‹ De l'opéra en France (volume 2)Chapitre 32 sur 36 · DE L'ORCHESTRE · texte numérisé non relu

DE L'ORCHESTRE

D'habiles exécutans produiront de l'eflet avec peu de moyens ; quatre violons , une viole , un violoncelle, une contre-basse, une flûte , deux hautbois , deux cors , un basson , vont former un petit orchestre capable de rendre les symphonies de Haydn et de Mozart avec la plus giande perfection. Le flûtiste, les cornistes, etc., maîtres de leur embouchure , et ^lidés par le sentiment, la doctrine et surtout par l'expérience, ne fourniront juste que le son nécessaire pour seconder les violons. Peu importe que Téquilibre ne se trouve pas dans le nombre des virtuoses , si leur adresse le fait rencontrer dans les résultats. Depuis le pianissimo jusqu'à l'extrême forte , on suit toutes les modifications avec un quatuor comme avec un orchestre entier ; en partant de plus bas , on arrive aussi haut , toutes proportions gardées. Mais il faut considérer le lieu où riiarmonie doit se faire entendre ; placez ce petit orchestre dans un salon, son effet sera ravissant; il va se perdre dans la vaste enceinte d'un théâtre.

Ici, la qualité ne saurait suppléer à la quantité, et vous aurez besoin de douze violons au moins pour remplir l'espace et soutenir le poids des inslrumens à vent. Ceux-ci ne pouvant plus modifier leurs sons avec autant de délicatesse ( les mêmes vibrations qui donnentle pianissimo dans un salon , ne troubleraient pas le silence dans

DE L'ORCHESTRE. SyS

lin théâtre), comme il faut être entendu, chacun joue à plein vent ; et les faibles violons, succombant flans une lutte trop inégale , sont écrasés par les clarinettes, les hautbois, les flûtes ; et les grosses notes des cors, des trompettes, des timbales et du trombone , planant sur les traits des violons , étouffent les mélodies , masquent le dessin musical , en dérobent les contours , et changent les plus brillantes périodes en une suite d'accords plaqués d'un rhythme lourd et bizarre. Le remplissage paraît en première ligne ; l'accessoire devient principal, dès que celui-ci se laisse dominer ; et l'on entend précisément le contraire de ce que le compositeur s'était proposé.

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