OBSERVATION I
Œdème aigu infectieux bénin du larynx, par Garel (de Lyon), (Annales des maladies de l’orcille el du larynx, 1891).
P..., Agé de 24 ans, voiturier, entre dans mon service, salle Saint-Pothin, le 11 avril 4889. Cet homme n’a jamais fait de maladie sérieuse. Il présente cependant une certaine: délicatesse du côté du larynx : à 15 ans, à la suite d’un retroidissement, il fut pris d’une extinction de voix qui dura dix-huit jours sans dyspnée ni dysphagie. Depuis cette époque sa voix s'enrouait facilement quandil s’exposait à de brasques variations de température.
Pendant son service militaire, étant brigadier, il était :
obligé de commander; sa voix était rapidement affaiblie et devenait rauque, principalement en hiver. Il faut ajouter qu'il fumait et chiquait beaucoup. Il n'a jamais eu la syphilis. Employé chez un marchand de vins depuis Six mois, ila pris l'habitude de boire non seulement du vin, mais encore de l'alcool. Son estomac et son appétit ne sont néanmoins pas compromis.
Au mois de janvier, il s'enrhume pendant ses vingt-huit jours de service militaire. La bronchite dure quelques jours et s'accompagne de'laryngite avec raucité de la voix. Ea voix
s'améliore à diverses reprises, sans reprendre absolument
son caractère normal.
Le 5 avril, ayant encore la raucité de la voix, sans le moindre sigre de bronchite, il se met un thapsia sur la poi-
pi
trine. Le 7 au soir, après avoir bu et fumé d’une facon exagérée, il ressent des picotements dans la gorge et une légère douleur au niveau du cou. Le lendemain, la déglutition devient très pénible; il mange encore cependant de la soupe.
Le 9 et'le 10, il travaille très péniblement ; les efforts de déglutition sont très douloureux et vont en s’accentuant davantage ; il ne peut ingérer que du lait ou bouillon.
Dans la nuit du 10 au 11, il ressent de la fièvre et des frissons, et à son réveil la dysphagie est absolue. Il entre à l'hôpital le jour même. Il ne peut rien avaler, il refuse même le lait et crache sa salive pour éviter les douleurs de la déglutition.
Au repos, il n'éprouve pas de douleur autre que la céphalalgie ; il n’a pas de sensation de corps étranger dans la gorge. La respiration est absolument libre. Les urines ne contiennent pas d’albumine. On a malheureusement oublié de noter la température le jour de l’entrée du malade.
La dysphagie est considérable et la voix presque éteinte. Au laryngoscope, je constate que les cordes vocales sont - rouges, gonflées et cylindriques ; elles paraissent jouir de
mouvements normaux. La fossette latérale rétro-laryngée gauche est complètement éffacée par un œdème mou, violacé qui fait corps avec le ligament aryténo-épiglottique. Audessus de l’'éminence aryténoïde gauche, œædème de même nature, tremblotant sous l'influence de la phonation. La fos- -sette latérale gauche est aussi le siège d’un œdème moins prononcé. Le craquement provoqué par le déplacement latéral du larynx sur la colonne vertébrale est conservé. Comme traitement local, on se contente de badigeonnages dé cocaïne.
Le 12 avril, la céphalalgie a diminué. La dysphagie est
identique. L'œdème de la fossette gauche a disparu, mais celui de la fossette droite est encore assez prononcé. On remarque aussi de l’ædème mou en arrière de l’éminence aryténoïde droite. Celui de l'aryténoïde gauche a disparu. Les cordes vocales inférieures sont dans le même état. La bande ventriculaire droite est passablement tuméfiée. Je badigeonne le côté droit à la cocaïne, puis immédiatement après, avec de la teinture d’iode pure. Le soir, la température est de 38°2.
Le 13 avril, le malade prétend qu’après le badigeonnage iodé, la dysphagie à beaucoup diminué. Ea température est devenue normale. L'œdème de la fossette droite est nul aujourd’hui. La voix est encore un peu altérée, car l’œdème de la corde droite persiste encore et empêche l’occlusion glottique en arrière. Je fais un badigeonnage de teinture d’iode sur la corde droite. Le 15 avril, il n’y a plus la moindre trace d’œdème.
Le malade tousse légèrement. |
Le 17 avril, il sort complètement guéri: il présente à peine un peu de rougeur des cordes vocales.
OBSERVATION ÎV
Œdème aigu infectieux bénin du larynx, par Garel (de Lyon). (Annales des maladies de l'oreille et du larynx, 1891).
A. G..., 24 ans, imprimeur, entre dans mon service le 18 mars 1890. Ce jeune homme n’a pas d’antécédents héréditaires importants. Il avoue quelques excès alcooliques,