‹ De l'onanisme et des autres abus vénériensChapitre 3 sur 16 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DES DANGERS QUE PEUVENT AVOIR LES EXCES VÉjNË'rIEISS.,

Abuser de la masturbation, du coït, c'est abuser des organes qui servent à l'exécution de ces actes, des organes génitaux1. Ceux-ci sont mis alors dans un tel état qu'ils deviennent, pour le reste du corps, une source de désordres, des agens de détérioration, de maladie. Or, quelle est leur puissance à cet égard? Mis dans le cas de faire du mal peuvent- ils en faire beaucoup? Telle est la question que nous allons étudier à priori dans ce chapitre.

Le mal que les organes génitaux peuvent faire au reste du corps quand on en abuse, est la conséquence naturelle de l'influence qu'ils exercent quand on n'en abuse pas. Ce mal est en raison directe de cette influence :

1 Les organes génitaux sont , chez la femme , la vulve , le clitoris, le vagin, la matrice, les trompes et les ovaires. Ceux de l'homme sont la verge , les conduits séminifères et Jes "testicules.

c'est donc par elle qu'on doit le mesurer. Il est clair, en effet, que si les divers organes ont, dans l'état ordinaire, des degrés différens de puissance, ils doivent, quand ils deviennent nuisibles, l'être à des degrés différens. Cherchons donc à évaluer celle que possèdent les organes génitaux. S'il est démontré que lorsqu'ils ne sont qu'à l'état de repos, d'éveil ou d'usage, leur influence sur les autres fonctions est déjà considérable, la. question de ce qu'ils peuvent faire quand on les met à l'état d'abus, sera jugée. On ne pourra se refuser d'admettre que des organes dont le pouvoir s'étend sur toutes les parties du corps humain, dont la manière d'être sert en quelque sorte de régulateur à celle des autres, qui ne peuvent sentir, agir, fonctionner enfin, sans que les autres prennent part à ce qui se passe en eux ; que de tels organes, dis-je, quand on s'en est fait des instrumens de désordre, ne puissent en causer beaucoup.

Les organes génitaux s'offrent à l'observation sous trois états, le premier est celui de repos. Alors ils se bornent à vivre, ne se révèlent par aucune sensation spéciale et ne procèdent point à l'acte vénérien. Au second état, ils sont devenus le siège, le foyer desen-

salions plus ou moins vives et qui ont pour caractère particulier d'inviter, de pousser, de contraindre avec plus ou moins d'empire à cet acte : chez les animaux , cet état se nomme le rut; dans notre espèce il n'a reçu de nom particulier que lorsque, poussé au dernier degré d'exagération, il constitue une maladie. C'est alors le Satyriasis , la Nymphomanie : je l'appellerai état d'éveil. Le troisième est celui d'action : c'est l'état où sont les organes génitaux quand ils exercent leurs fonctions spéciales , quand ils accomplissent l'acte vénérien. Alors ils ne se bornent plus à vivre comme clans le premier état, à sentir comme dans le second ; ils agissent, puis ensuite ils rentrent dans un des états précédens, et particulièrement dans le premier; ils se reposent. Tels sont les trois aspects sous lesquels nous allons envisager ces organes. Ajoutons, pour rendre l'intelligence de ce que nous avons à dire plus facile, quelques définitions à celles qui précèdent. La faculté de mettre les organes génitaux en état d'action, estlz faculté vénérienne ; cette mise en action est Y acte vénérien. Si cet acte résulte du concours des deux sexes, il y a copulation, coït. S'il est la conséquence de manœuvres solitaires, alors

1 reçoit divers noms dont les plus employés sont ceux de masturbation, onanisme. L'acte vénérien, qu'il ait lieu ou non avec le concours des sexes, peut ne pas être ou être nuisible. Quand, à un degré quelconque, il l'est, il y a excès vénérien, abus des organes génitaux. Ce sens est le seul que , dans cet ouvrage, nous attacherons à ces manières de s'exprimer; car, si au point de vue de la morale et de la religion, le seul fait de la copulation dans certains cas et de l'onanisme toujours , constitue un vice , un excès , un abus , le médecin ne doit les qualifier ainsi que lorsqu'ils peuvent être la cause d'un dommage quelconque pour la santé.

§ I. Puissance des organes ge'nitanx considères à l'état de

repos •

On pourrait croire que ces organes, alors qu'ils sont à cet état, qu'on n'en fait ni usage, ni abus, que le sens vénérien y sommeille, qu'ils paraissent n'être occupés que d'euxmêmes , de leur développement, de leur nutrition, que ces organes, dis-je, ne prennent aucune part ou n'en prennent qu'une très faible à ce qui se passe autour d'eux : on se tromperait beaucoup. Nous allons voir que cette vie sourde

qui les anime, suffit déjà pour les rendre un foyer puissant d'action ; que tous les autres organes, tous, lui doivent une partie de leur manière d'être, de leur configuration, de leur substance. Par là nous pourrons juger de ce que peut l'appareil générateur quand il s'est éveillé, quand, de la main ou autrement, on a porté son action au plus haut degré qu'elle puisse atteindre.

Considérez l'eunuque d'enfance, l'homme qui n'a jamais eu d'organes génitaux, dont le corps, l'esprit et le cœur, se sont développés sans éprouver leur influence ; cherchez, en le comparant aux autres hommes, ce qui lui manque : car sous les rapports physique, intellectuel et moral, il doit lui manquer tout ce dont ces organes l'auraient pourvu. Cette étude vous révélera leur puissance, en vous montrant toute la distance qui sépare l'homme, au développement duquel ils ont présidé, de celui qui a du se développer sans eux.

