‹ De l'irrigation continue comme traitement prophylactique et curatif des infections puerpéralesChapitre 2 sur 7 · CS · texte numérisé non relu

CS

QJ

3,800 grammes, est assez rapidement ranimé, mais il reste somnolent et comateux jusqu’au lendemain.

Principaux diamètres de la tête, mesurée le lendemain matin, lorsqu’elle a repris sa forme :

Délivrance naturelle à 10 h. 30.

Immédiatement après, J... est transportée au service d’isolement, chambre n° 2, et soumise à l’irrigation continue antiseptique vaginale, employée ici dans un but prophylactique. Nous ignorons, en effet, dans quelles conditions ont été pratiqués les examens subis en ville par la femme J... ; d’autre part, ce n’est pas sans déchirures de la muqueuse vaginale ni sans contusions des parois de la filière qu’on a pu mener à bien trois applications laborieuses de forceps qui n’ont abouti que grâce à une réduction considérable du volume de la tête fœtale. Nous prétendions,* par l’irrigation continue vaginale, appliquer sur la vulve un pansement analogue au pansement de Lister, qui permît à ces plaies de se réunir par première intention. L’examen de la courbe montre que nous avons pleinement réussi. J... et son enfant sortent guéris, le 12 décembre.

Observation V (résumée).

Alphonsine Y..., 26 ans, secondipare, à terme, entre à l’hôpital le 4 janvier 1886, à 8 heures du soir (chambre d'isolement n° 3). Elle est en travail et les membranes sont rompues depuis deux jours. L’enfant se présentant par le siège, des tentatives d’extraction sont faites le 4 janvier au matin, par une sage-femme de la ville ; le tronc est amené au dehors, mais la tête reste dans les parties génitales. Après des tentatives réitérées d’extraction, la sage-femme administre 2 grammes de seigle ergoté. Un médecin fait sans succès deux applications de forceps. C’est dans cet état que Y... est amenée à Lariboisière. M. Pinard reconnaît que l’obstacle est dû à une hydrocéphalie considérable ; il extrait, à l'aide d’une sonde introduite par le canal rachidien, 1,500 grammes de liquide. Le fœtus est alors extrait sans

difficulté. Délivrance naturelle. Les applications de forceps ont déterminé des déchirures multiples du vagin et du col. Immédiatement après la délivrance, on commence l’irrigation intra-utérine, qui est continuée sans interruption pendant cinq jours. Guérison sans lièvre traumatique. La température n’a pas une seule fois atteint 38°.

Observation VI.

Second ipare ; insertion vicieuse du placenta ; présentation du siège; accouche nient à 7 mois; hémorrhagie grave au début du travail ; tamponnement très incomplet appliqué en ville par une sage-femme et un médecin ; irrigation continue prophylactique vaginale ; septicémie ; irrigation continue intrautérine commencée seulement le cinquième jour après l’accouchement; morte le neuvième jour.

Claudine Ch..., 21 ans, ménagère, entre le 8 décembre 1885, à 5 heures du soir, à l’hôpital Lariboisière, chambre d’isolement, n° 2.

Secondipare, bien réglée, cette femme a eu ses règles pour la dernière fois, le 22 juin ; elle est enceinte de six mois et demi à sept mois.

A plusieurs reprises, pendant sa grossesse, elle a eu des métrorrhagies abondantes.

Le 7 décembre au soir, elle est prise d’une nouvelle métrorrhagie qu’une sage-femme de la ville, appelée à ce moment, essaye en vain d’arrêter. Dans la matinée du 8, un médecin appelé en consultation pratique un tamponnement très incomplet. L’hémorrhagie continuant, Ch... est apportée à l’hôpital dans un état d’anémie profond à 5 heures du soir. Elle a des contractions douloureuses depuis deux heures de l'après-midi.

L'examen, pratiqué à ce moment, après ablation d’une dizaine de bourdonnets de charpie exhalant une odeur infecte, révèle les particularités suivantes :

Présentation du siège S. I. I). A. Col encore long, perméable. Par le toucher vaginal on sent les cotylédons placentaires. On n'entend plus les battements du cœur fœtal. L’hémorrhagie est abondante.

Immédiatement les membranes sont rompues artificiellement (5 h. l/'i). L’hémorrhagie s’arrête. Grand lavage du vagin avec la solution de biiodure à 48°.

A 6 heures expulsion spontanée d'un fœtus du sexe féminin, mort non macéré, pesant 1,570 grammes. Le travail a duré quatre heures dix.

La délivrance se fait spontanément à 7 h. 10 ; les membranes restent en totalité et on y applique une ligature.

