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CHAPITRE X

« JLes instrumens sont des corps artificiels qui *i peuvent rendre et varier les sons à l'imitation « de la voix. Tous les corps capables d'agiter « l'air par quelque choc, et d'exciter ensuite, « par leurs vibrations, dans cet air agité, des « ondulations assez fréquentes, peuvent donner « du son; et tous les corps capables d'accélérer « ou retarder ces ondulations peuvent varier « les sons.

a II y a trois manières de rendre des sons sur « des instrumens; savoir: par les vibrations des « cordes, par celles de certains corps élastiques, « et par la collision de l'air enfermé dans des « tuyaux (i). »

Les instrumens se divisent en

Instrumens à cordes,

Instrumens à vent,

Instrumens de percussion.

En les classant d'après les diverses formes qu'on leur a données depuis l'origine de l'art , le nombre des instrumens de musique sera infini; mais si on les considère sous leur véritable point de vue, c'est-à-dire d'après leurs résultats

(i) Rousseau, Vklionnairc de Musique.

sonores, il se trouve considérablement réduit, et nous avons alors la preuve que les anciens ne connaissaient pas le quart de ceux que nous possédons.

Qu'importe qu'un instrument soit prolongé en ligne directe ou recourbé en spirale, si le son en reste le même? On a toujours adopté la forme la plus commode pour l'exécutant et la plus agréable à l'œil. Le cor en si bémol a dixbuit pieds et demi de long; il a donc fallu replier ses tuyaux en plusieurs cercles, pour que le pavillon se trouvât à la portée de la main. Le basson se double sur lui-même, et par ce moyen les doigts peuvent atteindre et couvrir tous les trous de cet instrument.

La figure et la construction intérieure des instrumens ont reçu les mêmes perfectionnemens et par conséquent éprouvé d'aussi grandes variations que la composition musicale. On a cbercbé à obtenir de meilleurs résultats avec des combinaisons plus simples, etl'on n'apas craint d'ajouter quelquefois de nouvelles difficultés au jeu d'un instrument pour en épurer les sons, leur donner plus de justesse et d'intensité, ou pour étendre son diapason. Les musiciens ont abandonné un instrument à mesure qu'un autre de même nature, préférable par divers avantages et des calculs acoustiques plus parfaits, leur a

332 DES IISSTRUMENS.

été ofTert. Ainsi le violon a succédé à la vielle , au rebec , aux violes (i). La lyre, la chélis, la mandore, la pandore, Tangélique, le ihéorbe , le sistre , le luth , Tarchilutli , ont été remplaces parla guitare, comme la virginale, le clavicorde, . les régales , l'épinette , le clavecin , par le piano. Tout en réformant une quantité d'instrument inutiles, on a conservé avec soin tous ceux qui, par la douceur ou le brillant , la gravité ou l'élévation de leurs sons, avaient un caractère particulier, et, par celte raison, occupaient une place essentielle dans l'orchestre. Cette diversité de timbres et de diapasons produit d'agréables contrastes, étend les bornes de l'échelle mélodique, et donne à l'harmonie de l'ordre et du mordant. Un motif traité en fugue , ou simplement en imitation, prend une physionomie nouvelle en passant du violon au basson , de la clarinette au violoncelle, du hautbois à la flûte, et les ornemens , le remplissage du contrepoint , les parties intermédiaires qui marchent sous le sujet principal et même au-dessus, ne le font janiais perdre de vue. Tels ces coureurs lancés dans l'arène : ils ont beau se croiser, se mêler,

(i) Instruinens à sept cordes et à archet, qu'il ne fout pas confondre avec l'idlo-viole , qui dérive du violon , dont il a le mécanisme et la structure, sous une forme plus grande.

on retrouve sans peine le panache rouge , Técharpe jaune, le cheval blanc.

Un solo de clarinette plane bien sur un accompagnement doux et nourri exécuté par des violons. Un pizzicato se développe avec grâce sous les tenues des flûtes , des cors et des bassons. Quelques coups de timbale placés à propos donnent une vigueur extraordinaire à certains elTets, en tombant sur la mesure , tandis que l'orchestre attaque au second temps par une sjTicope.

Ceux qui ont comparé les forces harmoniques de l'orchestre avec celles du grand orgue , et qui ont prétendu qu'on pourrait un jour placer cet instrument dans les salles de spectacle pour accompagner le drame lyrique , n'ont considéré que les masses de son provenant du concours de tous les instrumens, sans faire attention que chacun a son charme particulier. L'orgue perfectionné sous le rapport de la modification des sons , offrirait des moyens supérieurs en force à ceux d'un orchestre. Mais l'harmonie serait restreinte au petit nombre de touches que les doigts et les pieds peuvent faire parler. Si la main gauche articule des arpèges, cinq cents tuyaux suivront le même dessin et le même rhythme , tandis qu'à l'orchestre, les tenues des clarinettes, des cors et des bassons auraient lié les batteries des seconds violons et des violes. D'ailleurs, si

o.)4 DES INSTRUMENS.

la flûte chante , la flûte accompagne. Que la trompette se fasse entendre , la trompette servira de basse , de quinte , et de second dessus.

