CHAPITRE XL
DE l'orchestre.
îjES anciens appelaient orchestre la partie la plus avancée de la scène , attendu que c'était là que s'exécutaient les danses (i) ; en changeant de destination , elle a conservé son nom : il s'applique en même temps à l'assemblée des musiciens qui s'y réunit.
Tous les instrumens que nous avons rangés dans la deuxième classe concourent à la formation de l'orchestre, mais en quantités inégales, et; proportionnées à la part qu'ils doivent prendre à leffet général.
Lorsque les violons avaient le privilège exclusif de se faire entendre au théâtre , l'orchestre , ne donnant que des sons homogènes , pouvait éire renforcé ou affaibli à volonté , et offrir constamment un tout complet dans son ensemble. Mais quand on eut imaginé d'y introduire les instrumens à vent , il fallut nécessairement combiner cet accessoire -ffv'ec le princ ipal , en distribuer les sons sur tous les degrés deréchelle, calculer les effets, établir des rapports entre le grave et l'aigu, l'archet et l'embouchure, et porter la balanpe du goût dans les masses harmo-
(i; Orc/iéumai , cil grec , signifie danser.
DE L'ORCHESTRE. Syi
niques. Fort de basses et de violons , l'orcbestre faisait déjà retentir les voûtes immenses de nos temples , et suffisait à l'exécution de la musique dramatique. Il ne s'agissait donc pas d'augmenter sa puissance , mais seulement de varier ses accens , au moyen des voix argentines et mélodieuses des hautbois, des cors , des flûtes , etc. Pour rendre leurs charmes plus piquans , on eut soin de ne pas les prodiguer ; destinés à brillanter le discours musical, et non à le soutenir, les instrumens à vent sont en bien petit nombre, comparés à celui des violons : un grand orchestre réclamera cent archets, et ne leur adjoindra que deux flûtes , deux hautbois , etc.
S'il a été reconnu que deux flûtes , deux hautbois, deux clarinettes, etc., fournissent assez de son dans une masse énorme d'harmonie produite par les instrumens à cordes , il est évident que l'équilibre se perd à mesure qu'on réduit le nombre de ces derniers, et qu'il cesse d'exister, si l'on n'oppose ph«> que six maigres violons au fracas des cors et des trompettes, et aux sons aigus des hautbois et des flûtes.
Un orchestre de théâtre pei^t tout exécuter avec seize violons ; mais on doit regarder le nombre douze comme l'extrême minimum qu'on ne saurait diminuer sans tomber dans une barbare cacophonie.