Aussitôt après la délivrance la femme est soumise à l’irrigation continue vaginale et, à 10 heures du soir, les membranes sont expulsées spontanément; elles sont très épaisses; le placenta présente des traces d’anciens foyers hémorrhagiques.

Le 9 et le 10, la température reste normale ; l’irrigation continue est faite avec la solution boriquée à 3/100°. Malgré l’irrigation, que nous avons le tort de maintenir exclusivement vaginale, la température monte, le 11, à 39°, 5 et le 12, à 39°, 2, en même temps que se manifestent des symptômes de septicémie. Ce n’est que le 13, à 2 heures de l’après-midi, que nous nous décidons à introduire une sonde dans l’utérus pour faire l’irrigation continue avec la solution phéniquée à 1 p. 100. L’examen de la courbe montre que nous sommes arrivés trop tard. La septicémie continue sa marche et la malade succombe le 17 décembre, dixième jour après l’accouchement, avec tous les symptômes d’une péritonite généralisée. L’autopsie n’a pu être faite.

Nous rapportons plus loin d’autres observations desquelles il ressort clairement pour nous que V irrigation continue, pour être efficace, doit être intra-utérine dès le début.

L’irrigation continue a été appliquée comme traitement curatif de l’infection puerpérale dans les 12 cas suivants qui nous ont donné 8 guérisons et 4 morts.

Cas suivis de guérison.

Observation VIL

Primipare ; placenta sur le segment inférieur ; hémorrhagies ; avortement à G mois ; le placenta , très adhérent , reste dans V utérus; début de septicémie ; délivrance artificielle ; irrigations intra-utérines et vaginales continues ; début de phlegmatia le treizième jour; guérison.

La femme Breton, 22 ans, cuisinière, entre, le 25 mai 1885, à 7 heures du matin, chambre d'isolement, n° 4.

De bonne constitution, bien conformée, irrégulièrement réglée, elle

est enceinte pour la première fois; elle a eu scs dernières règles le H novembre. Sa grossesse est arrivée sans encombre au terme de 6 mois. Le 8 mai, sans cause apparente, elle est prise d’une hémorrhagie peu abondante, qui s’arrête spontanément pour reparaître le 23 mai. Cette fois encore, la perte de sang fut minime et l’écoulement ne tarda pas à s’arrêter. Le 25, à i heures du matin, nouvelle hémorrhagie plus persistante que les deux premières. En même temps apparaissent les douleurs de l’enfantement. A 7 heures du matin, le même jour, la femme se présente à l’hôpital. Elle continue à perdre du sang. Les douleurs sont fréquentes.

Au toucher, on trouve le col effacé, l’orifice dilaté comme une pièce de 1 franc.

On sent, au niveau de la moitié gauche de l’orifice, le bord du placenta ; au travers des membranes épaisses on arrive sur la tête qui ballotte.

L’hémorrhagie continuant, on rompt artificiellement les membra- .nes, et immédiatement l’écoulement sanguin cesse pour ne plus se reproduire.

A 3 heures du soir, le 25, expulsion spontanée, sans hémorrhagie, d’un enfant du sexe féminin, qui meurt quelques instants après. Le travail avait duré onze heures.

L’utérus revient en partie sur lui-même; mais la délivrance ne se fait pas; par le toucher on sent une petite portion du placenta engagée dans le col ; mais l’engagement ne fait aucun progrès sous l’influence des contractions utérines et des efforts de la femme. On exerce sur le cordon quelques tractions très légères qui restent inefficaces.

Injection intra-utérine antiseptique d’une demi-heure de durée toutes les heures. A 10 heures du soir, les choses sont dans le même état. L’interne et la sage-femme introduisent successivement la main dans l’utérus et reconnaissent que le placenta est très adhérent.

M. Pinard, prévenu, prescrit de ne rien faire jusqu’au lendemain, à moins qu’il ne survienne une hémorrhagie. Injections vaginales antiseptiques toutes les heures.

Le 26, au malin, température, 37°. Pouls normal.

L’état général est bon; l’utérus remonte à trois travers de doigt au-dessus du pubis, son fond est incliné à droite. Au toucher, on trouve le col reformé, très perméable ; on arrive aisément sur la petite portion du placenta qui, décollée, a franchi l’orifice interne. Mais,

en portant le doigt un peu plus profondément, on constate que le décollement n’a pas fait de progrès.

M. Pinard exerce sur le cordon quelques tractions qui restent inefficaces. Comme il n’y a pas de phénomènes de septicémie, ni d’hémorrhagie, il décide qu’il n’y a pas lieu de faire la délivrance artificielle, et prescrit des irrigations antiseptiques d’une demi-heure de durée toutes les heures. On fait passer chaque fois dans l’utérus environ 10 litres de solution au biiodure de mercure, étendue de moitié d’eau chaude.

