‹ De l'irréductibilité primitive de la hanche luxéeChapitre 9 sur 34 · TS AR · texte numérisé non relu

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Même allégée, la bibliographie de l'irréductibilité primitive de la luxation de la hanche est importante. Cependant nous ne pouvons renvoyer le lecteur à un travail d'ensemble antérieur; en effet, la plupart des auteurs présentent des cas isolés; les rares travaux groupant plusieurs observations le font de façon très incomplète; le seul travail envisageant la question dans son ensemble, et le plus riche . à notre connaissance, est celui de STUPPLER (1938) qui énumère très brièvement une quinzaine de cas et ébauche une classification anatomique. Paurs dans une thèse de Bordeaux consacrée presque exclusivement aux traitements de ces accidents cite 144 cas de luxations irréductibles d'emblée. Les autres auteurs les ont étudiées incidemment et la bibliographie s'y rapportant se trouve noyée dans celle ayant trait au principal objet de leurs travaux; nous croyons donc faire œuvre utile en a reprenant dans son ensemble, les recherches que nous avons faites ont été poussées aussi loin que possible.

Historique

La luxation traumatique de la hanche est un accident peu fréquent. KRÔNLEIN dans son travail portant sur plus de 400 observations de luxations, estime qu’elle représente 2% du nombre total d’entre elles; si l'on songe que celle de l'épaule figure dans cette statistique pour 50%, on $e rendra compte de la rareté des luxations irréductibles de la hanche. Parmi celles-ci il nous faudra encore distinguer les luxations irréductibles par ancienneté, des luxations irréductibles d'emblée qui feront seules l’objet de cette étude. En compulsant la littérature médicale du siècle dernier, on s'aperçoit que la totalité des travaux publiés a trait aux luxations anciennes de la hanche et que les luxations irréductibles d'emblée n'ÿ- figurent qu'incidemment. Jusqu'au début de ce siècle, la luxation traumatique irréductible d'emblée était une rareté. Les progrès de notre civilisation mécanique ne vont pas sans contre-partie et on peut noter, depuis l'apparition de l'automobile notamment, une recrudescence de ces luxations. Il est donc fort probable que la statistique de KRONLEIN se trouve sensiblement dépassée.

Les premières observations de luxation irréductible d’emblée que nous ayons recueillies se trouvent mêlées aux luxations anciennes.

Elles ont souvent été observées de la manière suivante: après un traumatisme extrêmement violent, ou après des tentatives de réduction d’une très grande violence, le blessé suécombe. À l'autopsie on pratique de nouvelles tentatives de réduction qui échouent également. La dissection porte alors sur l'obstacle anatomique. C’est généralement la capsule déchirée que découvrent ces auteurs. Parmi eux PoLaiz- LoN est le premier à avoir tenté la reposition sanglante, malheureusement son blessé meurt de gangrène gazeuse.

DENNETIÈRES (1890) et Prozzer (1904) apportent plusieurs observations de luxations irréductibles d'emblée, DENNETIÈRES en particulier est le premier à les avoir envisagés dans leur ensemble, il ignore lui aussi l’existence de causes osseuses d’irréductibilité,

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Les observations recueillies par ces auteurs ne présentent pas toujours un caractère franc d'irréductibilité primitive. Tantôt il s'agit de luxations anciennes pour lesquelles aucune tentative de réduction n’a été réalisée et que ces auteurs interprètent comme ayant dû être irréductibles d'emblée, le traitement opératoire de la luxation ancienne les ayant conduit sur quelque obstacle anatomique; tantôt ce sont des luxations pour lesquelles on n'aura pas su appliquer les méthodes judicieuses de réduction (il faudrait, croyons nous, faire rentrer dans ce groupe des fausses irréductibilités d'emblée, la plupart des soi-disant obstacles capsulaires); tantôt l’anesthésie n'aura pas été poussée suffisamment à fond, l’irréductibilité étant alors due à un relâchement insuffisant de la contracture musculaire (à nous retrouvons encore de fausses irréductibilités capsulaires). Enfin, certaines luxations avec fracture du sourcil cotyloidien, sont d'une réduction extrêmement facile, mais récidivent immédiatement. L'extension continue en vient le plus souvent à bout. Nous ne croyons pas qu'il faille les ranger dans le cadre des luxations irréductibles d'emblée, à l'exception de rares cas où un fragment du sourcil cotyloïdien vient créer une irréductibilité vraie en s’interposant entre la tête et le cotyle. Ces luxations récidivantes ont fait l’objet d’études détaillées dans les thèses de TcHviziNSKt, ROMAN, SAMUEL, Ezras et de MATHURIN, ainsi que dans de nombreux articles. Citons en particulier les travaux de BRETON et BLONDEAUX et de PATEL.

