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CHAPITRE PREMIER

ISOMÉRIE PHYSIQUE.

L’isomérie physique comprend les corps qui ne diffèrent entre eux que par des propriétés purement physiques, les propriétés chimiques étant sensiblement les mêmes ou temporairement modifiées, mais les différences s’évanouissant quand ces corps traversent une combinaison. Cette définition va devenir très-claire en citant quelques exemples.

«Faites, dit M. Dumas, du bi-iodure de mercure « à froid ; il sera d’une belle couleur rouge : c’est «celle que vous admirez dans la substance que «renferme ce flacon; mais distillez-le , de roug*e

«qu’il était il deviendra d’un beau jaune-citron

«Que j’écrase cet iodure jaune en appuyant for- « tentent sur lui avec une baguette de verre et aus- « sitôt dans tous les points touchés la couleur jaune «fait place à la couleur primitive... D’ailleurs on «s’est assuré que le changement de couleur est ac- «compagné d’un, changement dans la forme crisci talline... » (1).

Ajoutons enfin que le sel régénéré aura dans tous (l) Cours de philosophie chimique , 1837, p. 294.

les cas exactement les memes propriétés, et <jue lu différence produite par la sublimation aura complètement disparu par le contact de la baguette. M- Dumas indique du reste la cause probable du phénomène; citons d’autres exemples pour achever d établir la définition que j’ai donnée.

Le quartz se trouve à l’état cristallisé dans la nature; or, certaines variétés dévient à droite le plan de polarisation, d’autres le dévient à gauche et avec une intensité exactement égale; pulvérisez les deux échantillons, tout pouvoir rotatoire aura complètement disparu ; il en sera de meme si on opère la dissolution dans un alcali, car l’expérience prouve que l’on obtient deux dissolutions identiques, n’exerçant plus aucune action sur la lumière polarisée, jouissant exactement des memes propriétés physiques et chimiques; il paraît donc évident que dans le cas des deux substances cristallisées, l’isomérie est due à un arrangement particulier des molécules chimiques entre elles, et non à la disposition des atomes dans chaque molécule considérée isolément, déduction confirmée par l’examen cristallographique, puisque J. Herschell fait remarquer que les cristaux qui déviaient à droite étaient hémièdres à droite, et que ceux qui déviaient à gauche étaient hémièdres à gauche; en d’autres termes, l’hémiédrie .et par suite l’isomérie doit être rapportée à une cause purement physique : l’arrangement des molécules entre elles pour constituer les cristaux élémentaires. Précipite-t-on maintenant le quartz de sa dissolution alcaline par

de l’acide chlorhydrique, on obtient dans les deux cas un précipité gélatineux identique.

Chacun sait que l’acide arsénieux nouvellement obtenu est transparent, mais que, abandonné à lui-même, il finit par prendre un aspect porcelainé, l’opacité marchant de la circonférence au centre ; d’autres causes peuvent amener cette transformation, par exemple le broyage seul change l’acide vitreux en acide opaque; inversement, par la fusion ou par une ébullition prolongée, l’acide porcelainé devient vitreux, car sa solubilité augmente peu à peu, jusqu’à devenir égale à celle de l’acide transparent. Au reste, les autres propriétés physiques sont également différentes; par exemple, la densité de l’acide vitreux est ég^ale à 3,738; celle de l’acide opaque à 3,699; j’ajoute que les deux acides engagés dans les combinaisons donnent des composés identiques. L’isomérie physique est due ici sans doute à cette propriété que possède l’acide arsénieux de cristalliser sous deux formes incompatibles, en octaèdres réguliers, en primes rhomboïdaux droits (1).

C’est également à l’isomérie physique qu’il i’aut rapporter les différences que l’on observe entre le massicot et la litharge; ce dernier corps humecté d’acide acétique se carbonate assez promptement; le premier, dans les mêmes circonstances, n’est attaqué qu’avec une extrême lenteur; mais les deux carbonates obtenus sont identiques.

(t) Voilier, Annales de physique et de chimie , t. Ll, 2e série .

Bourgoiri.

La g'Iycose ordinaire, chauffée brusquement à i 00 degrés, se déshydrate; mais elle reste soluble dans l’eau, et la dissolution possède un pouvoir rotatoire bien déterminé et invariable, moitié moindre qiie celui du corps primitif; on pourrait croire que cette différence tient à deux états distincts, relatifs à la constitution intime qui serait différente dans chaque cas, mais il s’ag*it ici en réalité d’une isomérie physique ; en effet, si l’on déshydrate lentement la gdyeose dissoute dans l’eau, en opérant à une basse température, elle manifestera immédiatement le même pouvoir rotatoire que la gdycose hydratée, preuve que la composition des deux substances dissoutes est la même; mais ce pouvoir diminue graduellement et finit par arriver à la valeur fixe, de telle sorte que la gdycose ordinaire éprouve à la long^ie, par le seul fait de sa dissolution, la même transformation que celle qui est produite subitement sous l’influence de la chaleur. Cependant cet exemple touche de très-près àl’isomérie chimique, car cette même gdycose forme avec le chlorure de sodium un composé qui présente, quant à ses propriétés optiques, sous l’influence du temps, les mêmes variations que son générateur, preuve que ce dernier affecte dans la combinaison les états divers qu’il peut offrir à l’état libre.

Si j’ai cité cet exemple, c’est afin de montrer que la nature ne procède jamais par sauts brusques dans ses créations, de telle sorte que tous les phénomènes qu’elle nous présente s’enchaînent mutuellement, suivant un ordre d’une admirable régularité : d’où

il suit que les divisions que j’ai admises dans 1 isomérie ne doivent pas être prises dans un sens rigoureux et absolu, mais seulement comme propres à faciliter l’étude des faits mis en évidence par l’observation et l’expérience.

Je pourrais multiplier les exemples d’isomérie physique, mais ceux qui précèdent sont suffisants, je pense, pour donner une idée précise des phénomènes qu’elle comprend. Je préfère m’arrêter un instant sur un fait très-général et très-important, à savoir, les phénomènes calorifiques qui ont trait à l’isomérie physique.

En thèse générale, la transformation d’un corps dans son isomère donne lieu à un phénomène soit calorifique, soit lumineux ; tantôt il y a absorption, tantôt il y a dégagement de chaleur. Soit un système A B G D; que par une cause quelconque, par

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