ASTIGMATISME OU ASYMÉTRIE DE LA RÉFRACTION
Sujets qui n'y voient nettement ni de près, ni de loin, mais dont la vue est notablement améliorée par le trou d'épingle ; astigmatiques. — Traitement et hygiène de l'astigmatisme.
§ 66. Sujets qui n'y voient nettement ni de près ni de loin, mais dont la vue est notablement améliorée par le trou d'épingle. — Celte circonstance bien constatée dans un œil : ne voir nettement ni de près ni de loin, était jadis une des
définitions de l'amblyopie. La science moderne a fait justice de cette formule absolue; et sans entrer dans les détails techniques de l'oplithalmoscopie, il est facile de donner au médecin praticien un moyen de distinguer d'un affaiblissement de la rétine ou du nerf optique, d'une obscurité des milieux transparents, certains vices de réfraction répondant au titre ci-dessus, c'est-à-dire s'opposant à la vision nette, tant de près que de loin. Ce moyen, nous l'avons déjà dit, c'est la carte percée du trou d'épingle.
Voici par exemple un sujet jusqu'ici dans l'impossibilité de lire nettement quelque caractère que ce soit, un sujet qu'aucun verre convexe, aucun verre concave ne soulage ni de près ni de loin; mais qui, mis en rapport avec le trou d'épingle, lit aussitôt ou voit au loin avec une clarté pour lui absolument nouvelle.
Ce sujet n'est donc pas amblyope ; il n'est pas myope, puisque le verre concave n'améliore pas sa vision à distance; il n'est pas hypermétrope, puisque le verre convexe ne l'aide pas dans la lecture ; qu'estil donc? Nous interrogeons de plus près ce malade et nous apprenons :
1° Que le défaut de netteté de sa vue date du plus loin qu'il se souvienne : ce n'est donc pas un vice acquis; il date de la naissance, il se lie nécessaire-
ment à la forme de Fœil. Ce caractère est de la plus haute valeur.
2° Les gros objets réguliers dont il reconnaît les contours généraux, les grandes lettres capitales, par exemple, ne lui paraissent pas seulement confus, mais bien déformés, entourés d'auréoles grisâtres ou irisés; les cercles lui semblent ovales, etc., etc.
3° Il voit très-différemment à la même distance les barres verticales et les barres horizontales ; ainsi, dans un grillage il verra les barres dirigées dans un certains sens et non les autres; dans un cadran éloigné il ne distinguera les aiguilles que lorsqu'elles marquent certaines heures ; en inclinant la tête, les lignes précédemment vues perdent de leur netteté, les lignes perpendiculaires en acquièrent.
Ces signes suffisent : l'état de la réfraction est différent dans les méridiens opposés de cet œil. Le sujet est astigmatique. Ces symptômes qui viennent de nous servir à établir la nature de ce singulier état ne sont point ceux qui ont amené le malade à réclamer conseil. Indépendamment de Fimperfection de ses sensations, le malade accuse tous les symptômes de l'asthénopie. On n'en sera pas surpris si l'on se représente les efforts continuels que le sujet est obligé de faire, et en vain, pour essayer de se procurer des images approximatives de la forme des corps.
L'essai de la vision par répreuve comparée des lignes verticales et horizontales démontre, qu'il y a bien peu d'yeux exempts de tout astigmatisme. Mais tant que l'asymétrie n'atteint pas le degré propre à amener les troubles que nous venons de décrire, et particulièrement une diminution notable de l'acuité, il n'y a pas lieu de s'en préoccuper; ce n'est pas là un cas pathologique.
§ 67. Traitement et hygiène.— Au point de vue curatif, la question de l'astigmatisme estime des plus concluantes en faveur de l'optique artificielle. S'il existe dans l'industrie optique un moyen de compenser la différence de réfraction que l'on a constatée entre deux méridiens principaux, son application devient un bienfait absolu, puisqu'il remédie à la cause même de l'état morbide. La possession de lunettes qui peuvent corriger l'état de la réfraction dans un méridien, sans influencer le méridien qui lui est perpendiculaire (verres cylindriques) a donc les caractères d'un véritable bienfait pour l'humanité.
Quand, après une délicate et attentive analyse, l'ophthalmologiste a su déterminer exactement cette différence de réfraction de deux méridiens principaux, quand par la combinaison précise, annoncée à l'avance^de deux verres cylindriques, il a rendu à
la vie ou plutôt créé à nouveau un œil jusqu'à ce jour presque inutile, la satisfaction qu'il éprouve n'a d'équivalent que dans l'honneur qu'en reçoit la science.