Jamais les eunuques n'ont une haute stature : souvent même ils sont petits, et quelquefois très petits. Une femme de 52 ans, privée de matrice, et dont l'appareil génital fut présenté àl'Académie de Médecine le 28 mai 1826, par M. Renauldin, n'excédait pas trois pieds

et demi de hauteur. Les membres des eunuques, quand ils ne sont pas gonflés de liquides blancs , sont généralement grêles et mal développés. Leurs os n'acquièrent ni Tétendue, ni la forme qu'ils présentent communément , ainsi que l'ont remarqué un grand nombre d'observateurs , particulièrement M. Mojon de Genève *. Ce défaut d'accroissement est bien plus remarquable encore dans le larynx. Cet organe qui, à la puberté , acquiert ordinairement les deux tiers de son volume , reste comme dans l'enfance : aussi la voix conserve-t-elle , chez les eunuques , ce timbre aigre qu'elle a chez les jeunes gens, et n'acquiert un peu plus de force que parce que la poitrine s'agrandit. Non seulement les divers tissus prennent moins de développement , mais il en est qui ne se développent pas du tout. Ainsi chez les eunuques point de barbe au visage , point de poils au pubis : leur peau reste nue comme au jeune âge. Les organes génitaux interviennent donc puissamment dans le travail de la nutrition , puisque, lorsqu'ils manquent, l'accroissement se fait mal, ou ne se fait pas. Mais cette

1 Alihfil, Nouveaux ele'mens de thérapeutique, 3f cdil ., t. 11, p. 5ir».

intervention se manifeste encore par les caractères que les divers tissus présentent quand ils ont été soustraits à Faction des parties génératrices. Pour saisir ces caractères, il suffirait de comparer la chair des animaux qui ont subi la castration à celle des autres ; par exemple , de comparer, sous ce rapport , le bœuf au taureau, le mouton au bélier, le chapon au coq, etc., etc. Chez l'eunuque, ces caractères ne sont pas moins sailians. Son organisation est en quelque sorte stationnaire. Arrivé à l'âge adulte, il conserve en grande partie les attributs physiques de l'adolescence ; et puis, quand il les perd, c'est pour revêtir peu à peu, et sans passer par la virilité, ceux de la vieillesse. Ce sont donc les organes génitaux qui, chez l'homme non mutilé, colorent et affermissent la peau , donnent aux chairs plus de consistance , de fermeté , et qui peu à peu dégagent le tissu cellulaire de ces fluides blancs sous lesquels on cherchait en vain les saillies des os et des muscles. L'organisation de l'eunuque est donc inachevée, incomplète. Des organes qui auraient dû paraître a l'époque de la puberté ne viennent pas ; d'autres n'acquièrent qu'une portion de la substance qu'ils auraient dû avoir: tous conservent une

partie des caractères qu'ils auraient dû perdre, et sans prendre ceux qu'ils auraient dû acquérir. Ces faits sont d'une haute importance. Leur étude , mieux que toute autre , indique l'étendue des maux que causent les excès vénériens; car les organes, dont le masturbateur, dont le libertin abusent, sont ceux-là mêmes qui prennent une part si active, si profonde à la vie intérieure de tous nos tissus , qui leur impriment ce cachet de virilité dont l'eunuque reste toujours dépourvu.

Considérez-le maintenant dans sa vie de relation ; cherchez en lui l'homme actif, sensible et pensant. Sous ce rapport aussi, combien a-t-il perdu ! il est mauvais marcheur, nonchalant, sans énergie: vous le verrez coudre ou broder, mais soulever de lourds fardeaux, jamais. INon moins que la mollesse de ses chairs et la blancheur de sa peau , son insensibilité , son apathie, font de lui le type vrai du tempérament lymphatique. Il a conservé de l'enfance cette disposition que donne la faiblesse , à s'émouvoir, à trembler pour la moindre cause : aussi est-il timide et pusillanime jusqu'à la lâcheté. Privé de ce quelque chose intérieur qui rend l'ame gaie, il est morose, ennuyé. Ces sentimens qui rattachent l'indi-

vidu à ses semblables , qui le rendent capable d'attachement, d'amour, de dévouement; il en est dépourvu. Il ne vit , il ne végète que pour lui-même ; c'est l'égoïste parfait. S'il éprouve quelques sentimens, c'est la haine ou l'envie ; ce sont enfin des sentimens répulsifs : mais le plus souvent il n'en éprouve pas ou n'en éprouve que de très faibles. La bassesse, les crimes de l'eunuque, viennent moins en effet des sentimens qu'il a que de ceux qu'il n'a 'pas. Son esprit, ayant comme son corps et son cœur, manqué de sève, est aussi resté en ébauche. Il n'a qu'une intelligence médiocre , et jamais on ne le voit ni concevoir de grandes choses, ni les exécuter. Ce tableau, qu'on le sache bien, n'est pas une œuvre faite à plaisir; il est la conséquence exacte d'observations recueillies en tous temps, dans tous lieux et sur toutes les espèces d'eunuques. Un d'eux, que M. Bedor a observé, résumait en lui les principaux traits de ce tableau. C'était un ejjttuque de naissance que la conscription avançait soldat. Il'avait l'air humble et languissant; ses yeux couverts et enfoncés paraissaient n'oser soutenir les regards des autres ; loin d'être belliqueux, il était timide, pusillanime, craignant les morts et surtout l'obscu-

rite. De son propre aveu il n'avait jamais eu d'attachement pour personne , même dans sa famille ; mais aussi il était incapable d'aversion. La musique ne lui plaisait pas, et jamais l'idée de chanter ne lui était venue : enfin il n'éprouvait aucune sorte de jouissance. Du reste il ne se plaignait pas de son sort. Il avait une intelligence bornée, un langage obscur, incorrect, et l'éducation avait si peu de prise sur lui, que bien qu'il ait vécu depuis un an dans les casernes , il n'avait rien contracté des habitudes morales du soldat1.

