‹ De l'opéra en France (volume 2)Chapitre 21 sur 36 · LE VIOLON · texte numérisé non relu

LE VIOLON

Lors de la renaissance des arts^ le violon fut le seul instrument consacré à l'exécution de la musique dramatique. Il a gardé long-temps ce privilège et les accompagnemens des opéras de Pergolèse, les oratorios de Jomelli, de Léo sont écrits pour le quatuor. Ce n'est que vers le milieu du siècle dernier que les instrumens à vent ont été employés généralement dans l'orchestre. Le violon y conserve une prééminence si grande, qu'on ne saurait les regarder comme ses rivaux. Dans le récit symplîonique et dans l'accompagnement, c'est toujours lui qui soutient le discours musical; et si, pour varier les effets, il leur cède un instant l'empire de l'harmonie, c'est pour reparaître hientôt après dans tout son éclat.

Comme le violon est le fondement des orchestres, le moyen d'exécution le plus puissant,

DES mSTRUMENS. SZ+i

rinstrument universel, celui qui, par son utilité , se trouve entre les mains du plus grand nombre de musiciens , il est nécessaire de faire connaître tout ce qui peut en donner une idée juste.

Nous y parviendrons en empruntant quelques traits à l'élégante introduction que M. Baillot a placée en tète de la Méthode de T^iolon du Conservatoire.

«« On présume qu'il était connu dans les temps « les plus reculés. On voit, sur des médailles « antiques, Apollon représenté jouant d'un ins- « trument à trois cordes semblable au violon. « Que ce soit au dieu de Tharmonie qu'on doive « attribuer l'invention de cet instrument, ou qu'il « ait une autre origine, on ne peut lui refuser « quelque chose de divin.

« La forme du violon a beaucoup de rapport « avec celle de la lyre , et donne à croire qu'il « n'est autre chose qu'une lyre perfectionnée , K qui réunit à la richesse des modulations , l'a- «< vantage si grand de prolonger les sons , « avantage que n'avait point la lyre.

« C'est sous le règne de Charles IX que le « violon fut introduit en France. Il y a près de «< trois cents ans, qu'on ne change plus rien à sa «■ structure et qu'on lui conserve cette simplicité « qui augmente le prestige de ses effets.

'( Ses quatre cordes sufiisent pour donner

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« plus de quatre octaves, plus de trente-deux « notes du grave à Taigu, et pour offrir toutes « les ressources qu'exigent le chant et la va- « riété des modulations. Au moyen de farchct « qui met les cordes en vibration et qui peut en « faire parler plusieurs à la fois, il réunit le « charme delà mélodie à celui des accords. Son. w timbre qui joint la douceur à l'éclat, lui donne « la prééminence et l'empire sur tous les autres, « et par le secret qu'il a de soutenir, d'enfler et « de modifier les sons , de rendre les accens de « la passion comme de suivre tous les mou- « vemens de l'âme, il obtient l'honneur de r.- « valiser avec la voix humaine.

« Cet instrument, fait par sa nature pour « régner dans les concerts et pour obéir à tous « les élans du génie, a pris les différens carac- « tères que les grands maîtres ont voulu lui « donner : simple et mélodieux sous les doigis « de Corelli; harmonieux, touchant et plein de « grâces sous l'archet de Tartini ; aimable et <( suave sous celui de Gaviniès ; noble et gran- «c diose sous celui de Pugnani; plein de feu, plein •< d'audace , pathétique , sublime entre les mains « de Yiotti , il s'est élevé jusqu'à peindre les « passions avec énergie et avec cette noblesse « qui convient autant au rang C|u'il occupe qu'à ^c retnpirc qu'il exerce sur l'ànie. »

A tous ces brillans avantages , on peut ajouter encore la faculté qu'on a de multiplier le \iolon dans les orchestres , sans nuire à Tensemble , de jouer toute espèce de musique sur cet instrument, de surmonter sans peine de grandes difficultés et de fournir la carrière la plus Ionique sans fatigue. Les compositeurs font choisi sur tous les autres pour lui confier l'exécution de leurs ouvrages. La viole, le violoncelle, la contre-basse descendent de la même souche, ne forment avec le violon qu'une même famille et donnent des sons homogènes à des diapasons différens. Au moyen de ces précieux auxiliaires , le violon embrasse presque toute l'étendue de l'échelle mélodique, six octaves environ : certes le champ est vaste.

Le quatuor d'instrumens à cordes est la base sur laquelle repose toute musique dramatique. Il se compose du premier violon qui joue la partie aiguë du chant ou de l'accompagnement, du second violon , de la viole qui tiennent l'harmonie intermédiaire, et du violoncelle qui exécute la partie de basse conjointemeut avecla contrebasse.

Les instrumens à vent , employés avec art dans l'orchestre , et se faisant entendre par intervalles , jettent des fleurs dans le discours , colorent les motifs avec suavité , ajoutent au pouvoir de l'harmonie en renforçant la bonne note,

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varient les effets par leurs accens pathétiques ou leurs folâtres badinages : pareils aux basreliefs , aux pilastres , aux statues , ils ne suffiraient point à compléter la construction de l'édifice , mais ils servent à l'embellir.

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