‹ De l'onanisme et des autres abus vénériensChapitre 9 sur 16 · Journ. des connaiss. mcd.-chirurg. , décembre · texte numérisé non relu

Journ. des connaiss. mcd.-chirurg. , décembre

3 Rater. Dict. de med. el chrrurg. praL, art. Eczéma, jV. 578.

4 Cruvkilhier. Mémedirt. , art. Entoioaire , p. 338.

Ce que beaucoup d'auteurs ont dit sur la salacité de certains dartreux doit particulièrement s'appliquer aux individus atteints de maladies prurigineuses de la peau dans le voisinage des parties sexuelles. L'excitation s'étend alors à ces parties , et y éveille le sens vénérien. Pareille chose peut résulter de l'irritation de la surface intérieure du rectum, Wichmann pense, et un fait publié par M. Sainte-Marie confirme cette assertion l , que la seule présence des ascarides dans cet intestin suffit pour causer des pertes de semence. Une irritation hémorrhoïdale a quelquefois eu de pareilles suites. Ainsi Wichmann rapporte le cas d'un individu chez qui des hémorrhoïdes avaient provoqué une diarrhée opiniâtre pendant le jour, et pendant la nuit de fréquentes pollutions. Ajoutons que des lavemens drastiques, et particulièrement ceux de gratiole, ont, chez certains sujets, déterminé de véritables nymphomanies2.

C'est chose commune de voir des signes de phlegmasie se manifester à la fois ou successi-

1 Loc. cit., p. 99.

'x Voyez mon article Gratiole , dans le Dict. de med. et chirurgie pratiques .

vement sur plusieurs muqueuses. Celle de ces membranes qui tapisse les voies génitales n'en est pas plus exempte que les autres. La chaleur queles malades ressententauxpartiessexuelles, la rougeur, le gonflement qui s'y développent, sont ordinairementles seuls symptômes dont la connaissance arrive alors au médecin. Mais il en est un autre, Péveil du sens vénérien , qui échappe souvent, soit parce que les sujets sont trop jeunes pour savoir en rendre compte, soit parce qu'un sentiment naturel les porte à le dissimuler. Aussi ne saisit-on généralement ce symptôme que dans les cas rares, où, franchissant les bornes ordinaires , il prend des caractères analogues à ceux du satvriasis ou de la nymphomanie. C'est, je crois, M. le docteur Desportes T qui, le premier, a signalé un certain rapport entre l'excitation vénériennne et diverses affections catarrhales , parmi lesquelles il a particulièrement signalé cette inflammation aphteuse de l'arrière-bouche, que M. Guersent nommait, dans la première édition du Dictionnaire de médecine , angine put 'tac ée. M. Desportes dit avoir vu huit fois au moins l'invasion de cette angine être

1 Revue mr'di cale , août 1858.

précédée d'une excitation vive de l'appareil reproducteur, excita tionquis'annonçait tantôt par un appétit vénérien très prononcé, presque irrésistible, et tantôt par une irritation qui, sans être précisément l'appétit vénérien, lui était analogue, et causait au malade un sentiment prononcé de méfiance, d'inquiétude et de chagrin. Ce phénomène s'étant présenté à ce médecin comme symptôme précurseur dans la moitié, au moins^ des cas d'angine pultacée qu'il avait observés, il le regarde comme un indice, une présomption de l'invasion imminente de cette maladie. Il pense aussi, et avec raison , que ce phénomène peut, chez de jeunes sujets, devenir une cause de masturbation, et même, dans certains cas, pervertir momentanément les idées et les sentimens , au point de pousser les individus à des actes réputés coupables ou criminels. Huit faits, pris sur des individus des deux sexes, sont fournis par M. Desportes à l'appui de ce qu'il avance. Le plus remarquable est celui d'une dame de soixante -dix ans chez qui l'angine pultacée fut précédée, pendant un mois environ , des désirs vénériens les plus vifs et les plus fréquens : ils devinrent tellement irrésistibles, que, nonobstant ses sen-

thnens religieux, elle s'oublia jusqu'à chercher dans la masturbation un remède à l'ardeur dont elle était dévorée.

M. Desportes a essayé d'expliquer la singulière érotie qu'il signale, par la connexion des nerfs du cou avec certaines parties de la masse encéphalique et le commencement de la moelle épinière. Il aurait pu, je crois, trouver une explication plus naturelle, en observant que l'excitation génitale, au lieu de se montrer concurremment avec l'affection du pharynx , disparaissait par le seul fait de l'apparition de celle-ci. Ainsi, chez un de ses malades, homme de cinquante ans, ayant des habitudes pudiques, et qui, tout à coup avait été pris de désirs vénériens insolites et de priapisme, ces symptômes cessèrent quand, au bout de vingt jours, arriva une angine, à laquelle succéda plus tard un eczéma qui s'établit sur le cuir chevelu et derrière les oreilles. Dans un autre des cas rapportés par M. Desportes, on voit aussi l'excitation génitale, qui s'était montrée pendant la convalescence d'une pleuro-pneumonie, être remplacée tout à coup par une irritation phlegmasique des voies digestives, et particulièrement de la membrane interne de la bouche. N'est-il pas évident qu'un transport

d'irritation s'est effectué, dans ces cas, d'une muqueuse à une autre? Si, au surplus, M. Desportes n'a pas saisi la manière dont l'excitation génitale s'est produite dans les faits qu'il a observés , il n'en a pas moins le mérite d'avoir signalé un accident qui, vu ses conséquences possibles, mérite toute l'attention des praticiens.

L'irritation du tégument intérieur des parties génitales n'est pas seulement , comme ce médecin l'a cru, un signe précurseur de celle du pharynx. Elle peut se montrer pendant la durée d'une inflammation de toute autre portion des membranes muqueuses , ou même succéder à cette inflammation. M. le docteur Mirambeau m'a communiqué deux observations qui confirment ce fait. La première est celle d'un garçon de onze ans, qui fut pris, à la suite d'un refroidissement, d'une gastro-entérite fort opiniâtre. Cette maladie touchait à sa fin , quand la surface muqueuse de la verge devint le siège d'une irritation très vive, qui bientôt s'accompagna d'un véritable satyriasis. Les choses en vinrent a ce point qu'on fut forcé de lier cet enfant pour le préserver des manipulations qu'il exerçait sur lui sans relâche, bien qu'antécédemment il ne se livrât à rien de semblable ,

ce dont M. Mirambeau a la certitude. Le sujet de la seconde observation est une fille de neuf ans, qui offrit les mêmes circonstances que dans le cas précédent. On fut également forcé d'employer les liens pour la contenir. La durée de cette érotie fut, dans ces deux cas, de dix à douze jours.

Il est donc bien constant que l'irritation de la membrane muqueuse qui tapisse les voies génito-urinaires, peut seule, indépendamment de toute affection des centres nerveux, causer l'excitation vénérienne, et, conséquemment, l'onanisme. Ce fait est d'une haute importance à cause des indications précieuses qu'il comporte. Averti de sa possibilité, le médecin sera plus attentif à constater l'irritation dont il s'agit, il la rencontrera plus souvent et pourra de la sorte prévenir quelquefois une habitude funeste: il s'attachera également à écarter avec soin toute cause irritante du tégument muqueux des parties génitales , et à dissiper le plus promptement possible les inflammations qui pourraient s'y développer. Les moyens d'y parvenir se renferment dans les règles suivantes : tenir les parties sexuelles, par des ablutions fréquentes, dans un état permanent de propreté; interdire les excès de table et Tu-

sage des alimens ainsi que des boissons qui rendent l'urine plus irritante et la muqueuse génito-urinaire plus irritable; se méfier, en conséquence, du vin pur, des liqueurs, du café, du thé, des épices, de la bière, particulièrement de celle qui est très houblonnée: apaiser les irritations qui se fixeraient dans l'intérieur du rectum , au pourtour de l'anus , ou sur les tégumens qui avoisinent les organes génitaux : rechercher, quand les enfans se plaignent de démangeaisons à l'anus , si elles ne seraient pas causées ou entretenues par la présence d'ascarides vermiculaires, ce qu'il est facile de constater, parce qu'on trouve alors un grand nombre de ces oxyures soit aux places mêmes oùles démangeaisons se font sentir, soit à la surface des excrémens : ne rien négliger pour détruire ces vers, quand on en a reconnu l'existence J ; enfin employer , pour la guérison du vrurigo pudendi, les moyens les plus efficaces

1 Un moyen qui m'a réussi constamment pour détruire les ascarides vermiculaires , est l'injection , dans le rectum, d'une forte décoction d'écorce de racine de grenadier. Je fais répéter ces injections matin et soir, et il est rare qu'il me faille plus de cinq ou six jours pour atteindre complètement mon but. Si les oxyures gagnent la vulve et y excitent des démangeaisons, je fais pratiquer des lotions sur cette partie avec la même décoction.

clés que cette affection commence. Ajoutons que M. Ozanam a communiqué à l'Académie de médecine, le 12 août 1828, une observation de nymphomanie très aiguë qui avait résisté aux antispasmodiques, aux narcotiques, aux bains froids , etc. , etc. , et qui céda , en quelques jours , à l'application, sur les petites lèvres et le clitoris, d'une solution de quatre grains de nitrate d'argent dans une once d'eau distillée. 11 y avait , et c'est ce qui a déterminé à faire cette application , une inflammation marquée des parties sur lesquelles elle a eu lieu l .

J'ai employé avec succès, au commencement de 1 833 , un autre moyen sur une dame âgée de trente-quatre ans, et sujette aux affections nerveuses. Elle éprouvait, dans la vulve et le vagin, des sensations continuelles qui, quoiqu'elles ressemblassent à •celles qu'excite un besoin pressant de coït, causaient à la malade une irritation, un tourment insupportables. Des lotions et des injections avec l'eau distillée de laurier-cerise, ne produisirent aucun soulagement. L'introduction, dans le vagin, d'un bourdonnet de charpie imbibé d'une solution

' Rt -vue me'd. , septembre IS28, p. î 8 I

d'extrait de belladonne (un grain par once), eut un résultat meilleur. Divers symptômes annonçant l'absorption de ce médicament se montrèrent, et l'irritation vénérienne disparut. Mais, quelques jours après, cette irritation étant revenue, je conseillai d'introduire, au lieu du bourdonnet , de petits morceaux déglace qu'on laissait fondre. Le soulagement qu'apporta ce moyen fut tellement prononcé , que la malade y avait à chaque instant recours. Une guérison complète et durable ne se fit pas attendre long-temps.

L'irritation de la matrice elle-même pouvait, chez cette dame , avoir une part plus ou moins forle dans la production des symptômes qui la tourmentaient. Les désirs vénériens , la nymphomanie , peuvent, en effet, tenir aussi h l'état de cet organe. Il est notoire que l'excitation qui précède et accompagne le flux menstruel, rendbeaucoup de femmes plus lascives.Cephénomène est bien plus prononcé chez le petit nombre d'animaux qui sont assujétis à une menstruation : toujours elle coïncide chez eux avec l'époque du rut. Ce fait remarquable, qui depuis long-temps est connu a l'égard de plusieurs singes et des makis, a été vérifié dans ces derniers temps, sur les roussettes,

parles voyageurs Garnot etLessou, et sur la genettepar M. Fréd. Cuvier l. Au surplus, des inflammations , des désorganisations de la matrice ont été observées souvent chez des nymphomanes. Helwich rapporte l'histoire d'une dame qui, après avoir été long-temps indifférente aux plaisirs conjugaux, était devenue d'une salacité extrême. Etant morte quelque temps après, on trouva, quand on ouvrit son corps , des tumeurs fibreuses implantées dans le tissu de la matrice et des vésicules hydatiformes dans les ovaires2. M. Calmeil a trouvé, chez une monomaniaque, livrée à l'onanisme le plus effréné, et dont l'hymen était intact, le museau de tanche et une partie du col de l'utérus, d'une couleur violacée, ramollis et ulcérés. Cet auteur fait observer que , généralement, quand les femmes aliénées s'imaginent être enceintes, ou avoir été violées, portent enfin leurs idées vers leurs parties sexuelles, on peut presque toujours constater une lésion utérine 3. Assurément on pourrait dire que, dans les cas qui viennent d'être cités, l'af-

1 Dict. class. des se. nat. , art. Mammifères , p. 1 1 7 el 1 18-

2 Ephcme'r. german. , cent. Il, p. 308, obs. 148.

1 Diction, rlc mcd. , 2« édil., art. Aliènes, p. 196.

ieetion de la matrice était moins la cause que le résultat des excès qui avaient été commis; mais on n'en dira pas autant de ces cas où M. Lisfranc a vu la cautérisation du col de l'utérus causer, dans les parties génitales, une espèce d'éréthisme qui s'accompagnait de désirs assez vifs !. N'y a-t-il pas en quelque sorte ici preuve expérimentale de ce fait, qu'une irritation de la matrice peut produire une exaltation prononcée du sens vénérien.