Tel est l'eunuque. L'opérateur, en le mutilant , a mutilé son cœur, ses sens, son esprit. Le développement des forces morales et intellectuelles est donc attaché, comme celui du corps, à l'existence des organes générateurs. Vous priveriez un enfant d'un membre, de ses quatre membres, c'est-à-dire de la moitié au moins de sa substance, qu'il continuerait de se développer comme si cette ablation n'eût pas eu lieu. Mais otez-lui ses testicules; tous ses tissus , toutes ses facultés , porteront les traces indélébiles de cette mutilation. Ces or-

1 Journal de m éd. c/iir. et phar., t. XXV, p. 75.

ganes sont donc, à eux seuls, une puissance plus forte que ses quatre membres à la fois. Eh bien, c'est d'elle , c'est de cette puissance que le masturbateur se joue dès son enfance, a chaque instant , sans scrupule, sans mesure. Est-il besoin maintenant de suivre ce jeu dans ses chances funestes pour le déclarer dangereux?

C'est encore à l'influence que les organes générateurs exercent sur les autres , que les sexes doivent les insignes généraux qui les séparent. Soumise a un appareil génital différent, leur organisation présente une manière d'être , d'agir et de sentir différente. Aussi voyez les caractères sexuels , peu marqués au moment de la naissance, se prononcer davantage à mesure que les parties génératrices se développent, devenir tout à coup profondes lorsque la puberté éclate , être à leur plus grande distance quand ces parties sont parvenues à l'état parfait , et s'effacer dans la vieillesse. La destruction des testicules chez l'homme et des ovaires chez la femme, a pour effet d'empêcher le développement régulier, ou même d'altérer les insignes spéciaux de la sexualité. Déjà nous avons vu que cette destruction efféminé l'homme; ajoutons qu'elle

virilise la femme , qu'elle lui donne des caractères qui, dans l'ordre naturel, sont l'apanage exclusif du sexe masculin. C'est ce qui résulte de faits qui paraissent authentiques. Et d'ailleurs ne voit-on pas, quand l'âge vient éteindre chez les femmes l'activité des organes vénériens, mettre ces organes hors de rôle, la voix devenir rauque, prendre quelque chose de mâle, la lèvre supérieure et le menton se couvrir de poils , le caractère moral acquérir plus de fermeté , les goûts , les habitudes , se modifier beaucoup et se rapprocher de ce qu'ils sont chez l'homme? Pareille chose a lieu chez les animaux, ainsi que M. Duméril l'a observé \.

Ce n'est pas seulement la comparaison des deux sexes qui montre que des organes génitaux différens ont une action différente. Ce fait résulte encore de l'observation de ces êtres douteux que l'on a nommés hermaphrodites , androgynes. Chez ces individus, les organes génitaux, troublés clans leur développement régulier, présentent des apparences équivoques et qui appartiennent en même

1 Die t. des Scienc. me'd. , arl. Continence , p. 1 18

temps aux deux sexes. Eh bieu , l'organisation de ces individus influencée autrement , se développe autrement. Fidèle à ces organes , qui d'ordinaire lui impriment le cachet sexuel , l'état général du corps devient équivoque comme eux , et offre un mélange, en proportions diverses, des attributs féminins et de ceux de la virilité. Ainsi, chez une fille dont Béclard a rapporté l'histoire, et qui, entre autres imperfections de ses parties génitales extérieures qui rendaient son sexe douteux, présentait une occlusion complète de la vulve , et un clitoris tellement développé qu'il ressemblait à une verge , le larynx et la voix étaient comme ceux d'un adolescent; la lèvre supérieure, le menton et les joues, étaient couverts d'une barbe blonde et naissante; des poils nombreux, longs et rudes, couvraient les membres inférieurs et entouraient l'anus; enfin les proportions du tronc et des membres, la conformation du bassin, étaient celles qui appartiennent à l'homme \% Il me serait facile de multiplier des faits semblables , qui ne sont point rares dans les auteurs. L'état général de l'économie

' Bulletins de la Faculté de médecine , t. IV, p. 27 3.

reflète donc en quelque sorte celui des parties génératrices, varie comme elles, et prend sa part des altérations qu'ils subissent. Après cela est-il étonnant de voir des libertins, des masturbateurss'efféminer, dénaturer leur constitution en faisant de ces parties un usage qui les fatigue et les dénature ; et des filles perdre , de la même manière, leur beauté, la délicatesse de leurs formes et le charme de leur voix?

