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En 1899 (18 mars), à son entrée à l'hôpital, il pesait 147 kilogrammes. Voici dans quel état il se trouvait alors.
IT avait une crise de goutte caractérisée par des tuméfactions symétriques, rouges, douloureuses, au niveau du poignet, paraissant siéger dans la gaine des extenseurs. Nous constations en même temps des reliquats des attaques antérieures de goutte, déformations des orteils, tuméfaction des bourses séreuses olécraniennes distendues par des exsudats goutteux, tophus de l'oreille droite, etc.
Il existait de la polyurie et de l’albuminurie (3 litres d'urine, 80 centigrammes d’albumine par litre).
Nous n'avons pas perçu de bruit de galop en auscultant le cœur, mais les battements accélérés (110 pulsations), l'épaisseur du pannicule adipeux sous-cutané, l'irrégularité des contractions cardiaques, rendaient cette exploration particulièrement difficile.
L'inappétence était prononcée; les garde-robes étaient rares, elles n'avaient lieu que tous les huit jours.
Le foie, douloureux, dépassait le rebord des fausses côtes de trois travers de doigt.
Il y avait quelques râles dans les poumons. La dyspnée était constante; elle se traduisait par une accélération des mouvements respiratoires et par une légère cyanose de la face; mais ce qui dominait la situation, c'était l'obésité de notre malade.
Il pesait 147 kilogrammes, poids singulièrement exagéré pour un homme de sa taille (170). Il gisait étendu sur son lit, sans pouvoir remuer. La station était possible seulement quelques instants, à condition qu'il fût soutenu par deux aides; même avec ce secours, il ne pouvait faire un seul pas; sa torpeur morale était très accentuée; il était indifférent à tout, et parlant peu, ne lisant point, quoiqu'il fût plus intelligent et j'oserai même dire plus lettré que la moyenne des sujets admis à l'hôpital.
Le diagnostic porté fut celui d'obésité avec coliques néphrétiques, goutte et probablement néphrite interstitielle goutteuse.
Une cure d'amaigrissement s'imposait, car le malade était impotent et il courait risque, suivant uue expression populaire qui peint bien la situation, de mourir étouffé dans sa graisse,
Quelle méthode curative fallait-il appliquer?
Il y en a trois principales qui peuvent, d’ailleurs, se combiner.
La première consiste à prescrire certaines médications, la médication thyroïdienne, par exemple; mais elle est dangereuse, surtout si elle doit être continuée longtemps. Et d’ailleurs, une fois l’amaigrissement obtenu, pour maintenir le résultat, il fau-
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drait ne pas l’abandonner complètement, ce qui ne serait pas sans de grands inconvénients.
La seconde méthode consiste à augmenter la dépense, c'est-àdire à faire prendre de l'exercice. Elle ne pouvait être conseillée dans le cas particulier, le malade étant incapable de bouger dans son lit, et on avait les plus grandes difficultés à le changer de position.
Restait la troisième méthode, qui consistait à le nourrir insuffisamment, à l'obliger à brûler sa graisse, c’est-à-dire ses réserves, les économies qu'il avait accumulées dans ses tissus. Ce traitement était seul applicable.
Pendant le mois avril, le malade prit, par jour, deux litres et demi de lait cru et maigrit de 15 kilogrammes.
Pendant le mois de mai, il prit, par jour, deux litres de lait cru et maigrit de 7 kilogrammes.
Pendant le mois de juin, il prit, par jour, un litre de lait cru et maigrit de 6 kilogrammes.
Pendant les mois d'août, septembre et octobre, il prit un litre de lait cru et sa constipation obligea à le purger régulièrement deux fois par semaine ; il maigrit de 14 kilogrammes.
Il avait constamment son pot de lait à côté de lui, et en buvait chaque fois qu'il sentait des tiraillements d'estomac, à sa volonté, et sans heures fixes. La seule prescription était de ne pas dépasser un litre.
Comme boisson, il avait du thé à sa disposition : un litre lui suffisait toujours car il ne se sentait pas altéré.
Le 1° novembre, il ne pesait plus que 405 kilogrammes; mais quoique réduit à la ration stricte d’un litre de lait cru, il avait cessé de maigrir; c'est alors que j'ai prescrit le régime suivant : légumes herbacés, œufs crus, salades herbacées, fruits (particulièrement pommes, poires et oranges) à discrétion. Chez d’autres malades j'ai ajouté à cette alimentation la viande crue. Sous l’influence de ce régime, le poids de notre malade est tombé aujourd'hui à 94 kilogrammes; il a perdu 53 kilogrammes, mais il n’a pas seulement maigri, il a recouvré la santé, il a toute son activité physique et morale.
Les accidents goutteux ont presque disparu, il reste des bourses séreuses olécraniennes un peu volumineuses qui contiennent quelques granulations crépitantes et des déformations des orteils, mais, depuis un an, il n’y à pas eu de crise.
