DIX-HUITIÈME OBSERVATION
Homme de 35 ans . — Hémorroïdes supprimées. Insolation. — Pendant huit j ours céphalalgie insupportable et continue. — Saignées' gè nérale et locale. — Lamaladie prendle type intermittent. — Lavement purgatif inutile. — Lavement de quinquina entre les accès „ et pendant la durée de ceuoc-ci , affusions froides sur la tête. — Guérison de la céphalalgie ; — Hémorroïdes tellement en flammées qu on est obligé de combattre par des sangsues cette nouvelle lésion.
M. Issaly, demeurant rue -Apolline, n°4? sujet à éprouver des hémorroïdes très-douloureuses et quelquefois fluentes, habituellement affecté d’une constipation opiniâtre , a reçu dans son enfance un coup de pierre au front, et depuis ce temps il ressent tous les mois, vers celte partie , une douleur assez vive.
Depuis huit jours les hémorroïdes avaient disparu, lorsque le 26 août il s’exposa à faction d’un soleil brûlant.
Le 27, céphalalgie insupportable, arrachant des cris perçans au malade , se manifestant d’une manière continue, avec quelques paroxysmes
irréguliers; la face est grippée , les muscles orbiculaires des paupières se contractent’, lors de la douleur, d’une manière très-énergique, et o nnent à la figure du malade un caractère de souffrance que je n’ai vu que chez lui. Cet état , qui dure huit jours , se complique de fièvre, et est accompagné d’une constipation qui résiste aux lavemens simples. Le malade ne fait appeler personne et s’impose une diète sévère.
Le r* septembre on me fait enfin avertir, l’état du malade était celui que je viens d’indiquer, le pouls était dur et serré. M. le docteur Lambert et moi nous prescrivîmes une copieuse saignée et un petit nombre de sangsues à l’anus, des compresses froides sur la tête, des ligatures aux cuisses et des bains de pieds.
Le 2 , un peu de diminution dans les souffrances du malade , le pouls carotidien , la veille très-développé , s’était affaibli, le pouls radial paraissait déprimé, l’épigastre était douloureux et tendu. Douze sangsues sont appliquées sur le creux de l’estomac et douze autres à l’anus. Le soir paroxysme considérable.
Le 3 , même état que la veille au matin. Le soir, lavement avec trois gros de follicule de séné et une once de miel mercurial; quelques évacuations , mais le soir augmentation considérable dans les accidens. Le pouls est de nouveau très-dur, quarante sangsues derrière les oreilles.
Le 4 au matin, mieux être; le soir, paroxysme.
Le pouls carot idien est plus affaibli que la veille, Affusions froides qui soulagent le malade.
Le 5 on profite de l’amendement que les symptômes offrent le matin pour donner le quinquina en lavement à la dose de quatre , de trois et de deux gros, de deux en deux heures. Un faible accès a lieu à une fleure et demie. Les affusions» froides en bornent la durée.
Le 6, continuation du quinquina en lavement; l’accès esta peu prés nul.
Dans la nuit du 6 au 7 , des douleurs hémorroïdales très-intenses se déclarent, le mal de tête cesse , mais le 8 la région inférieure de l’abdomen paraît tendue. Les tumeurs de l’anus sont alors excessivement gonflées , et le malade en souffre très-vivement.
Les lavemens de quinquina jusqu’alors continués, quoiqu’à plus faible dose, sont suspendus; des cataplasmes émolliens , des bains de siège servent à calmer les douleurs.
Mais le 9, puit agitée, songes effrayans, un peu d’incohérence dans les idées , nouvelles douleurs de tête. Je n’osai plus recourir aux lavemens de quinquina, mais comme l’estomac me paraissait sain, je fis administrer successivement trois, deux et un grain de sulfate de quinine, de deux en deux heures. Les accidens cérébraux cessèrent dès-lors pour neplus revenir. Je continuai du reste le lendemain et le surlendemain l’emploi du sel de quinquina. Les hémorroïdes devinrent de nouveau très-douloureuses et je fus obligé
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quelques jours après d’y faire appliquer des sangsues pour en modérer la violence. Le malade est actuellement parfaitement guéri.