L'orgue donnera-t-il ce sentiment exquis que ]e trouve dans chaque partie de l'orchestre? Saurez-vous assez maîtriser l'instrument colosse, pour soumettre cent voix à une seule qui récite? Et que deviendront alors vos accompagnemens? Porterez-vous la variété dans les groupes avec le secours d'une seule main ? L'abondance des moyens , la richesse des sons n'est-elle pas un pesant fardeau pour l'oreille, si deux mille tuyaux parlent tous à la fois pour tenir un langage uniforme ? L'orgue est essentiellement religieux ; il a cette sévérité imposante qui convient au service divin; il n'est ni passionné, ni dramatique : il ne doit point l'être. Je m'abandonne à tout le pouvoir de ses charmes ; il me ravit toujours, lorsque versant des torrens d'harmonie dans un chœur, il porte au loin les chants majestueux dxiMagriificat, an Benedictus^ ànParige^ lingiia. Mais la pièce d'orgue est froide, et je ne lui trouve d'autre ressemblance avec la symphonie d'orchestre , que celle qui existe entre la figure gracieuse et expressive d'une belle femme et un beau masque.

cf L'orgue remplacera peut-être un jour tout « un orchestre de cent musiciens (i). » Je sup-

(i) GrétkY; Essais sur la Musique , tom. III, pag. 4i4.

pose qu'il y ait un orgue àFeydeau ou à l'Opéra, au lieu des instrumens divers qui composent l'orchestre. L'air à accompagner est d'un caractère tendre , on tire les registres de la fliite , du bourdon , du prestan ; est-.il martial ou passionné , on a recours aux clairons, aux bassons, aux bombardes. C'est fort bien ; mais si , par aventure, il se présente une de ces situations doubles où le cliant le plus suave doit recevoir une harmonie dure , un accompagnement aride , âpre €t sauvage , commept vous tirer de ce pas avec les soupirs des flûtes et le fracas des trompettes? Vous pouvez choisir , il est vrai ; mais il vous est défendu de les employer ensemble. Vous serez donc réduit à faire hurler votre romance ; et si vous lui donnez son expression naturelle , il n'y aura plus le contraste que le jeu de scène vous commandait de produire. On pouvait y parvenir en quelque sorte au moyen des claviers de récit ; mais si les deux mains ne suffisent pas pour remplir le dessin harmonique, quefera-t-on en les divisant? S'il était nécessaire d'appuyer ce raisonnement par des exemples, et si l'immense supériorité de l'orchestre sur l'orgue n'était pas démontrée , je citerais la complainte de la Caverne de M. Lesueur , qui se dessine avec grâce sur les accens farouches des brigands ; et le chœur du troisième acte de la J^esiaîe^ dans le-

quel les flûtes , les bassons , les violes se mêlent aux lamentations touchantes des prêtresses, tandis que le trémolo des violons , les sons voilés et lugubres des trombones s'unissent admiiabJement aux implications des prêtres et des licteurs.

Si l'auteur du Dictionnaire de Musique avait connu ces morceaux et bien d'autres encore , aurait-il affirmé que « sitôt cjue deux mélodies « se font entendre à la ibis, elles s'effacent l'une « l'autre, et demeurent de nul effet, quelque « belles qu'elles puissent être chacune séparé- « ment. »

^ Revenons à notre sujet.

Nous diviserons encore les instrumens en deux classes ; savoir ;

i". Ceux qui offrent les moyens d'exécuter un chant et les parties qui forment son harmonie , et qui, pris individuellement, suffisent à l'accompagnement des voix : tels sont l'orgue , le piano, la harpe, et même la guitare.

2°. Ceux qui ne sauraient fournir une harmonie complète , sans se fournir un secours mutuel (i), soit qu'on les employé dans la symphonie ou à l'accompagnement <Ies voix : tous les instrumens qui concourent à la formation de

(0 Les tours tic force de la c]ouI)Ie corde, et le duo à violoii seul lie Stamitz , ne peuvent point faire considérer le Tiolon «•oiuine appartenant à la première classe.

Torchestre sont rangés dans cette catégorie; savoir :

Le violon , la viole , le violoncelle , la contrebasse, la flûte , le hautbois, la clarinette, le cor anglais, la trompette, le cor, le basson, le trombone , les timbales , le triangle , le beffroi , les cimbales , le tambour (r).

La harpe et le cor anglais ne figurent clans l'orchestre que pour l'exécution d'un solo.

Dans les théâtres d'Italie, on se sert du piano pour soutenir le récitatif simple. Nous n'avons point adopté cet usage, et nous donnons à la déclamation musicale un accompagnement de quatuor et même de tout l'orchestre.

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