différentes méthodes qui ont été successivement vantées pour la guérison de la syphilis constitutionnelle. Une telle étude trouverait plutôt sa place et sa raison d'être dans l'histoire complète de la diathèse. Nous nous contenterons donc de parler des deux agents qui, dans ces derniers temps, ont surtout été préconisés et comptent encore le plus de
partisans, c'est-à-dire le mercure et Tiodure de potassium. Nous dirons enfin quelques mots des préparations d'or et de la térébenthine qui ont été proposées aussi dans le traitement de l'iritis syphilitique.
L'emploi de l'iode comme spécifique de la syphilis remonte au commencement de ce siècle. Après différentes tentatives faites par quelques médecins, Wallace, de Dublin, publia en 1836, une série d'observations par lesquelles il prétendait démontrer que l'iodure de potassium était aussi utile que le mercure dans le traitement de la syphilis constitutionnelle (1).
Ces expériences furent reprises par d'autres praticiens, entre autres par Ricord qui établit cette manière de voir que « le mercure serait le véritable spécifique des accidents secondaires, tandis que l'iodure de potassium n'aurait d'efficacité que dans les accidents tertiaires. »
Mais quelque temps après (2) parurent les résultats des expériences que M. Melsens entreprenait sur l'iodure de potassium pour combattre les affections mercurielles et saturnines. Ces expériences avaient pour but de prouver que cet agent médicamenteux possédait la propriété d'éliminer de l'économie par les urines les composés mercuriels et plombiques. Elles réussirent complètement et M. Melsens proposa l'emploi de l'iodure potassique dans le traitement des intoxications mercurielles et plombiques, se fondant sur les nom-
(1) Journal des connaissances médico-chirurgicales t. IV,
(2) Les premières expériences de M. Melsens sur remploi de riodure de potassium dans les aflfections métalliques, datent de
breux cas de guérisoa qui avaient été obtenpp (1). Aucun fait contradictoire n'est d'ailleurs venu infirmer les succès du début.
Or cette action de l'iodure de potassium peut-elle jeter quelque lumière sui: la manière dont il agit dans le traitement de la syphilis î
D'après la plupart de ses partisans eux-mêmes, il n'a d'action dans la diathèse que contre ce qu'ils nomment les accidents tertiaires, et qui ne sont autres que les phénomènes ultimes de la maladie qui se perpétue dans l'économie en produisant des manifestations de plus en plus profondes dans les tissus: Mais ces accidents n'étant aussi que l'expression de la syphilis, pourquoi l'iodure de potassium aurait-il plus de puissance sur eux que sur ceux de même nature qui les ont précédés ? Pour démontrer son efficacité comme spécifique de la syphilis, il faudrait prouver qu'elle existe contre tous les accidents de la diathèse, récents ou tardifs.
Mais si cet agent thérapeutique est ipipuissant contre l'élément diathésique de la syphilis, s'ensuit-il qu'il ne puisse rendre de services dans des syphilis anciennes ou récidivantes, où l'organisme a pour ainsi dire été saturé de mercure par les traitements antérieurs?
Voici l'opinion exprimée à ce sujet par M. Thiry qui a élucidé la question de l'ineÊcajcité de l'iodure de potassium contre la syphilis (2) :
« Des praticiens, dans l'iritis syphilitique, adminis- » trent indifféremment l'iodure de potassium ou les
(1) Annalez de chimie et de physique, 3* série, t. XXVI.
(2) Traité cCpphthalmologie, 2* partie, p. 234.