Les ovaires peuvent être, comme la matrice, en vertu de dispositions natives ou accidentelles, le foyer de ce genre d'exaltation. Il suffit, pour être en droit de l'affirmer, de considérer que leur développement suit exactement celui du sens vénérien; qu'à quarantecinq ans , leur volume commence à diminuer, et que, plus tard, il se réduit tellement, qu^ils finissent par disparaître: il suffit surtout de considérer que leur ablation ou leur destruction anéantit pour toujours les désirs sexuels. Le volume respectif des artères et des veines ovariques a été donné par quelques auteurs comme une cause de salacité : l'ardeur

1 Journ. des connaissances med.-chir , , 1833 , 2e n°, p. 52,

amoureuse des animaux, a-t-on dit, est d'autant plus vive, que dans les ovaires, les veines sont plus petites et moins nombreuses que les artères. Haller a trouvé que ces derniers vaisseaux présentaient un grand développement chez une femme d'un tempérament éminemment erotique. Des altérations diverses des ovaires ont été rencontrées chez des nymphomanes. Bonnet, Blancard, Vesale, Riolan, Manget, Diemerbrœck-, Rivière, Lieutaud, etc., en ont, dit-on, observé des exemples1. De Blegny rapporte qu'une des filles renfermées à la Salpétrière, et qui était déjà tombée plusieurs fois en fureur utérine, fut prise un jour d'un accès si violent, qu'on dut la lier. Cette malheureuse périt, au milieu des efforts qu'elle faisait pour se débarrasser de ses liens, d'une suffocation imprévue. A l'ouverture du cadavre, on trouva l'ovaire et la trompe du côté gauche dans un état pathologique très prononcé 2.

L'ablation des ovaires, s'il faut croire à un

» Dict. des Sciences metl. , 1. XXXIX, p. 43 , eJ I. XXXVI, p. 586.

2 Journal de me'if. , t. XXI.

fait reproduit par une foule d'auteurs, aurait été pratiquée avec succès dans le but d'apaiser d'excessives ardeurs. Il s'agit d'un châtreur de porcs qui, irrité des désordres de sa fille, lui extirpa ces organes, et de la sorte éteignit le feu qui la dévorait. Ce fait, fût-il incontestable, ne pourrait, comme on le pense bien, servir d'exemple de conduite. Cependant les ovaires ont été plusieurs fois extirpés dans ces derniers temps, mais pour cause de maladie. Cette opération, qui a été faite à un assez grand nombre de femmes, et chez quelques unes avec succès , par M. le docteur Sacchi, a prouvé au surplus que ses conséquences ordinaires, chez celles qui ont été assez heureuses pour y survivre, sont l'atrophie des mamelles et une indifférence complète pour l'acte vénérien *.

Il n'est besoin de commenter longuement les effets de la castration chez l'homme, pour démontrer l'influence des testicules sur le développement et la vivacité des désirs lascifs. Je sais fort bien qu'on a prétendu que ces désirs peuvent survivre à la perte de ces organes ; qu'on a invoqué en témoignage Ga-

1 Bulle tin de the'rapeut. , I. IV, 10e livraison, p. 313.

lien x, Juvénal 2, Brantôme, et un grand nombre d'autres auteurs, particulièrement Franck, qui assure que dans une ville, qu'il ne nomme pas, quatre castrats pervertirent tellement les mœurs des femmes, que la police se trouva contrainte de faire usage de son autorité pour mettre un terme à des excès devenus trop scandaleux3; mais ces faits prouvent seulement que des eunuques peuvent encore se livrer à un simulacre de coït, et avoir conservé quelques étincelles du feu dont les testicules sont ordinairement le foyer. Presque tous les auteurs ont atribué à la liqueur que ces organes sécrètent, au sperme, leur action sur le sens vénérien. Selon eux , cette liqueur éveille ce sens, soit par les qualités qu'elle prend, soit en s'aceumulant dans les testicules, ouïes vésicules séminales, soit encore parce que l'absorption la porte dans tous les points de l'économie. Cette opinion est assurément beaucoup trop absolue : mais, dans l'état actuel de nos connaissances, peut-on, comme beaucoup d'au-

1 De usu partium , lib. XIV, c. 10.

Suntquas eunucchi imbelles , ae mollia semper

Oseula délectent

Satyre v}, n" 366.

! Die t. des Scienc. me'd. , t. IV, j>. 209.

leurs Pont fait, affirmer qu'elle est dénuée de tout fondement? Une chose non douteuse, c'est que les qualités du sperme peuvent varier beaucoup, ce dont on peut s'assurer par la présence ou l'absence des animalcules spermatiques. Il est positif, par exemple, que ces animalcules ne paraissent pas avant la puberté et ne se retrouvent plus dans la vieillesse; qu'ils disparaissent pendant l'état de maladie 1 , et que beaucoup d'animaux, la presque totalité des oiseaux entre autres, n'en offrent que pendant, la saison des amours 2. Le sens vénérien n'attend pas au reste, pour devenir impérieux, que les individus soient en état de sécréter de la vraie semence, et il peut se faire sentir chez certains vieillards alors qu'ils n'en forment plus. Ajoutons que la réplétion des vésicules séminales ne saurait être la condition exclusive du rut, puisque les oiseaux, beaucoup d'animaux à sang froid et même des mammifères, sont dépourvus de ces organes.

Les individus chez lesquels les testicules, au lieu de descendre comme d'ordinaire., vers le septième mois de la vie fœtale, dans les bour-

i Prochaska. Instit. physîol. humanœ , p. 130.

3 Dumas. Dict. class. d hist. nat. , art. Génération.

ses 3 restent dans l'abdomen, les crypsorchides enfin, sont-ils, comme beaucoup d'auteurs, et particulièrement Alex. Monro fils et J. Hunter, l'ont prétendu , plus portés que les autres hommes aux plaisirs de l'amour? La seule chose positive est qu'ils ne le sont pas moins. M. Polinière a rapporté l'observation d'un crypsorchide, âgé de dix-sept ans, qu'il avait vu à Brest en 1812, et lequel se livrait à l'abus le plus immodéré des jouissances vénériennes , malgré tous les conseils , et même les menaces d'une fin prochaine. La mort seule put mettre un terme à ses excès *.

La sensualité attribuée aux crypsorchides a été expliquée par la chaleur plus grande dont les testicules, restés dans l'abdomen, sont, diton, entourés. Quoi qu'il en soit, on peut regarder comme probable que l'excitation de ces organes a pour effet d'exalter le sens vénérien. Quand M état d'éveil est très prononcé , ils se gonflent et deviennent plus sensibles : ces symptômes néanmoins sont beaucoup plus marqués chez les animaux en rut que dans notre espèce. Des irritations accidentelles des testicules ont quelquefois aussi déterminé

1 Diction, des Scienc. met/., art. Puberté, p. 39.

une excitation insolite du sens vénérien. Moreau de la Sarthe a donné pendant longtemps des soins à un homme déjà avancé en âge , qui le consulta particulièrement pour des pollutions accompagnées de rêves erotiques. Ces accidens , qui le fatiguaient beaucoup , lui revenaient constamment lorsqu'un rhumatisme chronique et mobile se portait sur la membrane fibreuse des testicules ï;. D'après ce qui précède , on conçoit que l'amputation des testicules serait un moyen puissant, le plus puissant de tous, pour imposer silence aux désirs lascifs, et mettre un terme aux excès vénériens. Aussi, a-l-on vu des individus supplier pour qu'on les débarrassât, en sacrifiant ces organes, d'une salacité qui faisait le malheur de leur existence. Baldassar raconte l'histoire d'un homme pour lequel, après avoir épuisé tous les moyens de traitement, il n'avait trouvé rien de mieux à conseiller que les prières et le jeûne. « Ne se trouvant pas soulagé, dit cet auteur, il voulait se soumettre k la castration : je pensai qu'il ne fallait point pratiquer cette opération, par rapport aux suites funestes qu'elle pouvait avoir, et qu'au

• Die t. des Sciences méd., art. Rêve, p. 27 5,

moins' il fallait la différer. Le malade, au contraire, me pressait vivement, et cherchait à gagner par des présens ceux qui s'opposaient à son dessein ; il me promit même un cheval qui allait l'amble, et dont la beauté n'était pas à dédaigner, en cas que je voulusse me rendre à ses désirs ■-. » Poussés au désespoir, certains individus ont fait plus que demander la castration , ils ont osé se la pratiquer euxmêmes, « Novimus qaosdam audaciores , dit Aëtius , qui sibî ipsis lestes Jerro resecarant. » On sait qu'Origène se mutila lui-même pour n'avoir plus a lutter contre la fougue de son tempérament. Cette opération a été faite dans plusieurs cas semblables, par des chirurgiens, et il paraîtrait, d'après quelques observations rapportées par Hufeland, qu'elle a eu le résultat qu'on s'en était promis. Un chirurgien de Bernstad fut moins heureux : il amputa les testicules d'un vieillard de soixante-freize ans, à cause d'un chatouillement extraordinaire que cet homme y éprouvait, et des désirs immodérés qui en étaient la suite. Le but de F opéra-

1 Traduct. de Baldassar Timons , Cas. med. , lib. i\\ , salant as vitro curata.

lionne fat pas atteint1. Ainsi donc ce moyen n'est pas infaillible. Ajoutons qu'il est loin d'être sans danger, particulièrement fchez les individus qui déjà sont épuisés par des excès. Il ne se borne pas , d'ailleurs , comme l'amputation du clitoris , à éteindre le sens vénérien ; de plus, il ôte la faculté de devenir père , et cause cette détérioration physique et morale si profonde, qu'on observe chez les eunuques, même lorsqu'ils ont perdu leurs testicules après la puberté2. Voilà > je crois, plus de raisons qu'il n'en faut pour éviter une telle opération, qu'au surplus tous les auteurs ont repoussée. J'en excepte cependant M. Simon (de Metz), qui conseille comme dernier moyen chez les onaniaques , de presser ou de lier, soit le canal déférent, soitl'artère spermatique; car, dit-il, il vaudrait mieux que le malade se relevât eunuque que de succomber inévitablement 3.

Quelques conclusions pratiques peuvent cependant être tirées des faits que nous venons

! Sprengel, Hist. de la me'd., t. IX.

a Voyez p. 23.

3 Hygiène de la jeunesse , 1827, p. 1Î4.

4do

de rapporter. Ainsi, chez certains sujets, on pourrait avec avantage faire des lotions froides ou des applications de glace sur le scrotum , et poser des sangsues dans son voisinage. Il convient aussi d'interdire aux jeunes gens tous vêtemens qui pourraient entretenir trop de chaleur dans cette partie.

Des maladies ayant des sièges variés peuvent, par l'action qu'elles exercent sur les organes dont nous venons de parler, c'est-à-dire sur le cervelet, la moelle épinière et les portions diverses de l'appareil générateur, causer une sorte d'état de rut, et devenir ainsi l'occasion d'excès vénériens. Par exemple, une excitation génitale insolite est quelquefois un phénomène avant-coureur d'une attaque de goutte ; ce qu'on pourrait expliquer en considérant que l'invasion des symptômes locaux de cette maladie est ordinairement précédé de l'irritation de plusieurs membranes muqueuses. Cette salacité, que tous les auteurs ont signalée comme particulière aux phthisiques , ne résulterait-elle pas aussi de la part que la membrane génito-urinaire peut prendre a cette excitation générale des mem-

bi ânes muqueuses , qui est si fréquente dans l'affection tuberculeuse des poumons ? L'anatomie pathologique n'a rien fourni , au surplus , qui puisse éclairer cette question. Sur quarante phthisiques dont la prostate,, les vésicules séminales et les conduits déférens, ont été scrupuleusement examinés par M. Louis, trois seulement offraient une altération de ces parties ; elle consistait dans le dépôt d'une plus ou moins grande quantité de matière tuberculeuse dans la prostate : de plus, sur l'un d'eux, on trouva aussi de cette matière dans les vésicules séminales et les conduits déférens1. M. Louis ne donne aucun renseignement sur l'appétit vénérien de ces individus, et l'on conçoit que ce genre de notions est de ceux que l'on recueille rarement dans les hôpitaux.