Je ne sais s’il s’agissait ici d’une arachnoïdite , mais la congestion cérébrale était bien certaine , le danger pressant , et l’action du quinquina et des affusions tout-à-ffait évidente.
69 .L’obsërvation de la jeune Dupuy, celles de l’enfant Rambault et de M. Issaly porteraient à penser que le quinquina n’agit que comme un dérivatif énergique. Je suis bien loin cependant d’adopter irrévocablement cette opinion de MM. Broussais et Boisseau. J’attends que de nouveaux faits fixent mes idées sur ce sujet.
60. Toujours est-il que , si ce médicament agit en irritant le gros intestin cette irritation a une sorte de spécialité relative à la périodicité. C’est inutilement en effet que dans les cas où on a cru à l’existence de l’arachnoïdite, 011 à employé des substances beaucoup plus excitantes que le quinquina. Aucune d’elles n’a été suivie des effets remarquables que j’ai cités.
61. Cette remarque se rapporte à tous les cas de fièvre ou d’irritation intermittente dans lesquels on emploie l’écorce du Pérou.
62. Malgré 1 assertion de M. Gendrin qui a, dit-il, recueilli 248 faits d’arachnoïdile -, parmi lesquels il en a observé un très-grand nombre de la base se manifestant d’une manière intermittente, je ne crois pas que ce caractère puisse être particulier a une lésion organique dé ter m b
\iée. Je me range, au reste, tout-à-fait de l’opinion du célèbre nosographe français, et je ne pense pas qu’il faille classer les maladies d’après leur type ; mais lime semble toutefois que dans le traitement ce type doit être pris en très-grande considération. Rarement voit - on échouer le quinquina dans une affection périodique , quel qu’en soit le caractère. Les inflammations comme les hémorragies; les fièvres ainsi que les névroses cèdent fréquemment à l’emploi du quinquina j lorsque la périodicité est bien marquée.
Madame D...X, Palais-Royal , galerie de pierres, éprouvait chaque soir depuis quinze jours un enrouement qui ne se manifestait pas le matin. Quelques pilules de sulfate de quinine préviennent le retour de la maladie , qui la veille avait été portée au plus haut point d’intensité.
63. C’est au moment où la rougeur de la face fait place à la pâleur, que dans l’encéphalite des enfans je crois devoir proposer remploi des laveuse ns de quinquina, car c’est probablement alors que la congestion cérébrale est moins intense. Alors aussi l’assoupissement est moins, prononcé.
64- Les injections de quinquina dans le rectum sont plus avantageuses chez les enfans que l’administration de ce médicament par la bouche. En effet :
i° On court moins de risque en agissant sur le dernier des gros intestins , que sur l’estomac;
2° Les médicamens ingérés dans le rectum, etc.,
quoi qu’on en ait pu dire ont une action non moins énergique que ceux qui sont portés dans le ventricule ;
3° Le goût désagréable de l’écorce du Pérou fait que la plupart des enfans ne l’avalent en substance ou en pilules qu’avec une extrême difficulté.
65. J’ai employé le quinquina en poudre. Une seule fois je me suis servi du sulfate quinine ( obs. XIV ), je n’ai pas réussi; mais l’écorce même pulvérisée et administrée plus tard n'a pas eu des résultats plus avantageux.
66. Ainsi que MM. Parent et Martinet ^ qui ont recueilli i/|0 observations d’arachnitis aiguë, je n’ai pas vu cette affection à l’état chronique, dont l’existence sous cette forme est à tort révoquée en doute par M. Montfalcon. M. Bayle, en effets a consigné dans sa thèse six observations d’arachnitis chronique co-existant avec l’aliénation mentale.