» préparations hy drargiriques ; une telle manière de » faire constitue une grosse erreur thiérapeutique. » L'expérimentation clinique m'a démontré que l'io- » dure potassique ne guérissait pas la vérole; il ne » guérirait donc point l'iritis syphilitique. Est-ce à dire r? qu'il faille absolument rejeter cette préparation du » traitement do la syphilis et de l'iritis syphilitique? n Nullement, mais il faut en déterminer exactement les ^ applications. L'iodure de potassium insuffisant dans
V les syphilis franches qui n'ont pas encore été tour-
V mentées par des traitements incomplets ou mal » dirigés, devient un excellent auxiliaire dans les cas » où le mercure a été administré en grande quantité et ?> pendant longtemps sans aboutir à une guérison rj radicale, dans les cas de récidives et dans ceux où le yj mercure aurait exercé une action toxique. L'iodure )? de potassium est surtout un correctif du mercure ; » comme tel il vous rendra de grands services; seule - » ment vous aurez à décider si vous devez le prescrire » seul ou conjointement avec une préparation mercu-
V rielle. »
Il s'en suit donc que l'iodure de potassium agirait surtout en éliminant le mercure de l'économie et en faisant disparaître les phénomènes d'intoxication auxquels celui-ci aurait donné lieu; si l'on considère d'autre part que beaucoup de partisans de l'iodure potassique ne lui accordent d'efficacité qu'après l'administration préalable du mercure, on peut s'expliquer jusqu'à un certain point ce que l'on doit attendre de son action dans le traiteniënt de la syphilis.
Dans l'état actuel de la science, nous considérerons donc le mercure comme formant la base du traitement
spécifique des diverses manifestations de la syphilis constitutionnelle. Presque toutes les préparations mercurielles, et elles sont nombreuses, ont été employées dans ce but et ont trouvé leurs partisans. Nous ne nous occuperons que des plus usitées encore aujourd'hui, le calomel et le protoiodure de mercure, parmi les composés insolubles dans Teau ; le sublimé corrosif et le cyanure de mercure parmi les composés solubles.
Les auteurs anglais et notamment Mackenzie, Lawrence, Middlemorre, Warton Jones, recommandent le calomel, mais non comme altérant à doses fractionnées, mais à doses perturbatrices de façon à en saturer la constitution toute entière et à affecter manifestement la bouche (1).
D'autres praticiens l'employent à doses fractionnées. Mais si l'on réfléchit à la rapidité avec laquelle le calomel amène la salivation et parfois après l'administration des plus faibles doses, il y a à redouter que l'on ne soit souvent contraint de suspendre le. mercure alors qu'une longue administration est nécessaire contre l'infection générale pour éviter les récidives. Nous
dirons en effet que l'action que le mercure produit sur les glandes salivaires, les gencives et la langue,
n'exprime pas un effet thérapeutique, mais toxique, et
que le ptyalisme doit être soigneusement évité dans le
traitement de la syphilis; au lieu de favoriser sa
guérison il l'entrave et la retarde (2). Il est bien vrai
(1) Meickenzie, Maladies des yeuœ, t. II, p. 24.
(2) Nous lisons à ce siyet Topinion exprimée parRicord dans ses leçons sur le chancre, rédigées et publiées par le D"* A. Pournier. (Paris, 1860. 2« édition).
« Le temps n'est pas encore bien loin de nous, où Ton regardait la salivation comme utile, comme indispensable à la curation de la
que sous l'influence révulsive du ptyalisme, les altérations syphilitiques peuvent paraître se ralentir dans leur développement en se dégageant des complications congestives et inflammatoires qu'elles peuvent entraîner, et en imposer ainsi aux esprits siiperficiels; mais ce qui est certain, c'est que la salivation n'est pas un moyen favorable à la guérison de la syphilis. Les auteurs qui la considéraient comme utile, émettaient une assertion dangereuse au point de vue pratique, et erronée au point de vue scientifique. C'est sous le règne de ces idées que l'on vit surgir ces accidents hydrargiriques effrayants qui méconnus dans leur véritable nature et mis sur le compte de la syphilis, cédèrent à
vérole, où le médecin la consultait comme la boussole du traitement (Astruc, livre IV), et la provoquait pour Tentretenir, et la renouvelait à peine éteinte, dans cette pensée que le virus syphilitique était entraîné au dehors par la salive perdue. Ces croyances, Messieurs, ces pratiques que nous ont laissées nos pères, funeste héritage trop complaisamment recueilli par quelques modernes, ont certainement contribué à semer dans le peuple cette terreur du mercure qu'ont exploitée et qu'exploiteront encore aux dépens des malades, les charlatans de tous les siècles. Il faut donc attaquer de front ces vieilles doctrines.
