‹ De l'opéra en France (volume 2)Chapitre 2 sur 36 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ce livre n'est point fait pour les compositeurs €t les ërudits , ils en savent tous plus que son auteur. Les bons praticiens y apprendront peu de chose. C'est pour les gens du monde qu'il a ëte écrit ; pour ces amateurs passionnes de musique, qui suivent avec ardeur les messes, les oratorios , les concerts, les opéras, et n'ont cependant ni la doctrine, ni l'exercice de cet art. Toute personne qui trouve du plaisir et s'attache vivement à une représentation lyrique ; celle qui ressent une douce émotion en entendant chanter un air, un duo, une tendre romance, un nocturne mystérieux; celle qui ne s'endort pas à un excellent concert; celle qui s'arrête un moment dans sa course pour goûter les charmes d'une musique militaire harmonieuse et brillante , ou d'une sérénade

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pleine de mélodie ; celle qui s'empresse d'appeler sous ses fenêtres les virtuoses ambulans que nous envoie l'Italie; celle qui e'coute avec intérêt le ramage des oiseaux, et les rustiques accens de la musette; celle qui ne dédaigne pas une sonate de piano, un concerto de violon, bien exécutés; les personnes enfin qui pensent que les sublimes accords des Mozart, des Cimarosa, des Mêhul, sont autre chose qu'un bruit insignifiant et sans objet, pourront lire avec fruit , et peut-être avec plaisir, cet ouvrage que je leur destine; il les entretiendra d'un art qui leur a donné tant de jouissances , et leur en préparera de plus vives pour l'avenir, en leur expliquant tour a tour ses moyens et ses résultats.

Il est impossible d'entendre parler de musique dans les salons , dans les foyers de spectacle, dans les cafés, et de lire les journaux, sans être étonné de la manière dont la multitude et une infinité d'amateurs et de gens d'es-

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prit déraisonnent ; des absurdite's que certains écrivains ne craignent pas de répandre, et de l'ignorance profonde où Ton est des premières notions, des termes mêmes les plus familiers d'un art si généralement cultivé , et dont les merveilles frappent nos sens tous les jours. Cela doit être ainsi dans un pays où presque tous les ouvrages qui traitent de la musique ont été faits par des savans ou des littérateurs parfaitement étrangers à cette matière, et qui n'y entendaient rien; au lieu de nous éclairer, ils ont mis en crédit de nouvelles erreurs , des hérésies, des méprises, qui font sourire de pitié les musiciens, et que les gens du monde, les déclamateurs de salons adoptent avec avidité, sur les réputations que ces auteurs se sont acquises en traitant d'autres sujets avec supériorité.

Je n'aurai point leur éloquence entraînante, ni leur style élégant et pur. J'ai cru cependant qu'un ouvrage sur la musique, écrit ])ar un

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musicien , devait inspirer quelque intérêt : ce n'est pas que l'artiste ne puisse se tromper aussi en parlant de son art ; mais du moins il est sur la voie , il suit son objet, et l'on veut bien pardonner, en faveur de ce qu'il dit, la manière dont il le dit.

Les anciens n'ont pas connu l'Opéra ; ils cultivaient cependant tous les arts qui en sont les élémens , et les employaient aux représentations scéniques. Leurs tragédies avaient des ouvertures, des danses, des chœurs, des décorations, et le dialogue se récitait selon les lois de la mélopée. La musique, après avoir annoncé le spectacle et réglé les pas de la danse, soutenait ensuite le chœur pendant les entr'actes. C'est ainsi que les productions dramatiques de Sophocle et d'Euripide , d'Ennius et de Sénèque , ont été exécutées à Athènes et à Rome. Cette déclamation mesurée, qui n'avait pas même la variété d'intonation de notre récitatif, a produit de trètbeaux effets ; nous ne pouvons les attribuer qu'au charme particulier des langues anciennes, dont l'harmonie et le rhj-thme faisaient une espèce de chant du discours dramatique et oratoire. Aussi voyons-nous que Hortensius se servait d'un joueur de flûte pour lui donner le ton en commençant sa harangue, et l'y ramener s'il s'en écartait.

L'invasion des Barbares changea la face de I. I

l'Europe, et fut pour les beaux-arts une époque désastreuse. Rome , conquise et ruinée » tomba au pouvoir de peuples dont l'ignorance égalait la férocité ; les monumens furent renversés, les tbéâtres dévorés par les flammes, les artistes périrent dispersés , et des siècles de ténèbres succédèrent aux règnes brillans des Césars.

Vers l'an i43o, les Turcs s' étant emparés d'une grande partie de l'empire d'Orient, les musiciens, les peintres, les poètes, qui habitaient Constantinople et les villes de la Grèce , vinrent se réfugier en Italie , et cette belle contrée devint le berceau des arts qui se répandirent ensuite dans l'Europe entière. Possesseurs de tant de talens divers, qui se joignaient à ceux qui existaient déjà dans leur patrie, les Italiens songèrent à rétablir ces spectacles superbes qui avaient fait les délices de la Grèce et de l'empire romain. On savait qu'une tragédie se composait d'une action dramatique, récitée en vers élégans et pompeux, et que la musique, la danse, la peinture, venaient lui prêter leur secours. On consulte les ouvrages des anciens, on suit leurs traces pas à pas , et , après avoir long-temps cherché , on trouve l'Opéra au lieu de la tragédie grecque. Nous devons nous applaudir de cette erreur, puisqu'elle a donné naissance à un nouveau genre de spectacle. D'ailleurs les langues mo-

dernes ne convenaient point au drame des Grecsleur rhythme est trop peu sensible pour qu'elles puissent se passer de musique dans les discours exécutés simultanément par un grand nombre de voix.

Comme nos premières tragédies, les premiers opéras eurent pour objet les mystères. La Conversion de Saint-Paul^ opéra de Francesco Baverini , est représenté à Rome en il^l^o, sur une place publique; d'autres lui succèdent, et toujours sur des sujets tirés de l'Ecriture Sainte. Les opéras profanes ne paraissent que vers 14/5. On cite à cette époque \ Orfeo d'Ange Politien , et une tragédie en musique , exécutée à Rome en 1480, dont le cardinal Riatti, neveu du pape Sixte lY, avait fait les paroles.

Les papes avaient déjà un théâtre à décorations et à machines en i5oo ; et quand le cardinal Bertrand de Bibiena fit jouer devant Léon X la comédie de la Calandra, on y admira les peintures de Peruzzi.

Vers i55o, saint Philippe de Néri, qui venait de fonder à Rome la Congrégation de l'Oratoire s'alarma des succès du spectacle lyrique. Ce saint prêtre voulant diriger vers la religion la passion qiie les liabitans de cette ville montraient pour l'Opéra, qui, pendant les jours de carnaval surtout , les éloignait de l'église , imagina de

faire composer, par de très bons poètes, ries intermèdes sacrés , de les faire mettre en musique par les virtuoses les plus fameux, et d'en confier rexécution à des chanteurs excellens. Son projet réussit complètement, la foule accourut à ses concerts religieux ; et ce genre de drame prit le nom di Oratorio , de Téglise de rOratoire où ils étaient exécutés.

Alfonso délia Viola de Ferrare , Strigio , Malvezzi, Emilio del Cavalière, Orazio Vecchi de Modène, compositeurs, consacrèrent leurs talens à la scène lyrique pendant le seizième siècle. L'art qui n'était encore qu'à son enfance fit peu de progrès entre leurs mains ; et parmi leurs productions on ne cite rien de remarquable.

