CHAPITRE V
Origine des graisses de l'organisme.
Les matières grasses que l’on trouve dans l’organisme
ne proviennent pas seulement des corps gras que l’ali-
mentation nous fournit; elles dérivent encore directement
des hydrocarbones et indirectement des albuminoïdes.
Avant de fournir les preuves de ces transformations, | Je rappellerai que la graisse peut pénétrer en nature dans
l'organisme et s’accumuler par simple dépôt. Munk a
donné à un chien dégraissé par un long jeûne de lhuile
de colza et il a pu retrouver dans les tissus de Panimal
une graisse qui avait les caractères de lhuile végétale ingérée.
Lebedeff (1), Rosenfeld, Winternitz, Core nedi (2) et Marchetti ont confirmé ces expériences.
KT
La plus grande partie des hydrates de carbone, fournis par l’alimentation et formés dans les cellules, est des- À tinée à subir une véritable fermentation cellulaire qui 154
change en graisses. | = me.
Ce fait, prévu théoriquement par A. Gautier (3), a été e
+ nettement établi par les expériences de Richet et
: (1) LEBEDEFF. €. R. Ac.des Sc., 1883.
% 3 (2) CORONEDI. Settimana medica, LI, 32, p. 377. \ ] (3) A. GAUTIER. La chimie de la cellule vivante. ë
ne (Comptes rendus de l’Académie des sciences, OXIV, p. 371) Cette transformation se représente par
l'équation 13 CS HO CS HEOS 23 CO -L 26 H?0:
Sucre Oléostéaro-palmitine
S donc les pue de carbone ne sont pas détruits
Br du sucre deviendra de la graisse. Malgré cela, dans un très grand nombre de cas, le diabète évolue sans TVR
s’accompagner d’obésité. | 4
Les expériences de Chaniewsky (1) et de Munk, ; # sur l’engraissement des oies, des chiens et des porcs, Se - ont montré que 70 à 80 p. 100 de la graisse qui se forme, TS lorsqu'on nourrit spécialement ces animaux de matières 4 amylacées, proviennent du dédoublement de leurs ali- dr ments hydrocarbonés. CR “4 Une autre preuve de la transformation des hydrates 1 5 de carbone en graisse est la suivante : si l’on fait faire . 20
à un homme un repas uniquement composé de matières amylacées et de sucre, on remarque qu’il exhale par les __ poumons, une à deux heures après, une énorme quantité d'acide carbonique qui ne correspond pas à une augmentation proportionnelle de l’oxygène absorbé dans le même
temps. C’est que. dans ses cellules et particulièrement dans son tissu adipeux, se produit une fermentation ‘remarquable du sucre d’abord emmagasiné, qui a pour
(1) CHANIEWSKY. Ueber FestiquEe aus D Zeitschr. für Biolog., XX, 179, 1884.
résultat de le transformer en graisse et en acide carbonique (x).
Il se pourrait que la cellule animale fit de la graisse, par synthèse, comme la cellule végétale, qui fabrique ainsi un grand nombre de substances.
Les graisses peuvent enfin provenir de la transformation des matériaux albuminoïdes de l’alimentation. | Les preuves de cette transformation abondent. |
L'observation clinique nous montre que les diabétiques éminent une quantité parfois considérable de sucre, en dehors de toute alimentation hydrocarbonée, sucre qui provient des albuminoïdes. Ces hydrocarbones donneront naissance à leur tour à des graisses. |
La dégénérescence graisseuse des tissus riches en albumine est un fait bien connu.
Les dégénérescences graisseuses, produites par l’intoxication phosphorée, chez des chiens dégraissés par des jeûnes de dix et vingt jours, ont été montrées par Bauer.
Il est vrai que Falck, Hoffmann, Léo et Schmitt ont vu que les réserves graisseuses n’étaient pas entièrement épuisées après un jeûne de douze à vingt jours.
Voit a engraissé des animaux avec de la viande abso-. lument dépouillée de graisse. Enfin Pettenkoffer et Voit, observant un chien de 34 kilog., nourri avec 2,000 grammes de viande, ont constaté que tout l'azote de cette viande se retrouvait dans l’urine, mais qu’une parte du carbone, 42 grammes, était retenue dans l’orga-
(1) A. GAUTIER. La chimie de la cellule vivante, p. 192.
sme. Ces 2 grammes correspondraient à 100 grammes
Ride slyceene. Or ces auteurs admettent qu’il est impos-
sible qu’une telle augmentation des réserves d’hydrate de
carbone se fasse en un jour, et ils concluent que le
carbone retenu à été fixé à l’état de graisse.
Les albuminoïdes peuvent donner naissance à des
hydrates de carbone (glycogène) et par conséquent pro-
É: fs duisent indirectement des graisses. Cette transformation ÉE. nous est représentée par l’équation
A C7 H12A718 SO022 + 68 H20 — 36 CO Az? H4 albumine. : urée.