Sachez-le bien. Messieurs, et retenez ceci pour le répéter hautement et partout : le mercure n'agit pas sur la vérole par les désordres qu'on peut lui faire produire sur la constitution; son influence médicatrice ne se mesure pas à ses effets pathologiques. Loin de là, la proportion inverse serait plus près de la vérité.
Quelle que soit la théorie qu'on adopte sur l'action curative du mercure (et chaque école l'a expliquée à sa façon) il est incontestable que son influence spéciflque sur la syphilis ne saurait jamais être attribuée à l'exagération de certains de ses eflets, tels que la flèvre, l'augmentation de la sécrétion urinaire, les évacuations alvines, les irritations cutanées, la salivation, etc. Huniter a proclamé cette vérité depuis longtemps. Qij^n'a-t-elle passé, pour le bien des malades et l'honneur de notre art, dans l'esprit et la pratique des médecins qui sont venus après lui. »*
• l'action thérapeutique de l'iodure de potassium, et firent à celui-ci une réputation non motivée d'agent antisyphilitique. On comprend en efifet que les acci- ' dents hydrargiriques étant regardés coname syphili-
tiques, s'aggravent par l'administration du mercure, tandis qu'ils s'améliorent rapidement et guérissent par l'usage de l'iodure de potassium.
Pour en revenir à l'emploi du calomel, nous ajoute-
; rons que si son action révulsive et dérivative sur le
1 canal intestinal, sur les glandes salivaires et la mu-
; queuse buccale est parfois utile dans l'iritis simple,
son importance n'est plus la même dans l'iritis syplii-
; litique. C'est à l'élément diathésique que le traitement
spécifique s'adresse surtout, et comme il doit être con-
i /'ji^^é assez longtemps pour que tout le germe d'infec-
I tion ait disparu, le mercure devra être administré dé
façon à ménager le plus possible les voies dig^stives et à n'agir que par absorption. Or ce résultat ne peut être
{ g.tiiçint par ï'adminisfjration du calomel, et en règle
générale nous n'y aurons i:ecours que dans les. cas où riritis syphilitique débutant avec des symptômes
j phli^gmasiques plus ou moins intenses, il pourrait être
utile de provoquer ui^e action, dérivative suj? l'intestin.
i Ce que nous venons de dire du calomel peut auspi
s'appliquer au proto-iodure de mercure que Ricord
! ^urtojit a mi^ eUj honneur. Il faut, se méfier d^s acci-
denta qu'il détermine du, côté de Ip. bouche, car il marche à l'égal du calomel pour la facilité de produire la stomatite spéciale à cause des doses élevées que Ton efiit obligé d'administrer,.
Le sublimé corrosif ne présente pas ces inconvénients et c'est à cette préparation que nous donnerons la préférence, son emploi ayant conquis la sanction du temps
et de l'expérience par les nombreux succès qu'elle • donnés (1),
Ce composé, un des plus puissants sels mercuriels, est en effet directement soluble, et pénètre facilement par absorption dans le système sanguin. Chez la plupart des sujets, contrairement à ce qui se passe avec le calomel et le plus grand nombre des sels de mercure, l'usage du sublimé peut être continué presque indéfiniment sans déterminer ni stomatite ni salivation. C'est ce qui le rend précieux dans toutes les formes et à toutes les périodes de la syplulis.
Une des conditions essentielles de sa réussite» c'est qu'il n'irrite point les voies digestives en sa qualité de poison corrosif. Cette irritation a en effet deux sortes d'inconvénients ; il peut en résulter une inflammation chronique de la membrane muqueuse, et dans le cas où la préparation mercurielle produit de 3 a diarrhée, elle n'est pas absorbée en totalité et par conséquant n'a plus les propriétés altérantes que l'on voudrait utiliser.
