QUATRIÈME ORDRE
Isomérie proprement dite.
Je définis les isomères proprement dits : ries corps jouissant de propriétés en général très-analogues et dont l’isomérie tient à l’arrangement particulier des atomes au sein de la molécule élémentaire prise dans son ensemble, et non à la diversité des générateurs qui ont pu donner naissance à cette molécule.
Rien n’est plus facile que de concevoir théoriquement l’existence des corps isomères proprement dits, tels que je viens de les définir; mais l’interprétation des faits auxquels cette notion peut donner lieu n’est pas toujours sans laisser quelques doutes dans l’esprit, surtout si l’on songe qu’un grand nombre de corps, autrefois considérés comme des isomères proprement dits, sont venus se ranger, après une étude plus complète, soit dans la métamérie, soit dans la kénomérie; c’est en effet dans ces dernières sections que je rangerais volontiers, mais sans preuves certaines, tous les isomères proprement dits dont les fonctions sont différentes.
Quoi qu’il en soit, je range dans ce quatrième ordre les corps définis par les caractères suivants : identité de la composition, de l’équivalent, de la formule, de la densité de vapeur, du système général des réactions, et en meme temps persistance de
propriétés spéciales après avoir traversé une ou plusieurs combinaisons.
En général, la Fonction chimique- est identique ou très-analogue. A l’isomérie se rattachent surtout :
Les carbures de la formule G2ÜH10;
Les alcools campholiques C20H18O2;
Les deux séries d’éthylsulfates, inégalement stables, mais résolubles en alcool et acide sulfurique;
Enfin l’isomérie symétrique.
L’isomérie proprement dite paraît se rencontrer à chaque pas dans l’étude des principes immédiats que l’on trouve soit dans les végétaux, soit dans les animaux, tels que les sucres, les essences, les alcalis organiques, la quinine et la quinidine par exemple; les matières azotées analogues à l’albumine, etc., etc.
On pourrait être tenté de rapporter l’isomérie symétrique à l’isomérie physique, mais elle fait naturellement partie de ce quatrième ordre, car d’après les belles recherches de M. Pasteur, l’acide tar trique droit, l’acide tartrique gauche, etc., donnent une série de dérivés parallèles d’où l’on peut retirer les générateurs avec tous leurs caractères primitifs. L’isomérie symétrique paraît jouer un rôle considérable dans le monde organique, elle touche à un ensemble de faits qui appartiennent à la fois à la physique, à la chimie et à la physiologie.
Sans entrer ici dans des détails circonstanciés sur ce point de la science, je dirai que les changements qui ont trait aux variations du pouvoir rotatoire
s'accompagnent en général de phénomènes thermochimiques; par exemple, la perle du pouvoir rotatoire répond à un dégagement de chaleur. J1 en est de même, d’après M. Pasteur, quand un isomère lévog’yre donne avec son isomère dextrogyre un composé neutre, analogue à l’acide racémique, et non chimiquement inactif. Dès lors, on peut prévoir que la transformation d’un corps lévogyre ou dextrogyre dans son isomère inactif, donnera également lieu à un dégagement de chaleur. Au reste, un lait qui vient corroborer les données qui précèdent, c’est qu’un corps obtient de Instabilité, en perdant son pouvoir rotatoire, comme si les molécules avait pris une position d’équilibre plus stable.
Tel est le cas, par exemple, du térébène qui résiste mieux à l’action de la chaleur et des acides que son générateur actif le térébenthène, ces deux corps ayant, d’autre part, le même équivalent, la même densité à l’état liquide, la même densité de vapeur, le même point d’ébullition, la même chaleur spécifique.