A midi, la température atteint 39°; le soir, à 5 heures, 40°; le pouls s’accélère ; céphalalgie intense ; pas de frisson ; le ventre reste plat, et non douloureux, soit spontanément, soit à la pression, sinon au niveau même de l’utérus. Tranchées fréquentes.

Pas de modification dans l’état du col, un peu de fétidité des lochies. On fait, pendant la nuit, des injections vaginales antiseptiques. Sulfate de quinine, 1 gramme.

Le 27. 4 heures du matin, T., 40°. A 9 heures du matin, 38°, 5.

En présence de l’état général, de la putréfaction des parties décollées du placenta, des phénomènes de résorption constatés hier, et de l’insuffisance des injections intra-utérines intermittentes, M. Pinard se décide à pratiquer la délivrance artificielle. Le col se laisse franchir assez facilement, mais le décollement du placenta est extrêmement difficile ; il faut sculpter, pour ainsi dire, la paroi utérine, et le doigt ne sent que d’une façon confuse les limites du placenta, qui est extrait par morceaux en une dizaine de fois. Il reste encore, au niveau de la partie gauche du segment inférieur de l’utérus, une masse saillante, tomenteuse, mais M. Pinard nous fait remarquer que ces sensations sont fournies par le relief de l'insertion placentaire. L’opération faite sans chloroforme parait très douloureuse.

Après l’extraction du placenta, la cavité utérine est bien lavée avec la solution antiseptique; M. Pinard prescrit 1 gramme de sulfate de quinine, des irrigations intra-utérines très fréquentes et l'application d’un gros tampon antiseptique sur la vulve.

De 1 heure à 6 heures, irrigation intra-utérine continue, tantôt avec la solution de biiodure, tantôt avec la solution d’acide phénique à 1 / 100e, toutes deux étendues de trois fois feur volume d’eau.

Le récipient est élevé de 50 centimètres au-dessus du niveau du lit, et l’écoulement du liquide est très lent. La malade n’éprouve aucune sensation pénible, elle est seulement très fatiguée vers 6 heures.

4 heures. T., 37°, 4; à G heures, on cesse l'irrigation. La malade mange avec appétit.

De 8 à 10 heures 1/2 du soir, irrigation continue; à 11 heures, T., 37°, 2; pouls normal; l'écoulement lochial n’a aucune fétidité. On fait toute la nuit, d’heure en heure, des injections vaginales antiseptiques, et on surveille la température qui reste normale jusqu'au matin.

Le 28. A 7 heures du malin, T., 38°, i, le pouls s’accéléré un peu, on reprend l’irrigation continue il G heures 1/2 et on ne la cesse qu’à 3 heures de l’après-midi.

9 heures du matin, 38°, 4; 10 heures, 38°, 8; pouls, UG. 50 cent, sulfate quinine. Pas de frisson, pas de fétidité des lochies. Lavement; à 3 heures, 50 cent, sulfate quinine.

L'irrigation est reprise à 4 heures 1/2. A G heures, la température à légèrement baissé, 39°, 6, mais le pouls reste rapide. 50 cent, sulfate quinine. A 8 heures, 39°, 2; pouls, 120.

10 heures 1/2 du soir, grand frisson de vingt minutes, avec claquement'ùle dents, état syncopal ; T., 41°; P., 1G0.

Le 29. A 3 heures du matin, la température tombe à 37°, 4 et reste ainsi jusqu’à 6 heures 1/2, où elle atteint 38°, 3; le pouls bat 90 fois par minute. L’état général est excellent. L’irrigalion intra-utérine est cessée.

Injection vaginale continue de 8 heures du matin à 10 heures du soir (on ne la suspend qu'au moment des repas).

A partir du 30 on cesse les irrigations; la malade est convalescente. L’écoulement lochial, tout à fait dépourvu d’odeur, est normal; le ventre, plat, n'est nullement douloureux, l’involution utérine s’accomplit régulièrement.

6 juin. On permet à H... de se lever.

Le 7. La température monte un peu, le 8 également, le soir, 38° ,2. La malade accuse, au niveau du mollet gauche, des douleurs qu’augmente la pression. Le membre inférieur gauche a sensiblement augmenté de volume et le cou-de-pied est œdématié. La température locale est également plus élevée que celle du côté opposé. Compresses sur le membre, trempées dans une solution saturée de chlorhydrate d’ammoniaque» Lu deux ou trois jours, tous cos phénomènes disparaissent.

Sort guérie le 19 mars.

Revue le 5 juillet en parfait état; vient réclamer un bas élastique pour un œdème léger du cou-de-pied gauche. (Pas d’albumine.)

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