PREMIÈRE CLASSE
C (impositions éq uivalen t, es .
Sous le nom générique de compositions équivalentes, je comprends tous les corps qui, avec une même composition centésimale, jouissent de propriétés distinctes, complètement indépendantes les unes des autres.
Aucun lien nécessaire ne rattache ces corps les uns aux autres, et l’on peut dire, avec M. le professeur Berthelot, « que leur isomérie chimique est « due au hasard des arrangements numériques. »
Si l’on songe que le nombre des composés organiques est véritablement immense, si l’on se rappelle d’autre part que trois ou quatre éléments ont suffi à la nature pour les construire, on concevra facilement que le nombre des corps qui présentent des compositions équivalentes doit être considérable, ce qui a lieu en effet. Est- ce à dire cependant qu’un certain nombre de ces corps ne présentent pas, en réalité, des liens de parenté qui nous ont échappé jusqu’à présent, et qu’ils n’appartiennent pas à d’autres divisions, à la métamérie, par exemple? la chose est vraisemblable. Mais, à mon sens, le propre des sciences expérimentales est de marcher du connu à l’inconnu, de baser nos conceptions sur les faits actuels, sauf à modifier nos idées et nos classifications dès que de nouvelles acquisitions, élargissant le domaine de la science, font surgir de nouvelles vérités et établissent une corré-
I at ion entre des faits d’abord isolés, mais reliés en réalité par une filiation précise et positive. Je ne saurais trop répéter que je n'attache pas à la classification que j’ai adoptée une valeur absolue, et que si je m’eu suis servi, c’est que je pense que, plus que toute autre, dans l’état présent de la science, elle permet de classer, d’une façon simple et méthodique, tous les faits relatifs à l’isomérie.
Ceci dit, je reviens aux compositions équivalentes. Tantôt les corps que je comprends sous cette rubrique, possèdent la même formule, voire même un certain nombre de propriétés physiques communes ; tantôt, et c’est le cas le plus commun, les formules sont différentes, multiples, par exemple, les unes des autres. Dans certains cas, la fonction est analogue ou même identique ; mais le plus souvent parmi ces corps isomériques, les uns jouent le rôle d’un acide, d’un éther ; les autres, celui d’un aldéhyde, d’un alcool, d’un phénol, etc.; bref, il n’y a aucune relation nécessaire, ni entre les propriétés physiques, comme la densité, la chaleur spécifique, l’indice de réfraction, etc., ni entre les propriétés chimiques, la fonction, les transformations obtenues par réduction, par oxydation, par chloruration, etc. Notons enfin que ces corps, tout en présentant la même composition centésimale, tirent leur origine de sources très-variées et en général totalement indépendantes les unes des autres.
Les développements qui précèdent indiquent évidemment que la synthèse d’un corps donné ne sau-
rait. être déduite à priori , ni de la connaissance des éléments qui la constituent, ni de celle de sa composition pondérable, ni même de celle de sa formule ou de sa fonction chimique; il faut encore, sous peine d’écho uer o u de ne ré u ssi r q u ’ acciden tel lemen t , avoir égard aux réactions de ce corps, à son mode d’origine, à ses dédoublements, en un mot à l’ensemble de toutes ses propriétés réunies, ce qui légitime l’importance de l’étude de l’isomérie; il faut de toute nécessité mettre en ligme de compte, et la nature des éléments, et leur proportion relative, et leur arrangement.
Pour achever ce qui a trait aux compositions équivalentes, il me suffira maintenant de citer quelques exemples pour préciser ces idées générales.
11 existe, par exemple, un certain nombre de corps qui répondent à la formule nCHO, tels que (1) :
L'acide acétique C4H4(04)
L’acide éthylcarbonique C4H4(C2H206)
L’acide lactique C6H4(H202)(04)
La glycose Ct2(H202)6
Autre exemple:
A la même formule brute. G8H804 répondent :
1° L’éther acétique C4H4(C4H404)
2° L’acide butyrique C8H8(04)
Bien de plus dissemblable que ces deux derniers composés.
Le premier est un éther, c’est-à-dire un corps neutre qui, sous l’influence des alcalis, se décompose en donnant, d’une part un acétate, d’autre j*>art. de l’alcool ordinaire, c’est-à-dire deux corps qui renferment chacun quatre équivalents de carbone; sa stabilité est telle que, sous l’influence du temps et par l’action seule de l’eau, il se dédouble en partie pour reproduire ses générateurs; bref, c’est un composé secondaire.
Le second corps est un acide; traité par les alcalis, il donne naissance à un sel; il fournit une série de dérivés qui renferment huit équivalents de carbone, c’est-à-dire qu’il se comporte comme un corps unitaire, l’eau seule ne peut l’altérer, etc., etc.
De même la trialdéhvde 3 (G4H402) ne présente aucune relation avec l’acide leucique C12H,n (H202(04), bien que la composition centésimale soit exactement la même.
Même relation entre l’acide succinique d’une part, et l’éther méthyloxalique de l’autre:
Acide succinique C8H608 = C8H6(Ob(Ob
Éther méthyloxalique.. C8H608 = C‘-H2
Et cependant quelles différences entre ces deux corps ! L’acide succinique, assez soluble dans l’eau, se volatilise vers 250° en perdant deux équivalents d’eau H202, tandis que l’éther méthyloxalique, presque insoluble dans l’eau, se volatilise sans décomposition vers 160°; de plus, les fonctions chimiques sont essentiellement différentes.
Il serai! facile de multiplier ces exemples, mais ceux que j’ai cités sont suffisants, je pense, pour justifier la section des compositions équivalentes.