CHAPITRE PREMIER
Alimentation et obésité.
On a toujours attribué à l’alimentation excessive un rôle important dans la production de lobésité; mais selon les époques et les théories physiologiques régnantes, l’interprétation du mode d’action de laliment a varié.
Après avoir considéré l’engraissement comme la résul-
tante fatale de excès des recettes sur les dépenses, les phy- __ siologistes posèrent autrement les termes du problème,
lorsque l’étude de la valeur calorique des aliments se trouva
faite et lorsque le principe de l’isodynamie des aliments
fut admis.
On formula que l’engraissement survenait, lorsque le nombre des calories utilisées était plus petit que le nombre des calories reçues; on ajoutait à cela que ce principe res-
tait vrai, quelle que fût la nature de l’aliment, et qu'il n’y
avait pas lieu de s’occuper de la teneur en graisse : seule, la valeur calorique était utile à connaître (v. Noorden)(r). Cette transformation des idées était peut-être aussi
due à la notion nouvelle que j'ai exposée précédemment :
la graisse ne provient pas seulement de la graisse ; elle
provient encore des hydrocarbones et des albuminoïdes.
(1) v. NoORDEN. Die Fettsucht. Wien, 1900.
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Que nous apprend la clinique ? M. Bouchard (1) a
observé 111 obèses, 36 hommes et 75 femmes ; sur ces { RE Fr SM
111 malades, 5o avaient un régime normal, {o étaient
gros mangeurs et 10 avaient une ration quotidienne infé-
Re rieure à la normale.
Tous les médecins ont connu des malades qui, avec un
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: FR régime alimentaire restant le même, maigrissaient ou engraissaient, selon la phase de leur maladie.
Tous les malades dont je rapporte les observations ont | maigri, en mangeant farineux et féculents en quantité Fi . convenable.
S'il en est ainsi, c’est que l’action de l’aliment est autre Lo que celle qui lui est toujours attribuée. Déjà v. Noorden cesse de craindre, dans son régime de l’obèse, l'aliment gras et il le tolère, si sa valeur calorique n’est pas trop grande. Mais l’aliment gras est l'aliment indigeste par excellence et qui vient entretenir la dyspepsie, chez obèse, lorsque la quantité qui peut nuire à l'estomac est atteinte. Au delà de cette quantité, même si la dépense en calories vient à augmenter pour utiliser l’excédent de graisse, l’obèse ne devra pas absorber de corps gras.
Le mode d'action de lalimentation reçoit donc une interprétation nouvelle, qui permettra de comprendre l'influence de certains aliments, de l’alimentation excessive, entretenant l’obésité, en favorisant la dyspepsie, indépendamment de la composition chimique et de la valeur calorique des ingesta.
(1) BOUCHARD. Maladies par ralentissemeut de la nutrition. Paris, 1882.