Pour. éviter cette action du sublimé, l'expérience a prouvé qu'il ne fallait le donner qu'à doses très-fractionnées, et en second lieu qu'il était convenable de l'associer à l'opium afin d'une part, de neutraliser l'action irritante et d'autre part, d'empêcher la diarrhée. Ce mode d'emploi permet de multipher son administration dans les vingt-quatre heures, de manière à rendre son action soutenue et persistante au même degré de puissance.
Nous dirons . encore quelques mots du cyanure de mercure qui a été employé par Chaussier,, Borda ,
(1) Thiry, ophthalmologie,.2'' partie-,,?. 233..
Parent de Picpus. A Bruxelles, il a été mis en usage par M. le professeur Thiry qui, d'après ses expériences et les succès qu'il en a obtenus, considère cette préparation comme possédant une grande énergie antisyphilitique (l).Elle réussit là où le sublimé est impuissant et convient spécialement dans les syphilis anciennes dont l'action s'est portée sur la nutrition et sur le système nerveux. H agit comme le sublimé à des doses trèsfractionnéès et ne produit pas de salivation.
Ces considérations générales énoncées sur le traitement spécifique de l'iritis syphilitique, nous le formulerons de la manière suivante :
lo Le deuto-chlorure de mercure, étant soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, peut être administré dans l'un de ces trois véhicules ou bien en substance dans ime masse pilulaire.
En solution on prescrit généralement la liqueur de Van Swieten. (Un gramme de sublimé préalablement dissout dans 100 grammes d'alcool, puis dilué dans 900 grammes d'eau).
En pilules, on donne souvent celles qui sont connues sous le nom de pilules de Dupuytren, renfermant chacune cinq milligrammes de sublimé, un centigramme d'extrait d'opium, et quantité suffisante d'extrait de gayac. On les administre à la dose d'une à quatre par jour, suivant l'état des organes digestifs, dans un verre de décoction de salsepareille.
En général on ne dépassera pas la dose de deux à trois centigrammes de sublimé par jour; c'est le meilleur moyen de le faire tolérer longtemps, comme cela est souvent nécessaire.
(1) Presse médicale, 1871, n*» 11, p. 95,
2o L'action du sublimé peut être renforcée de la manière la plus avantageuse par les frictions à l'onguent mercuriel double sur les membres, l'absorption de l'agent spécifique se faisant également par la voie cutanée et sans produire d'action sur les organes digestifs.
Le traitement de la syphilis par les frictions jouissait autrefois d'une grande réputation. Il fut remis en honneur par Louvrier en 1819 (1), et Rust (2). A Bruxelles elles sont employées avec succès depuis plus de vingtcinq ans par M. le professeur Thiry.
Ces frictions sont pratiquées à la partie interne des membres, successivement aux membres supérieurs et aux membres inférieurs; une dose de deux à quatre grammes d'onguent mercuriel double peut suffire pour chaque friction, et on les renouvellera tous les deux jours.
3o L'expérience a prouvé que les sueurs provoquées au moyen des bains chauds, étaient extrêmement propres à prévenir la salivation par le mouvement diaphorétique qui en résulte et qui s'oppose à ce que le mercure s'accumule trop longtemps dans l'économie et y exerce une action délétère. On les emploiera donc avec avantage, et après deux frictions c'est-à-dire au bout de quatre jours, le malade prendra un bain gé- Déral.
4o Le mercure absorbé altère profondément la nutrition, fait baisser le chiffre des globules du sang, diminue la quantitp d'albumine et le degré de coagulation de la fibrine (3/. Cette action altérante commande
(1) Darstellung syphillistischer krankheits /brmen, Vienne, 1819.
(2) Rust, Uéber die heilkraeft der Qicecksilberein reebungen, vol. I, p, 234.
(3) Follin, pathologie interne, tome I, p. 753.
au médecin d'insister sur la nécessité d'une alimentation suffisamment réparatrice, quoique donnée à doses modérées, en petite quantité à la fois, de manière à ménager l'activité des fonctions digestives (1).
