OBSERVATION II
Surdité bi-latérale par obstruction des trompes d’Eustache.— Traitement'par la dila— tation progressive.— Guérison en un mois. $
Jean-Louis P..., âgé de 48 ans, cocher de place, marié, de constitution robuste, est devenu insensiblement sourd des deux oreilles à lasuite d’un très fort coryza qu’il a contracté pendant la guerre de 1870. II a entendu longtemps dans les oreilles des craquements, des bruits de feuillages, des bourdonnements de toutes sortes. La voix est mieux entendue les jours où la température est chaude que les jours humides et pluvieux. Il lui arrivait parfois d'entendre plus distinctement après avoir éternué. Malheureusement, cette amélioration ne se maintenait pas. Aussi, croyant que cegenred'exercice
favoriserait son audition, il a contracté l’habitude de priser du tabac. Ce défaut n’a pa le débarrasser de la surdité.
De l’année 1879 jusqu’en 1884, notre malade a suivi plusieurs traitements, tels que: injections dansle conduit auditif externe, énnralifs de toutes sortes, vésicatoires aux apophyses mastoïdes, purgatifs; rien n’a pu lui procurer le moindre soulagement.
12 mars. Le 12 mars 1884, il vient me consulter, et voici ce que je constate: la montre n’est entendue qu’à 12 mill. du pavillon de l'oreille droite, à 10 mill. de l'oreille gauche. La voix n’est entendue qu’à l’aide d’un cornet acoustique. Quand il répond aux questions qui lui sont adressées, il parle à voix basse. Une grosse montre appliquée sur l’ opte se Mastoïde est entendue.
L’auscultation des deux oreilles par le ile de Valsalva démontre que les trompes sont obstruées. Si l’on insuffle de l’air par le cathéter introduit dans le pavillon de la trompe d’'Eustache, la caisse demeure impénétrable. La membrane du tympan est normale.
D’après les antécédents du malade,la marche de la maladie et les résultats fournis par l’auscultation, je reconnais que la surdité a pour cause l’obstruction des trompes. Séance tenante, je fais le cathétérisme de la trompe du côté gauche ; la sonde DS facilement dans le pavillon, mais l'air n’arrive pas jusqu’à la caisse du tympan. J ne une. bougie en gomme N°1, et la fais parvenir jusqu’à la caisse, non sans quelques difficullés et non sans douleur pour le malade. Je la laisse en place environ vingt minutes; pendant ce temps, le patient m’annonce qu'il lui semble entendre facilement ma voix. Aussitôt après avoir retiré la bougie, j'insuffle de l’air Di et le malade peut entendre la montre à 35 cent. et la voix à 2 mètres. Enthousiasmé de ce premier succès, il me prie d’en faire autant pour l'oreille droite. Je lui fais com-
prendre que ce procédé pourrait avoir quelque inconvénient, et je l’engage à revenir le lendemain.
13 mars. Le malade est aussi sourd qu'avant le he risme, J'essaie de faire pénétrer la bougie N° 1; mais elle est arrêtée à 2 cent. au delà du pavillon de la trompe. En la
poussant, le malade souffre; je me contente de la laisser au
contact, afin d’habituer la muqueuse de latrompe à cette manœuvre.
14, 15, 18, 22, 30 mars. La bougie n’a pas pénétré plus avant que les jours précédents. Découragé par cet insuccès, le malade est resté deux mois sans venir me voir.
3 juin. J’ai fait entrer la bougie N° 1 du premier coup et
sans souffrance jusqu’à la caisse du tympan. Cette fois, je ne l'ai laissée à demeure que 5 minutes et j'ai fait une injection d’air durant une minute et avec douceur. La montre alors est entendue à 35 cent. du pavillon de l'oreille.
5,7, 9, 10 et 15 juin. Je pratique la dilatation avec les bougies N° 1, 2, 3, suivie d’une douche d’air.
Quatre mois après, le malade m’arrête dans la rue pour me dire qu’il entend toujours très bien de l’oreille gauche, ce dont j’aipu me rendre compte moi-même.
OBsEervATION II.
Surdité bi-latérale datant de 6 ans chez une jeune fille de 22 ans.— Obstruction des trompes à la suite de rougeole, coryza, calarrhe naso-pharyngien.— Guérison après deux mois (le traitement.
Louise B...., âgée de 22 ans,se présente à ma consultation, le.5 novembre 1884, pour se faire traiter d’une surdité qui date de 6 ans. À l'âge de 16 ans, elle a eu la rougeole. Cette maladie lui causa une otorrhée qui dura 10 ou 12 mois. Pendant ce temps elle devint plus sourde. A 18 ans, elle a eu
RS PE Dee mn De UN EL UN € ANR
SD re un coryza très intense qui diminua considérablement son ouïe. Depuis cette époque, son état n’a fait qu'empirer. Elle entend mieux pendant les jours chauds de l’été et du printemps, que pendant les jours pluvieux de l’autonnne et de l'hiver. Elle entend souvent, lorsque la température est douce, des craquements subits dans les oreilles. Lorsqu'elle marche sur le pavé, il lui semble qu’elle pose les pieds sur du coton ou sur de la laine. Elle compare les bourdonne- \ ments qui se produisent dans ses oreilles à des cliquetis de
chaînes qu’on traïînerait sur le pavé.
