SEIZIÈME OBSERVATION
Diarrhée. — Symptômes cérébraux. — Lavemens avec le quinquina. — Disparition des accidens encéphaliques. — Réapparition de ia diarrhée qui détermine ia mort.
L’enfant Kambaut , âgée de vingt-six mois, fille du portier du passage Montesquieu, avait éprouvé, dans le commencement du mois de février i8â5, une laryngo-bronchite intense', qui paraissait être le premier degré du crowp, et qui avait cédé à une application de huit sangsues au cou , et d’un vésicatoire sur le thorax.
Le 24 et le 25 avril, elle est atteinte d’un dévoiement qui la force à aller à la selle deux ou trois fois par jour; les parens continuent adonner des alimens, et se contentent de faire prendre â l’enfant un peu d’eau de gomme.
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Le 26 , céphalalgie très -vive; grincemens de dents.
Le 27, vomissemens, cinq ou six selles dans la journée; pouls plein, fort et fréquent; céphalalgie insupportable; face rouge, injectée; artères carotides battant avec force; grincemens de dents, contractions spasmodiques des membres ; roulemens d’yeux, regard fixé vers le i lafond; assoupissement, de temps en temps réveil complet; toux, voix altérée, réapparition des accidens*du côté du larynx.
Six sangsues au cou, des sinapismes aux pieds, sont suivis d’une respiration plus facile et d’une toux moins forte; les accidens cérébraux continuent.
Le 28 et le 20, même état, roulement des yeux, regard fixé vers le plafond, assoupissement très-profond.
Prescription d’un grand nombre de sangsues derrière les oreilles. Elles ne sont pets appliquées ; vésicatoire à chaque cuisse.
Le 3o , le pouls radial est peu développé; du reste persistance des accidens cérébraux ; alternatives de rougeur et de pâleur. La première dure une ou deux minutes ; la pâleur persiste un quart d’heure, et est accompagnée de convulsions et d’agitations : le ventre est souple et la langue pâle.
Prescription d’un gros de quinquina en lavement après une rougeur, et continuation du même moyen toutes les trois heures.
Les accidens cérébraux ne se dissipent pas , chez cette malade, dune manière aussi subite que dans les observations huitième, neuvième, dixième et onzième ; mais ils diminuent lentement et successivement. L’agitation devient de moins en moins vive, les convulsions moins fréquentes, l’assoupissement moins profond. Une gradation se fait remarquer dans l’amélioration des symptômes cérébraux , et le 5 mai ceux-ci sont entièrement disparus. L’enfant conserve seulement un caractère très-maussade, et pleure dès qu’on s’approche de lui.
Mais si les accidens nerveux devenaient de moins en moins intenses , les signes de l’irritation abdominale reparaissaient avec une intensité nouvelle. Une fièvre vive se manifestait; dès le 5 mai une diarrhée abondante se déclarait. Je crus devoir cesser alors l’emploi du quinquina, et y substituer des lavemens avec la décoction de guimauve : cependant le ventre se distendit par des gaz, et la phlegmasie des gros intestins qui avait commencé la maladie parut devoir la terminer.
Tous les secours de l’art furent inutiles : bains , fomentations émollientes, sangsues sur la partie inférieure de l’abdomen , diète absolue , eau gommée , lavemens frais , etc. , rien n’empêcha l’amaigrissement progressif, la diarrhée et la fièvre qui entraînaient la jeune Kambaut vers la tombe. L’enfant expira le \l\ mai après une courte agonie ; mais sans convulsions , sans
assoupissement, et ee n'est que dans ies derniers momens quelle perdit connaissance.
Il eût été bien important d’ouvrir le cadavre ; les parens s’y opposèrent.
J’avais prié M. H. Cloquet d’aller voir la malade avant, pendant et après la manifestation des accidens cérébraux ; il me l’avait promis , et c’est avec peine que j’ai appris qu’il n’avait pas effectué cette même promesse.