Le traitement de la syphilis repose en eflfet sur un grand principe de physiologie, modifier le mouvement de composition organique en détruisant le principe infectieux, et pour arriver à ce résultat activer le mouvement de décomposition pour recomposer l'organisme sur de nouvelles bases.
Le malade devra éviter les causes de diminution des forces et tout écart de régime.
50 Les accidents déterminés par le mercure et la salivation entre autres, sont accélérés, augmentés et entretenus par une température froide. On recommandera donc au malade de rester autant que possible dans une température douce et égale et de porter des vêtements cliauds.
60 Si malgré l'administration méthodique des préparations mercurielles, la salivation apparaissait, on s'efforcerait de la maintenir dans de justes limites en donnant le chlorate de potasse concuremment ou alternativement avec les préparations mercurielles. On suspendrait même momentanément le traitement spécifique si la salivation prenait ime extension menaçante ; on le reprendrait ensuite jusqu'à guérison complète de la diathèse.
Dans tous les cas, le mercure devra être continué pendant longtemps, non-seulement afin d'arrêter l'iritis et d'en faire disparaître les effets, mais surtout pour que la syphilis soit compléltement guérie. Ainsi que
(1) Thiry, Ophthalmologie, 2* partie, p. 234.J
nous l'avons vu en parlant des récidives de l'iritîs syphilitique, la disparition de celle-ci ne doit pas être considérée conune la preuve que la constitution est débarrassée du principe diathésique; d'un autre côté il peut arriver que l'affection constitutionnelle ait disparu ou paraît du moins avoir disparu, quoiqu'il reste encore dans l'iris des germes de l'élément infectant qui plus tard pourront de nouveau menacer l'œil et la constitution.
Se basant sur la statistique des nombreux cas qu'il a observés, M. Thiry est arrivé à cette conclusion que quatre-vingt-dix fois sur cent, c'est l'induration initiale qui se résout la dernière, et qu'en général c'est elle qui est le critérium de la guérison de la syphilis (1).
Nous avons vu ce qu'il fallait penser de l'emploi de l'iodure de potassium dans le traitement de l'iritis syphilitique, et quand il pouvait être utilement administré soit seul, soit associé au mercure. M. Thiry emploie ordinairement cette préparation conjointement avec le deuto-iodure de mercure dans ces cas mixtes où il y a eu des accidents mercuriels et où. cependant les manifestations syphilitiques ne sont pas encore éteintes (2).
Nous citerons encore comme ayant été vantées pour combattre l'iritis syphilitique les préparations d'or et la térébenthine.
Les premières ont été préconisées par plusieurs praticiens, entre autres Chrestien, de Montpellier (3), Gozzi, de Bologne, Niel et Legrand de Paris. Des observations de guérison d'iritis spécifique par ces moyens ont été
(1) Ophthalmologie, 2® partie, p. 228.
(2) Presse médicale, N<* 11, page 95. 1871.
(3) De la méthode latraïeptique, etc., Paris, 1811.
rapportées, entre autres par le docteur Ducros (l) qui préconisait le cyanure d'or à l'intérieur et en onctions autour de l'orbite, Mais les expériences qui ont été faites ne sont ni assez concluantes ni assez probantes pour que l'on puisse substituer l'or au mercure dans la thérapeutique des manifestations syphilitiques.
Nous en dirons autant de la térébenthine, préconisée par Hugh Carmichael, de Dublin, qui prétend avoir fait disparaître l'iritis syphilitique par ce médicament. Hoering (de Ludwigsbourg (2) rapporte avoir guéri avec l'huile de térébenthine une iritis syphilitique qui avait résisté au mercure et à l'iodure de potassium. En présence de ces affirmations, on est en droit de se demander si ces auteurs n'ont pas confondu d'autres variétés d'iritis avec l'iritis syphilitique, car il est hors de doute que la térébenthine qui ne possède aucune propriété thérapeutique contre la syphiUs, ne peut en avoir davantage contre la manifestation de cette diathèse dans l'iris.