Antécédents de famille. — Son père est goutteux, sa mère lymphatique. Elle a un frère qui est d’une constitution vigoureuse et qui n’a jamais été malade.
La malade est exposée, au moindre changement de température, à avoir des rhumes de cerveau et à tousser pendant tous les hivers.
Examen. — La membrane du tympan gauche a perdu son
triangle lamineux; on constate àsa place deux points luisants.
L’apophyse du marteau est saillante. A l’auscultation, on re-
marque, en faisant exécuter un fort mouvement d'expiration
à la malade, la bouche et les fosses nasales étant fermées, que la trompe d’Eustache est imperméable.
Oreille droite. — La membrane du tympan est d’un gris cendre; le triangle lumineux est à peine visible. Par le procédé de Valsalva, l’air n’est pas entendu dans l'oreille moyenne; on n'entend pas même le tic-tac d’une grosse
: montre appliquée sur le pavillon des deux oreilles. Il est : pourtant entendu aux apophyses mastoïdes et à la base frontale. |
La malade a suivi plusieurs traitements, tels que: sangsues
NY sur les apophyses mastoïdes, vésicatoires sur la nuque, séton, purgatifs drastiques Re jalap), res er tions de toute nature.
Examen de la gorge. — Lies amygdales sont grosses, le pharynx est rouge, plein de mucosités, les fosses nasales
sont ulcérées.
Examen rhinoscopique. — La partie postérieure des fosses nasales est rétrécie, rouge. Le pavillon de la trompe d'Eustache est rouge et plein de mucus. | ,
Voici le traitement que je lui ai fait suivre:
1° Cautérisation avec une solution de nitrate d'argent (1 gr. 50 pour 30 gr. d'eau distillée) du pharynx, des amygdales et du pavillon de la trompe d'Eustache. Je me sers, pour cette opération, d’un pinceau coudé à angle droit, afin de pouvoir atteindre, dans la mesure du possible, le pourtour de la trompe.
2° Cathétérisme de la trompe, tous les jours.
3° Dilatation progressive de ce conduit avec des ee fe filiformes. |
4° Insufiflation d’air à travers la trompe, jusqu'à la caisse du tympan. |
8 novembre. Oreille qauche.— Je pratique le cathétérisme, suivi de l'introduction de la bougie n° 1, opération très douloureuse pour la malade. Après 10 minutes de séjour dans la trompe, je la retire et je constate que la montre est entendue à 0,08 cent.
10 novembre. Cautérisation du pharynx et de l’arrièrecavité des fosses nasales, avec une solution au nitrate d’argent. Lavages consécutifs avec de l’eau au chlorure de sodium.
12 novembre et jours suivants. Lavages naso-pharyngiens
JON «4 D ube |
ARR R EE avec le vide-bouteilles de Weber, faits avec une infusion de pavot et de camomille.
28 novembre. Je pratique de nouveau le cathétérisme et la dilatation par la bougie n° 1. Cette opération, cette fois, ne
provoque pas de douleur chez la malade. Cela fait, la montre
est entendue à 0,23 cent.
30 novembre. L’améliorations’est maintenne, Introduction de la bougie n° 2, que je laisse 15 minutes en place, sans que la malade en soit incommodée. La bougie étant retirée, e donne une douche d’air. Le bruit de la montre est perçu à 0,35 cent.
4 décembre. Oreille droite. —Cathétérisme de la trompe droite. Introduction de la bougie n° 2, sans difficulté. La montre est ensuite entendue à 0,24 cent. Je recommande les lavages naso-pharyngiens avec de l’eau sulfureuse de Cadéac-les-Bains, à une température de 27°
1 décembre. La distance auditive est toujours la même. Dilatation des deux trompes avec la bougie N°5. Après quoi, la montre est entendue à 0,36 cent. de l'oreille droite, à 0,35 de l'oreille gauche.
À un jour d’intervalle, je fais le cathétérisme suivi d’in-
-sufflations médicamenteuses au goudron pendant trois semai-
nes. Après cet espace de temps, le tic-tac est perçu des deux côtés à 0,45 cent.
J’ai eau, depuis lors, occasion de voir fréquemment la malade, et j'ai pu constater que l’audition se maintient.
in AG me
OBsERvATION IV.
Surdité bilatérale datant de deux ans.— Obstruction des trompes d'Euslache sur un enfant de {4 ans. — Coryza chronique.— Calarrhe naso-pharyngien. — Guérison après un mois el demi de traitement.