Le volume du foie est normal.
L'albuminurie a disparu. Il y a toujours de la polyurie (2 litres).
Il y a quelques intermiltences des contractions du cœur, mais leur nombre est normal.
Le malade à repris ses couleurs, il descend et monte rapidement les escaliers, il travaille toute la journée, il a retrouvé son activité sexuelle; il donne même à ce sujet des détails qui trouveraient mieux place dans un comité secret qu'en séance publique.
Il porte aujourd’hui les vêtements qu'il portait à son entrée à l'hôpital ; il vous sera loisible de vérifier la réduction obtenue.
Si vous le faites déshabiller, vous verrez que ses seins, qui logeaient autrefois une grande quantité de graisse, retombent comme deux énormes bourses plates, et que la peau du ventre forme un tablier qui retombe sur le devant des cuisses; et si le bénéfice, au point de vue de la santé est considérable, le bénéfice plastique peut être discuté.
Ce résultat satisfaisant a été obtenu en soumettant le malade à une alimentation insuffisante. Déjà il avait essayé vainement de suivre un régime analogue, parce qu'il vivait dans sa famille et qu'il lui était atrocement pénible de s'abstenir de manger quand il était entouré de gens qui mangeaient abondamment. Le régime a été possible grâce à l'isolement, et cet isolement nous paraît nécessaire pour obtenir un résultat sérieux.
Par l’abstinence, on fait maigrir; mais il faut en même temps maintenir la composition normale des humeurs. J'y suis arrivé grâce à une alimentation spéciale. Elle consiste à donner des aliments qui ne soient altérés ni par la coction ni par un procédé de conservation, tels que viande crue, lait crus, œufs cru, salades herbacées, fruits. Des légumes verts cuits ont été permis; ils calment la sensation de la faim en remplissant l’estomac, sans avoir grande valeur nutritive.
Maintiendrons-nous le résultat acquis ? Je le crois, à la condition que le malade veuille bien observer un régime mitigé.
Les phénomènes de la nutrition sont soumis à une sorte de régulation automatique, sans quoi tout individu qui dépasse sa valeur d'entretien engraisserait indéfiniment.
Chez un sujet obèse, cet appareil fonctionne mal, et nous “#mmes obligés de substituer à la régulation automatique une régulation volontaire, obtenue par un régime approprié.
Dans l'exposé précédent, il y a un fait et une théorie; inutile d'ajouter que nous attachons à la théorie la minime importance qu'on y doit toujours attacher.
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Depuis, nous avons suivi ce malade, qui a bien voulu se prêter à de petites expériences d'alimentation.
Du 6 mars au 28 juin 1900, après le traitement heureux que nous venons de relater, il a été abandonné à lui-même; il a travaillé, et peu à peu son régime s’est relâché, de sorte que, pendant cette période, son poids est remonté de 94 à 101 kilogrammes.
Nous lui avons alors fait reprendre le régime atténué que M. Debove lui avait prescrit, c’est-à-dire que nous l’avons nourri exclusivement avec des crudités : du lait, du fruit et de la salade, boisson à volonté, et 250 grammes de vin par jour. Pour être sûr de n'être pas trompé, au lieu de lui prescrire un poids déterminé d'aliments, nous lui avons laissé une petite latitude, en lui recommandant seulement de bien inscrire tout ce qu'il prendrait. Cette observation n’a donc pas la valeur de celle que Dapper faisait sur lui-même; mais si nous avons eu de temps en temps de petits « écarts », au moins avons-nous pu en tenir compte, et, sur la moyenne, ils font peu de chose. Pendant trois semaines de régime, notre malade est descendu de 101 kil. 200 à 95 kil. 800.
Nous avons alors voulu voir ce que produirait un régime diamétralement opposé, et nous lui avons fait abandonner brusquement le lait et les crudités pour les remplacer par une nourriture à peu près exclusive de pain et de fromage. Nous avons choisi à dessein les aliments les plus nourrissants*, riches en hydrates de carbone et en graisse. Nous en avons réglé la quantité de facon à donner au malade à peu près le même nombre de calories que par le régime précédent. Après trois semaines de ce traitement, son poids était descendu de 95 kgr. 800 à 93 kgr. 300.
Nous l’avons de nouveau abandonné à lui-même en le laissant libre de choisir sa nourriture, mais en lui recommandant d’en prendre le moins possible. Tout d’abord son poids est resté stationnaire, mais après deux mois il avait regagné 2 kilogrammes, de sorte que, pour le maintenir dans la suite au point voulu, il sera certanement nécessaire de lui prescrire de temps en temps un régime déterminé.
Voici un lableau des poids de notre malade (en kilogrammes) Nous rappelons brièvement les principaux traits du régime :
À. Voy. p. 8 et.9.
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