§ 2. — TRArrEMENT DES SYMPTOMES RÉACTIONNELS.
Nous avons vu que les phénomènes inflammatoires déterminés par le développement des localisations syphilitiques dans l'iris, variaient beaucoup d'intensité suivant les cas. C'est cette intensité de la phlegmasie qui servira de base au traitement de ses symptômes.
n sera général et local suivant les indications.
(1) Annales d'ocuUstique, tome XI, p. 92, 1844.
(2) Annales cCocuUstique, tome XXX, p. 158.
lo Traitement général.
Si le sujet chez lequel apparaît l'iritis syphilitique est fort, pléthorique ; si la phlegmasie iridienne détermine une réaction fébrile intense, la première indication à remplir sera de pratiquer une saignée. Celle-ci répondra non-seulement à une indication générale, mais elle secondera puissamment les antiphlogistiques locaux qu'on se trouvera dans la nécessité d'employer. Elle activera le mouvement de résolution et contribuera aussi à prévenir les complications congestives et inflammatoh*es qui auraient de la tendance à s'établir dans les autres parties de l'œil.
Dans cette même période de début et dans les conditions de réaction générale que nous avons indiquées, les purgatifs et les nauséeux pourront aussi trouver leur emploi.
En effet, s'il existe des symptômes d'hypérémie gastrique caractérisée par l'état saburral des voies digestives, des nausées ; si le pouls reste dur et large et que la céphalalgie persiste, l'émétique sera avantageusement administré. Il agit à la fois comme calmant et antiphlogistique ; il préparera en outre l'orgcinisme au traitement spécifique en mettant les voies digestives dans la situation nécessaire à la tolérance des préparations mercurielles.
Si l'on juge nécessaire d'exercer une révulsion sur le tube intestinal pour compléter la médication antiphlogistique, on pourra avoir recours au calomel, soit seul, soit combiné à d'autres purgatifs ; les mercuriaux employés comme antiphlogistiques remplissent déjà l'indication antisyphilitique.
Nous avons vu que l'iritis syphilitique était parfois
sujette dan» sa marche à des rémissions et à des réactions marquées, surtout le soir et pendant la nuit, et caractérisées spécialement par une aggravation des symptômes douloureux. Dans ces cas, le sulfate de quinine administré à haute dose réussira souvent, mais on le donnera de préférence en lavement pour éviter son action sur les voies digestives.
2o Traitement local.
Si la congestion oculaire caractérisée par les phénomènes objectifs et Rubjectifs que nous avons décrits, est intense, si les douleurs sont vives, profondes, on aura recours aux émissions sanguines locales. On appliquera des sangsues aux tempes, aux ailes du nez, ou bien Ton pratiquera des scarifications nasales s'il ne faut qu'une évacuation sanguine modérée.
On pratiquera au pourtour de Torbite, sur le front et les tempes, des frictions avec de l'onguent napolitain uni à la belladone où à la jusquiame. Ces frictions tout en contribuant à l'action du traitement spécifique général (1) concourent également à l'action résolutive que l'on rcîcherche par les émissions sanguines, et en outre elles parviennent souvent à calmer les douleurs. Ces onctions seront renouvelées matin et soir.
' Mackenzie recommande aussi pour combattre les douleurs, lorsqu'elles sont très-vives et reviennent périodiquement, les frictions opiacées pour lesquelles
(1) Wecker cite une dame qui fut prise de salivation après une seule application d'une petite quantité de pommade raercurielie sur le front, (Maladiet des yeux, tome I, p. 398.)
on choisira suivant les circonstances le laudanum, l'opium humecté, Tonguent mercuriel opiacé (1).
Nous avons vu en parlant du traitement générai que l'administration du sulfate de quinine peut être fort utile dans ces cas d'exacerbations qui se produisent le soir et la nuit.