Quand l'homme est arrivé à son développement complet, les liens qui unissent les organes génitaux au reste du corps deviennent moins apparens et probablement moins étroits que précédemment : cependant ils ne se rompent pas. Assurément la castration ne prive point l'adulte de tous les caractères, de toutes les facultés dont la puberté l'avait précédemment pourvu ; mais elle les modifie profondément. On a vu, dit-on, la barbe tomber après la perte des testicules , comme si son existence étaient liée à la leur, ainsi qu'un effet l'est à sa cause. Les facultés intellectuelles surtout perdent beaucoup de leur énergie quand les organes générateurs ne sont plus là pour l'entretenir. Il n'esl pas rare de voir des mutilés tomber dans la mélancolie et finir par

le suicide l. Une énerva tion bien remarquable a été observée par M. Richerandcbez quelques soldais que des coups de feu avaient privés de leurs testicules. Il en cite un, entre autres, qui précédemment était renommé par son activité et sa vaillance , lequel , après sa mutilation , prit en aversion tout exercice un peu violent et se mit, pour gagner sa vie , à des travaux de femme , particulièrement à coudre des gants 2. Rapprochez ces faits de ce qui se passe quand l'âge , ce grand opérateur , vient anéantir le principe delà virilité. Devenu vieux, est-on aussi sensible , aussi affectueux , aussi dévoué, aussi intelligent? ne revêt-on pas peu à peu les caractères généraux de l'eunuchisme? Il est donc bien vrai que les organes générateurs , même lorsqu'ils sont en repos, ne cessent à tout âge de régir sous plus d'un rapport le reste du corps humain.

Mais c'est surtout avant et pendant la puberté que ces organes méritent la plus sérieuse attention , car c'est alors qu'ils ont la plus grande somme de puissance. Cette dernière

» Grfila, Leçons de médecine légale, 1823, p. 126. s Nosograph, chirurg., 2e édit. , t. IV, p. 292.

commence avec eux, et comme eux s'accroît chacjue jour. Aussi voyez les goûts , le caractère, les aptitudes et généralement tout ce qui distingue, au physique comme au moral, un sexe de l'autre, se prononcer dès l'enfance. Cette pauvreté de corps, de cœur et d'esprit qui caractérise l'eunuchisme, se retrouve chez les jeunes eunuques, chez ceux par exemple qui ont été mis au monde privés de leurs organes générateurs. Ce soldat dont j'ai déjà parlé d'après M. Bedor , avait toujours présenté la nonchalance, la langueur qui sont ordinaires aux eunuques ; toujours il avait fui la lu tte , la course, le saut , enfin tous les exercices du jeune âge, et, ainsi que je l'ai déjà dit , jamais il n'avait eu d'attachement pour personne, pas même pour ses parens. L'influence des parties sexuelles commence donc en même temps que la vie. Toutefois ce n'est que pendant la puberté qu'elle a toute l'intensité dont elle est susceptible.

Cette époque, qui commence de douze à seize ans dans nos climats, un peu plus tôt chez les filles que chez les garçons, est celle où les organes génitaux vivent le plus. Jusque-là ils ne s'étaient développés que lentement et d'une manière presque insensible : tout à coup

ils se mettent à croître avec une grande activité, et cet accroissement ne s'arrête que lorsqu'ils sont parvenus à l'état parfait. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails sur le travail qui se fait alors en eux : bornons-nous à dire que son intensité est souvent si grande que ce travail présente tous les caractères de l'inflammation. On conçoit que dans un tel état, ces organes doivent avoir sur l'économie une action plus puissante que précédemment, quand leur développement était insensible, et que plus tard quand ils ne travailleront plus qu'à se conserver. C'est en effet, ainsi que nous allons le voir, ce que l'observation a démontré. A aucune époque de la vie , l'accroissement de la substance du corps ne se fait avec autant d'activité que pendant la puberté. Les recherches de MM. Quetelet et Villermé, sur le poids et la taille de l'homme aux differens âges * , ne laissent aucun doute à cet égard. Ainsi l'augmentation annuelle du poids du corpsqui, jusqu'à la puberté, n'était que de trois livres à trois livres et demie, monte tout à coup à cinq et six livres quand cette période commence, et

Annales d'hygiène pub fiqw , etc. Mars 1832 et juillet 1833

va jusqu'à plus de douze livres quand elle est à son summum d'intensité. Et ce qu'il faut bien remarquer, c'est que chez les filles, dont la puberté est plus précoce que celle des garçons d'environ deux années, ce redoublement de nutrition commence aussi deux années plus tôt. Un fait analogue s'observe chez ces êtres exceptionnels , monstrueux , qui offrent dès leur première enfance les insignes de la virilité : chez eux la masse du corps est en raison directe du développement génital : aussi leur taille et leur poids sont-ils énormes. C'est ce que prouvent un grand nombre de faits rapportés par les auteurs , et particulièrement par Moreau de la Sarthe l , Fages de Gazelles 2, J. Gordon Smith 3, Gedike 4, Meckels 5, Dupuytren 6, etc. , etc. Rapprochez maintenant ces faits de ceux que j'ai signalés en parlant de Teunuchisme, et il restera bien démontré que la puissance des organes génitaux sur la

1 Journal de med. chir. et pharm. , t. XII, p. 274

2 Ane. Journal de méd.y t. X, p. 37.

3 BibL med., t. LXXVI1I, p. 406.

4 Bibl.méd. Septembre 1826. "»

5 Id. Janvier 1820.

6 Bullet. de la Faculté de mrd., i. I, p. Ii8

nutrition suit, dans ses variations, celles qu'ils éprouvent eux-mêmes ; que l'accroissement général se conforme au leur, qu'il avance s'il avance, et ne se fait qu'incomplètement, que mal , si le leur est empêché.