En 1^97, Jean de Bardi , Pierre Strozzi et Jacques Corsi, seigneurs florentins, peu contens des essais faits jusqu'alors, et concevant de grandes espérances au sujet du drame chanté, s'efforcent de l'élever à son plus haut degré de perfection, et pour y parvenir choisissent le meil' leur poëte et le meilleur musicien connus de leur temps, et les engagent à composer exprès pour eux un opéra, que l'on exécute dans le palais Corsi, à Florence. C'était la Dnphné d'Ottavio Rinuccini et de Giacomo Péri. Le grand-duc de Toscane et sa cour, beaucoup de cardinaux et la plus brillante société suivirent les représenta-

tions de cet ouvrage, qui surpassa Lout ce que Ton avait vu. La conduite de la pièce et la beauté de la musique le firent considérer comme un chef-d'œuvre ; et c'est sur ce modèle que les mêmes auteurs , que l'on proclama avec raison les créateurs du genre , composèrent leur opéra âLEuridice^ joué publiquement à Florence, à l'occasion du mariage d'Henri IV, roi de France, avec Marie de Médicis. Jules Caccini donna ensuite r Enlèvement de Cêphale, et Péri, Ariane.

Partout le nouvel art inspirait les mêmes transports et le même enthousiasme. Pareils à ceux de la musique grecque, ses miracles s'opéraient avec de bien petits moyens. Il n'y avait point d'airs dans les drames IjTiques , et ce ne fut qu'en i6oo que Péri en fit entendre dans l'opéra di Ëuridice ^ dont nous venons de parler. Le récitatif seul occupait la scène, et cette déclamation musicale, que l'on n'écoute plus en Italie, tenait dans un ravissement continuel des spectateurs qui, ne connaissant rien de mieux, jouissaient de ce qu'on leur offrait, sans imaginer qu'un art aussi séducteur pût ajouter encore à ses nierveilles.

En i63o, Claudio Monteverde étabUt à Venise un théâtre lyrique, où l'on joue l' Enlèvement de Proscrpine , dont il était l'auteur. Soriano et F. Gavalli, ses contemporains, composent aussi

pour la scène, et en 1639 on y représente les Noces de Pélèe , de ce dernier.

A cette époque, on ne possédait encore en France que les ballets, dans lesquels les récits et le dialogue succédaient tour-à-tour à la danse. Ces ballets, composés sans goût, n'étaient assujétis à aucune loi dramatique. Balthasarini (1) , Italien, que le maréchal de Brissac , gouverneur de Piémont , envoya à Catherine de Médicis , avec une bande de violons , apporta le premier une certaine régularité dans ce genre de spectacle. La reine le nomma son valet-de-chambre , et dès lors il devint l'ordonnateur de tous les festins , ballets , concerts et représentations de la cour. Ce fut lui qui, en i58i , composa le fameux ballet comique de la reine, pour les noces du duc de Joyeuse ; Beaulieu et Salmon, maîtres de musique de Henri III , le secondèrent en faisant une partie des airs et des récits , dont Lachenaye , aumônier du roi , avait donné les paroles. Ce seul ballet coûta plus de douze cent mille écus.

Baïf et Ronsard travaillèrent aussi pour cette fête. Baïf avait vu représenter des opéras à Venise; poêle et musicien, il conçut le projet d'in-

(1) Plus connu sous le nom de Beavjoyevx, qu'il prit ensuite en France.

troclviire ce spectacle en France, et composa à cet efiet des drames en vers métriques, tels que ceux des anciens, regardant cette coupe comme plus favorable au chant ; il les mit en musique et commença par les faire entendre dans les concerts qu'il donnait à sa maison du faubourg Saint-Marceau , et que les rois Charles IX et Henri III honoraient de leur présence. Baïf , poursuivant toujours son entreprise , aurait fini par établir l'Opéra à Paris, si les guerres civiles qui désolèrent alors la France n'avaient mis un terme aux plaisirs de la cour.

Enfin en i645, le cardinal Mazarin, qui cherchait tous les moyens d'amuser Louis XIV, encore très-jeune, fit jouer, devant ce monarque et la reine sa mère , une comédie lyrique intitulée la Finla Pazza^ de Jules Strozzi. Le premier acte de cette pièce finissait par un ballet de singes et d'ours; le second par une danse d'autruches ; et le troisième par une entrée de perroquets. La Finta Pazza et Y Orfeo de Zarlino , qui parurent deux ans après , furent représentés par une troupe d'acteurs et de musiciens venus d'Italie par les ordres du cardinal. La pompe de ce spectacle , les charmes de la musique, la beauté des costumes, le jeu des machines et la variété des décorations produisirent un effet extraordinaire. Mazarin , qui avait

fait la dépense de ce divertissement royal, en fut si content, qu'il le renouvela ensuite aux noces de Louis XIV.

Le succès de V Orfeo donna l'idée de composer des opéras français ; l'exécution seule présentait des difficultés. On avait le théâtre , les machines, les décors, il fallait encore des chanteurs et des symphonistes. D'ailleurs le préjugé que Rousseau a voulu rétablir ensuite , et qui tend à dépouiller notre langue de toute harmonie musicale, existait déjà. L'abbé Perrin , que tant d'obstacles n'intimidèrent pas, osa les combattre et réussit à les surmonter, en faisant une pastorale que Cambert mit en musicjue, et que l'on applaudit à Issy, où l'on en fit Fessai, dans la maison de M. Delahaye. Cette nouveauté charma d'autant plus les Français , qu'elle leur prouva qu'ils pouvaient aussi posséder un spectacle lyrique. La musique fut goûtée, et l'on admira surtout la douce mélodie des flûtes que le compositeur avait su marier à celle des violons. Innovation hardie pour ce temps, et dont l'effet inattendu rappela les merveilles que les historiens grecs nous rapportent de cet instrument. Le cardinal , qui aimait passionnément ces sortes de représentations et qui s'y connaissait fort bien , accueillit les auteurs de la pastorale de la manière la plus flatteuse; et, d'après ses

ordres, on la joua plusieurs fois à Vincennes devant le roi. Enchantés de la réussite de ce premier essai , Perrin et Cambert s'occupèrent de la composition dH Ariane,

C'est à cette époque qu'une nouvelle troupe d'Italiens fit entendre l'opéra de Ercole amante. Le mariage du roi , les progrès que l'art avait faits depuis plusieurs années, et les largesses du cardinal, donnèrent à cette représentation une grande magnificence. Vigarani de Modène , habile architecte, avait fait construire aux Tuileries un superbe théâtre et des machines dont l'effet tenait du prodige ; elles enlevaient cent personnes à la fois. Le roi , la reine et les principaux seigneurs de la cour y dansèrent. Malgré tous ces avantages, cet opéra, quoique mieux exécuté , ne fit pas la même impression que rOz/^o. On avait pris goût aux paroles françaises, l'esprit national s'en mêla , et l'œuvre de Cambert fut généralement préféré.