Antoine B.., âgé de 14 ans, est amené à ma consultation, le 8 décembre 1884, pour un affaiblissement de l’ouïe des deux côtés. Le malade tousse depuis le mois de novembre de la même année. Cette toux, qui n’a lieu qne le matin lorsqu'ilse lève, est accompagnée d’une légère expecioration. B... est pâle, mais à l’auscultation, on ne découvre rien d’anormal dans les deux poumons. L'examen du cœur révèle l’existence d’un souffle anémique. Il y a deux ans, à la suite d’un coryza suivi d’un rhume, son ouïe est devenue dure. Depuis ce moment, il n'entend que lorsqu'on lui parle à haute voix et à la distance de 0,50 centimètres. De temps en temps, 1l éprouve une sensation vague d’éclatement ou de rupture dans les oreilles, sensation qui est accompagnée d’une légère amélioration; cette dernière n’est d’ailleurs que momentanée.
Examen. — L'examen direct nous montre la membrane muqueuse du pharynx très rouge et très épaissie, les deux amygdales légèrement hypertrophiées.
Oreille gauche. — Le tic-tac de la montre n’est entendu qu’au contact. La membrane tympanique est opaque et de couleur grise. Sa concavité externe est exagérée. Le triangle lumineux est remplacé par deux taches brillantes, qui attestent que la membrane a perdu la régularité de surface qu’on distingue nettement à l’état normal. L’exploration avec l’o-
AR toscope, pendant que le malade exécute des mouvements de déglutition, la bouche et le nez étant préalablement fermés,
et pendant qu'il fait un fort mouvement d’expiration, ne
permet pas d'entendre le passage de Pair dans la caisse du tympan.
Oreille droite. — La montre est entendue à 0,10 centimètres. Les autres signes otoscopiques sont semblables à ceux de l'oreille gauche.
L'histoire des prodromes et les symptômes observés, l’aspect du pharynx et des amygdales, l’état de la membrane du tympan et les résultats négatifs fournis par l’otoscope, me donnèrent la certitude qu’il y avait obstruction de la
trompe d'Eustache des deux côtés. Le malade refusant le
cathétérisme, je prescris le traitement suivant: 1° cautérisation du pharynx.et de l'embouchure de la trompe au nitrate d’argent (5 grammes de nitrate pour 30 grammes d’eau distillée) avec un pinceau courbe; 2° gargarisme immédiat avec de l’eau au chlorure de sodium. Badigeonnage à la teinture d’iode, une fois par jour, sur les parties latérales du cou; 3° solution:
Pyrohosphatede fer citro-ammoniacal. 10 gram. Rhum vieux... nds otre tr 10 —
À prendre: une cuillerée à soupe de ce sirop deux fois par jour aux deux principaux repas.
15 décembre. La toux et l’expectoration ont presque disparu. La montre est toujours entendue à 0,10 centimètres de l’oreille droite, tandis que du côté gauche, elle n’est entendue qu’à 0,05 centimètres. Je pratique une nouvelle cautérisation au nitrate d'argent dans l’arrière-gorge et au pourtour de la trompe d’Eustache, tout en engageant forte-
Rois ment le malade à se laisser faire le cathétérisme. Il passe trois mois sans venir me voir.
8 avril 1885. Il se présente de nouveau à ma consultation,
bien déterminé, cette fois, à subir l’examen que je jugeraï le plus convenable. La montre n’est plus entendue qu’au contact. Le cathétérisme de la trompe droite ne m'offre pas de grandes difficultés, et le patient le supporte avec assez de courage. En insufflant de l’air dans la trompe, les phénomènes otoscopiques sont négatifs. La bougie N°1 est arrêtée à 0,02 centimètres dans le conduit. J'essaie de lui faire franchir l’obstacle, mais craignant d’abuser de la bonne volonté du malade et de produire quelque déchirure dansla muqueuse, je renvoie la séance au lendemain.
9 avril. Je fais le cathétérisme de la trompe gauche. La bougie N° 3 peut pénétrer sans peine jusqu'à la caisse du tympan, Elle est restée demi-heure en place. Après que j'ai eu enlevé la bougie et le cathéter, le patient entend la montre à une distance de 0,35 centimètres.
12 avril. Je constate que l’acuité auditive de l’oreille gauche s’est maintenue. Le malade lui-même m'engage à ii le cathétérisme du côté droit.
Je le fais sur ses instances, et la bougie N° 1, qui n’avait pu avancer que de 0,02 centimètres dans la trompe le 6 avril, pénètre jusqu’à la caisse tympanique après avoir franchi l’obstacle.
A partir de ce jour, le tic-tac de la montre fut entendu à à 0,25 centimètres. Je continuai le cathétérisme tous les jours dans les deux trompes, en faisant la dilatation progressive avec les bougies N° 1, 2, 3.
J’ai fait suivre la dilatation d’une douche d’air chaud, afin de redonner la souplesse à la chaîne des osselets et la. forme normale à la membrane du tympan.
Au bout d’un mois, la surdité avait disparu entièrement,
PARC ONEe L’audition s’est maintenue. J’ai revu le malade un an plus tard ; son ouïe était parfaite.