Ce redoublement d'activité des forces nutritives pendant la puberté ne se révèle pas seulement par l'augmentation de la substance du corps, il se manifeste encore par d'autres symptômes. D'abord plus de chaleur se forme dans les tissus , ce qu'indiquent surtout la facilité avec laquelle les pubères résistent au froid, et cette remarque intéressante de MM. Quetelet et Smitz, que l'été est de toutes les saisons de l'année celle qui leur est le plus funeste l . En même temps , des incommodités , des indispositions de toutes sortes, montrent chez la plupart des sujets, que l'influence des organes générateurs sur toutes les parties du corps peut aller jusqu'à en troubler les fonctions: ce sont des douleurs, des pesanteurs de tête, des vertiges , des étourdissemens , la rougeur du visage , des engourdissemens dans les membres, des lassitudes, de l'oppression , des

1 Annales d'hygiène pub L , mars 1832, p. 565,

palpitations de cœur , des saignemens de nez, des crachemens de sang, des engorgemens douloureux des ganglions lymphatiques, des inflammations diverses, etc., etc. Le corps enfin répète comme un écho tout ce qui se passe dans l'appareil de la génération. Ai-je besoin d'ajouter que chez les eunuques rien de semblable n'a lieu ?

Le développement aigu des parties génitales n'exerce pas moins d'influence sur les fonctions de la vie de relation, sur les facultés de sentir , d'agir et de penser. Ces facultés , dont l'eunuque est si pauvre, sont pendant la puberté dans tout le luxe de leur action. C'est l'âge de l'activité musculaire , de l'agilité. Si les pubères éprouventquelquefoisde î'éloignement pour l'exercice, cette disposition, qui tient aune hypérémie des centres nerveux, ne tarde pas à disparaître. Des sensations nombreuses, diverses, et ordinairement passagères, attestent la part que le système nerveux prend à ce qui se passe dans l'appareil générateur, part qui reçoit d'ailleurs un autre témoignage de la fréquence des affections convulsives et spasmodiques à ce moment de la vie. La susceptibilité morale est encore plus exaltée alors que la susceptibilité physique. L'es-

prit, dirigé, commandé par les impressions les plus vives , les plus variées , les plus fugaces, porte, laisse et reprend les jugemens les plus opposés , adopte et veut accomplir les déterminations les moins calculées, et quelquefois les plus hasardeuses. On a vu cette disposition portée jusqu'à constituer une sorte de monomanie , tellement passagère qu'elle était presque insaisissable , et pendant laquelle cependant des crimes, particulièrement celui d'incendier, étaient commis. Ce fait a pour lui l'autorité d'Osiander, deHenke, de la faculté de médecine de Leipsick, de M. Marc et de plusieurs autres auteurs '. Mais ce qui caractérise surtout l'état mental résultant du travail de la puberté, c'est la facilité avec laquelle on partage les affections des autres ; on s'intéresse à leurs intérêts, on s'oublie pour eux, on sympathise avec eux. C'est le moment des idées généreuses, ou, comme disent ceux dont l'esprit ne subit plus l'action d'organes devenus muets, le moment des illusions. Combien, en passant par cette tempête morale,

1 Voyez le Mémoire de M. Marc , sur la monomanie incendiaire, Annales d'ftyg., octobre 1833.

l'ame doit-elle recueillir de développement, d'expérience ! S'étonnera- 1- on maintenant de ne trouver que des intelligences faibles, des cœurs froids, des sens engourdis, chez les eunuques? Privés de ces organes qui, à l'époque de la puberté , impriment une secousse si forte , ils ne l'ont pas ressentie : le plus actif de tous les excitans moraux leur a manqué. Qu'on juge par là de sa puissance; et cependant c'est de lui , c'est de cet excitant , que le masturbateur ne craint pas d'abuser !

Résumons ce qui précède. Nous avons vu, en comparant l'eunuque à l'individu complet, l'homme à la femme , et les hermaphrodites aux personnes dont le sexe n'a rien de douteux , que les organes génitaux exercent , par le seul fait de leur existence , une influence profonde sur la constitution physique , intellectuelle et morale des individus. Nous avons encore vu , en comparant la période de la vie où les organes génitaux se développent activement à celle où il ne se fait plus en eux qu'un simple travail de conservation, que l'influence dont il vient d'être parlé , s'exerce avec une intensité variable, et est en raison directe de l'activité vitale qui règne dans ces organes. Nous pouvons donc poser mainte-

nant comme fait incontestable, que l'appareil générateur modifie profondément la manière d'être, d'agir et de sentir de tous nos organes, et la modifie d'autant plus qu'il est lui-même le siège d'une excitation plus grande. Eh bien, ce fait posé , la question de savoir si les excès vénériens peuvent ou non faire beaucoup de mal, est résolue. Nous pouvons, àpriori, affirmer que lorsque les organes génitaux passent de l'état de repos à celui d'éveil , et de celui-ci à Tétat d'action-, leur influence sur les autres organes suit une progression toujours croissante. Et pour affirmer cela, nous n'avons pas besoin d'observations nouvelles. Cette action et cette progression résultent, comme conséquence inévitable, des comparaisons que nous avons faites. La vie est tellement mvstérieuse, et d'autre part le rut et le coït sont tellement passagers, qu'on peut ne rien voir de ce qui se passe pendant leur durée dans la profondeur des divers tissus : mais on peut être sûr qu'il s'y passe quelque chose , qu'une perturbation quelconque s'y opère, et que cette perturbation est plus forte pendant l'acte vénérien que pendant les états précédens.Cet acte n'est donc pas seulement ce qu'il paraît être ; il est cela , plus le trouble secret qu'il porte dans

tous les points de l'organisation. Si, lorsque l'appareil générateur parait sommeiller , il exerce sur la vie des autres organes une influence telle que ceux-ci , se développant vite ou lentement, sentent et fonctionnent de telle manière ou de telle autre, suivant la direction qu'il leur imprime , quelle doit donc être sa puissance quand le sens génital s'y éveille , et à plus forte raison quand on porte ce sens par la masturbation ou le coït a son dernier degré d'exaltation ! Combien alors ces fonctions secrètes , dont l'exercice est si étroitement lié à celles des organes générateurs, doiventelles être modifiées! Assurément ils n'avaient point réfléchi à tout cela, ceux qui n'ont pas craint de dire qu'on s'est exagéré les conséquences possibles des excès vénériens.