Le marquis de Sourdéac , célèbre dans les annales de l'Opéra, dont il perfectionna les machines , fit représenter , dans son château de Neubourg , la Toison d'or ^ de P. Corneille. Comme c'était une fête somptueuse qu'il donnait à l'occasion du mariage de son souverain , toute la noblesse de la Normandie y fiit invitée ; acteurs, musiciens, danseurs, décorateurs, ma-

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cliinlstes , spectateurs même , tout fut logé et traité à ses dépens penrlant deux mois. Ils étaient plus de cinq cents lors des représentations.

jiriajie était terminée , on avait même commencé à la répéter, quand la mort du cardinal en suspendit l'exécution. Cet événement enleva aux arts un protecteur libéral et retarda les progrès du drame lyrique pendant plusieurs années. Voulant pousser à bout une entreprise dont les commencemens avaient été sibrinans,Perrin sollicite et obtient, en 1669, des lettres-patentes portant permission d'établir des académies de musique , pour chanter en public des pièces de théâtre. Mais comme il ne pouvait fournir seul aux soins et à la dépense, il s'associe Cambert pour la musique , le marquis de Sourdéac pour les machines , et Champeron pour les fonds. La ville de Paris ne possédant pas un nombre suffisant d'acteurs et de symphonistes, on fait, dans le midi de la France, une levée des musiciens les plus distingués qui s'y trouvaient au service des cathédrales, en y joignant les acteurs lyriques qu'une expérience de plus de dix années avait pu former. On exerça cette nouvelle troupe à l'hôtel de Nevers , tandis que Ton transformait en salle de spectacle le Jeu de paume de la rue Mazarine.

C'est là que parut Pomone ^ le premier opéra

I]STÎlODUCTIO]N\ II

français qui ait été représenté en public. Les paroles étaient de Perrin, la musique de Cambert, et les ballets de Beauchamp. Mademoiselle de Castilly, Beaumavielle et Rossignol y remplirent les principaux rôles.

Saint- Ewemont, en parlant de cette pièce, dit : « On voyait les machines avec surprise , les « danses avec plaisir; on entendait le chant avec « agrément, les paroles avec dégoût (i). » Ce jugement pourrait bien s'appliquer à quelques opéras que Ton représente aujourd'hui et qui sont pourtant bien au-dessus des rapsodies de Perrin. Ce poëte, prenant pour modèle les productions italiennes, offrait au musicien des scènes décousues et qui ne formaient pas une action , un style pitoyable mêlé d'équivoques grossières et de jeux de mots. Pornonc, malgré ces impertinences , fut représentée pendant huit mois avec un succès qui ne se démentit point, et Perrin en retira pour sa part trente ra^ille francs.

C'était une belle faveur de la fortune : malheureusement ce fut la dernière. Le marquis de Sourdéac, sous prétexte des avances .qu'il avait faites , s'empare du théâtre , quitte Perrin pour Gilbert, qui lui donne une autre pastorale dont LuUi fait la musique. Ce fut le début de cet il-

(j) Les Opéras , comédie, acte II, scène 4.

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lustre musicien ; comme il avait autant d'adresse que d'esprit et de talent , il profita de la division qui régnait entre les associés, et obtint, par le crédit de madame de Montespan , que Perrin lui cédât son privilège. Une fois maître, Lulli congédia Gilbert, laissa Sourdéac et ses associés, en prit de nouveaux, quitta leur théâtre, et en fit élever un au jeu de paume de la rue de Yaugirard , où l'on joua les Fêtes de V Amour et de Bacchus , en 1672. Cette pièce était de Quinault. Ce poëte fit entrevoir des étincelles de son génie dans Cadmus et dans Alceste , qui parurent bientôt après. Ces deux opéras, quoique défigurés par quelques scènes comiques et de mauvais goût, permirent d'espérer un spectacle régulier et intéressant. Lulli travailla presque toujours avec Quinault, et s'engagea même à lui compter une somme de quatre mille firancs pour chacun des opéras qu'il lui fournirait , en observant de mettre une année d'intervalle de l'un à l'autre.

Molière étant mort en 1673 , et pendant les représentations de Cadmus, le Roi donna à Lulli la salle du Palais-R^oyal , où l'Opéra est resté plus d'un siècle (i).

(1) Cette sallo , qui occupait la partie rie hâtiment siluée à droite en entrant dans la cour du Palais-îloyal , fut hrùlôe ta 1763, rétablie sur-le-cfiamp, et brûlée de nouveau eu i7bi. C'est

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Lulli était excellent violon ; il prit beaucoup de peine à former les musiciens de son orchestre ; il mit plus de difficulté dans les accompagnemens, à mesure que ses exécutans devinrent plus habiles : on peut le regarder comme le premier qui ait fait usage des instrumens à vent et de percussion ; avant lui , le violon avait seul le droit de se faire entendre dans les orchestres.

Une autre innovation, non moins importante, eut lieu en i68i , à la représentation de son opéra du Triomphe de l'Amour : des danseuses parurent sur le théâtre ; les rôles de femme , dans les ballets , étaient remplis auparavant par des hommes travestis.

Habile courtisan , Lulli ne laissait échapper aucune occasion de plaire à son maître , qui le combla de faveurs , et le fit surintendant de sa musique. Il poursuivit sa carrière avec autant de gloire que de bonheur, et la termina , en 1686, par Armide , qui fut regardé comme le meilleur de ses opéras.

Destouches , Campra , Montéclair et Lalande se sont distingués parmi les nombreux succes-

à cette époque que l'on Mtit celle de la Porte Saint-Martin, que l'Académie Royale de Musique quitta, dix ans après, pour sétablir dans la salle de la rue de Richelieu, où elle esl àprésenf.

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seurs de Lulli , en suivant avec fidélité la route qu'il leur avait tracée : ils ne s'élevèrent cependant jamais jusqu'à lui.

Issé, Amadis, V Europe galante, Hésione, Jephié, le fameux ballet des Elémens , et une infinité d'autres productions , oubliées aujourd'hui , occupent la scène jusqu'à la venue de Rameau, qui débute, en 17 33, par Hippolyte et Aricie. Ses compositions excitent des troubles violens dans le monde musical ; ses succès sont contestés , et le parti de Lulli lui dispute long -temps le terrein. On lui oppose Armide , Atys ; et la foule se porte avec fureur aux représentations de ces opéras. Mais il fallut céder enfin, et fauteur de Castor femporta : comme Lulli , il régna en souverain sur la scène lyrique. Mondonviile, Rebel, Francœur, Mouret, Berton, ses contemporains, musiciens fori estimés dans ce temps, ont laissé peu de souvenirs; et parmi les patriarches de fOpéra français , Lulli et Rameau sont les seuls dont les noms aient conservé leur célébrité.

On écoutait avec transport les accords du nouvel Orphée ; et les amateurs parisiens ne pouvaient imaginer qu'il y eût une mélodie plus agréable que celle des airs de Castor, et une hariTionie plus éminemment dramatique que celle de ses chœurs. C'était un délire universel : on

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touchait aux bornes de l'art, grâce au talent de Rameau.

Dans le pays des illusions, il n'est pas rare de voir un magicien terrible tomber sous le charme d'une fée aimable et séduisante. Des chanteurs venus d'Italie se font entendre , et le prestige est dissipé. La pureté des compositions qu'ils exécutent , des accords mélodieux et simples, des traits dont l'élégance égale la suavité , font un contraste piquant avec la lourde psalmodie du récitatif, les airs bizarres et emphatiques de Rameau, et les hurlemens de ses chœurs.

Les bouffons italiens représentent , pendant les huit mois de leur séjour à Paris , douze opéras des plus grands maîtres de leur école , tels que la Serva Padrona , de Pergolèse ; // Paratagio ^ de Jomelli ; / P^iaggiatori , de Léo , etc. Voilà de nouveau la guerre allumée. Les partisans de Lulli et ceux de Rameau, jusques alors en opposition , se liguent contre l'ennemi commun, et combattent vaillamment yoro aris etfocis: Les champions se rassemblent, tous les soirs , à rOpéra , et chacun dénigre ce qui fait pâmer de plaisir son adversaire. Les brochures , les pamphlets se succèdent avec rapidité ; cependant , comme les bons mots, les quolibets , les épigrammes , furent les seules armes dont on se servit , il n'y eut point de sang répandu.