Lorsque malgré la médication antiphlogistique les phénomènes réactionnels locaux persisteront avec une certaine intensité, on pourra recourir aux vésicatdires, cautères, séton à la nuque. Le vésicatoire pourra aussi être mis en usage dans les cas d'insomnie, d'agitation nerveuse, de céphalalgie vive; mais alors on les placera avec avantage derrière les oreilles, et l'on pourra même suivant les circonstances, en saupoudrer la surface avec de l'acétate de morphine.
Une des premières indications du traitement de l'iritis syphilitique comme de toute variété de phlegmasie iridienne, c'est de mettre l'organe malade dans le repos le plus complet. Les eflfbrts continuels de contraction auxquels l'iris est sujette, lorsque l'œil reste exposé aux variations de la lumière, ne pourraient avoir qu'une action très-défavorable sur son tissu enflammé. Aussi les mydriatiques, surtout le sulfate d'atropine sont du meilleur effet, et ce traitement doit être avant tout autre rigoureusement observé. On ne le suspendra même que plusieurs semaines après la guérison complète.
(1) Mackenzie, ouvrage cité, p. 24.
Outre le repos qu'elle donne au tissu malade, l'action de l'atropine est complexe :
lo. Par la dilatation de la pupille, on éloigne le bord pupillaire du contact de la capsule antérieure et on prévient la formation des adhérences.
2o. Lorsque les synéchies sont déjà constituées et qu'elles ne sont pas très-anciennes, on arrive à les rompre en partie ou en totalité.
30. L'atropine possède aussi une influence antipUogistique en ce sens que l'iris une fois dilaté, le volume des . vaisseaux est diminué ainsi que la quantité de sang qu'ils peuvent contenir.
4** Les installations d'atropine sont encore d'un excellent effet pour calmer les douleurs.
Il résulte de cette action de l'atropine que son usage convient à toutes les périodes du mal.
On prescrit l'atropine (1) en collyre à la dose de cinq centigrammes peur dix grammes d'eau distillée. On instillera dans l'œil une goutte de ce collyre de quatre à huit fois par jour. D'après Wecker, les instillations plus fréquentes, sont inutiles et nuisibles, car elles privent alors le malade d'une condition hygiénique capitale en lui enlevant son repos.
Cîomme nous l'avons dit, on continuera l'emploi de ' l'atropine plusieurs semaines après la disparition de tout symptôme inflammatoire, soit dans le but de déchirer des synéchies qui ont résisté jusques là, soit pour prévenir les contractions fatigantes et nuisibles de l'iris.
Le repos plus ou moins complet de l'œil malade secondera évidemment cette partie importante du trai-
(1) On prescrit le sulfate neutre.
tement. Tout travail exigeant une application des yeux, devra être interdit comme pouvant exagérer leur irritabilité. Cette précaution sera d'autant plus nécessaire que Toeil malade étant très-sensible à la lumière et la pupUle dilatée par la belladone, aucun travail ne serait possible. Tout est d'ailleurs subordonné aux indications.
Résumé du traitement, — Ce qui domine la théra- X«eutique de l'iritis syphilitique, c'est le traitement spécifique. Nous avons vu avec quelle persistance il faut l'employer pour éviter les récidives.
Il sera secondé par le traitement antiphlogistique, s'il est indiqué. La saignée est rarement nécessaire ; la plupart du temps, les émissions sanguines locales, même très-modérées, suffisent au début du traitement; enfin souvent encore on ne doit même point y avoir recours.
Le traitement antiphlogistique sera complété suivant les cas par l'émétique, par les purgatifs et en particulier le calomel; enfin les frictions mercurio-belladonées périorbitaires seront toujours mises en usage.
Les révulsifs cutanés, vésicatoires, cautères, séton, sont quelquefois, mais rarement, indiqués.
Le sulfate de quinine est parfois utile pour combattre les exacerbations.
L'atropine en collyre sera mise en usage dès le début du traitement. Enfin celui-ci sera complété et
secondé par le régime du malade et le repos de l'organe affecté.
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