PREMIER ORDRE
Polymérie
La polymérie comprend les corps qui ont des équivalents multiples les uns des autres et qui peuvent s’eng*endrer directement entre eux.
C’est ainsi que l’acide cyanique se transforme en acide cyanurique, et que celui-ci par la distillation reproduit son générateur.
A un point de vue général, on peut diviser les corps organiques en deux séries, les corps complets et les corps incomplets : ces derniers seuls sont susceptibles de polymérie, ainsi que l’expérience et la théorie l’indiquent.
Soit, en effet, le carjbure complet
CU>hi2=giohio(H2)
On peut lui enlever 4 volumes d’hydrogène, ce qui donne l’amylène C10H10 ( — ) ; ce carbure est incomplet, il peut se combiner soit avec 4 volumes d’hvdrogène pour fournir de l’hydrure d’amylène, soit avec 4 volumes de vapeur d’eau, H202, pour fournir l’hydrate d’amylèné, si bien étudié par
M. le professeur Wurtz; soit enfin d’une manière générale, avec 4 volumes d’un corps quelconque, simple ou composé; on peut concevoir en un mot qu’il existe dans la molécule un vide capable d’être comblé par un volume précisément égal au volume d’hydrogène qui a été primitivement enlevé. S’il en est ainsi, on comprend très-bien que ce vide puisse être comblé par une molécule même d’amylène, ce qui donne le diamylène
CiOHiO(CiOHiO)
Dès lors la polymérie n’apparaît plus que comme un cas particulier d’une propriété spéciale et inhérente à la structure même de l’amylène, en un mot, le diamylène se forme en vertu d’une véritable combinaison chimique, analogue à celle qui produit :
Le bromure d’amylène C10H10Br2
L’hydrate d’amylène CI0H10H2O-
L’iodhydrate d’amylène CdQH'OÏÏI, etc., etc.
11 y a plus; si à l’amylène on ajoute H2 ou tout autre corps complet et équivalent comme l’eau, H202, le brome Br2, il est évident que le composé résultant sera lui-même complet et sans doute incapable d’éprouver des transformations polymériques. Au contraire, si la molécule ajoutée est ellemême incomplète, ce qui est le cas de l’amylène, on conçoit que le polymère formé puisse constituer à son tour un corps incomplet susceptible de s’assimiler encore les éléments du générateur primitif. Or, c’esl précisément ce que l’expérience
confirme; on peut dire, par exemple, que dans la formation du diamylène la seconde molécule d’amylène est entrée en combinaison, en conservant sa structure primitive de molécule incomplète, ce qui donne
Au même titre, la diamylène pourra engendrer le triamylène C30H30(— ) ;
ce dernir, le tétramylène,
C40H40(— ), etc., etc.
Ainsi, la théorie indique que la polymérie est illimitée. Ceci ne signifie pas que tous ces polymères puissent exister en réalité, car l’existence réelle des corps dépend d’une foule de circonstances parmi lesquelles celles qui ont trait à la stabilité ne peuvent pas toujours être réalisées par les moyens dont nous disposons dans nos laboratoires.
Les propriétés physiques des polymères donnent lieu à quelques considérations générales importantes :
1° Le point d’ébullition s’élève avec la condensation ;
2° La densité à l’état liquide augmente graduellement;
3° Tandis que la densité de vapeur et l’équivalent doublent, la chaleur spécifique conserve sensiblement la même valeur.
Les deux premières propriétés sont en rapport avec le dégagement de chaleur qui se manifeste au
moment de la transformation polymérique, dégagement qui pourrait être annoncé à priori , puisque la polymérie n’est en défînitivequ’un cas particulier de la combinaison chimique. Au reste, ce dégagement de chaleur peut être démontré de plusieurs manières, soit directement en traitant, à l’exemple de M. le professeur Berthelot, le térébenthène par une trace de fluorure de bore, soit indirectement en comparant la chaleur de combustion de deux molécules d’amylène à celle d’une molécule de diamylène. On sait également que la formation des polymères peut être réalisée avec dégagement de chaleur par l’action de l’acide sulfurique sur un grand nombre de corps organiques; mais ici l’emploi de l’acide sulfurique conduirait à un résultat peu décisif, malgré la grande quantité de chaleur dégagée dans cette circonstance, parce qu’indépendamment de la formation des polymères, il y a production de produits secondaires, d’acide amylénosulfurique par exemple.
Au point de vue de leurs propriétés chimiques, les corps polymères peuvent être divisés en deux séries :
1° Ceux dans lesquels la condensation est définivement acquise et qui réagissent d’une seule pièce dans leurs combinaisons; tel est le cas de la benzine considérée comme un polymère de l’acétylène
Je propose de les appeler : composés polymériques unitaires ; étant bien entendu qu en raison de leur
nature plus condensée meme, ils pourront repro du ire leurs générateurs quand, par une destruction méthodique, on les soumettra à l’action de réactifs suffisamment énergiques, mais avec cette circonstance toutefois qu’ils fourniront aussi une série de composés intermédiaires renfermant plus de carbone que le générateur primitif lui-même. Tel est le cas des carbures éthyléniques C2q H2".
2° Ceux qui reproduisent leur générateur ou les dérivés de ce dernier, quand on cherche à les faire entrer dans des combinaisons stables.
Je propose de les désigner sous le nom de : composés polymériques par juxtaposition.
Ici la complication moléculaire ne persiste pas en général, sans doute parce que la fusion des molécules génératrices n’est pas assez intime pour résister au choc des agents chimiques, dès que ceux-ci réagissent avec une notable énergie. C’est ainsi que l’essence d’amandes amères CI4H602,
donne de la benzoïne C14 H6 02(C14H6 O2),
laquelle, oxydée avec ménagement, fournit de l’acide benzilique. Cherche-t-on à pousser l’oxydation plus loin, on retombe sur des corps à 14 équivalents de carbone, sans qu’il soit possible d’engendrer des dérivés possédant une condensation intermédiaire.
J’ajouterai enfin que le retour du polymère à son état initial peut s’effectuer, dans tous les cas, à l’aide de deux méthodes générales :
1° Par l’emploi de la chaleur. C’est ainsi que l’acide cyanurique soumis h la distillation reproduit l’acide cyanique, etc.;
2 Par la transformation du polymère en un dérivé normal du générateur lui-même. Ainsi, étant donnée la benzoïne, on la transformera en aeide benzilique ; ce corps oxydé fournira l’acide benzoïque; or, le benzoate de chaux traité par un formate alcalin suivant la méthode de M. Piria, donnera enfin Pesscnce d’amandes amères.