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Piameau triomphe une seconde fois (t), les bouffons reçoivenl leur congé et partent en i ySS ; mais le coup était porté , et les palmes d'une victoire si éclatante ne purent sauver la psalmodie française de l'atteinte qu'elle venait de recevoir. Les amateurs de la belle musique , les gens de goùi qui avaient entendu Galuppi, Léo, Pergolèse , Jomelli , en conservaient le délicieux souvenir.

Pour réparer , en quelque sorte , la perte que l'on avait faite, Baurans parodia en vers français, et lit représenter à la comédie italienne la Serva padrona. Exilée du grand Opéra, la mélodie se réfugia chez le gai vaudeville. Madame Favart el Rochard quittèrent un moment les Fandonduines et les Flons-Flons , pour redire aux Parisiens enchantés les accens de Pergolèsc que l'on avait ingénieusement naturaUsés en France.

(i) En seci-et indigné que la scène avilie Se fût prostitue'e aux bouffons d'Italie ; Que le Français , trompé par un charme nouveau. Eût pour les vains fredons abandonné Rameau , Apollon veut punir ce transport idolâtre.

Rameau , le sctjptre en main , éclipse Pergolèse : Le goût a reparu ; le dieu du jour s'apaise; Et son ressentiment subsisterait encor.

Si la scène à nos yeux n'eût remontré Castor.

DôRAT, Poëme de lu Déclamation , Chant III

Tout en s'applaudissant de cette heureuse adoption , il faut convenir que les défauts de notre scène lyri-comique, qu'un demi-siècle de travaux et de gloire n'a pu corriger, viennent tous de cette origine. L'Opéra a été greffé sur le vaudeville ; et depuis Laruette jusqu'à Juillet, depuis madame Favart jusqu'à madame Saint- Aubin, on compte bien peu de chanteurs sur un théâtre où la musique est un objet d'un si grand intérêt.

En 1757, Duni commence à travailler pour rOpéra-Comique ; Philidor et Monsigny le suivent de près. Les ouvrages joués auparavant n'étaient, à proprement parler, que des vaudevilles, sans en excepter même les Tro(^ueurs de Dauvergne. Duni, formé aux écoles d'Italie ; obtient d'abord de grands succès , mais ses rivaux, Philidor et Monsigny, l'emportent ensuite sur lui. Le Roi et le Fermier , les Chasseurs et la Laitière, et le Sorcier, avaient déjà paru en 1764, el c'est à cette époque qu'il faut fixer l'établissement de rOpéra-Comique. A la première représentation du Sorcier , le parterre , transporté d'admiration , demanda les auteurs , ce qui n'était pas encore arrivé à la Comédie Italienne. Philidor eut cela de commun avec Voltaire qui , le premier, avait reçu cet hommage au Théâtre- Français à l'occasion de Mérope,

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MM. Gossec, Rodolpîie, donnèrent alors plusieurs pièces au grand Opéra et à la Comédie Italienne. Ces ouvrages ont disparu, et les noms des auteurs seraient oubliés comme ceux de leurs nombreux contemporains , si de belles compositions religieuses et des ouvrages classiques, juslement estimés, ne les avaient rendus célèbres.

Pliilidor et Monsigny, prenant les opéras italiens pour modèles , cherchèrent à introduire le nouveau genre à l'Académie Royale ; mais Ernelinde^ et Aline, reine de Golconde, malgré leur succès , ne firent pas une gr.ande sensation. Le préjugé, dès long-temps enraciné, ne perdit rien de sa force. Les sectateurs de Rameau accordaient que la petite musique italienne convenait parfaitement à l'Opéra bouffon ; cette concession les rendait encore plus fiers , et le nouveau style qui , selon leur opinion , manquait de nol)lesse et de vigueur , ne pouvait servir à exprimer les passions.

En 1768, Grétiy commence sa carrière par le Hiiron, opéra médiocre qui annonçait un grand talent. Il établit sa réputation l'année suivante par Lucile^ et le Tableau parlant^ compositions originales , pleines de charmes et d'un caractère tout-à-fait opposé.

L'Opéra-Comique n'était d'abord qu'un ac-

cessoire (lu Théâtre Italien. Son domaine s'étendit à mesure que les compositeurs qu^i lui avaient consacré leurs talens donnèrent de bons ouvrages. Après le succès du Déserteur, plusieurs comédiens demandèrent leur retraite. On continua cependant à jouer encore des farces italiennes et des pièces françaises.

La buona Hgliola de Piccini , traduite par Cailhava , et Zémire et Azor, signalèrent l'année 1771. Parmi les opéras représentés jusqu'en 1776, on remarque l Ami de la maison, la Fwsiere de Grétry, et la Mataille d lvry\, de Martini. Laissons la Comédie Italienne suivre le cours de ses succès lyriques , pour revenir au' grand Opéra où la psalmodie et les cris étaient encore le chant dramatique par excellence.

Les ouvrages de Philidor, Grétiy, Monsigny, réunissant la force à l'agrément, le sentiment à lagaîlé, offraient de beauxmorceaux dans le style passionné. De tels exemples, sans être à la hauteur de la tragédie , auraient dû faire imaginer que le nouveau genre con\enait également à nos deux scènes lyriques, et qu'une mélodie, qui rendait avec autant de vigueur et de grâce la colère ou la tendresse d'Azor, pouvait fort bien servir à peindre la fureur jalouse de Roland et les amours de son heureux rival. La preuve en était évidente, et le raisonnement le

plus simple devait en donner l'application. Mais raisonne-t-on, quand l'esprit de parti divise les artistes ? On ne veut rien entendre. Les plus belles découvertes sont présentées sous un jour défavorable, ou rejetées avec dédain. On aime la musique que l'on a aimée autrefois, et des idées patriotiques viennent encore ajouter au pouvoir de l'habitude. Tel se croyait obligé, comme bon Français , de défendre la musique française.

Lorsque l'aveuglement et l'incrédulité sont poussés à ce point, il faut un coup de tonnerre pour déchirer le voile, ou l'épée d'Alexandre pour trancher le nœud qu'on ne saurait délier. Gluck parut et cette révolution fut faite. Son Iphigèîiie excita un enthousiasme qu'il serait impossible de décrire. Il créa la musique dramatique et marqua son début par un chef-d'œuvre i|ue l'on n'a point encore égalé. Tel que le grand Corneille , il éclipsa tous ses rivaux dont le plus illustre ne pouvait pas même lui être comparé.

Peut-on se faire une idée de l'effet qu'il produisit sur les amateurs de la belle musique , sur ces enfans chéris d'Apollon, qui, portant dans leur cœur le sentiment des arts , désiraient depuis si long-temps la réforme d'un système que le bon goût réprouvait? Non, l'aveugle à qui une main habile vient d'ouvrir les portes du jour, ne

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ressent pas une émotion plus profonde, un ravissement plus pur que ceux qu'on dut éproviver en entendant les nobles accens de Gluck succéder aux bizarres compositions françaises. Et quels accens encore! Touverture et le premier acte ^Iphigênie en Aulide , tout ce que le génie et l'art ont produit de plus sublime.

(i) « Ce n'était point assez d'avoir créé une « musique dramatique , il fallait des acteurs , V des chanteurs , des symphonistes. Il trouva « un orchestre qui ne voyait guère que des ut et « des ré ^ des noires et des croches ; des assor- « timens de mannequins qu'on appelait des « chœurs ; des acteurs , dont les uns étaient « aussi inanimés que la musique qu'ils chan- « taient, et les autres s'efforçaient de réchauf- « fer, à force de bras et de poumons, une triste « et lourde psalmodie ou de froides chansons. « Prométhée secoua son flambeau, et les statues « s'animèrent. Les instrumens de l'orchestre « devinrent des voix sensibles qui rendaient des « sons touchans ou terribles , qui s'unissaient « toujours à l'action pour en fortifier ou en mul- « tiplier les effets. Les acteurs apprirent qu'une « musique tout à la fois parlante et expressive, « n'avait besoin que d'être bien sentie pour en-

(i) Journal de Politique et de Littérature, février 17"7, art. de l'abbc Yhnauu.