L'affection de la membrane muqueuse génito-urinaire fournit aussi, je crois, la raisonde ce libido inexplebilis , que beaucoup d'auteurs ont signalé comme symptôme de VEle-

' Recherches anatomo-patho logiques sur la phthisic , 1825, p. 132.

phantiasis des Grecs, autrement dit Lèpre tuberculeuse. La fréquence* de ce symptôme avait tellement frappé les anciens, qu'ils confondaient l'éléphantiasis avec le satyriasis *. Sonnini l'a vu à la Ganée, dans l'île de Candie, sur un assez grand nombre d'individus de l'un et l'autre sexe atteints de cette espèce de lèpre. Ils étaient renfermés", selon l'usage du pays, dans de chétives barraques situées aux portes de la ville , et là ils s'abandonnaient sans pudeur aux plus vils excès d'une irritation voluptueuse. Ce voyageur assure qu'on les trouvait quelquefois prenant leurs dégoûtans ébats le long des chemins et au milieu du jour. Les vieillards eux-mêmes n'étaient pas exempts de cette lubricité. Il cite l'exemple d'un lépreux qui, la nuit même qu'il mourut , s'abandonna encore à l'impulsion de ses désirs. Niebuhr parle d'un autre lépreux qui, emporté par son ardeur, parvint à communiquer sa maladie à une femme de Bagdad, laquelle fut admise avec lui dans le lazaret de cette ville. Vidal et Joannis assurent aussi avoir observé le libido chez des matelots affectés d'éléphantiasis des Grecs. Après ces témoi-

( Âclius, de E lephantiasi ex llèris orchigenis 3 p. H 10.

gnages, il y aurait quelque hardiesse à nier la possibilité de ce symptôme, dont au reste l'explication me semble facile. Considérez l'éléphantiasis : en même temps qu'il s'attaque à la peau , il s'étend sur les membranes muqueuses, où l'on observe des tubercules, des ulcérations , des ramollissemens , des exsudations, etc., etc. Pourquoi celle de ces membranes , qui tapisse les voies génito-urinaires , serait-elle à l'abri de ces altérations? N'est-il donc pas probable qu'elle était affectée, d'une manière ou d'une autre , chez les individus, quel qu'en soit le sexe, qui présentaient le libido? On conçoit, au reste, que ces altérations ne pouvant être constantes dans la lèpre tuberculeuse, le symptôme dont nous parlons doit manquer souvent , ce qui explique pourquoi divers auteurs qui ont observé des éléphantiaques , particulièrement MM. Alibert1, Rayer 2 et Alph. Cazenave 3, ne Pont pas rencontré. L'affection des organes générateurs peut

1 Précis théor. et prat. des malad. de la peau , t. II, p. 72.

2 Dict» de med. et chirurg. , arl. Eléphantiasis des Grecs , p. 56.

3 Journal hebdomad. de méd,, avril 18 "2 9.

même, si elle est profonde, avoir des résultats complètement opposés au libido : elle peut arrêter le développement de ces organes, quand elle a lieu avant la puberté; ou causer leur atrophie, si elle se manifeste après cette époque. Alors les individus se présentent avec des caractères prononcés d'eunuchisme , ce qu'ont observé J. Adams *, et probablement Pallas, qui affirme que les Tartares affectés d'éléphantiasis montrent de l'éloignement pour les plaisirs de l'amour. Au surplus , dans la lèpre tuberculeuse, les parties sexuelles sont souvent, et, suivant M. Alibert, presque toujours altérées, ce qui doit anéantir la possibilité de tous désirs vénériens. Par exemple, pouvait-il en avoir ce sujet dont M. Alph. Cazenave a rapporté l'histoire, chez lequel on trouva les testicules, le gland et le prépuce convertis en tissu lardacé, et dont les corps caverneux, vides de sang, offraient une hypertrophie marquée de leurs cloisons.

11 arrive souvent que le sens génital s'exalte parce qu'il est* le seul, ou à peu près, qui

•< 06s. on mor buis poisons, etc. , 2e édîl. , Lond. 1 807.

subsiste. C'est ce qu'il n'est pas rare d'observer chez les idiots, ou dans la démence, qui n'est qu'une idiotie acquise. Les imbéciles , abandonnés à eux-mêmes, dit M. Esquirol , deviennent quelquefois , à l'époque de la puberté, masturbateurs, nymphomanes, hystériques. Les idiots sont également sujets à la masturbation la plus effrénée *. Cela se conçoit aisément : ces individus sont en quelque sorte isolés par suite de l'affaiblissement ou de la perte de leurs sens et de leur intelligence : aucune impression ne leur venant du dehors, celles qui peuvent encore naître au dedans exercent un pouvoir sans limites. Les sens internes sont d'autant plus écoutés alors, qu'ils parlent seuls. Ce qui, pour d'autres, n'eût été au plus qu'un désir,, prend chez les idiots les dimensions d'un besoin : c'est pourquoi l'on en voit tant qui ne paraissent vivre que pour boire, manger et se masturber. Quand nous avons parlé des effets de l'onanisme sur les facultés mentales, nous avons montré le sens vénérien s'exaltant d'autant plus que ces facultés s'affaiblissaient davan-

1 Dict. des Scienc. mai., art. Idiotisme , p. 51 2 et 516.

tage ■. Eh bien ! ce fait peut s'observer, quelle qu'ait été la cause de la démence ; car c'est surtout parce qu'ils deviennent imbéciles ou idiots, que beaucoup d'individus tombent dans le satyriasis onanique. Enfin l'idiotie peut être en même temps effet et cause de l'onanisme. Tantôt c'est le mal qui a commencé , d'autres fois c'est l'habitude; mais du moment qu'ils se sont rencontrés, ils travaillent réciproquement à s'accroître, sans qu'on puisse dire lequel des deux exerce sur l'autre l'influence la plus forte.

Ce que je viens de dire de l'idiotie est également vrai pour le crétinisme, qui n'est qu'une variété de cette affection. Petits, goitreux, rabougris, hideux, imbéciles, les crétins, ce type de tous les genres de dégradations, sont de plus, en général, d'une salacité excessive, qu'ils assouvissent soit entre eux, soit par l'onanisme. Un fait remarquable, et qui a été observé deux fois, l'un chez un crétin et l'autre chez un idiot de naissance, peut jeter quelque lumière sur les causes organiques de la marche inverse que suivent les sens externes et

1 Voyez |>. 1 65

internes chez cette sorte de malades : c'est Y hypertrophie du système nerveux ganglionnaïre. Une de ces observations est de M. Schiffner. Il trouva, sur le cadavre d'un crétin, les ganglions du grand sympathique situés le long de la colonne vertébrale , d'un volume beaucoup plus grand que de coutume. Le nerf sympathique du côté gauche avait, au niveau de la sixième vertèbre, un ganglion de la grosseur d'un œuf de poule comprimé l . Antérieurement à M. Schiffner, M. Cavre avait aussi parlé, dans une thèse sur l'idiotisme, soutenue en 1819, de l'excès de développement que lui avait présenté le système ganglionnaire chez un idiot de naissance. Les ganglions cervicaux offraient un volume trois fois plus grand que d'ordinaire; ceux du thorax étaient aussi plus gros que dans l'état sain : il en était de même des ganglions semi-lunaires 2.

Nous venons de voir des individus se montrer d'autant plus lascifs , que d'ailleurs ils devenaient plus stupides et plus insensibles.

' archives de medec.» t. II , et Andral, Précis d'anal, pathol. , t. 111, p. 894.

a Belhomûw ; Essai sur l'idiotie, thèse de 1854; et Andral, lac. cit.

La sensualité vénérienne se développe souvent dans des circonstances bien différentes. Elle peut n'être qu'un corollaire , un épisode, et quelquefois un effet de la susceptibilité générale. On est lascif, parce qu'on est d'une impressionnabilité vive , parce que les organes dépositaires du sens vénérien sont, comme le reste de l'économie , facilement excitables, et que leur excitation est vivement sentie. Cette disposition a lieu souvent chez les hypocondriaques et les hystériques , c'est-à-dire chez des individus qui sont susceptibles jusqu'à en être habituellement malades. L'état d'éveil se développe aisément en eux, et il en est qui ont des pollutions nocturnes pour la moindre cause. Les organes générateurs peuvent aussi , comme tous les autres , répéter une irritation dont le siège est plus ou moins éloigné d'eux , par exemple dans l'estomac , les poumons , la peau , etc. , etc. Les dartreux, et en général les individus que des maladies cutanées exposent à un prurit continuel, passent pour être lascifs à l'excès. Des accidens analogues au priapisme et au satyriasis se montrent dans une foule de maladies. On a vu souvent des coliques soit nerveuses , soit flatulentes, produire un pareil effet. Une

femme observée, en 1833, à P Hôtel-Dieu, dans les salles de M. Bouillaud, et dont Phistoire a été publiée par M. Donné, a présenté un phénomène qui, malgré son étrangeté, s'explique très bien par ce que nous venons de dire. Cette femme avait trente ans, était d'une forte constitution et d'un tempérament hystérique. Sa main devint le siège , après un rhumatisme très aigu du poignet, d'une sensibilité exquise et de telle nature, qu'il suffisait de pratiquer la plus légère friction sur cette partie pour procurer à la malade toutes les sensations du coït. Cette aberration de la sensibilité disparut avec les dernières traces de l'inflammation rhumatismale , et les choses se rétablirent dans leur état naturel l. Un observateur très digne de foi, M. le docteur Mirambeau, m'a communiqué le fait d'un enfant qui se procurait des sensations analogues en se tiraillant le nombril. Sa santé se détériora d'une manière remarquable par suite de cette singulière habitude, qui avait un tel empire sur lui qu'on fut contraint d'employer des moyens coërcitifs pour la faire cesser. Il est à noter cependant que , sauf les sensations dont il

1 Revue med. , juin 1833.

vient d'être parlé, ce malade n'offrait ni érection, ni aucun autre phénomène dans les parties génératrices qui ressemblât à ceux de l'acte vénérien.

Des choses qui peuvent produire l excitation vénérienne et des moyens de préservation qui s'y rattachent, — Ces choses sont toutes celles qui sont capables d'accroître la sensibilité en général , et, en particulier, celle des organes dépositaires du sens vénérien : les moyens sont les influences dont on fait, usage pour agir dans une direction contraire.

Le désir vénérien peut se développer dans toutes les saisons. Une d'elles cependant est plus favorable à sa venue; c'est le printemps. La notoriété de ce fait remonte à la plus haute antiquité ; cependant il n'a trouvé que dans ces dernières années une base vraiment scientifique. C'est aux travaux statistiques de M. Villermé en France T , et de MM. Quetelet et Smits, en Belgique2, que Ton doit ce progrès.

1 Annales d'hygiène , mars 1832.

4 ldemt avril 1833.

M. Villermé s'est proposé d'établir, d'après les registres de naissance, quelles sont les époques de Tannée où il s'opère le plus de conceptions. Voici dans quel ordre les mois se sont trouvés rangés sous ce rapport :

Mai.

Juin.

Avril.

Juillet.

Février.

Mars et décembre,

Janvier.

Août.

Novembre.

Septembre.

Octobre.

Ainsi, le trimestre où il se fait le plus de conceptions se compose des mois d'avril, mai et juin , et celui où il s'en fait le moins, des mois de septembre , octobre et novembre. C'est donc au printemps , à cette époque de l'année où la végétation se réveille, où les arbres se couvrent de feuilles et de fleurs, où la plupart des animaux entrent en rut, qu'on voit le plus de grossesses commencer ; tandis que \ automne , cette saison de décrépitude

pour la vie annuelle des végétaux, est aussi le temps où l'espèce humaine travaille le moins à son renouvellement. Les résultats obtenus par MM. Quetelet et Smits sont en tout point conformes à ceux de notre statisticien. Reste à savoir si ia différence qui existe entre le printemps et l'automne vient de ce que, dans le premier, on travaille davantage à la procréation ; ou de ce que l'imprégnation, la conception , y serait plus facile.

Pour résoudre cette question, M. Villermé a cherché dans les comptes généraux de la justice criminelle quel est le temps de l'année où il se commet le plus de viols et d'attentats à la pudeur : or il a trouvé que ce temps est précisément celui où il se fait le plus de conceptions, c'est-à-dire le printemps. Le même résultat a été obtenu pour la Belgique par MM. Quetelet et Smits. Les crimes dont il vient d'être parlé ne seraient-ils plus nombreux au printemps que parce qu'alors les hommes ont plus d'occasion de s'en rendre coupables, vu que les femmes sont rencontrées seules, et légèrement vêtues, dans les bois et dans les lieux écartés ? Mais les mêmes circonstances existent, ou à peu près, ainsi que M. Villermé en fait la remarque, en

août et septembre, et cependant le nombre respectif de ces crimes diminue dans ces deux mois. On ne peut non plus attribuer cette fréquence relative à ce qu'il se contracte plus de mariages à certaines époques de Tannée qu'à d'autres, car toujours et partout le maximum et le minimum des naissances reviennent, à quelques variations près, d'ailleurs fort limitées, aux mêmes époques, tandis que celles des maximum et minimum des mariages dans les divers pays , offrent des différences très grandes et très nombreuses. On peut donc considérer comme étant aujourd'hui positivement constaté, ce fait, que l'homme est assujéti jusqu'à un certain point aune sorte de rut périodique, dont le retour a lieu, chaque année, au printemps. Ce n'est pas précisément la chaleur qui produit ce phénomène remarquable, car il devrait, s'il en était ainsi, se montrer plutôt en juillet et en août qu'en avril et mai : c'est plutôt le retour des premières chaleurs, P 'eut- être ce phénomène vient-il aussi d'influences aujourd'hui inconnues, qui contribueraient avec les premières chaleurs à la résurrection vernale des êtres organisés. Les faibles variations qu'offre l'arrivée du rut humain dans les divers climats, confirme ce qui vient d'être dit surl'ac-

tion du printemps. M.Villermé ayant comparé les diverses parties de la France , de l'Europe, et même des deux hémisphères, a trouvé que le maximum des conceptions est, comme cette saison , plus précoce dans les pays chauds que dans les froids. Il y a donc une époque de l'année où l'homme est plus enclin à commettre des excès, et où, conséquemment, la surveillance pour les lui éviter doit être plus active. Nous avons vu précédemment que Wichmann regarde le printemps comme une cause de recrudescence pour la pollution diurne: on peut en dire autant pour la nymphomanie. Chez une femme dont précédemment nous avons rapporté l'histoire1, et qui était atteinte de cette maladie, l'époque de la plus grande salacité s'étendait constamment du commencement à la fin de cette saison. Il est une autre observation dont l'importance paraît médiocre d'abord , mais qui peut fournir des déductions pratiques d'un grand intérêt. M. Villermé a trouvé dans ses recherches que le maximum des conceptions , et leur minimum, sont beaucoup moins marqués dans les villes que dans les campagnes ,

1 Voyez p. 268.

et de plus, que dans les grandes villes ; a Paris par exemple , ils le sont davantage a mesure qu'on s'éloigne du temps actuel. Ce fait confirme ce que nous venons de dire sur l'influence des saisons , car il montre qu'elle est d'autant moins forte que les individus sont plus abrités. Il montre aussi combien la vie d'intérieur peut modifier la salacité de l'homme. Cette remarque a été faite depuis Jong-temps pour les animaux : leur rut cesse d'être périodiquement marqué quand, de l'état sauvage, ils passent à celui de domesticité. Reste à savoir de quelle manière la vie d'intérieur agit sur le sens vénérien. Une autre observation de M. Villermé nous paraît propre à jeter un grand jour sur cette question.

