DEUXIÈME INDICATION
Faire que la volonté résiste au désir de se masturber.
Quand on peut satisfaire un désir et qu'on ne le fait pas, c'est qu'une crainte enchaîne la volonté, ou que celle-ci est distraite par des circonstances plus fortes que le désir. Ainsi donc il est possible en inspirant à un individu certaines craintes, ou en lui procurant certaines distractions, de faire que sa volonté résiste soit à un premier désir, soit à des désirs habituels de se masturber.
La crainte de Dieu et de ses ministres peut avoir sur quelques âmes un grand pouvoir. Elle a pu maintenir seule la continence malgré des désirs si violens, qu'ils finissaient par causer un véritable délire. Le satyriasis, la nymphomanie, Thystérie, des convulsions et autres maladies > n'ont eu souvent d'autre origine
1 Dict. des Sciences me'd. , arl. Continence , ]>. 105 ,
qu'une lutte de la foi religieuse contre les sens: témoin le curé Blanchct dont les combats, et le satyriasis qui en fut la suite, ont été si bien décrits par Buffon '. Une jeune dame qui s'était beaucoup masturbée avant son mariage, m'a conté qu'elle suspendait toujours ses manœuvres quand elle faisait ses pâques, reculant devant les aveux qu'il aurait fallu qu'elle fît au tribunal de la pénitence. Plusieurs fois à ma connaissance la crainte de la confession orale a produit chez déjeunes sujets le même résultat. Hâtons-nous de dire cependant qu'à une époque comme la nôtre, on aurait lorC de compter beaucoup sur cette influence. La confession, au surplus, peut avoir elle-même ses dangers; il est malheureusement trop vrai que des confesseurs ont, plus d'une fois, en faisant des questions imprudentes ou indiscrètes, jeté des semences fatales dans des cœurs encore innocens.
La crainte de manquer à des habitudes pudiques contractées dès l'enfance, retient quelques sujets. D'autres s'abstiennent parce qu'ils redoutent le courroux et les reproches d'un
' Histmrc naturelle de t 'homme., l)c la puberté.
père, parce qu'ils pensent à la honte dont ils seraient marqués si leur secret venait à se découvrir. Les châlimens , quand après un flagrant délit ils ne se font pas attendre, ont pour effet de rendre les coupables circonspects à l'avenir, et de leur faire perdre ainsi une partie des occasions dont ils auraient pu profiter. Mais de toutes les craintes; celle qui a sauvé le plus de masturbateurs, et conséquemment qui offre le plus de ressources, est la crainte des infirmités ou de la mort.
Rarement les masturbateurs ajoutent foi à ce qui leur estdit, sur les dangers qu'ils courent, par leurs parens ou des gens du monde. Ils croient plus volontiers à ce qu'ils trouvent dans des livres. Celui de Tissot est le seul qui, sous ce rapport, ait eu beaucoup de crédit. 11 y a peu d'hommes qui ne l'aient lu, et l'action réformatrice qu'il a exercée est vraiment énorme. Ce n'est pas que ce savant ouvrage ait toujours été efficace : on l'a même accusé d?une exagération qui aurait eu des conséquences funestes. «Si vous offrez à celui qui vient de s'épuiser, dit Halle, un portrait trop effrayant d'un malade exténué, il se verra bientôt lui-même desséché et mourant. On a vu plus d'une fois le livre excellent de Tissot, mis
entre les mains déjeunes gens en cet état, les jeter dans une mélancolie profonde qui les conduisait au précipice même dont on s'était proposé de les écarter1. » Montègre s'est exprimé d'une manière analogue :« Le vénérable Tissot, dit-il, pour détourner la jeunesse du penchant dangereux de la masturbation, a cru devoir charger le tableau des maux qui peuvent en être la suite : il est résulté de cette exagération un effet tout contraire à celui que l'auteur en attendait ; quelques jeunes gens à imagination vive et faible, frappés des /peintures hideuses qu'ils avaient sous les yeux, se sont crus immédiatement atteints de tous les maux dont on les menaçait, et plusieurs sont tombés dans le désespoir : le plus grand nombre, au contraire, ne sentant rien en soi des effets terribles attribués, sans restriction, à cette habitude, en ont conclu, ou que tout était fiction, ou qu'ils se trouvaient dans un cas particulier qui les mettait à l'abri du danger2. » Plusieurs autres auteurs, particulièrement Friedlander , ont fait des observations semblables.