« traîner une action forte et vraie. Les fiaurans « des chœurs, mis en mouvement, furent éton- « nés de se trouver des acteurs, et les danseurs « furent encore plus étonnés de n'être plus rien « sur un théâtre où ils étaient accoutumés à « être presque tout.

« L'effet de ce spectacle fut extraordinaire. <c On vit, pour la première fois, une tragédie en « musique , écoutée d'un bout à l'autre avec M une attention continue et un intérêt toujours « croissant , faisant verser des larmes jusque « dans les coulisses, et excitant, dans toute la « salle, des cris d'admiration. Les représenta- « tions, multipliées avec un excès qui semblait « provoquer la satiété , ne firent qu'augmenter « la foule, l'émotion, l'enthousiasme. Un tel « succès était trop éclatant pour ne pas faire « des ennemis à l'auteur ; car la médiocrité seule « en est exempte. Les préjugés, les prétentions, « la routine , le mauvais goût et les petits intérêts « contrariés, réunirent contre Gluck les épiw grammes et les hypothèses, les intrigues et les « calembourgs. Les uns ne voyaient, dans ses « opéras , que la vieille musique française renfor- « cée, les autres que la musique italienne bâtarde ; « les uns trouvaient son chant plat et commun, « les autres velche et baroque. On lui reprocha « surtout de manquer d'unité et de motif, on

tf alla même jusqu'à l'accuser d'être Allemand : « il lui fut impossible de se corriger de tous ces « vices-là ; mais tandis que les fins connaisseurs « le déchiraient dans les soupers, la plus grande « partie des musiciens étrangers et nationaux, « et des amateurs les plus distingués , lui éle- « vaient une statue. »

LeCid, Horace, Cînna^ avaientbanni du Théâtre- Français les œuvres informes de Mairet et deDuryer. Orphée^ Alceste, Armide, suivant de ^rèslphigénie , s'emparèrent de la scène ; et Gluck, après tant de triomphes , obtint le sceptre du royaume des enchantemens. Le parti de Rameau , que tant d'attaques avaient affaibli , battait en retraite , et n'opposait à ses adversaires que Dardoniis et Castor , qu'on souffrait encore par un reste de respect pour la vieille idole. Le combat finissait, non faute de combattans , mais faute d'armes et de munitions : cette paix forcée , ne reposant sur aucun traité , ne pouvait être de longue durée.

Le dernier soupir des partisans de R^ameau était à peine exhalé , que le compositeur allemand eut à combattre un nouveau rival plus redoutable et plus digne de lui. Piccini , dont le nom était déjà fameux en Italie, se fit connaître en France, en 1778 , par l'opéra de Roland {i^ Le feu, qui

(i) On avait répandu que Gluck travaillait, en même temps

couvait sons la cendre, se ralluma, et produisit bientôt le plus violent incendie.

Heureux temps ! où des légions d'amateurs et d'enthousiastes prenaient le parterre de l'Opéra pour champ de bataille , et , s'y défiant courageusement , attaquaient un duo , sapaient les fondemens d'un chœur , renversaient l'édifice du finale le plus formidable ! L'histoire nous a transmis les noms de ces braves , qui , tour à tour impétueux ou calmes , lançaient une grêle de traits piquans , ou recevaient, avec un flegme stoïque , le feu roulant des quolibets et des calembourgs (i).

L'esprit de parti rend injuste : les Gluckistes refusaient à l'auteur de Roland la vigueur d'expression et les grands effets dramatiques ; les sectateurs de Piccini trouvaient les compositions de son rival dénuées de charme , et prétendaient que le bruit et les cris y remplaçaient la mélodie. Les journaux prirent une part très-vive

que Piccini , à un opéra de Roland. Tant mieux , dit un Gluckisle fanatique , nous aurons un Orlando et un Orlandino. Inde mal! lahes. Inde irae.

(i) Mademoiselle Levasseur, jouant le rôle d'Alceste , chantait le bel air qui finit par ce vers : // me déchire et m'arrache le cœur. Un Picciniste s'écria : j4h ! mademoiselle , vous m'arrachez les o-eilles. — Quelle fortune , si c'est pour vous en donner d'autres! repli" 4jua son voisin.

INTPiODUCTION. 25

aux débats : Suard , sous un nom supposé (i) , Fabbé Arnaud, parurent dans la lice; et leurs écrits , où Ton remarque une force de raisonnement que la connaissance de l'art peut seule donner, triomphèrent des pamphlets deLaHarpe et de Marmontel , littérateurs distingués , qui , n'ayant aucune idée précise sur la musique , critiquaient Gluck , et défendaient Piccini avec autant d'esprit que de maladresse.

Après avoir entendu successivement Roland ^ et Atys, Orphée^ et Alceste , que chacun jugeait toujours à sa manière et selon l'esprit qui l'animait, Iphigcnie en Tauride présenta un combat décisif, où les deux antagonistes se mesurèrent corps à corps en traitant le même sujet. On représenta les deux ouvrages ; et celui de Gluck obtint une telle préférence , qu'il ne resta plus de doute sur la victoire.

Gluck donna encore Echo et Narcisse, l'Arbre enchanté^ et Cythere assiégée , en 1779- Piccini fit paraître , en 1783, le bel opéra de Didon. qui fut suivi de Diane et Endymion , et de Pénélope.

Maintenant que les passions sont éteintes , que les grands maîtres ont invariablement fix<^ l'opinion sur ces deux illustres rivaux , et que tous les amateurs leur rendent le tnbut d'admi-

(j) L'Anonyme du Vaugircrd.

26 ITsTRODUCTION.

ration le mieux mérité, il serait aussi absurde de refuser la mélodie à l'auteur dC Armide , que la force de coloris au chantre diAty^s et de Didoii- Piccini est un des plus beaux génies , un des plus habiles compositeujte que l'Italie ait produit ; et , pour être moins grand que Gluck , il n'en est pas moins un colosse.

Sacchini , qu'une brillante réputation avait précédé ( on connaissait déjà la musique de risola d'Amoré) (i), composa les opéras de Kenaud, Chimene^ eiDardanus^ et mourut sans avoir entendu son chef-d'œuvre : CEdipe à Colonc ne fut représenté qu'en 1787. Rey, chef d'orchestre de l'Académie Royale , termina la musique du troisième acte dtEvélina^ autre ouvrage posthume de Sacchini, et cet opéra parut l'année suivante. Le Thésée de M, Gossec et X Electre de Lemoine avaient été applaudis en 1782. Deux ans après, Salieri enrichit notre répertoire de l'opéra des Dandides et de celui de Tarare, joué en 1787. LesHoraces^ et lAnfre de Trophonius , du même auteur , ne restèrent point au théâtre : ami et disciple de Gluck, on retrouve en lui la manière de ce grand maître.