La loi de maximum et de mini?mim dont il est ici question offre une exception bien remarquable, qui est fournie par les pays les plus froids, la Suède, la Finlande, Saint-Pétersbourg. Dans ces pays, les mois de décembre et de janvier , l'hiver enfin , est l'époque de l'année où il se fait le plus de conceptions. Pour se rendre compte de cette exception, on lui a supposé des causes diverses ; il n'en est qu'une , cependant, qui peut l'expliquer bien : c'est la manière dont vivent et se vêtissent les

habilans de ces contrées pendant la saison froide. Ils se font alors, à force de vêtemens et de chauffage , un climat artificiel qui leur permet de résister à la rigueur de celui qu'ils habitent. Des vêtemens multipliés, épais et propres, au plus haut degré, à conserver au corps sa chaleur naturelle, l'enveloppent exactement, et placent ces individus dans une position analogue à celle des végétaux dont on hâte le développemen t au moyen de paillassons et de couches épaisses de fumier. De plus, ils se renferment dans des habitations qu'ils préservent du froid extérieur avec un art inconnu dans nos contrées , et qu'ils échauffent à un degré que nous ne supporterions qu'avec peine. Ajoutez que c'est sur des poêles et dans des espèces de fours qu'ils se livrent au sommeil. Je ne doute pas que si les habitans des régions polaires tenaient des registres d'état civil on constaterait, en dépouillant ceux-ci , que dans ces rudes climats la belle saison n'est pas non plus celle des amours. Un fait positif c'est que la puberté y est précoce , comme sous les Tropiques. Ainsi les femmes Samoïèdes sont réglées dès l'âge de onze ans, et souvent elles sont mères a douze * .

' Klîngstadt, Mémoire sur les Samoïèdes', n. \\ et \'S .

Gela n'étonne pas quand on considère qu'elles vivent, presque toute l'année, dans des iourtes souterraines, où règne une chaleur étouffante produite par de l'eau jetée sur des pierres rougies. Les habitations des pays froids peuvent donc être regardées comme étant , pendant l'hiver, de véritables serres chaudes, qui agissent sur l'homme comme celles où nous enfermons les végétaux.

Ces faits établis , passons à leurs conséquences : ne prouvent-ils pas qu'un climat factice peut éveiller prématurément ou trop vivement le sens vénérien? Qu'il ne faut pas se hâter, quand vient l'hiver, de couvrir un jeune homme de vêtemens chauds et multipliés ? qu'on doit éviter avec soin de le charger, pendant la nuit, d'un édredon ou de couvertures épaisses ? qu'il convient de l'habituer à braver le froid? qu'on doit, autant que possible, lui interdire de séjourner trop long-temps dans des appartemens très chauds et de s'accroupir habituellement près du foyer? Ces préceptes découlent naturellement des observations faites sur l'influence des saisons. Est-il besoin d'ajouter que bons, comme règles pré- . servatrices , pour tous les jeunes sujets, ils sont plus particulièrement applicables à ceux

qui sont suspectés. ou convaincus d'être niasturbateurs?

Dans ce qui précède nous n'avons considéré que les zones tempérées des deux hémisphères, c'est-à-dire les pays où il y a quatre saisons distinctes et d'une longueur à peu près égale. Mais si on se rapproche de la ligne équatoriale, de ces régions du globe où l'année se partage entre un été très long et un hiver fort court, l'influence des saisons s'efface devant celle du climat. Je ne reproduirai pas ici tout ce qui a été dit sur la précocité des habitans des pays chauds, leur ardeur en amour, les excès auxquels ils se livrent, la rapidité avec laquelle l'âge adulte fait place, chez eux, à celui de décadence : toutes ces choses sont tellement connues que leur simple mention doit suffire ici. Mais je ferai une remarque qui me paraît fort importante : si l'action habituelle, prolongée de la chaleur solaire a pour effet de hâter 1 avenue du sens vénérien , de lui donner une impressionnabilité , un empire si grand, pourquoi l'action habituelle, prolongée de toute autre chaleur, de celle, par exemple, des vêtemens , des habitations, des bains, etc., etc. , n'aurait-elle pas un résultat analogue? Il me semble qu'admettre le premier fait, c'est con-

dure à l'autre. Ainsi donc, soit que nous examinions autour de nous l'influence des saisons, ou que nous considérions au loin celle des climats , nous arrivons toujours à cette conséquence, que par une éducation molle, par ces petits soins dont on entoure les jeunes sujets pour les préserver de ia moindre impression du froid , on travaille à hâter l'éveil de leurs sens , et conséquemment à les en rendre victimes. Une autre conséquence des faits dont il vient d'être question, c'est qu'il convient, autant que possible, lorsqu'on se décide à faire voyager un jeune homme sujet à l'onanisme , de ne pas l'exposer à des climats brûlans.

Existe-t-il des émanations qui soient susceptibles d'engourdir le sens vénérien? On pourrait, d'après une observation dont nous avons déjà parlé l , et que l'on doit à M. Villermé, soupçonner celles qui s'élèvent des eaux stagnantes d'être dans ce cas : mais il est probable que si la procréation est moins active dans les contrées marécageuses à l'époque de leur plus grande insalubrité , c'est qu'alors le nombre des individus malades est plus grand. Un fait positif, c'est que le sens vénérien peut, malgré les

! Voyez p. 94.

émanations des marais , être très précoce , et entraîner des populations entières à des excès habituels : je pourrais citer pour exemple les chétifs habitans des parties marécageuses des Landes de Bordeaux , et les Solognais.

Le pouvoir que les odeurs , et surtout certaines odeurs, ont d'exciter à l'amour, n'est pas douteux, au moins pour les animaux. Presque tous les mammifères exhalent, à l'époque du rut, des émanations spéciales, qui servent à avertir au loin le mâle de la présence d'une femelle et à susciter en lui le désir de s'accoupler. Même dans les insectes il est des faits dont on ne peut se rendre compte que par des effluves odorantes. Si par exemple on renferme dans une boîte exactement close , une femelle de bombyce , et surtout celle du grand paon, on ne tarde pas à voir voltiger autour de cette prison des mâles que la vue n'a pu instruire de cette captivité. Se passe-t-il quelque chose d'analogue dans notre espèce? beaucoup d'au teurs l'ont affirmé. « Les odeurs, dit Cabanis, agissent fortement sur le système nerveux ; elles le disposent à toutes les sensations de plaisir : elles lui communiquent ce léger trouble , qui semble en être inséparable; et tout cela, parce qu'elles exercent une action spé

ciale sur les organes où prennent leur source les plaisirs les plus vifs accordés à la nature sensible. Dans î'enfance, l'influence de l'odorat est presque nulle ; dans la vieillesse, elle est faible : son époque véritable est celle de la jeunesse , celle de l'amour *. » Il est constant que chez une foule de peuples, et dès la plus haute antiquité, les femmes voluptueuses se disposaient à l'amour par l'usage cosmétique de divers parfums, particulièrement du musc. Cette substance a même été signalée comme capable d'exciter des pollutions nocturnes 2. J'ai lu cependant quelque part, qu'un homme qui s'y connaissait, Henri IV, voulait qu'on laissât aux parties sexuelles leur odeur naturelle, plus efficace, selon lui, que tous les apprêts mensongers. Malgré ces témoignages, et beaucoup d'autres que j'aurais pu y joindre , je crois que, dans notre espèce, où l'odorat comparé à celui des animaux a si peu de puissance, les émanations odorantes n'ont qu'une parttrès faible à l'excitation des plaisirs sexuels. Cependant je regarde comme prudent de pré-

1 Rapports du phys. au moral de V homme , t. I, p. 222, a Luc. Schrœckius, Hist. mosc/u. , cap. xxx.iv, p. 153.

venir l'abus des cosmétiques chez les jeunes sujets.

L'irritation de la peau, surtout au voisinage des parties sexuelles, peut, comme nous l'avons vu, se répéter sur elles, et causer ainsi des désirs vénériens. Les libertins blasés de toutes les époques ont cherché, et quelquefois trouvé, dans cette possibilité une dernière ressource. La volupté n'ayant plus pour eux de caresses, ils l'ont armée d'un fouet noueux et d'autres instrument de torture. Au temps de Néron et de Pétrone, l'art de ranimerles facultés éteintes avec des orties vertes était connu et pratiqué: une prêtresse de Priape, Enothea, promettait à Eucolpe de lui rendre fascinum tam rigidum ut cornupar ce procédé. Menghus Faventinus le conseille dans le cas d'une extrême brièveté de la verge, afin, dit-il, de la magnifier1. Une foule d'auteurs, Pic de la Mirandole, Cœlius Rhodiginus, André Tiraqueau, Riedlin, Othon Brunfels, etc., etc., ont rapporté, sur l'emploi que le libertinage a fait de ce moyen, des détails que je ne reproduirai pas ici, et qu'on peut trouver dans l'ou-

1 Pract. pars 11 , cap. de Passion, membr. générât.

vrage de Meïbomm1, et un article deM.Virey 2. Cependant les plaisirs de la fustigation ont eux-mêmes leurs bornes : aussi a-t-elle été prescrite encore, non pour acérer l'aiguillon de la chair, mais pour l'émousser. Plus d'un saint homme s'est flagellé dans cet espoir; mais souvent, dit-on, la concupiscence a seule trouvé son compte dans cette pratique. Peut-être faudrait-il, pour qu'elle fût efficace, qu'elle trouvât des bras moins amis que ceux qui, de coutume, se chargent de l'exercer.

On conçoit qu'un moyen dont on peut faire untel usage est susceptible, quand on l'emploie comme châtiment, d5avoir un résultat bien différent de celui qu'on s'en était promis. La fustigation, et aussi la dénudation qui en est inséparable, ont souvent, chez les enfans, un effet que l'érection de la verge exprime aussitôt. Il n'est pas rare de voir de jeunes sujets se complaire à cette correction et la rechercher. Les

1 De Jlagrorum usu inre venereâ , Lugd. Batav. , 1643. Ce savant ouvrage est dédié à un conseiller de l'évèque de Lubeck , et porte cette épigraphe :

« Delicias pariunt veneri andelia flagra;

« Dum nocet , illa juvat; dum juvet, ecce nocet. »

? Die t. des Scienc. med., arl. Flagellation.

sensations qu'elle peut procurer ont été quelquefois assez fortes pour être suivies d'une éjaculation immédiate. Combien d'enfans ne se sont livrés à l'onanisme que par suite de cette imprudente méthode ! combien de fois a-t-elle alimenté , chez des masturbateurs , leur habitude funeste! Ces conséquences ont été signalées par une foule d'auteurs : Pic de la Mirandole, Rhodiginus, etc., etc., en ont rapporté des exemples. Il faut y joindre le suivant , que M. Serrurier raconte en ces termes : « Un de mes condisciples de collège, dit-il, trouvait un plaisir indicible à se laisser fustiger : il cherchait toutes les occasions de manquer envers le professeur, qui jamais n'absolvait un coupable et le faisait toujours passer par les verges, en le livrant à des individus chargés de cette ignoble fonction. Ce même condisciple m'a avoué qu'il regrettait de voir arriver la fin de la punition, parce qu'alors la pollution n'était pas complète. Aussi qu'est-il résulté de cette affreuse découverte ? Ce malheureux a pris l'habitude de la masturbation. Réduit à l'état de consomption le plus horrible, par suite de la déperdition habituelle de la semence, il nous fut offert en spectacle, au moment de sa mort, comme un

modèle de dépravation, et comme un exemple du danger où l'on s'expose par cette coupable passion *.»

