‹ De l'iritis syphilitiqueChapitre 14 sur 16 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observatioiî I.

hitis syphilitique récidivante. Tumeur néoplasUque spécifique dans le diamp pupiUaire servant seule à diagnostiquer cette affection. Traitement mercuriel, guérison (i).

L'îritis syphilitique n'est autre qu'une manifestation de la syphilis constitutionnelle, ayant pour caractère essentiel de reproduire, dans ses altérations anatomiques, l'induration initiale (syphilioma) d'où elle procède et de provoquer des symptômes réactionnels plus ou moins intenses, subordonnés à la grande sensibilité de l'iris et àlapériodedumal.

Un des caractères de l'iritis syphilitique, c'est de récidiver fréquemment. Les récidives de cette iritis arrivei:itdans deux circonstances différentes. Ou bien l'iritis peut être radicalement guérie, mais les dernières racines du mal ne sont pas extirpées du reste du corps,

(1) Observation et considérations par M. le docteur Ponck, Interne. Presse Médicale belge, 1868, n« 37, p. 293.

rinduration initiale par exemple, n'est pas entièrement effacée. Dès lors, le sujet est sous le coup d'une nouvelle intoxication qui se produira infailliblement ; dans ce cas, rien n'empêche que l'iris une première fois atteint ne le soit une seconde. Ou bien il arrive que la syphilis a été chassée de l'organisme, l'induration initiale a disparu, mais les manifestations spécifiques de la vérole n'ont pas abandoimé entièrement l'iris où elles se dissimulent aisément. Le diaphragme iridien en apparence a repris son état normal, mais dans son parenchyme, en quantité infinitésimale peut-être, restent cachés quelques éléments du néoplasme spécifique. Au bout d'un certain temps ces éléments prolifèrent, grandissent, menacent de nouveau l'intégrité de la vision et peuvent, si on leur en donne le temps, réinfecter la constitution.

Ces considérations que nous empruntons à un^ leçon de M. Thiry, viennent de recevoir une entière confirmation. C'est en nous basant sur les principes qu'elles renferment que nous avons pu diagnostiquer Ja nature syphilitique d'une affection oculaire que nous avcms eu occasion d'observer récemment à l'hôpital St-Pierre, et dont voici l'histopique.

V.... D.... âgée de 22 ans, d'un tempérament lymphatique et d'une constitution peu vigoureuse, entre à l'hôpital St-Pierre le 15 juin 1868.

Elle ^st atteinte d'un chancre à la petite lèvre gauche en pleine période d'activité. En dehors de ce chan* cre, sa santé est excellente, toutes les fonctions s'exé cutent bien, ses yeux sont en apparence très-sains et la vue excellente.

Le chancre est traité par des cautérisations fréquemment Répétées; l'isolement des surfaces et les panse-

ments de Pulcère sont pratiques avec des tampons de ouate imbibés de vin aromatique. Cette médication produit un résultat prompt et décisif. Le chancre fut bientôt transformé en ulc^e simple^ et au bout de quinze jours la cicatrisation était complète, aans la moindre H^uration et sans que l'on eut à redouter la moindre influence constitutionnelle.

Cîomme d'habitude^ cette fille restait en observa* tion afin de pouvoir s'assurer de Ja solidité de sa :gué' tison; elle attendait de jour' mi jour sa sortie de l'hôpital, lorsque le 3 juillet, sans cause appréciable, nous vîmes se développer chez die une affection oculaire grave, jetant une grande perturbation dans sçg fonctions visuelles. Cette affection n'était rien autre chose qu'une iritis présentant les caractères suivants i injection très-prononcée de la conjonctive oculo-palpébrale droite, zone périkératidienne violacée, diminution de la transparence du liquide de la chambre antérieure, trouble dans la coloration de l'iris, qui est irrégulière, déformée ; petite tumeur exmdative, arrondie^ du volmne d'une forte tête d'épingle^ d'un Uane jaunâtre et d'd^pect éburné; cette petite tumeur obstrue en grande. par^ tie le champ pupiUai/re. Epiphera, photophobie peu vive, vision difficile, céphalalgie susorbitaire faible et sgnnptômes réactionnels peu marqués.

De qudle nature était cette iritis ? Telle était la question qu'il importait de résoudre immédiatement pour appliquer un traitement efficace et éloigner ainsi tout danger.

Au point de vue de la cause, nous n'en trouvions p<^t d'immédiate ; cette fille n'avait pas été exposée au froid, et puis les caractères anatomiques de l'iritis ne nous permettaient pas d'invoquer une simple cause

irritante. Elle a eu tin chancre, mais ce chancre s'était terminé par cicatrisation nette ; de ce chef il n'y avait pas lieu d'invoquer l'influence d'une syphilis impossible. En supposant même l'existence de cette syphilis, l'iritis n'aurait pas été sa première et seule révélation, il y aurait eu d'autres manifestations antérieures. En analysant les altérations pathologiques, nous trouvions qu'elles étaient dominée» par la tumeur du champ pupillaire ; c'est elle qui s'était produite en premier heu, les accidents phlegmasiques en avaient été la conséquence. Son développement s'était opéré lentement, sourdement, à notre insu ainsi qu'à celui de la malade; arrivée à im volume trop considérable, des symptômes inflammatoires avaient surgi dans les parties environnantes et déterminé l'état actuel.