§ II. Puissance des organes ge'nitaux considérés à Fétat

d'éveil.

Quand ils sont à l'état d'éveil , ces organes présentent un degré d'excitation plus grand qu'à aucune des phases de l'état de repos, sans en excepter celle de la puberté. On pourrait dire qu'ils ont passé de l'état chronique à l'état aigu. Non seulement ils deviennent le siège d'un sens vif, impérieux, spécial, mais ils

présentent encore une sorte de turgescence , d'éréthisme , et je dirais presque d'inflammation très remarquable. On les voit se gonfler, s'ériger, devenir plus rouges, plus chauds, plus humides ; leur impressionnabilité surtout devient extrême. Assurément leur puissance doit s'être accrue en proportion de la distance qui sépare un tel état de celui de repos. Toutefois cette excitation est si passagère, et les fonctions sur lesquelles elle réagit sont tellement mystérieuses, qu'une grande partie de son influence immédiate ne peut être prise sur le fait. Car, il ne faut pas s'y tromper, pour recueillir quelques traces de l'action des organes générateurs sur la manière d'être et d'agir des divers tissus , il nous a fallu comparer des individus à des individus, c'est-à-dire une vie entière à toute une vie , ou au moins deux longues portions d'une même vie. Voilà surtout en quoi l'étude de l'état de repos, de cet état qui est incomparablement le plus ordinaire , nous a été utile. Elle nous a permis de saisir sur une grande échelle et par quelques unes de leurs conséquences éloignées, des faits qui, au moment de leur production, échappent complètement. L'état d'éveil, cependant, ne se manifeste pas seule-

ment par les sensations qui l'accompagnent. Des signes divers laissent voir que le reste de l'économie sent bien que la puissance des organes génitaux s'est accrue.

En effet, quand cet état est bien prononcé , une chaleur plus forte parait circuler dans toutes les parties du corps. Les yeux sont plus brillans; une coloration plus vive anime le teint; le pouls est plus vif, plus accéléré; . enfin le sujet éprouve une sorte d'agitation fébrile qui, dans le satyriasis et la nymphomanie, c'est-à-dire dans les degrés les plus extrêmes du rut humain, offre les caractères de la fièvre la plus marquée. Les sécrétions aussi subissent des modifications importantes, peu marquées dans notre espèce , mais plus faciles à saisir chez une foule d'animaux qui exhalent, pendant le rut, une odeur forte et le plus souvent repoussante. La nutrition elle-même souffre de cet état : aussi , pour peu qu'il se reproduise trop souvent ou qu'il se prolonge trop , on voit l'embonpoint disparaître, les chairs se dessécher, le corps enfin prendre cette maigreur qui est si ordinaire à ceux que brûle une salacité continuelle. Mais, je le répète, on méconnaîtrait une grande partie de l'action que les organes générateurs pas-

ses à l'état de rut exercent sur les fonctions nutritives , si on la mesurait d'après le petit nombre de phénomènes qui viennent d'être indiqués. Ces phénomènes en effet ne sont que ceux-là seulement qui tombentimmédiatement sous les sens , et on peut croire que leur nombre et leurs proportions s'accroîtraient infiniment, si l'observateur pouvait, des yeux, pénétrer jusque dans la profondeur des tissus. Mais le fait qui, dans l'état d'éveil, frappe le plus, c'est le développement d'un sens spécial , du sens vénérien. Ce fait est celui qui caractérise cet état , et il efface tellement les autres , qu'il semble seul le constituer. Je ne chercherai pas à décrire le sens génital : un sens ne se décrit pas. Seulement , on peut dire ce qu'il demande à l'esprit, ce qu'il en exige. Eh bien ! de même que la soif pousse à boire et la faim à manger, il pousse, lui, à l'acte vénérien. C'est le lien qui entraîne les sexes l'un vers l'autre, qui les unit, qui fait, comme disent les disciples d'une croyance nouvelle, de l'homme et de la femme l'individu complet. Ce sens peut n'être que faiblement éveillé , et n'avoir alors qu'un médiocre empire ; mais quand il s'exalte, la chaîne dont il étreint la liberté morale est d'une force

qu'on ne saurait calculer. L'homme rêve U-^ femme ; celle-ci rêve homme. Ce qu'ils poursuivent de l'esprit et des yeux , ce qu'ils veulent voir, ce qu'ils s'imaginent , c'est le sexe opposé. Ils le cherchent dans leurs souvenirs comme le voyageur haletant de soif songe aux eaux sur lesquelles il a navigué. Ils n'ont de mémoire, d'yeux, d'imagination, ils ne pensent au lendemain que pour lui. Il n'y a de beau que lui , et en lui tout est beau, Des individus , des formes qui , en d'autres instans , eussent paru peu remarquables, communes, semblent parfaites, excitent des transports d'admiration. En même temps , tout ce qui n'est pas ce sexe si désiré est sans valeur, n'existe plus. On ne tient plus à la richesse, à la considération, aux honneurs ; même on ne tient pas à la vie , et le plus lâche en ferait sans trembler le sacrifice. Tous les besoins ont disparu devant un seul. On n'a plus faim , on n'a plus soif; jamais on n'aura ni faim, ni soif. C'est un délire. Ce qui est, on ne le voit pas ; ce qui n'est pas, on le voit. Tous les sens sont enchaînés à un seul : il leur commande , les entraîne , et reçoit d'eux , comme un maître aveugle, toutes les illusions qu'ils lui apportent : puis fatigué de cet état violent , épuise