La fustigation est bien plus à craindre quand l'exécution vient d'un sexe qui n'est pas celui du patient. Il y a , même chez les plus jeunes enfans , un quelque chose intérieur qui leur permet de sentir cette différence. Ecoutez J.-J. Rousseau décrivant l'effet qu'il éprouva de la correction qui lui fut infligée deux fois par mademoiselle Lambercier : il avait alors huit ans : « Assez long-temps, dit-il, elle s'en tint à la menace, et cette menace d'un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante; mais, après l'exécution , je la trouvai moins terrible à l'épreuve que l'attente ne l'avait été, et ce qu'il y a de plus bizarre est que ce châtiment m'affectionna davantage encore à celle qui me l'avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle, pour m'empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant; car j'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m'avait

1 Dict. des Sciences med., ait. Pollution, p. 126.

iaissé plus de désir que de crainte de l'éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe , le même châtiment reçu de son frère ne m'eût point du tout paru plaisant. » Jean -Jacques s'étant mis une seconde fois dans le cas de recevoir la même correction, l'exécutrice put découvrir, à quelque signe , que ce châtiment n'allait pas à son but : aussi n'y revint-elle plus1. Grâce à son tempérament , Jean-Jacques ne contracta pas, dans cette périlleuse occasion , une habitude qui peut-être eût tari à leur source les admirables facultés qu'il déploya plus tard.

On voit, par ce qui vient d'être dit , combien il faut tenir à la séparation des sexes dans les écoles ; car la méthode dont nous parlons est et sera long-temps encore pratiquée dans un grand nombre d'entre elles. Quant aux collèges royaux , elle y est depuis long- temps interdite. J'en dirai autant de la plupart des institutions particulières. Mais ce n'est pas assez ; il faudrait que les verges disparussent de tous les foyers domes-

1 Confessions y liv. 1er.

tiques. Ce sont particulièrement les médecins qui doivent s'attacher à faire comprendre aux familles que les mœurs ont tout à craindre d'une peine qui a le double inconvénient d'offenser la pudeur et d'éveiller les sens.

Certains vêtemens peuvent, en excitant la peau, en y causant ou en y entretenant des démangeaisons, avoir des effets analogues à ceux de la flagellation, La bure , le cilice, ces tissus de laine et de crin dont se vêtissaient jadis les dévots, ont, dit-on , contribué, avec la discipline , à la réputation d'incontinence que s'étaient faite quelques ordres mendians. On en a dit autant de la malpropreté. Quoi qu'il en soit , on agit sagement en évitant l'application immédiate des vêtemens de laine sur la peau des jeunes sujets, particulièrement au voisinage du bassin. Conséquemment un caleçon de toile doit toujours être porté sous le pantalon de drap. J'ai déjà parlé de l'importance des soins de propreté pour les parties sexuelles • : on peut en dire autant pour toute la surface de la peau.

C'est surtout par des lotions et des bains que cette propreté doit être entretenue. Les

1 Voyez p. 439.

premières doivent le plus souvent être froides : il y a peu de contre-indications à cette règle. Quant aux bains, je dirai seulement qu'on ne doit permettre qu'avec beaucoup de circonspection aux masturbateurs, et généralement aux jeunes sujets , ceux dont la température est élevée, à cause de l'excitation qu'ils déterminent. Ce ne doit être aussi qu'avec une sage réserve qu'on doit leur conseiller vies bains tièdes, qui ont le double inconvénient de rendre susceptible et d'énerver. Les bains frais et froids devront donc toujours être préférés, quand la saison et la santé des individus le permettront. Indépendamment de ces règles concernant les bains, il en est d'autres tout de surveillance; nous en parlerons plus loin. Les boissons et les alimens sont susceptibles de modifier profondément l'excitation vénérienne. Elle peut, elle et les excès qui en sont la conséquence, avoir son principe dans le régime alimentaire. Ce régime peut aussi être un obstacle puissant aux efforts dont le but est d'arracber un jeune sujet à l'onanisme , de même qu'un bon choix d'alimens et de boissons est éminemment propre à les aider. Il est donc important de rechercher les conditions diététiques sous l'in-

fluence desquelles le sens vénérien s'exalte ou s'apaise, pour écarter les unes et profiter des autres. C'est à quoi nous allons maintenant procéder.

Sine cerere el B ace ho friget Venus, dit un vieux adage, qui serait irréprochable s'il n'était trop absolu. En effet une alimentation abondante et forte est, en général, plus favorable aux désirs vénériens que l'alimentation contraire. Ce fait peut être constaté sur une vaste échelle, si l'on compare, sous le rapport des conceptions, les années d'abondance et celles de disette. On voit alors combien la misère publique nuit à la procréation. Depuis long-temps cette remarque avait été faite, mais grâce aux patientes recherches de M. Villermé, sa démonstration paraît maintenant complète. Ce savant a établi, d'après plusieurs tableaux du mouvement de la population en France, qu'à cette époque de notre révolution où l'on venait de supprimer la dîme, les impôts sur le vin, sur le sel, les redevances féodales, les maîtrises, les jurandes, etc., etc.; enfin, à ce moment où les ouvriers, les petits cultivateurs, les prolétaires en un mot, se trouvèrent tout à coup dans une aisance inaccoutumée, qu'ils célébraient dans la plus grande partie du territoire

par des fêtes, des repas, et qui leur permettait de se nourrir mieux, le nombre des naissances s'accrut très notablement. Sur onze tableaux que M. Villermé a pu examiner, il n'a trouvé, à cet égard, qu'une seule exception. Par contre, lorsque le peuple vient à n'avoir qu'une nourriture mauvaise et insuffisante, le nombre des conceptions diminue pour ne reprendre son niveau qu'après que l'abondance est rétablie. Il paraîtrait même que lorsque la disette et son effet sur la reproduction ont cessé, celle-ci prend pour quelque temps une énergie extraordinaire. Ces faits ont été surtout manifestes après la mauvaise récoite de 1816 ; il y eut beaucoup moins de conceptions , proportions gardées, depuis novembre 1816 jusqu'à et compris septembre 1817, principalement pendant les mois d'avril, mai, juin et juillet, que dans les autres années *.

Des observations analogues ont été faites sur les animaux : on a remarqué que c'est surtout aux époques où leur nourriture est abondante qu'ils entrent en rut, et qu'en général ils produisent beaucoup plus quand ils sont en domesticité qu'à l'état sauvage, où souvent ils

1 Annal. (ïhyg. publ. , janvier 1831, p. 101 à 104.

subissent de longues abstinences. Ce n'est donc pas sans raison que le jeûne a été prescrit par les casuistes comme un moyen d'amortir les désirs charnels. Un fait positif, et qui résulte aussi des recherches de M. Villermé, c'est que dans presque tous les pays catholiques dont il a pu examiner le chiffre des naissances, le carême, tel qu'on l'observe, et surtout tel qu'on l'observait autrefois , paraît avoir une influence défavorable sur la procréation '.

Les faits dont il vient d'être parlé peuvent s'expliquer de plusieurs manières : d'abord par l'action de l'abondance et de la disette sur la santé publique. Il est probable, en effet, que ce qui a lieu en temps de misère, se rapproche de ce qu'on voit dans les pays marécageux durant le règne des épidémies2. L'action de l'abondance sur la procréation peut s'expliquer aussi par l'influence immédiate du travail digestif sur les organes qui ont en dépôt le sens vénérien. On sait que souvent des désirs amoureux se développent immédiatement après le repas. Il suffit quelquefois de se coucher aussitôt après celui-ci pour avoir une

a Voyez p. 94 et 472.

pollution nocturne. M. Serrurier parle d'un maniaque qui avait des pertes séminales , quand, après une abstinence prolongée, il se remplissait l'estomac d'alimens l. On conçoit, au surplus, que l'effet dont nous parlons doit se produire plus aisément, et avec plus de force, quand l'excitation qui accompagne le travail digestif est plus grande ; lorsque , par exemple , ïe repas a été copieux, composé d'alimens choisis, excitans, et arrosé d'un vin généreux ou d'une petite quantité de liqueurs alcooliques. C'est surtout chez les individus atteints de pollution, que l'influence immédiate de ces circonstances peut être saisie.

Indépendamment de l'effet immédiat dont il vient d'être question , une alimentation chaude et analeptique peut, en donnant au corps un surcroît d'excitation et de force , rendre les désirs amoureux plus fréquens et plus vifs. Ainsi l'usage habituel et abondant des viandes de boucherie, du gibier, de la charcuterie, des ragoûts, des épices, des vins chauds, des liqueurs, du café, etc., doit être considéré comme une cause indirecte d'excès

1 Diclioiùiuirc des scienc. med. , t. XLIV, p. 116.

vénériens, surtout si les sujets qui font un pareil régime n'en balancent pas l'action par une vie très active. L'usage des alimens végétaux, et particulièrement de ceux qui, comme les fruits , les légumes verts, apportent peu de matériaux à la nutrition, doit avoir des résultats contraires. Il ne faudrait pas cependant prendre, dans un sens trop absolu ce que je viens de dire : un régime affaiblissant et une salacité excessive peuvent se montrer de compagnie. Les Landais de la Gironde en sont un exemple frappant: leur régime alimentaire est le plus misérable qu'on puisse concevoir : ils vivent de soupes aux choux , aux raves, aux haricots, avec du lard rance, du poivre et du piment ; de bouillies de farine de maïs et de millet ; d'un pain de seigle ou de maïs mal confectionné ; d'eau pure , ou acidulée , au plus , avec du vinaigre , etc. Aussi présentent-ils une maigreur extrême, un teint hâve et décoloré, tous les signes enfin d'une détérioration profonde ; ce qui ne les empêche pas d'être très précoces pour l'amour, et de s'y livrer avec la plus extrême ardeur h

Renseignemens <îe M. Boyer-FonIVède.

Divers alimens ont été présentés comme pouvant, pins que les autres, exciter les forces génératrices. Ils ont, pour cette cause, reçu le nom de spermatopés. Parmi eux , et au premier rang , se trouvent les poissons. Il paraîtrait que cette qualité leur a été attribuée dès la plus haute antiquité : toutefois ce n'est que depuis un doute émis, avec beaucoup de réserve cependant , par Montesquieu *, que cette opinion a eu parmi les modernes un véritable crédit. Beaucoup d'auteurs l'ont admise, sur la foi de ce grand homme, comme incontestable, et dès lors, au lieu d'en rechercher les bases, ils se sont attachés seulement à découvrir les causes du fait qu'elle avait consacré. Ainsi on a expliqué la vertu prolifique des poissons par les aromates et autres condimens qui entrent dans leur préparation; par leur salaison, d'où proviennent, dit-on, certaines maladies de peau qui rendent salace, mot qui semble annoncer son origine; par le phosphore que contient leur chair , et plus particulièrement leur laite; parce fait, que la pêche fournissant une grande quantité de

1 De l'esprit des Lois } liv. XXIII , cap. xm.

poisson, ceiui-ci devient pour les populations maritimes une nourriture presque exclusive et très abondante. On a été plus loin : on a déterminé quelles sont les parties des poissons qui fournissent le plus de matière séminale ; et c'est aux laitances que cette propriété a été dévolue, soit parce que ce sont les organes sécréteurs du sperme, soit à cause du phosphore queFourcroy et Vauquelin ont découvert en elles. Ajoutons que tous les poissons n'ont pas été mis indistinctement sur la même ligne sous le rapport qui nous occupe : on a particulièrement désigné, tant parmi eux que dans les classes d'animaux qui s'en rapprochent le plus, les raies, les squales, la lote, le poulpe, les pétoncles, Ses huîtres, les écrevisses, les homards, etc. , etc.

J'ai cherché les bases de l'opinion que je viens d'exposer relativement aux poissons ; mais, malgré tous mes efforts, je n'ai pu lui en trouver aucune. Cette opinion n'a pas même l'appui de cette notoriété populaire, qui est le produit insensible des observations de chacun et de chaque jour. Il m'a été beaucoup plus facile de trouver des observations, des remarques contradictoires. Ainsi M. Benoiston de Châteauneuf a prouvé directement par des

faits statistiques, que la fécondité n'est pas plus grande chez les habitans des côtes maritimes que chez ceux qui vivent ailleurs *'; De son côté , M. Villermé a fait observer qu'au Groenland et parmi les Esquimaux, où la nourriture principale se compose de poissons, de veaux marins, c'est-à-dire d'alimens où abondent ces parties huileuses , que l'on regarde comme très prolifiques, il est rare que les femmes aient plus de deux ou trois grossesses durant leur vie. D'ailleurs, pourquoi se fait -il, si le poisson a la vertu qu'on lui suppose, que le temps du carême, c'est-à-dire l'époque de l'année où l'usage de cette nourriture est le plus général, soit celui où la procréation est le moins active, ce qui résulte de documens rassemblés dans presque tous les pays, et que M. Villermé a soumis à ses laborieuses investigations2. Rien n'est donc moins établi et plus improbable que cette vertu, ce dont il importe qu'on soit bien pénétré, afin de ne pas repousser du régime de la

1 Notice sur la fécondité en Europe au commencement du dix-neuvième siècle. Bulletin Je M. Ferussac , janvier 1827, 6e secl.

2 Annales d'hygiène publique , janvier 1 83 1 , p. 111.

jeunesse une nourriture qui, étant à la lois réparatrice et peu excitante, convient parfaitement pour prévenir l'exaltation génitale, ou pour l'apaiser.