1 Encyclopédie method. médecine, ail. Abus de soi-même, p. M.
2 Diel . des Scienc. méd., art. Continence , p. 1()|.
Moi aussi j'ai vu, dans plusieurs occasions, l'ouvrage de Tissot manquer entièrement son Lut, ou bien causer, en le dépassant , des effets déplorables. Somme toute , cependant, j'estime que ce livre, inconvéniens et avan^ tages compensés, a rendu de très grands services, et qu'il y aurait injustice à ne pas le reconnaître hautement. En même temps , je dois dire que la connaissance des reproches faits à Tissot, et le désir de les éviter, ne m'ont pas dicté un mot du présent écrit. En le composant, une seule vue me préoccupait, celle de dire la vérité entière , d'en montrer toute l'étendue , et de rester dans ses limites. J'ai , dans plus d'un passage, exprimé qu'il ne faut pas juger les effets ordinaires de l'onanisme d'après les observations qui ont été publiées, les cas graves et extraordinaires , ayant seuls , en général , les honneurs de l'impression. J'ai dit plus d'une fois encore, queJes effets les plus communs de l'onanisme consistent plutôt dans des indispositions peu caractérisées , et dans certaines viciations du tempérament , que dans des maladies ayant une forme précise et une place arrêtée dans les cadres nosologiques. Je n'ai pas manqué non plus de signaler la rapidité que la santé
met communément à se rétablir quand l'onanisme cesse de la troubler. Mais en faisant ces observations rassurantes , mon objet n'était pas d'exercer telle action ou telle autre sur l'esprit des jeunes gens qui pourront me lire, je voulais seulement , je le répète , rendre hommage à la vérité.
La parole d'un médecin peut souvent, plus qu'un livre, opérer une conversion. Il ne doit pas craindre , lui , de frapper fort , car immédiatement il peut amortir ses coups. Concevez tout ce qu'il y a d'étourdissant dans ces mots dits froidement et par un homme grave à un masturbateur : « Dans trois mois vous n'existerez plus. » Immédiatement on voit celui-ci pâlir, se troubler ; le cœur, les forces lui manquent , il se sent défaillir. N'ayez point de regrets; ce n'est pas en ménageant la sécurité du coupable que vous le sauverez de lui-même : seulement ajoutez avec la même assurance : v Dans trois mois vous serez guéri si vous renoncez complètement, et sans retard , à votre fatale habitude.» Ces paroles d'espérance, toujours indispensables pour compléter l'effet qu'il faut produire, consolent aussitôt cette ame qui semblait se briser, et donne au malheureux qui les entend la force de résis-
ter à des désirs que maintenant il maudit. Par malheur, il arrive souvent que l'impression causée par ce langage, ou par tout autre, s'efface bientôt, et qu'on ne trouve plus, lorsqu'on veut la reproduire , qu'un cœur devenu incapable de l'éprouver derechef. Qu'alors on cherche un autre remède, car celui-là est usé. La parole du médecin doit, au surplus, se modifier de mille manières selon les individus à qui il s'adresse : mais quel que soit le langage qu'il adopte, il doit présenter en même , temps la certitude du mal si l'on continue, et celle de la guérison si l'on cesse. Ce dernier résultat serait douteux , qu'il devrait encore le tenir pour assuré.
Quelquefois il serait bon quele masturbateur, au lieu de passer brusquement de la vie qu'il menait à une réforme complète, se ménageât une transition moins rapide. Swédiaur a formellement conseillé cettemarche1. Deux motifs pourraient la faire adopter : le premier, c'est qu'il est plus facile de quitter par degrés une vieille habitude que de la rompre brutalement; le second , c'est qu'il n'est pas toujours sans danger de s'affranchir subitement de ses habitudes, même quand elles sont, vicieuses.
1 Traité des maladies vénériennes , t. 1er } p. 159, 4e édit.
Des prisonniers ne sont-ils pas devenus aveugles pour avoir été extraits sans ménagement de leur cachot?
Lorsqu'un jeune homme n'a pas trouvé dans ses lectures, ou les avertissemens du médecin, la force de résister à ses désirs, ne désespérez pas encore ; il vous reste une ressource : c'est la vue d'un masturbateur mourant. — Approche-toi, regarde; celuMà que tu considères était plein de santé, d'avenir! Il se fit masturbateur ; vois ce qu'il est devenu : l'amitié , la science l'avertirent; il n'entendit rien! On lui cita des faits : il n'y crut pas! Il y croit maintenant! Mais regarde-le encore, car dans quelques jours on ne le verra plus. — Si la terreur ne saisit pas celui que vous rendez témoin de ce sinistre tableau, renoncez à la produire: le sentiment de la conservation ne vous répondrait plus. Un chirurgien nommé Bertrand, pénétré en même temps de la puissance d'un tel enseignement et des difficultés qui l'environnent, avait cherché, il y a trente ans environ, à l'immobiliser: c'était au moyen de figures en cire, qui présentaient l'effigie effrayante de masturbateurs des deux sexes. Ces figures produisaient, assure-t-on , et devaient produire le plus grand effet. On dit qu'elles ont été trans-
portées à Marseille. Il est à regretter qu'on n'ait plus, dans la capitale, ce moyen puissant d'action.
Les anciens, et on cite Avicenne, Paul d'Egine, conseillaient, dit-on, de susciter des affaires aux amoureux, d'exciter en eux de la tristesse, de les faire mettre en prison, de leur supposer des affaires criminelles, etc., etc. Un fait certain, c'est que souvent il suffit d'occuper fortement le cœur et l'esprit pour leur donner le change. La distraction est donc un moyen qu'on peut utiliser chez les masturbateurs, quand ils ne sont pas trop impérieusement dominés par leurs désirs. Les voyages, l'étude , un établissement , l'ambition , enfin tout ce qui est susceptible de donner à la volonté une direction forte et nouvelle, peut satisfaire à cette indication.