Nous les écarterons donc de notre étude.

Les obstacles cités comme cause de l’irréductibilité primitive furent tout d'abord l'obstacle physiologique de la contracture musculaire alors que les chirurgiens ne disposaient pas encore de l’anesthésie générale. Les causes capsulaires prirent ensuite le dessus avec les travaux de Maz- GAIGNE, de LISFRANC, de NELATON et surtout de BIGELOW; ce dernier auteur ne considère dans le mécanisme des luxations que la seule action des ligaments de renforcement de la capsule. Les causes musculaires, agissant cette fois comme obstacle mécanique, sont ensuite décrites concurremment aux obstacles fibreux. Roux (de Lausanne) et REERING et plus près de nous ParIs et STUPPLER étudient dans leur ensemble les obstacles mécaniques capsulaires, musculaires ou osseux à la réduction des luxations traumatiques de la hanche. Nous n'envisagerons pas dans cet

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historique les recherches publiées par certains auteurs sur une cause particulière .d'irréductibilité à l’occasion d'une observation personnelle, nous réservant de le faire dans le cours de ce travail. *

Nous assistons donc à une véritable évolution clinique. Les seules causes d'’irréductibilité décrites au siècle dernier étaient capsulaires. Puis apparaissent dans la littérature médicale des observations relatives à des causes musculaires. De nos jours enfin, les causes capsulaires ont complètement disparu (une observation seulement au cours des 40 dernières années et encore sujette à caution); cependant que persistent les causes musculaires et qu’apparaissent des causes osseuses de plus en plus fréquentes.

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Observation

LUXATION IRREDUCTIBLE DE LA HANCHE PAR FRAGMENT CAPITAL INCARCERE ET DEPLACE DANS LA CAVITE COTYLOIDE __ REPOSITION SANGLANTE APRES RESECTION DU FRAGMENT OSSEUX (Pr. G. ROUX)

Le 27 octobre 1942, au cours d’une collision, le blessé qui est un homme de 44 ans, de haute stature et d’assez forte corpulence, fut projeté hors de sa voiture. Relevé une heure après il est conduit à pied chez le médecin du village, le trajet fut de 1.500 mètres environ. Après avoir été pansé pour des blessures de la face, on note une lésion de la hanche pour laquelle il est envoyé aux Cliniques Saint-Eloi, aux salles militaires.

Examiné le soir même, le malade est dans un état de choc assez prononcé. Il porte:

1° des blessures de la face assez superficielles: épistaxis;

2° une plaie contuse du genou droit sans lésion osseuse;

3° un dérangement de la hanche gauche caractérisé par

une attitude vicieuse qui répond à la position classique

de la luxation postéro-supérieure (flexion - adduction rotation interne).

La tête est perçue en position iliaque. L'examen est très douloureux. Cette position ne peut être corrigée. Le lendemain 28 octobre, une radiographie est faite (figure 1). ï

«Luxation de la tête fémorale dont le pôle supérieur est à 3 centimètres 5 au dessus du toit du cotyle - fracture de la portion inférieure de la calotte capitale. Le fragment paraît logé dans la cavité cotyloïde, d'autre part déshabitée».

Plusieurs tentatives de réduction sont faites par M. le Professeur G. Roux sous rachianesthésie. La manœuvre de réduction permet d'amener la tête au devant de la cavité cotyloïde, mais la réduction est impossible, le fragment capital glisse sur la surface osseuse qui comble la cavité coty-

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