Indépendamment du poisson , un grand nombre d'alimens ont été regardés comme aphrodisiaques. Parmi les animaux, on a désigné la tortue caret, plusieurs reptiles insectivores, un oiseau appelé torcol^ et une foule d'insectes dont il est inutile de parler. Les œufs ont été placés dans la même catégorie, où l'on a mis également les truffes, les champignons, les artichauts, le céleri, le cacao et toutes ses préparations; l'ail, l'ognon, divers condimens, comme le gingembre, le poivre, la vanille; et enfin certains fruits, comme les fraises, les abricots, les pèches, les ananas, etc. La fécondité et le goût précoce pour la luxure, qui distinguent, dit-on, les habitans de la Sologne, ont été attribués au grand usage qu'ils font du blé sarrasin, lequel aurait pour propriété spéciale d'exciter, ce qu'on croit avoir observé sur les oiseaux, les organes de la reproduction l.

1 Mémoires de la société royale de médec., 1776, part. II, p. 70.

Assurément parmi les alimens que je viens de nommer, il y en a qui, étant excitans, échauffans, peuvent, comme tous ceux qui se trouvent dans ce cas, provoquer des désirs, sans avoir rien de plus spécifique qu'une foule de substances qu'on a comptées parmi les antiaphrodisiaques, vu qu'étant raffraîchissantes et adoucissantes elles peuvent produire l'effet opposé. Parmi ces dernières, nous trouvons le lait qui, selon M. Sainte-Marie, forme, en général, moins de semence que la plupart des autres alimens. Nous y trouvons encore les légumes frais, et particulièrement l'oseille, le pourpier, la laitue, l'endive, le concombre, le potiron , le melon , etc. On peut y joindre les viandes des jeunes animaux, du poulet, de l'agneau, du veau, etc.; et aussi les boissons raffraîchissantes, comme l'orgeat, l'eau de groseille, la limonade, etc., etc. Le régime le plus capable d'apaiser les désirs charnels consiste, comme on le voit, dans la diète blanche ou anti-phlogistique, dans cette diète qui se compose de toutes les choses liquides ou solides, qui, introduites dans l'estomac, se laissent digérer et assimiler avec le moindre développement possible d'excitation et de chaleur. Ce régime est celui qu'il faudrait prescrire aux

sujets qui, pourvus encore d'une certaine vi~ gueur, auraient à se défendre contre des désirs pressans et dangereux.

Divers médicamens ont été conseillés aussi pour le même objet: un grand nombre d'entre eux n'agissent que comme les alimens dont nous venons de parler; telles sont les tisannes de mauve, de violette, d'orge, de chiendent, les émulsions, les eaux distillées de laitue, de pourpier, etc.; telles sont aussi les boissons glacées, la glace donnée à l'intérieur, et même les glaces préparées. On prescrit également, pour calmer l'excitation des organes générateurs , des médicamens ayant une action non contestée sur le svstème nerveux. Ainsi le camphre , seul ou joint au nitre , a souvent été donné dans ce but : l'action spéciale de ce médicament sur les voies urinaires permet de croire qu'il pourrait, dans certains cas, rendre quelques services. Primerose et Saint-Basile ont vanté , dit-on , l'usage intérieur de la ciguë pour modérer les désirs trop ardens. L'opium et ses préparations ont été aussi conseillés dans ce but. L'usage que les Orientaux font de ce médicament, et les effets qu'il produit sur eux, me le rendent un peu suspect : cependant je suis loin d'en

repousser l'emploi , persuadé qu'il est des cas où l'opium pourrait être fort utile. La belladonne mérite peut - être plus de confiance. Le docteur Powel a rapporté , dans le Magasin médical de Londres *, l'observation d'une demoiselle de vingt-sept ans, qui éprouvait, depuis plus de trois ans, deux fois le mois, et même plus souvent, de violens accès d'une hystérie libidineuse : sa guérison fut attribuée à une potion dans laquelle entrait la teinture de belladonne : ce médicament avait été porté jusqu'à produire la dilatation des pupilles. Les résultats obtenus parChaussier, et, après lui, par une foule de praticiens, de l'application de la belladonne sur le col de la matrice, soit pour en combattre la rigidité dans l'accouchement, soit pour apaiser les convulsions qui peuvent compliquer celui-ci, permettent de croire que ce médicament est un de ceux qui seraient le plus souvent efficaces dans le satyriasis et la nymphomanie. La thridace pourrait aussi être essayée dans ce cas. M. Angelot a rapporté l'observation d'une spermatorrhée survenue à la suite d'un excès de table et d'un amour violent

' Avril 1824

qui fut guérie par ce moyen l. Ajoutons l'eau distillée de laurier-cerise, que M. Louyer-Villermay indique comme pouvant être essayée dans la nymphomanie.

L'acide borique, autrefois nommé sel sédatif de Homberg, a été aussi conseillé pour apaiser les ardeurs amoureuses. Il en est de même du nitre qui , sous ce nom, ou sous ceux de sel de prunelle et de cristal minéral, a joui, comme antiaphrodisiaque, d'une grande faveur. C'est par l'usage de ce médicament que, suivant Baldassar, cet homme qui demandait avec tant d'instance qu'on lui enlevât les testicules , et dont j'ai parlé précédemment (p. 450), a été guéri. Baldassar avait employé ce sel , parce qu'il s'était rappelé que Prevatius , médecin de Pavie, l'ayant administré à un homme pour une affection de la vessie, l'avait rendu impuissant. On a préconisé encore le chanvre et le saule : Etmuller croyait particulièrement à Faction de ce dernier ; il recommandait l'extrait de ses feuilles et la sève qu'on obtient de ses jeunes branches au printemps 2.

1 Annales de la méd. physîol. , août 1826.

2 Traite du bon choix des médicamens, 17 10, Lyon, l. II, p. 4 33.

Mais de tous les médicamens , ceux dont le crédit est le plus ancien et s'est le plus long-temps soutenu , sont Yagnus castus et le nénuphar.

On ne connaît pas jusqu'où la crédulité humaine peut aller, si on n'a lu ce qui a été dit sur les vertus de ces médicamens. Les femmes grecques , suivant Dioscorides , se couchaient , pendant les fêtes de Gérés , sur des feuilles d'agnus castus pour conserver leur chasteté1 .On trouve dans Arnaud deVilleneuve qu'un moyen infaillible de garantir la sienne de toute atteinte, est de porter habituellement un couteau dont le manche serait en bois de cet arbrisseau. Jadis on faisait dans les monastères un grand usage, tant extérieurement qu'à l'intérieur, de ses feuilles et de ses semences pour supporter plus aisément les rigueurs du célibat. On se croyait plus fort contre la luxure , parce qu'on s'était fait une ceinture avec des branchés d'agnus castus, ou qu'on avait pris quelque préparation qui en contenait. Aussi que de recettes dont il est la base ! Un ancien curé de Saint-Vincent

Mallhioli Comment., in li.b. I, Dioseordis, cap. cxvi.

âe Lyon, Noël Chomel, en a particulièrement vanté une qu'il regardait comme immanquable , dans ses Lettres et dans son Dictionnaire économique ?.. Aujourd'hui ce médicament est tombé dans un discrédit si complet, qu'il serait difficile de trouverïun médecin qui crût encore aux vertus qu'on lui avait attribuées. Il en est de même pour le nénuphar. Sa réputation , comme calmant des organes générateurs, date aussi des premiers âges de la science : on le trouve vanté dans Dioscorides 2 et Galien 3 : son histoire n'est pas moins fabuleuse que celle de ï'agnus castus. Cependant il n'est pas, autant que ce dernier, déchu des hautes qualités qu'on lui attribuait. On l'emploie encore aujourd'hui , mais comme un calmant dans lequel on a peu foi, et à qui , d'ailleurs , on ne reconnaît plus le pouvoir spécial d'engourdir le sens vénérien.

Ici se terminerait la liste des médicamens proposés comme antiaphrodisiaques, si Mon-

1 Chomel , Abrégé de l'Histoire des plantes usuelles » Paris , 1782, in-8% p, 149.

2 Matthiole, lib. III, cap. cxxxvir.

3 Lib. VII.

tégre n'avait parlé, d'après Dopsonville, d'un arbre qui croîtrait dans l'Inde orientale, et dont certains fakirs de ce pays se serviraient pour se rendre impuissans. Cet arbre se nomme mairkousie. Tous les jours , et dès l'âge de six à sept ans , les enfans que l'on destine à augmenter le nombre de ces individus avalent gros comme une noisette de ses feuilles : puis on augmente peu à peu la dose jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans , époque où l'effet est irrévocablement produit. Reste à savoir quel est cet arbre, et, pas plus que Montégre, je ne saurais, à cet égard, donner le moindre renseignement1.

Indépendamment des exeitans spéciaux des organes générateurs , tout ce qui a pour effet d'accroître la sensibilité en général, tend à exalter la leur. Assurément une impressionnabilité très vive et un sens vénérien médio-

1 Voyage, de M en Asie, ou Essais philosoph. sur les

mœurs de divers animaux étrangers ; et Die t. des Scicnc. mer/., art. Continence , p. 124.

crement développé peuvent se rencontrer et se rencontrent souvent ensemble; mais cela prouve seulement que l'appareil génital peut échapper à certaines influences , ne pas répondre aux provocations qui lui sont faites» Cet appareil aurait pu se comporter autrement, se constituer sous le régime de causes qui peuvent agir sur lui, puisqu'elles ont prise sur tous les autres. Ainsi , ce qui tend à développer ou à diminuer la sensibilité d'un sujet, doit être considéré, non comme devant nécessairement modifier celle de ses organes générateurs, mais comme pouvant et devant, dans un grand nombre de cas , la modifier.

Si maintenant on considère que les abus des organes générateurs n'ont lieu , le plus souvent, que parce que la. sensibilité de ces organes a été trop tôt ou trop vivement éveillée , on conçoit qu'une susceptibilité très grande doit agir en prédisposant à ces abus , et qu'en conséquence il convient , tant pour les prévenir que pour les réprimer, de s'occuper de tout ce qui favorise son développement.

La faculté de sentir, comme celle de penser et de se mouvoir, n'est, à beaucoup d'égards,

que ce qu'on l'a faite. \J éducation, c'est-à-dire la culture de ces trois facultés, peut donc, en donnant aux sens un langage précoce , devenir indirectement un principe d'excès. Elle peut aussi, quand sa direction est bonne, être un moyen puissant de les prévenir. Sachons donc comment l'éducation agit, et comment on la dirige.

Ce n'est qu'en exerçant ses facultés qu'on les cultive. Cependant on se tromperait fort si l'on croyait que, pourvue d'une existence individuelle, chacune d'elles peut se développer isolément par l'usage , et comme à l'insu des autres. Les facultés humaines paraissent avoir un fonds commun de forces qu'elles se partagent , de telle sorte que chacune ne peut s'accroître qu'aux dépens de ses rivales. Rarement l'individu qui est doué ou , si Ton veut , affligé d'une sensibilité excessive, possède en même temps une vigueur musculaire très grande. Ce n'est pas non plus par la délicatesse de leurs sens que brillent ces hommes , dont les bras athlétiques soulèvent sans peine de lourds fardeaux. Il s'en faut aussi que le savant , dont l'intelligence travaille toujours et travaille seule, sente comme l'artiste qui ne vit que

d'impressions, et qui, conséquemment, s'ap* plique à en trouver de nombreuses et de fortes. L'éducation agit donc de deux manières : directement, en développant les facultés qu'elle exerce ; et indirectement, en s'opposant aux progrès de celles qu'elle néglige. Ce qu'elle donne à l'une, elle en prive l'autre : c'est à la fois une puissance positive et négative. Quant aux moyens de la diriger, ils agissent en réglant l'usage des trois facultés pendant cette période de la vie où elles se constituent.Ce n'est pas ici le lieu de dire comment l'éducation doit être conduite, pour qu'au triple point de vue physique, intellectuel et moral, elle soit bonne : cherchons seulement à déterminer ce qu'elle doit être, pour qu'une impressionnabilité trop vive ou trop précoce ne devienne la cause d'excès vénériens.

Ce n'est pas dans les classes laborieuses que les hystériques et les hypocondriaques sont le plus nombreux. La fatigue du corps, quand elle est habituelle , étouffe les sens. D'autre part, tout ce qui énerve rend impressionnable à l'excès. Déjà ces faits, dont la notoriété est générale, font pressentir l'influence de l'exercice et du repos sur le sens vénérien. L'observation de tous les jours

lèverait, au surplus, toute espèce de doutes sur cette influence, s'il était possible d'en former. Ce n'est pas sur les enfans qui sont vifs, et se livrent avec impétuosité aux jeux pour lesquels il faut le plus de mouvemens et d'efforts , que l'onanisme s'arrête plus volontiers, mais sur ceux dont les sens et Fesprit se grossissent d'une activité qu'une vie sédentaire ne permet pas d'utiliser autrement. La puberté, cette émancipation des organes générateurs, est plus tardive, de deux ou trois ans au moins, chez les individus qui ne prennent juste de repos que ce qui est nécessaire pour dissiper la fatigue, que chez ceux qui ne prennent d'exercice que ce qu'on en désire pour se délasser du repos. Toutes choses égales d'ailleurs , l'adulte qui n'attend que d'un travail pénible la nourriture de chaque jour, pense moins aux plaisirs sexuels que l'homme inoccupé. Helvétius attribuait les goûts lascifs des Asiatiques à leur oisiveté, et l'indifférence des Canadiens pour l'amour, aux fatigues que la chasse et la pêche leur faisaient éprouver ». M. Villermé a cherché à constater,

1 De l'Homme , seet. 10, noie 4.

par les procédés statistiques, l'influence des grands travaux sur les conceptions ; mais il n'y est pas parvenu. Cependant il est disposé à regarder l'influence de la fatigue sur les penchans sexuels, comme la cause de l'énorme différence qu'on dit avoir observée aux Antilles, sous le rapport de la fécondité, entre les familles des nègres esclaves et celles des blancs. Il se rappelle avoir lu qu'à Saint-Domingue, en 1788, trois mariages de nègres ne donnaient que deux enfans ,, tandis que chaque union parmi îles blancs en donnait trois1.