de son propre excès, il finit, même alors que la satisfaction qu'il exigeait ne lui est pas accordée , par s'engourdir et comme s'éteindre. Telle est la force que les organes génitaux, que ces organes sur lesquels le masturbateur porte étourdiment la main, recèlent en eux. On ne croira pas assurément qu'une telle puissance se borne à remuer le cœur et à troubler l'esprit. Qu'on doute donc de l'étendue des maux physiques que peut entraîner son abus.

§ III. Puissance des organes ge'nitaux considére's à Fe'tat d'action.

Si par des moyens légitimes ou non l'individu, voulant satisfaire ses désirs, transforme l'état ai éveil en celui d'action, ses organes générateurs arrivent alors au plus haut degré de puissance dont fis soient susceptibles. Ce n'est plus , en effet , un simple travail moléculaire , comme dans l'état de repos, qui se fait en eux ; c'est plus aussi que cette excitation, cette turgescence dont je viens de parler en traitant du rut; c'est à la fois tout cela, mais porté jusqu'à sa dernière limite. Toutes les parties de l'appareil générateur se mettent à l'œuvre. C'est un concert d'efforts dont il

ne présente qu'en ce moment le tableau. Les testicules préparent le sperme; leurs conduits excréteurs le charient; les vésicules séminales se remplissent ; la prostate et les follicules mucipares sécrètent leurs humeurs spéciales ; les sucs muqueux affluent aux parties sexuelles et les abreuvent. Le tissu érectile , ce tissu qui forme en totalité le gland, les corps caverneux , le clitoris , et compose en grande partie les petites et les grandes lèvres , le vagin , etc. , appelle à lui et retient le sang, se gonfle de tout ce qu'il peut en contenir, se durcit et s'étend au plus qu'il puisse le faire. En môme temps , le sens génital franchit avec rapidité tous les degrés de l'exaltation , déborde les organes qui lui servent ordinairement de limites, s'épanche sur les autres, et se grossit de toute la sensibilité qu'il y trouve. Bientôt il arrive à des proportions qu'il ne peut plus ni dépasser, ni conserver : alors la convulsion s'empare de tout ce qui est muscle, fibre motrice dans l'appareil générateur : les vésicules séminales, les muscles qui entourent l'urètre, ceux qui s'attachent à l'anus, se contractent avec violence , et le sperme , cette liqueur dont la perte épuise même quand

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elle se fait sans émotion , est convulsivement expulsé.

Après ce dénouement , la scène change , et l'état que l'appareil générateur présente vient témoigner, comme un champ de bataille après une action meurtrière, de la grandeur du sacrifice. Ces organes , tout à l'heure si vivans , sont maintenant froids et flétris. Ces bourses, qui s'étaient presque effacées, sont devenues flasques et pendantes. Plus d'érection : un gonflement mollasse , et comme pourrait le présenter un membre malade , est tout ce qu'il en reste. A l'exaltation du sens vénérien a succédé un sentiment de torpeur, de fatigue , de cuisson, qui fait redouter ces mêmes attouchemens dont on était si prodigue. Une sorte de paralysie a remplacé les secousses convulsives ; enfin , ce serait vainement que de l'imagination et du geste on solliciterait de nouvelles ardeurs : le foyer s'est aussi vite refroidi qu'éteint ; on ne pourrait plus y agiter que des cendres.

Pendantce tumulte, etaprès cette crise, l'état général du sujet est en tout conforme à celui de l'appareil générateur. Il est évident que l'un é&t le produit de l'autre. Ainsi le visage rougit.

Je cou se gonfle, les veines se remplissent, la peau devient brûlante et se mouille de sueur, la respiration est haletante , le cœur bondit dans la poitrine ; c'est enfin un état de fièvre qui autoriserait presque à placer Pacte vénérien parmi les maladies. En même temps, les centres nerveux, le cerveau, le cervelet, la moelle épinière , éprouvent une impression telle , que je ne sache pas qu'ils puissent en ressentir de plus forte. Le sujet, j'allais dire le malade, cesse d'être obsédé de l'idée fixe que lui suscitait l'éveil du sens vénérien : il ne songe plus aux moyens de le satisfaire, il y travaille. A mesure que l'œuvre avance , l'intelligence s'efface. Un moment arrive où elle n'est plus assez forte, même pour délirer . Alors sentir, recueillir les mille et une sensations qui s'élancent du foyer commun et pétillent de toutes parts, est la seule occupation de l'ame, la seule dont ellesoit capable. La volonté estsuspendue. Ce n'est plus à elle , mais à des centres nerveux fortement irrités, que les muscles appartiennent. Aussi le tronc, les membres sontils agités de mou vemens et de secousses involontaires. Ce désordre s'accroît encore, parvient au comble quand la crise finale arrive , quand la convulsion Libératrice s'empare des organes

générateurs. En ce moment, c'est une épilepsie , un tétanos. Les yeux disparaissent, la bouche écume, les membres se tordent, le tronc se raidit , le cou se renverse : il y a enfin ce qu'on regarderait comme un. accès violent de maladie , si le principe et la fin de cet état n'étaient connus.