Grétry, qui avait fait quelques essais malheureux dans le genre sérieux , reconnaît , par le

(1) La Colvnie.

peu de succès de Cèphale^ et dH Andromaque , que son génie aimable ne pouvait pas s'éleAer jusqu'à la tragédie : il y renonce. Cependant, pour payer son tribut à l'Académie Royale , il y paraît sous les auspices de Thalie , et fait jouer plusieurs ouvrages que TOpéra- Comique aurait pu réclamer, mais que la pompe du spectacle , les charmes de la musique et de la danse plaçaient à la hauteur de notre premier théâtre lyrique , qu'il sut égayer sans lui faire perdre sa dignité. Colinette à la cour, la Caravane du Caire , Panurge , étaient déjà connus en 1787.

L'Opéra-Comique fait toujours de nouveaux progrès ; la Fausse Magie , la Belle Arsène , la Colonie paraissent en 1775. Grétry ajoute encore à sa réputation par V Amant jaloux^ et / Epreuve villageoise ; il arrive enfin au faîte de sa gloire , par son opéra de Richard Cœur-de-Lion. Monsigny termine sa carrière par celui de Félix , en

Dalayrac , dont la muse élégante et féconde a fait l'ornement de la scène , et qu'un aimable poëte a justement nommé le La Fontaine de la musique , fait son premier pas, en 1782 , par l'Eclipsé totale : on applaudit cette composition, et l'on y remarque ces idées fraîches et légères, ces images riantes , et surtout l'esprit qui caractérisent les productions de cet auteur. Il donne

ensuite plusieurs opéras ; mais ce n'est qu'en 1787 , après les représentations de la Dot^ et <X Azêmia , que l'on peut apprécier son talent. Je ne citerai pas tous les ouvrages joués avant cette époque , et parmi lesquels on distingue la IMèlomanie, de M. Charapein , le Droit du Seigneur ^ de Martini ; et Biaise et Babet^ de Dezèdes.

Malgré la richesse de son répertoire, l'Opera- Comique n'était point encore un spectacle exclusif; et la Comédie Italienne , qui avait conservé ce nom , quoique depuis bien long-temps on n'y représentât que des pièces françaises , offrait elle seule tous les genres, comédie, opéra, drame , parade et vaudeville.

On goûta davantage rOpéra-Comique , à mesure que l'art fit des progrès : c'était déjà le spectacle favori des provinces ; il devint bientôt celui de Paris. Ce genre , qui n'avait occupé d'abord qu'une petite place à la Comédie Italienne, finit par y régner seul.

Il fit plus : un nouveau théâtre ayant été élevé dans la rue Feydeau, sous les auspices de Monsieur frère du Roi , les entrepreneurs pensèrent que le moyen le plus sûr pour attirer les amateurs, était d'y représenter l'Opéra-Comique : ils ne se trompèrent pas ; et , dès le moment de l'ouverture, qui eut lieu en janvier 17B9, la foule se porta aux représentations que les chanteurs

français et italiens y donnèrent tour à tour. C'est là que l'on entendit les compositions les plus parfaites des maîtres étrangers : le Barbîcr de Séville , les JSoces de Dorine , le Roi Théodore , la Molinarn , llmpressario , la T^illanella ^ l'admirable Figaro de Mozart, y parurent successivement ; et toujours de nouveaux transports accueillaient de nouveaux chefs-d'œuvre. Quels modèles pour les Méhul , les Berton , pour les EUeviou, les Martin, qui, débutant sous les plus heureux auspices , commençaient alors la carrière qu'ils ont fournie d'une manière si brillante î N'en doutons point : le pas de géant que l'art musical a fait à cette époque , et les productions sublimes qui l'ont rendue remarquable , sont , en grande partie , dus à l'impulsion que tant de beaux ouvrages et une exécution si parfaite donnèrent au génie français.

Le théâtre Feydeau une fois établi , les auteurs lyriques eurent deux portes pour arriver à l'immortalité. Plus d'entraves pour les réceptions ; plus de ces relards interminables qui , faisant languir un jeune artiste dans l'inaction, ne lui permettent de débuter qu'après dix ans d'attente , tandis qu'il aurait pu signaler chacune de ces années par autant de bons ouvrages. Un opéra d'un mérite réel était - il refusé à l'un des deux théâtres , l'autie s'en emparait ; et le public n'était

Bo INTRODUCTION.

point privé d'une pièce que le caprice des comédiens aurait peut-être éloignée de la scène. Un sujet heureux était-il mis au théâtre, de nouveaux auteurs composaient un nouvel opéra sur la même intrigue , en la présentant sous un autre point de vue , en faisant agir des ressorts que les premiers avaient négligés. La même rivalité s'établit entre les acteurs , les symphonistes , les décorateurs même , et leur inspirait la plus noble émulation. L'amateur y trouvait ses plaisirs; il applaudissait à cette lutte, en courant aux deux théâtres voir les deux Lodoïska , les deux Koinéo , les deux Paul et J^irginie , la Caverne de M. Lesueur et celle de Méhul.

On jouait, à Favart ainsi qu'à Feydeau, des pièces où le chant se mêlait au dialogue parlé , et cependant, le genre n'était pas le même aux deux théâtres. Celui de l'Opéra-Comique, fidèle à sa devise , et réunissant d'ailleurs un grand nombre d'acteurs qui excellaient dans l'art de faire rire , jouait son répertoire et ne mettait eu scène que peu de sujets sérieux. La société de Feydeau qui, n'ayant point d'anciennes pièces, cherchait à se créer une manière qui lui fut particulière , et voulant faire briller le talent enchanteur de madame Scio, donnait la préférence aux drames héroïques. Tèlemaque et Mi'dce ont toute la pompe de la tragédie, et

INTRODUCTION. 3i

pourraient paraître au grand Opéra si Ton substituait le récitatif au dialogue parlé.

Rebutés par les lenteurs de ce théâtre, et trouvant à Fcydeau des moyens d'exécution , les compositeurs y portèrent leurs pièces. Aussi voyons-nous peu d'ouvrages marquans venir après GEdîpe à CoJone : l'Académie Royale semble vouloir se reposer après ce sublime effort.

Yogel qui, en 1786, y débute par la Toison d'or , éprouve le même sort que Saccbini : il meurt sans avoir vu jouer son Démophoon , opéra rempli de beautés du premier ordre, et qui ne parut qu'en T789. L'ouverture, qui fait l'ornement de nos concerts , excita un tel enthousiasme à la première représentation, que le parterre, d'un mouvement spontané, se leva pour demander à l'entendre une seconde fois, ce qui avait été jusqu'alors sans exemple. M. Ghérubini s'était déjà fait connaître par un autre Démophoon^ qui réussit dans sa nouveauté. Mereaux donne Alexandre aux Indes ; hemoine y Phèdre ^ et les Prétendus ; Zingarelli , Antigone, en 1 790 ; et Méhul, après sept ans d'attente, y fait jouer enfin Cora : il ne doit cette faveur qu'au triomphe éclatant qu'il avait déjà obtenu à Favart, à l'occasion à' Euphrosinc .

Je ne dirai rien des opéras traduits ou parodiés qui parurent alors aux divers théâtres, tels

que TuUpano , le Roi Théodore , le Barbier de Sé~ K'ille , r enlèvement du Sérail, etc., etc. Le charme de la mélodie, qui avait fait supporter d'abord le jargon plat et barbare de ces traductions, ne les soutint pas long— temps sur la scène d'où elles ont été bannies peu-à-peu.