On voit , par ce qui précède , à quel point l'exercice est utile à la jeunesse. Par malheur les besoins intellectuels et moraux de notre époque font que l'éducation physique leur est, à beaucoup d'égards , sacrifiée. Combien elle doit amener de désirs précoces, cette vie scolaire qui, tous les jours, enchaîne pendant de longues heures l'activité physique du jeune âge î Aussi de bons esprits se sont^ils élevés contre la brièveté des récréations dans les collèges. C'est ce qu'a fait M. Taillefer dans un excellent travail, publié, en 1824 , sur les

1 Annales d'hy g. , Janvier 1831

améliorations à introduire dans l'instruction publique. MM. Pavet de Courteilles l et Simon (de Metz)3 ont tenu un langage analogue. Les exercices gymnastiques, dont l'usage commence à s'étendre dans les collèges de garçons, et qui déjà sont adoptés dans quelques unes des meilleures pensions de demoiselles3, offrent , dans une certaine limite , une compensation de l'éducation énervante qu'on y reçoit. M. Simon (de Metz) assure que la masturbation , qui faisait de grands ravages dans la maison des orphelins de Berne, en a été chassée par ces exercices. Il ajoute que ce fléau a disparu également des écoles de la Suisse, depuis que l'enseignement mutuel qui, comme on sait, oblige les enfans à des évolutions fréquentes , y est adopté 4.

Une vie très active peut remédier a une lascivité trop grande. La chasse particulièrement

1 Hygiène, des collèges, in-8°, 1827, p. 165. a Hygiène de la jeunesse , in-8°, 1827, p. 164.

3 Je citerai particulièrement l'excellente institution de madame Lelarge, rue de Montreuil, à Paris. Deux gymnases, l'un d'été, l'autre d'hiver, sont, à des heures réglées, mis à la disposition des élèves. Sous ce rapport, comme sous tous les autres, celte institution est un établissement modèle.

4 Loc. cit. , p. 164.

a été conseillée sous ce rapport : « On a fait Diane ennemie de l'amour, dit J.-J. Rousseau, et l'allégorie est juste ; les langueurs de l'amour ne naissent que dans un doux repos. Un violent exercice étouffe les sentimens ten^ dres1. » M. Rullier a vu la chasse produire, chez un homme de quarante ans qui s'y livrait avec une sorte de passion , une véritable anaphrodisie , qui se dissipa lorsque le malade eut adopté, sur les conseils de ce médecin, une autre manière de vivre2. Il y a des exercices qui produisent un effet contraire. Ce sont ceux qui, par des secousses répétées, excitent directement les organes générateurs. La gestation dans une voiture, surtout si elle est cahotante, et plus encore l'équitation, peuvent agir ainsi. Cet effet a été connu des auteurs les plus anciens. Àristote en parle. Tous les cavaliers savent que les mouvemens du cheval produisent souvent une érection immédiate. Ajoutons que ces mouvemens ont quelquefois été la seule cause d'une perte insensible de semence. Pareille chose peut résulter des cahots d'une voiture : M. Serru-

• Emile* liv. IV.

2 Die t. des Scienc. me'd. , art. Génital , p. 12-3.

lier dit en avoir observé sur lui-même un exemple.

La station assise peut-elle , quand on la prolonge trop , avoir une action excitante sur les organes générateurs? M. Simon (de Metz) le pense. Suivant lui , cette attitude a pour effet d'attirer le sang, par la gêne , la douleur qu'elle cause, dans les parties inférieures du tronc, et d'y retenir ce liquide: elle disposerait, par là le jeune homme aux excitations génitales et aux engorgemens du cordon , de même qu'elle produit des hémorrhoïdes chez les personnes qui voyagent habituellement en voiture, et chez les hommes de bureau. Cet auteur conclut en condamnant l'usage admis dans les collèges, de laisser les élèves assis pendant quatorze heures, à peu près, sur les seize ou dix-sept dont se compose la journée. Il voudrait que le temps du travail fût moins long , et que les élèves prissent debout toutes les leçons qui peuvent s'accommoder de cette position. Il voudrait aussi que les sièges ne fussent ni susceptibles de s'échauffer, comme ceux qui sont rembourés, ni trop durs. Ceux en joncs entrelacés lui paraissent mériter la préférence ] .

1 Hyg- de la jeunesse, loc. citât.

L'action du travail intellectuel sur les sens a beaucoup d'analogie avec celle du travail musculaire. En général , les personnes dont l'esprit est fort occupé , qui vivent d'étude , goûtent peu les joies de la sensualité. Il y a des savans, et les auteurs en citent des exemples assez nombreux , qui sont tombés de cette manière dans une impuissance prématurée. D'autre part, les individus dont l'esprit est naturellement lourd et paresseux, les imbéciles, les idiots, se font remarquer souvent par leur extrême salacité. La culture des facultés intellectuelles n'est donc pas en ellemême une cause prédisposante d'abus vénériens ; mais elle peut indirectement le devenir, soit par l'inaction physique qu'elle entraîne, soit par la nature des idées qu'elle suscite. Nous venons de parler du premier de ces inconvéniens, le second va nous occuper.

Les influences morales, c'est-à-dire celles qui par l'esprit arrivent aux sens , prédisposent souvent les jeunes sujets aux abus dont nous traitons. L'action de ces influences est directe; c'est par des impressions qu'elles développent l'impressionnabilité , qu'elles peuvent donner aux sens la faculté de tenir un

langage et d'exercer un empire précoces. Elles sont à craindre surtout quand , s'adressant à l'instinct de la propagation, elles lui donnent l'éveil avant cette époque où la formation et la constitution du corps sont accomplies. Aussi l'éducation morale , cette éducation qui consiste à écarter de la jeunesse certaines impressions, à faire que celles qui doivent nécessairement] arriver, n'agissent que lorsque leur temps est venu , doit-elle être considérée comme un des moyens les plus efficaces pour prévenir l'abus prématuré des plaisirs vénériens.

Les notions d'amour peuvent, quand elles sont acquises trop tôt, faire naître dans l'ame un sentiment,vague d'abord, puis plus précis, qui n'attend qu'une occasion pour devenir une passion funeste. Aussi la lecture des romans, de ces livres qui toujours ont pour but d'intéresser l'ame à des amours qu'on s'est efforcé de peindre sous les plus vives couleurs, doit-elle être sévèrement défendue aux jeunes sujets. J'en dirai autant des représentations théâtrales. Ici l'amour est en quelque sorte matérialisé : on voit les personnages que cette passion animent ; ils l'expriment de manière à faire croire qu'ils en sont réellement

possédés : tout ce qui peut leur ajouter quelque charme, ils s'en emparent; ils cherchent par la coquetterie la plus savante à illusionner , à passionner le public , et même à exciter en lui des désirs. Ce que les arts ont de plus vif, de plus pénétrant , se joint au geste et à la parole pour émouvoir le cœur : il faut absolument qu'il sympathise avec ces peines et ces plaisirs d'amour dont on le fait témoin, car le succès est là. Ajoutez que la crainte de manquer le but, fait souvent qu'on le dépasse. Ce n'est plus l'amour qu'on représente , c'est le libertinage , le vice. Concevez ce qu'une ame neuve , et que le développement pubéral introduit dans un monde nouveau, dont elle cherche avec avidité les détails, doit emporter d'émo lions d'un spectacle fait pour des cœurs blasés! Tiré d'une torpeur qui devait durer encore, le sens vénérien se fait entendre, les désirs viennent, et ils demandent satisfaction avant que le corps ait toute sa force, et que conséquemment les plaisirs légitimes soient possibles ou permis.

Les bals, les grandes réunions, toutes les occasions enfin de voir le monde quand il est dans sa plus grande parure , quand le désir de plaire en fait un véritable concours, ne sont

pas moins à craindre pour la jeunesse. En général , le contact habituel ou trop fréquent des jeunes gens des deux sexes doit être, autant que possible, évité. Dans un Rapport fait à la Société industrielle de Mulhouse, sur la durée que le temps quotidien de travail doit avoir pour les enfans , on signale le travail de nuit qui entasse ensemble, dans des ateliers, des jeunes sujets de sexe différent , comme une cause puissante de désordres *. Un des grands avantages de l'éducation collective vient de ce qu'elle tient les sexes isolés. Dans l'intérieur des familles , et je n'excepte pas celles qui se distinguent par une moralité parfaite , les occasions de rapport entre les jeunes garçons et les jeunes filles sont toujours trop nombreuses. Certaines émotions se glissent entre eux : vagues , obscures dans l'origine, elles prennent ensuite plus de consistance ; le foyer d'où elles partent s'échauffe , la curiosité s'y attache , et bientôt le secret des plaisirs solitaires est trouvé.

Les jeunes sujets peuvent encore saisir, sous le toit paternel, des notions dangereuses sur les différences matérielles qui séparent les

1 Voir le National Au 8 novembre 1833.

sexes, et sur d'autres faits qui en sont la conséquence. «Je ne vois, dit J.-J. Rousseau, qu'un moyen de conserver aux enfans leur innocence •, c'est que tous ceux qui les entourent la respectent et l'aiment,, Sans cela, toute la retenue dont on tâche d'user envers eux, se dément tôt ou tard : un sourire, un clin d'œil, un geste échappé, leur disent tout ce qu'on cherche à taire ; il leur suffit pour l'apprendre de voir qu'on le leur a voulu cacher *. » Par malheur, le peu d'étendue des habitations dans les grandes villes, une foule de nécessités, et particulièrement celle de la surveillance, obligent les parens à tenir trop près d'eux leurs enfans, pour que ceux-ci, dont la curiosité est presque toujours attentive, ne fassent pas certaines remarques par lesquelles ils sont insensiblement conduits à de fâcheuses découvertes. L'abbé Chappe a signalé la manière dont les Samoïèdes vivent dans leurs huttes, comme une cause active de libertinage et de dépérissement. Ces individus ne connaissent point , dit-il, l'usage des lits : ils couchent pèle mêle, presque nus , sur des bancs et des poêles. Les père et mère ne sauraient jouir des droits du

* Emile, liv. IV.

mariage sans que leurs enfans n'en soient témoins. La jeunesse, plus tôt instruite qu'ailleurs, a trop de facilité pour ne pas se livrera la dissolution : aussi est-on obligé de les marier de bonne heure pour prévenir les désordres *.

Si des observations accidentelles peuvent , dans les intérieurs les plus moraux, avoir les suites dont il vient d'être parlé, quelle doit être la conséquence du spectacle habituel des mauvaises mœurs! Leur empire est si grand , a cet âge où l'ame, sans expérience, est toujours prête à s'abandonner aux impressions du moment. Par pitié pour la jeunesse, cachezvous donc, vous dont l'exemple lui serait fatal : et vous, magistrats, veillez bien à ce que l'impudeur et le vice ne s'affichent pas sous ses yeux. Je comprends que la prostitution , si repoussante que soit une femme qui loue son sexe comme un portefaix loue ses muscles, soit permise, et même presque protégée, quand elle ne sort pas de certaines limites. Lorsqu'on n'abuse de ses facultés que contre soi-même , il y a usage aux yeux de la loi. Mais quand la prostitution descend sur la place pu-

Voyage en Sibérie , t. Ier, 1re partie.

blique , quand elle y étale son cynisme et y déploie ses provocations ; quand enfin elle expose nos fils et nos filles à connaître en un instant ce que nous leur avions caché avec tant de soins; oh! alors il y a crime, non seulement de la part des malheureuses qui se livrent à un pareil métier, mais de la part de ceux qui, pouvant s'y opposer, ferment les yeux ou l'autorisent.

Règles relatives aux causes directes ou spéciales d'onanisme. — L'habitude de l'onanisme peut avoir trois origines : elle peut venir, 1° de ce que l'individu a découvert spontanément, sans le secours de personne, l'art de se masturber ; 2° de ce que cet art lui a été enseigné; 3° de ce qu'étant privé, dans cet âge où le besoin de coït se fait sentir, des moyens de le satisfaire, il a cherché dans l'onanisme une ressource.