La tumeur du champ pupillaire, à toute évidence, renfermait la solution du problème. Ses caractères physiques portèrent M. Thiry à penser qu'elle se rattachait à une syphihs Constitutionnelle antérieure. Cette fille devait avoir été atteinte jadis d'iritis syphilitique. Cette iritis n'avait pas été radicalement guérie. Des éléments de cette diathèse, cachés dans le parenchyme iridien, reprenaient aujourd'hui force et vigueur et produisaient cette iritis récidivante, dont nous avons indiqué le mécanisme en commençant - la relation de cette observation. D'après cette interprétation tout s'expliquait; on comprenait comment la constitution de cette fille était indemne de toute manifestation vérolique, et comment l'iris seule présentait des altérations que l'on n'observe que dans la syphilis, c'està-dire la reproduction du syphiUoma. Avec du temps l'affection indienne aurait réinfecté l'organisme tout entier.

Les renseignements donnés par la malade vinrent justifier cette manière de voir découlant de l'analyse des faits.

Elle nous dit en effet, que quatre à cinq mois avant son entrée à l'hôpital, elle avait souffert d'une affection assez grave du même œil, caractérisée par des symptômes encore plus intenses que ceux dont elle se plaint actuellement. Parmi ces symptômes elle signale particulièrement la céphalalgie, la photophobie et l'épiphora. Incontestablemeat cette affection était une iritis. — Elle ne nous éclaire pas sur les circonstances qui auraient pu donner un supplément d'authenticité à notre diagnostic, mais le traitement mis en usage parle assez clairement. En effet, elle nous raconte que pendant très-longtemps, eUe a dû prendre l'iodure de potassium et la tisane de salsepareille pour vaincre l'obstination du mal. Celui-ci a paru céder, tous les symptômes visibles ont disparu, mais le traitement preBcrit ayant été insuffisant et incomplet, un germe imperceptible est resté logé dans l'iris, et par la multiplication lente de ses éléments, a reproduit au bout de quatre mois le néoplasme ayplùlitique que maintenant nous avons à combattre.

Nous diagnostiquons donc une iritis syphilitique récidivante et nous prescrivons le traitement suivant. Oomme il importait, pour favoriser l'action de la médication spécifique et prévenir toute conséquence fâcheuse. qui pourrait naître des- accidenta inflammatoires, de faire disparaître au plus vite ces derniers nous faisons appliquer quatre sangsues à la région mastoïdienne droite; deux fois par jom-, pendant dix minutes, frictions mercurio-belladonéra périorbitaires ; collyre au sulfate neutre d'atropinej

âiz eentigiamiites dscalomdi deux joiurfide ssdte, le matin à jeun ; le troîfiième jouF 20 grammes de citrate de magnésie; enfin la malade est placée dans robacnrité et sonmise à un régime apialeptique.

Ce trait^QQent, rigour^isement suivi pendant trods JQurs, dissipe tous les symptconea icuflammatoires; le néaf^asm^ intra-pupillaire seul persiste et étaîblit de lek sorte sa différence d'origine et sa nature spécifique.

Le & juillet >la médication antiphlogistique fut remplacée par le tamtement antiayphilitique, nous prescrivons les pilules suivantes :

B. Sublimé corrosif 0.25 centigrammes.

Extrait gomjneux d'opium . 0.50 »

Extrait de gaïac q. s. n

pour fiairedO pilules.

La malade eti pre^^ quati^e par jour dans un verre de tiflaue 4e 8^separeille. Les frictions périorbitaires avec la pommaoi^ ma^curio-belladonée so^t continuées, ainsi que le collyre au sulfate neutre d'atropine. De plus, la malaide se &ît tou^ les deux: jours xu^e friction m^ourielle de dix minutes sur la partie intqme des membres ; après dj^ux frictions^ elle pirend un hem ; régime ^inipcixatew^

Lôtteaitea»^ est fi^èleq^nt suivi jusqu'au 1®^ août, sans^quie.riw nous,fo]çce à l'iiïterrQmpre. A cette date, le syphilicaaa» iridiw est ,con^plétement résorbé; le charâp popilkuure est libire» la yisiiQipi excellente; la malade sort de l'hôpital. Nous lui recommandons neanxçLoii^ de suivre encore son traitement pendant

une quinzaine de jours, pour éviter toute nouvelle récidive (1).

Observation II.

Iritis syphilitique. — Dévelop/iement dans le parenchyme iridien du sypkilioma sous forme d'uite tumeur Jaunâtre. — Traitement mercûriel. — Guéiisou.

S..., Cécile, âgée de 35 ans, servante, d'un tempérament lymphatique, entre à l'hôpital Saint-Pierre le 10 janvier 1866.

Cette femme atteinte de syphilis constitutionnelle, dont le début remonte à un an, présente une iritis à gauche. Outre les symptômes communs des iritis, l'affection est ici caractérisée par l'existence à la face antérieure de l'iris d'une tumeur rappeùbi^ par sa coloration celle d'une pomme à un degré peu ava^u:é de maturité.

La vision est presque abolie de ce côté.

La malade est soumise dès son entrée au traitement mercûriel. (Pilules de Dupuytren, frictions mercorielles à la partie interne des membres, bains. On y joint les frictions mercurio-beUadonées périorbitaireset le collyre au sulfate neutre d'atropine).

Elle sort guérie le 22 mai.

Observation m.

Iritis syphilitique. — Développement du syphilioma au rebord pupillaire sous forme de. plusieurs petites tumeurs. — Traitement mercûriel. — Guérison.

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