M. Berton , fils du compositeur dont nous avons déjà parlé, avait donné des espérances en 1787 par deux petits opéras joués àla Comédie Italienne. En 1790, il se fait connaître par les liigueurs du Cloître; Grétry fait paraître Sarbe- Bleue , et Pieirc-le-Grand ; DalâyrsiÇ , Camille^ Raoul de Créqui., et Philippe et Georgette. M. Chérubini, que l'on avait applaudi au grand Opéra et aux Bouffons, italiens , donne Lodoïska ; Devienne, les Pisitandines ; M. Lesueur, la Caverne, et Téléinaque ; M. Sleibelt, Roméo; Martini, Sapho; M. Kreutzer, Paul et T^irginie^ et Lodoïska ; M. Bruni, Toberne ^ et le Major Palmer ; M. Gaveaux, V Amour filial ^ et le Petit Matelot ; etMéliul, qui avait déjà fait entendre Euphrosine, et Stratonice^ ajoute encore à sa gloiie par l'opéra de Phrosine et Mélidore. Les chants aimables et naïfs de Solié sont écoutés avec plaisir après des productions d'un style plus élevé ; et l'on retrouve, dans Lisbeth^ M.\.Anacréon^ quelques restes du génie de Grétiy. Tant de beaux ouvrages , et bien d'autres encore dont je ne parle

iNTRODUCTION 33

pas, auraient-ils vu le jour, en si peu de temps, si le Théâtre Feydeau n'avait pas existé ?

On pense bien que le vaudeville et la parodie n'osèrent plus risquer de grotesques accens sur la scène que les Grétry , les Méhul avaient ennoblie. En 1791, ils quittèrent le théâtre Favart pour aller chercher une plus modeste retraite. La comédie y reparut encore pendant quelques années , mais ses représentations étaient fort rares et toujours suivies d'un opéra. On ne conserva que deux ou trois petites pièces, telles que Fan/an et Colas, la bonne Mère , de Florian , que le jeu piquant et naturel de mesdames Nivelon et Gontier faisaient revoir avec plaisir.

Depuis la venue de Gluck , l'école française occupait un rang distingué dans le monde musical. Les étrangers pouvaient cependant nous reprocher la légitimité de nos titres et se glorifier même de nos succès. Gluck était Allemand, et l'Italie nous avait donné Piccini, Salieri, Sacchini. Nos compositeurs , aimables musiciens , joignaient aux grâces de la mélodie, beaucoup d'esprit et d'imagination : cela ne suffit pas pour se faire un nom; et si l'on excepte Philidor et M. Gossec, aucun n'avait cette science profonde , ce style grandiose qui commandent l'admiration dans tous les pavs.

Le moment arrive enfin oii notre génie musi- I. 3

cal s'affranchit de la dominalion étrangère. En lygS, on réunit tout ce que la France avait de plus illustre en compositeurs, chanteurs et instrumentistes, etle Conservatoire de France (i), ce monument de notre gloire musicale , s'élève sur les fondemens de l'ancienne Ecole de Chant. Les documens épars, les théories di. erses et quelquefois contradictoires, les principes professés par chaque maii.e, tout est rassemblé, examiné , épuré, et l'on forme le code universel de la musique, cette doctrine claire dans ses élémens, méthodique autant que rapide dans sa progression , et dont les résultats sont certains.

MM. Gossec, Méhul , Chérubini y dévoilent les mystères du contre-point aux jeunes élèves ; MM. Catel, Berton, Perne, habiles théoriciens, enseignent l'harmonie ; Mengozzi , ténor excellent, connaissant à fond l'art du chant, en donne les principes, les traditions, les exemples; M. Garât, le ciianteur de la nature , MM. Fiicher, Plantade , se joignent à lui. Les Kreutzer, les Levasseur , les Duvernoi , les Delcambre , les Wunderlich, les Sallantin, font éclore un essaim de symphonistes qui, réunissant le sentiment à l'unité de doctrine; et la vigueur, la fougue, la soudaineté de la jeunesse à la matu-

(i) Le Conservatoire de Musique fui établi, en uovtiubve i7y3, sous le titre iX Institut national de Musiqui;.

rite du talent, élèvent nos orchestres au-dessus de tout ce que Ton avait connu de plus parfait. Alors , et seulement alors, on entendit en France les productions sublimes des Haydn et des Mozart; elles parurent avec tous les charmes de la nouveauté, quoique nos devanciers les eussent essayées pendant vingt ans. L'art de la composition, trop négligé auparavant, fut cultivé avec autant d'ardeur que de succès. Nos maîtres égalèrent les prodiges des écoles étrangères. On put, sans exagération, comparer M. Chérubini à Mozart, etMéhul vint se placer entre Gkick et Sacchini. Les moyens d'exécution ayant été augmentés et les orchestres peuplés d'excellens musiciens, on tenta de nouveaux effets; et marchant sur les traces de l'auteur de Don Juan et de Figaro , nos compositeurs employèrent toutes les ressources de l'harmonie. On s'était élevé contre la manière de Gluck : le système du Conservatoire trouva encore plus de détracteurs. Certains journalistes, grands louangeurs de rapsodics , annoncèrent aux Français la décadence de l'art et le retour des siècles de barbarie, menaçant l'Opéra-Comique d'une ruine totale , s'il ne ramenait pas ces temps heureux où le goût le plus pur présidait aux jeux d'Euterpe , ces temps où l'on entendait, avec un contentement toujours nouveau, Colin et Colette, Bastien et Bastienne,

redire sur de gotliiques refrains leurs fadaises et

leurs fadeurs.

Si quelques sujets héroïques étaient présentas avec un grand luxe dliarmonie , c'est que la pompe du spectacle le voulait ainsi. L'épitlialame de Jason demande des accords majestueux et solennels , et la même magnificence que Tépoux de Médée étale sur la scène doit se trouver aussi dans Vorchestre.

Il faut être bien inquiet pour se plaindre de l'abondance des richesses. L'opéra sérieux n'a jamais exclu l'opéra comique. Celui-ci ne paraissait-il pas après le drame et avec un plus simple appareil? Ces deux genres, offerts tour- àtour, formaient des contrastes piquans. Après les nobles accens de Stratonice ou les Fureurs d'Alberti, la musique aimable et légère de r Epreuve çillageoise était mieux goûtée. Ne voit -on pas au musée la Mort de Socrate près d'une Bacchanale, et les magots de Teniers à côté des guerriers de David? Au lieu d'écrire contre les novateurs en musique, au lieu de critiquer sans égards comme sans raison des ouvrages quelquefois inégaux , mais étincelans de beautés , on aurait dû applaudir à leurs succès et se féliciter de ce que deux sociétés dramatiques , qu'un même zèle animait, doublaient leurs travaux et leurs dépenses pour varier nos plaisirs.

Le Théâtre des Arts , c'est le nom qiie l'on avait donné à l'Académie royale , le Théâtre des Arts , long-temps occupé par les pièces composées pour les fêtes nationales, ne produit, jusqu'en 1800, que Corisandre, de Langlé ; Adrien, de ^lé\\.\À; Héciibc , deM.Fontenelle; eïAstyanax, de M. Kreutzer, que l'on puisse citer. On y exécute à cette époque le fameux oratorio de la Création , de Haydn.

En 1796, le Théâtre Favart se signale par le Prisonnier, dont la vogue fut prodigieuse : c'était le début de l'infortuné Délia Maria , qu'une mort prématurée enleva presqu'à son aurore au milieu de ses triomphes. Le Prisonnier , l Opéra comique , et ï Oncle J^alet , sont les seules piècesde cet auteur qui soient venues jusqu'à nous. Délia Maria ,^ formé à l'école de Cimarosa, avait la pureté de style de ce compositeur. Isl. Boïeldieu se fait connaître par Zoraime et Zulnar , opéra qui plaît par un mélange heureux de gaîté et de pathétique : bien jeune encore , il donne les preuves du plus beau talent.