Nous avons vu précédemment ' qu'une irritation insolite de la membrane muqueuse génito-urinaire peut développer une excitation vénérienne , susceptible d'aller jusqu'au satyriasis et à la nymphomanie. Cette irritation

1 Voyez p. 431 et suiv.

peut encore agir autrement. Le prurit qu'elle occasione attire les mains vers les parties sexuelles; des sensations inconnues sont produites, et la masturbation est accidentellement découverte. On voit par là combien il est essentiel d'écarter de ces parties, chez les jeunes sujets , toutes les causes de démangeaisons. Souvent encore il arrive que ce sont des attouchemens fortuits, et qu'aucun prurit ne motivait , qui apprennent à un jeune sujet qu'il existe en lui un foyer de jouissances. Donnez donc aux enfans, même dès leur premier âge, des habitudes pudiques : que les attouchemens génitaux leur soient interdits; qu'on leur en fasse un objet de honte. Ne permettez pas, par exemple, que certains lavages soient exécutés avec la main seule , et que les jeunes garçons contractent, comme on le voit, la sale coutume de se tenir les mains dans leurs culottes. Qu'on évite surtout de laisser longtemps les enfans seuls : ce besoin d'observer, qui est si vif à leur âge, ils le retournent vers eux-mêmes, quand ils ne lui trouvent plus d'alimens au dehors , et de la sorte font quelquefois de dangereuses remarques. C'est au lit surtout que le désoeuvrement peut devenir fatal. Forcez donc les enfans à se lever quand

ils ne dorment plus , et faites que l'heure du coucher précède peu celle du sommeil. Il faut aussi qu'on sache que beaucoup d'enfans n'ont été conduits à se masturber que par les efforts qu'ils faisaient pour résister au besoin d'uriner. Les pressions que , dans ce but, ils exerçaient sur la verge, en s'appliquant fortement les cuisses l'une contre l'autre, avaient fini par éveiller des sensations qu'ils cherchaient et parvenaient à reproduire. Je signale cette cause de masturbation comme beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit.

Il en est une autre qui, bien que beaucoup plus rare , mérite d'être connue. Il est arrivé que des animaux domestiques, des chats, des chiens surtout , ont , en léchant les parties sexuelles de jeunes enfans , particulièrement de petites filles , tiré de sa torpeur un sens qui devait dormir encore. Il paraîtrait même, s'il faut en croire Hufeland, qu'on doit craindre de certains animaux un autre genre de danger. Ce savant médecin rapporte qu'une petite fille de trois ans jouait, étant assise sur un tabouret, avec un chien placé entre ses cuisses, et qu'elle serrait contre elle. Tout à coup l'instinct de la propagation s'éveille chez cet animal, et une sorte de copulation s'accomplit.

L'enfant pousse des cris; on accourt, et l'on arrive assez à temps pour être témoin de cette violence. Les parties génitales avaient été lésées : elles s'enflammèrent, puis elles se couvrirent de petites ulcérations dont l'aspect était celui de chancres vénériens , et qui ne cédèrent qu'à l'usage interne et externe des mercuriaux. Hufeland, qui s'est étayé de ce fait pour soutenir quelques idées qu'il s'était faites sur l'origine de la maladie vénérienne , ajoute que Ruggieri avait, quelques années auparavant, publié dans les journaux de médecine français un cas où, par l'effet de l'ailéchement d'un chien , des ulcères de mauvaise nature s'étaient développés aux parties génitales de deux vieilles demoiselles *. En rapportant ces faits , je dois dire que je les considère comme ayant grand besoin de confirmation.

Le plus souvent l'habitude de l'onanisme vient de provocations directes, d'un véritable enseigneynent. Quelquefois ces provocations ne peuvent être attribuées qu'à l'imprudence. Ainsi on voit des bonnes, des nourrices chatouiller les parties sexuelles des en-

Biblioth. mr'fl., mai, 1821, j> 558.

fans qui leur sont confiés, pour les distraire ou apaiser leurs cris. Nous avons précédemment rapporté , d'après M. Biett , l'exemple d'une jeune fille qui, ayant contracté de cette manière l'habitude de l'onanisme , ne put en être délivrée que par l'amputation du clitoris. Ici, j'aime à le croire, on ne doit accuser que l'ignorance; mais trop souvent c'est par suite d'une perversion véritable que les gens de service instruisent les enfans de leurs maîtres. Qu'on se méfie surtout des domestiques femmes : comme c'est à leurs soins que l'on confie les jeunes enfans, elles cherchent souvent en eux un dédommagement du célibat forcé qu'elles gardent. Il serait trop long d'exposer tous les moyens qu'elles imaginent pour exploiter cette coupable ressource : aussi me bornerai-je à rapporter un fait qui résume en lui tout ce que la luxure peut inventer de plus diabolique, fait dont l'authenticité m'est garantie par M. le docteur Andrieux. Un enfant qu'on avait pourvu d'une nourrice jeune et vigoureuse , dépérissait chaque jour. Les parens affligés cherchaient en vain la cause de cet état : on finit par la découvrir. Mais où trouver des mots pour exprimer leur surprise et leur colère, quand ils trouvèrent cette malheureuse

exténuée, sans mouvement, avec son nourrisson qui cherchait encore dans une succion affreuse, et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient pu seuls donner! ! ! Les exemples d'une pareille dépravation doivent assurément être rares. Mais si le génie du vice réserve, pour quelques privilégiés, ses plus damnables inspirations, il en a pour chacun, et ce ne sont pas les plus simples d'entre elles qu'il faut le moins redouter.

Les domestiques mâles ne sont , en général , à craindre que pour les jeunes gens qui touchent a leur puberté., ou l'ont atteinte. Un besoin de libertinage , ou seulement le désir de gagner les bonnes grâces de leur jeune maître , voilà ce qui les pousse à donner, de voix ou de fait, les plus dégoûtantes leçons. Ce sont plutôt les privations que leur impose une sorte de claustration, qui ont conduit des professeurs , des maîtres d'études à flétrir une innocence qu'ils devaient protéger. Mais le plus souvent l'initiation aux mystères de l'onanisme vient des camarades an milieu desquels on vit. Us se font gloire des joies qu'ils se procurent, les vantent, et raillent ceux qui n'osent les partager. Les plus âgés ne se bornent pas toujours à instruire les plus jeunes ; ils les uti

lisent, et tirent d'eux, soit par promesses , soit par menaces , les plus hont'eux services. C'est ainsi que , dans les réunions de jeunes gens , se commettent des désordres dont la crainte ou la complicité gardent le secret, et qui, de la sorte, restent ignorés du maître. On trouve dans un ancien journal de Berne que, parfois, tout un collège trompait par l'onanisme l'ennui que lui inspiraient les leçons d'une méthaphysique scolastique qu'un très vieux professeur faisait en dormant. Des faits analogues se sont un grand nombre de fois renouvelés.

Si, chez les jeunes sujets, l'onanisme est pratiqué pour lui-même, plus tard il n'est qu'un pis-aller; c'est faute de satisfactions plus légitimes que Ton s'y abandonne. Les illusions dont les jeunes gens s'environnent, quand ils se livrent à des sacrifices solitaires, disent assez qu'ils sacrifieraient sur un autre autel s'ils pouvaient en disposer. Le célibat, chez les adultes, est, à quelques rares exceptions près, la seule cause d'onanisme. Cette pratique, et d'autres plus révoltantes encore, s'attachent aux ordres monastiques, comme conséquence et punition de vœux contraires aux lois du corps humain. La polygamie, ce quasi-célibat que subissent

les femmes 'de plusieurs contrées, amène des désordres semblables. On a décrit une consomption à laquelle les femmes turques sont sujettes, et qui ne reconnaît pas d'autre cause K C'est surtout dans les prisons, là où les besoins physiques ne sont retenus par aucun sentiment moral, que leur explosion se fait avec le plus d'éclat. On y voit des individus d'un même sexe se partageant les rôles., contracter des mariages, suivis des plus infâmes débauches. « On ne saurait croire, dit M. Villermé, combien le vice de la pédérastie et la mastupration sont communs dans les prisons; jeunes et vieux ils s'y abandonnent avec tant d'excès, que c'est à cela plus qu'aux misères, aux chagrins, etc., que les médecins des prisons du département de la Seine, que j'ai consultés, attribuent la fréquence des phthisies pulmonaires, des tiraillemens d'estomac, des* faiblesses musculaires, de la débilitation de la vue, et des facultés intellectuelles. » Ce médecin considère la masturbation comme une des causes de l'excessive mortalité qui règne dans les dépôts de mendicité a.

1 Journal de nu tl., i. XL1Y, p. 539, 1775.

a D ici. dés Sciences metl., ail, P>iton. p. 24(1 el 560;

Les marins s'abandonnent souvent aussi , pendant les privations que leur imposent de longs voyages, à la pédérastie et. a l'onanisme j. Une foule d'adultes, particulièrement de femmes, cherchent également dans des plaisirs solitaires une compensation dangereuse à la gêne que les mœurs et les lois leur font subir. Il n'est pas, jusqu'aux' animaux, qui, lorsqu'ils sont privés de femelles , se masturbent avec fureur. Montégre a publié des détails intéressans sur ce sujet 2.

Nous Pavons dit plusieurs fois, il y a dans l'onanisme une facilité d'exécution qui le rend toujours plus redoutable que le coït. Si donc on était dans le cas d'avoir à choisir entre eux, il n'y aurait pas à hésiter. Dans les choses humaines , ce n'est pas toujours entre un mal et un bien que l'on se trouve dans le cas d'opter, ce n'est souvent qu'entre un mal plus grand et un moindre. On peut donc,&ans blesser les lois physiques et morales, souhaitera un jeune masturbateur, même alors que sa maturation neserait pas encoreachevée, des moyens moins dangereux que ceux dont il use* pour répon-

Delivet, Principes d?hyg. nav. , in-8°, 1808, p. 443 Dict. des Scicnc. rne'ci., art. Continence , p. 1 19.

dre à l'entraînement de ses passions. C'était aussi la pensée de J.-J. Rousseau. « Défiezvous, dit-il, de l'instinct; il serait dangereux qu'il apprît à votre élève à donner le change à ses sens, et à suppléer aux occasions de les satisfaire; s'il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Sans doute il vaudrait mieux encore... Si les fureurs d'un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Emile, je te plains; mais je ne balancerai pas un moment, je ne souffrirai pas que la finde la nature soit éludée. S'il faut qu'un tyran te subjugue, je te livre par préférence à celui dont je peux te délivrer; quoi qu'il arrive, je t'arracherai plus aisément aux femmes qu'à toi l. » Un médecin n'ayant pas , comme Rousseau , d'Emile à livrer aux femmes , ne peut que former certains vœux et conseiller le mariage. C'est à quoi nous nous bornerons ici.

Ces conseils et ces vœux ont, au surplus, pour eux la sanction de l'expérience. Il est de fait qu'une foule de jeunes gens, dès qu'il ont eu commerce avec une femme, renoncent à l'onanisme : cette pratique n'est plus à leurs

1 Emile, li v. IV.

yeux qu'un expédient bâtard , et qu'ils dédaignent quand une fois ils ont fait acte de virilité. Nous avons connu, disent MM. Fournier et Bégin, un père qui, voyant son fils résister à tous les avis, se décida à lui donner une femme dont l'influence eut le plus prompt succès1. Cette détermination, quelque nom qu'on lui donne, a souvent été prise et suivie du même résultat. Plus d'une fois , un seul coït a suffi, chez des femmes, pour apaiser d'excessives ardeurs. Je pourrais rapporter ici des exemples nombreux de nymphomanies qui ont été immédiatement guéries de la sorte. Il est encore une autre ressource pour les femmes, c'est la grossesse. Son pouvoir, sous ce rapport, n'était pas inconnu des anciens. Ainsi, dans un livre attribué à Hippocrate , il est dit : « Equidem virginibus suadeo qaibas taie quid accidit , ut citissimè cum viris conjungantar. Si enim conceperint, sanœ évadant"1, » Panarolus, Mathieu De Grado , et autres, ont rapporté des observations de femmes atteintes de nymphoma-

1 Dlct, des Sciences med. , art. Masturbation, p. 133.

2 Lib. De his qum ad virgincm s pédant , Foës , Genève ï>. 563.

nie qui ne retrouvaient le calme que pendant la grossesse1. Le fait suivant, qui a été observé par M. Esquirol, montre à la fois l'influence du coït et de la grossesse sur l'excitation génitale. « Une fille bien née, âgée de dix-neuf ans, grande et forte, est prise d'accès hystériques, avec des convulsions violentes et presque continuelles. Après un traitement fort long et tout-à-fait infructueux, cette jeune personne disparaît un jour de la maison paternelle, et toutes les recherches que l'on fait pour la retrouver étant inutiles , on n'en entend plus parler. Au bout de quelques mois , M. Esquirol, passant le soir dans un quartier de Paris assez reculé , est arrêté par une femme qu'il reconnaît pour celle qu'il avait traitée sans succès. Que faites-vous là P lui dit-il. — Je me guéris, répondit-elle. Cette malheureuse a continué, pendant dix mois, le métier de courtisane de la dernière classe. Elle eut deux fausses couches , et enfin rentra dans la maison paternelle parfaitement guérie. Cette femme est aujourd'hui mariée , mère de famille, et tient la conduite la plus

1 Dict. des Scimc. méd. , ail. Nymphomanie, p. 589,

régulière l. » L'exemple des femelles d'animaux dont le rut cesse quand elles ont été • fécondées, ne suffirait-il pas, au reste, pour faire pressentir l'action de la grossesse dans notre espèce.

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