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TROISIÈME ORDRE

Kénomérie.

La notion de la kénomérie (*evov, vide) a été introduite récemment dans la science par M. le professeur Berthelot. On peut définir les kénomères : des corps isomères fournis par élimination, au moyen de générateurs différents ou identiques (1).

Cette définition permet d’établir deux divisions fondamentales dans la kénomérie.

1er groupe. — Kénomérie produite par des corps différents avec élimination d’éléments différents :

Soit le glycol

On peut, comme l’a démontré M. le professeur

(I) f.eçons de la Société chimique , 1864-65.

Wurtz, lui enlever les éléments d’une molécule d’eau, ce qui fournit l’oxyde d’éthylène :

Ce corps est incomplet, et la preuve en est qu’il peut s’emparer directement des éléments de 1 acirle chlorhydrique, ce qui donne du chlorhydrate d’oxyde d’éthylène ou chlorhydrine du gdycol; qu’il ahsorhe directement les éléments de l’eau pour reproduire son générateur, etc. (1).

D’autre part, l’alcool ordinaire C4H602 peut perdre les éléments de l’ hydrogène H2, soit 4 volumes, ce qui donne l’aldéhyde :

G4H102 = G4Hî (-)O2

L’aldéhyde est un corps incomplet , comme le prouvent ses condensations polymériques, la propriété qu’il a de régénérer l’alcool en fixant directement 4 volumes d’hydrog*ène, ainsi que l’a fait voir M. Wurtz; mais ses propriétés chimiques sont totalement différentes de celles de l’oxyde d’éthylène: ces deux corps sont kénomères.

D’un autre côté, on conçoit que dans certaines circonstances, tout en partant de deux composés distincts, on puisse arriver par élimination à des corps identiques. Ceci arrive surtout dans les cas les plus simples, là où le petit nombre des atomes rend difficile ou impossible des systèmes d’équilibres multipliés.

I; Annales de physique et de chimie , t. L X I X . 18(i3.

J’ajoute enfin, pour ne pas laisser colle question incomplète, que, dans certains cas, il y a à la fois production simultanée de deux kénomères, et que, dans d’autres, on obtient précisément le corps isomère du kénomère normal : « G’esl ainsi que l’oxyde d’éthylène ne se forme point quand on traite le g*lycol par des agents déshydratants, tels que le chlorure de zinc. Dans ces circonstances, on obtient indépendamment d’autres produits, de l’aldéhyde, c’est-à-dire un isomère de l’oxyde d’éthylène» (1).

2e groupe. — Kénomérie dérivée de générateurs isomères par l’élimination d’éléments identiques.

Ici nous touchons à des isoméries fines qui pourraient tout aussi bien trouver leur place dans l’isomérie proprement dite, mais qui se rang*ent aussi naturellement, d’après la définition que j’ai adoptée, dans la kénomérie. En voici un exemple :

Soit l’alcool propylique de fermentation :

Il fournit comme dérivé normal, l’aldéhyde propylique :

D’autre part, cet alcool est isomérique avec celui que l’on obtient en fixant les éléments de l’eau sur le propylène;

Soit maintenant l’alcool propylique d’hydratation,

( I) Wurtz, Histoire générale des glycols (Société chim., I8(>0).

Ce dernier peut perdre H2, ce qui donne C6Hf,02, ce dérivé est identique avec l’acétone. Au reste, l’acétone est bien un dérivé normal alcoolique, car, ainsi que l’a reconnu M. Friedel, il peut fixer H2 pour reproduire un alcool, lequel est identique, d’après M. Berthelot, avec l’alcool d’hydratation. Ainsi s’expliquent les différences qui existent entre l’acétone et l’aldéhyde propylique ordinaire : ces deux composés sont kénomères.

C’est également à la notion de la kénomérie que M. Berthelot rapporte les différents états du soufre amorphe : «J’explique par la kénomérie les états

multiples du soufre retiré de ses combinaisons

et les quantités de chaleur dég’ag’ées dans les métamorphoses isomériques du soufre insoluble, sont corrélatives, jusqu’à un certain point, de l’état originaire des composés qui ont fourni le soufre, c’està-dire de la notion de kénomérie » (1).

Voici un autre exemple très - caractéristique : Deux carbures, le camphène et le terpilène répondent à la formule C20H16, et cependant la capacité de saturation du second est précisément double de celle du premier. Il suit de là que la molécule du terpilène est en quelque sorte moins contractée et que sa transformation en camphène devra répondre à un dégagement de chaleur; bref, ces deux corps sont kénomères.

d) Berthelot, Sur l’Isomèrie (Société chim., 1864-85, p. 118).

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