Montenero , Primerose , Adolphe et Clara , Gul~ nare ^ deDalayrac, obtiennent de grands succès à rOpéra-Comique. M. Berton y fait représenter Montano et Stéphanie , et le Délire, composition originale et pleine de vérité. Grétr^^ donne Elisca, Tarclii , le Trente et Quarante , d Auberge en Au-

berge ; M. Eler , le Chevalier de Grammonf. Le Jeune Henri , dont Touverture excita les mêmes transports et reçut les mêmes hommages que celle de Démophoon, l'opéra ^ Ariodard^ et surtout celui de ïlrato^ firent le plus grand honneur à Méhul : Epicure ei Bion . quoique dignes de cet habile maître , ne restèrent point au théâtre.

En 1800 , Nicolo Isouard arrive de Malte : il débute par h Tonnelier , dont il avait refait la musique , et par V Impromptu de campagne. M. Blangini donne les Femmes vengées; M. Pacini, Isabelle et Gertrude ; M. Boïeldieu, dont la muse avait pris le ton tragique dan sl'opérade^^V/Zotv^A^, revint à son genre favori , et mit au jour le Calife de Bagdad^ qui fut suivi de Maison à vendre , de M. Duval et de Dalap'ac , ouvrage délicieux, qu'on ne se lasse pas d'entendre, quoique la musique ne soit pas toujours digne du poëme.

M. Chérubini enrichit le théâtre Feydeau de quatre opéras justement admirés , T Hôtellerie Portugaise , Elisa , Mèdce , et les Deux Journées. Painia ., de M. Plantade , les Comédiens ambulans, le T^alet des deux maîtres, de Devienne, Alc.vis, de Dalayra c. Z/me'o, de Martini, V Amour Conjugal, Sophie et Moncars , Ovinska , de M. Gavcaux , y sont reçus avec a])plaudissement. Mais ces travaux , non moins illustres que ceux de rOpéra-Gomique, ne donnèrent pas des ré-

sullats aussi satisfaisans : la fortune et la gloire marchent rarement ensemble. L'affluence des amateurs, diminuant de jour en jour, ne faisait plus rentrer dans la caisse qu'une partie des sommes avance'es par l'administration pour l'exécution des pièces à grand spectacle. Des raisons financières rapprochèrent les deux sociétés : rOpéra- Comique apporta ses trésors littéraires et ses belles partitions à Feydeau ; et l'on y réunit, en 1801 , tous les talens qui brillaient sur l'un et l'autre théâtre.

En 1802, M. Catel débute, au Grand-Opéra, par Sémiramis ; il y donne ensuite les IBayaderes : ces deux ouvrages réussissent complètement. Grétry fait entendre le chant du cygne dans deux petites compositions représentées au même théâtre , le Casque et les Colombes, et Delphis et Mopsa. Les Mystères disis , imitation burlesque de la Flûte enchantée de Mozart , et le Hon Juan, s'y soutiennent quelque temps, et finissent par éprouver le sort des Noces de Figaro , qu'on y avait jouées en 1790 sans succès : ce n'était certainement pas la faute du compositeur. M. Chérubini met au jour un nouvel Anacréon , qui , malgi'é des beautés ravissantes , n'obtient pas la même faveur que celui de Grétry. M. Lesueur donne les Bardes, et la Mort d'Adam ; M. Winter , Castor et Pollu.i\, et Tamerhin ; Paisiello , Proserpine ; Ptr-

4o INTRODUCTION.

suis, Trajan^ et Jérusalem dèlurcc; IVI. Kreutzer, Aristippe, ç^\. la Mort d Ahcl ; et M. Spontini se signale par le bel opéra de la J^esiale , qui paraît en décembre 1807, et par Fernand Coriez, qui fut représenté l'année d'après. Amphion , de Méhul , les Ahencêrages. de M. Chérubini, et le Roger de Sicile de M. Berton restent dans Foubli. Le fécond Nicolo devient l'un des principaux soutiens de l'Opéra-Comique ; il s'y fait applaudir par des productions pleines de verve et de facilité , parmi lesquelles on distingue les Confidences, le Médecin lurc^ Michel-Ange , F Intrigue aux fenêtres , Un Jour à Paris . et surtout son charmant Joconde. La mort le surprend au moment où il allait mettre le sceau à sa gloire par la représentation de la Lampe merveilleuse , que l'on annonce comme son chef-d'œuvre. M. Boïeldieu s'élève encore dans Ma Tante Aurore , Jean de Paris , le nouveau Seigneur de village . le petit Chaperon rouge ; M. Champein reparait par le Fou de JBcrczo^ ; Dala-sTac donne encore Picaros et Diego , GuUsian , et meurt sans avoir vu jouer le Poète et le Musicien. M. Berton se fait remarquer dans le genre aimable par Aline , reine de Golconde, les Maris G arçons . Françoise de Foi.r ; M. Catel, par VAidnirge de Bagncres , les Artistes par occasion; jM. Gaveaux, pariiaçt' blanche et Rose rouge; et M. Chérubini, par le Crescendo y com-

INTRODUCTION. 4i

position oii Ton trouvait de beaux effets , mais que l'extravagance du poëme a fait délaisser. Méhul, après avoir produit deux chefs-d'œuvre d'un style différent , Une Folie , et Joseph , termine sa carrière par la Journée aux .Aventures , opéra joué en 1816; il avait donné auparavant au même théâtre Hcléna, JJthal . Gabriclle d'Estrées. M. Kreubé se fait connaître ^at Edmond et Caroline ; M. Catruffo , par Félicie ; M. Auber, par la Sergere Châtelaine , et madame Gail, par les Deux Jaloux et la Sérénade, ouvrages fort agréables, et les meilleurs en ce genre qui soient sortis de la plume d'une femme.

Parmi les élèves du Conservatoire qui se sont montrés avec avantage sur la scène lyrique , on doit distinguer M. Dourlen, auteur de Phiiocles et des Oies de frère Philippe ; M. Boclisa, dont on a applaudi le Roi et la Ligue; M. Hérold, qui a débuté celles Rosières , et la Clochette ; M. Gasse, auteur du T^oyage interrompu ; et M. Batton qui , même avant d'avoir fini ses études , a fait représenter la Fenêtre secrète.

Les Jeux Floraux de M. Léopold-Aimon, Olympie de M. Spontini, sont les derniers opéras exécutés à l'AcadémieRoyale : quoique remarquables par de grandes beautés , ces deux ouvrages n'ont pas obtenu le succès qu'on se promettait. On va s'occuper à ce théâtre de la mise en scène do la

k'i INTRODUCTION.

Lampe Merveilleuse , de Nicolo ; i'iilastre auteur iX Agnes, M. Paër, nous donnera ensuite Oîinde et Sophronie.

Nous n'entrerons pas dans de plus grands détails, celte notice ne devant servir qu'à retracer les principaux événemens de Thistoire de nos théâtres lyriques, et rappeler l'époque de la représentation des opéras fameux dont il sera fait mention dans le cours de cet ouvrage (i).

Après avoir traité des paroles, de la musique et de ses effets , de la mélodie , de l'harmonie , de la composition , des voix , de l'orchestre , de l'exécution , du style de théâtre , et de toutes les parties qui concourent à la formation d'un œuvre lyrico - dramatique, nous examinerons l'Opéra français tel qu'il est ; après avoir signalé tour-àtour ses beautés et ses défauts, nous hasarderons notre opinion sur les moyens à employer pour le rendre meilleur, et tel qu'il devrait être.

(0 Comme historien, j'ai dû parler de tous les opéras qui ont été applaudis. J'espère que mes lecteurs me rendront a'-stz de jus- ^ Ucepour croire que je ne partagepas toujours l'opinion du parterre.

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