Mais le voici venu ce moment où l'appareil génital, ayant atteint son but, quitte la partie, abandonnant le reste du corps aux blessures qu'il lui a faites. Considérez l'individu qui vient de se mutiler ainsi : sa face est décolorée; il a les paupières entr'ouvertes et les regards incertains. S'il veut soulever ses membres , il les trouve lourds, engourdis, sans force et comme paralysés. Son corps ne lui rapporte que des sensations de malaise, de douleur. Sa tête lui fait mal ; il souffre partout et se dit brisé, meurtri. S'il cherche à recueillir quelques idées , s'il essaie son intelligence , il la trouve embarrassée, paresseuse et, comme ses membres, incapable du moindre effort. L'ouïe est obscure > la vue est trouble, les sens extérieurs, enfin, n'apportent à son cerveau que des impressions incomplètes. Ce sexe , cet individu, ces formes, dont le souvenir, dont l'aspect occupaient son esprit et embrasaient

son cœur, n'ont plus d'attraits ; même il s'étonne de leur en avoir trouvé , et serait presque disposé à voir en eux des qualités contraires. L'ame dominée par le sentiment intérieur de fatigue , d'épuisement, que tous les points de l'économie lui envoient , se laisse aller à une sorte de langueur, de tristesse , de découragement , et même de dégoût, que des gens industrieux a se donner le change appellent une douce mélancolie. Ajoutez la faiblesse des battemens du cœur, la petitesse du pouls, Paffaissement des veines, la coloration livide des paupières, et vous aurez une idée assez exacte de l'état qu'on observe après l'acte vénérien. Mais ce tableau, comme celui que j'ai tracé de l'état d'éveil , est loin d'être complet, bien que j'aie présenté les choses dans leur plus grande intensité , afin qu'on en saisît mieux toutes les circonstances. Il faudrait, pour que rien n'y manquât, qu'il comprîten même temps que tout ce qu'onvoit,tout ce quiestet qu'on ne voit pas. Si le simple travail qui se fait dans les organes générateurs pendant la puberté suffit pour modifier profondément les fonctions nutritives, ces fonctionsdont le trouble constitue presque toutesMes maladies, quelle doit être , sous ce rapport, l'influence de l'acte vénérien et, à plus

forte* raison , des excès vénériens. Une telle influence ne peut, comme celle que cet acte exerce sur le système nerveux, être reconnue au moment où elle se produit , car elle n'est pas immédiatement appréciable. On ne peut s'en faire une idée que de deux manières. L'une consiste à mesurer le long intervalle qui existe entre l'état de repos et celui d'action , et à se dire : si le premier a la puissance de modifier d'une manière aussi profonde les organes dans leur masse, leur texture, leur manière d'être , de sentir et d'agir, combien doit être grande la puissance du second. C'est de cette manière que nous raisonnons en ce moment. Avec l'autre, on apprécie cette influence d'après ses conséquences observées , d'après les altérations physiques , les désordres fonctionnels qui en ont été la suite. Ce genre de preuves , qui bientôt nous occupera, ne nous manquera point. Alors nous verrons que les maux qui s'attachent au système nerveux, à ce système dont l'émotion est si forte pendant la masturbation et le coït qu'il paraît presque seul ému, ne sont pas les seuls qui résultent des excès vénériens. Nous verrons qu'il n'y a pas d'altération de t^ssu , d'affections matérielles, de détériorations phy-

siques, qu'ils ne puissent causer; et de la sorte sera complétée la preuve de ce fait que l'acte vénérien ne produit pas seulement cet état convulsifqui frappe pendant sa durée, mais qu'il exerce encore , sur tous les points du corps , une action qui , pour être plus mystérieuse, n'en est pas moins forte, et qui, elle aussi, est la source d'une multitude de maux.

Comprend-on maintenant toute la puissance de l'acte vénérien ? Or, quand on songe qu'elle est tout entière à la discrétion des individus; à leur discrétion! qu'un attrait, qui a toute la force d'un besoin, les sollicite, les presse d'en user et d'en abuser; que la faculté qu'ils ont de se jeter dans l'état de tourmente que je viens de décrire n'a presque d'autre limite que leur volonté ; qu'ils peuvent, si le moyen lé plus légitime, le concours des sexes, leur manque, trouver en eux des ressources qui ne manquent jamais ; quand on songe , dis-je , à tout cela, on peut affirmer sans crainte qu'une grande partie des détériorations , des incommodités et des maladies qui affligent notre espèce, lui viennent des excès vénériens.

Jusqu'à présent nous n'avons considéré la masturbation et le coït que d'une manière

abstractive, et comme s'il n'y avait pas de circonstances qui pussent faire varier l'influence qu'ils exercent. Mais en est-il ainsi ? N'y a-t-il pas des individus qu'un seul acte vénérien rend malade? N'y en a-t-il pas d'autres qui ont le privilège de réitérer impunément cet acte à des intervalles rapprochés et pendant une longue suite d'années ? D'ailleurs , a-t-il toujours une influence égale ? N'existe-t-il pas des circonstances qui le rendent, à divers instans d'une même vie, plus ou moins nuisible ou dangereux ? Or, quelles sont ces circonstances, quelles sont les causes de toutes les différences dont nous venons de parler? C'est à résoudre ces questions que sera consacré le chapitre suivant.

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