CHŒUR
Nous avons juré de mourir, etc.
Contre de semblables rivaux Que peut une foule barbare?
Au combat chacun se prépare ; Je vois un peuple de béros.
Ah ! par un céleste géuie Je sens mou esprit transporté :
Je n'apparlieus plus à la vie, Je suis a. l'immortalité.
CHCELIl.
Nous avens juré de mourir, etc. ( Fig. )i. )
MUSICALE. i4i
R idéal , qui n'ait jamais eu de réalité , comme '< serait le mugissement de la terre , le frémisse- « ment d'une ombre qui sortirait du tombeau , « qu'il fasse comme le poëte ,
Aut famam sequere , aut sibi convenientla finge.
« Il y a des sons dans la nature qui répondent « à son idée , si elle est musicale ; et , quand le « compositeur les aura trouvés, il les reconnaî- « tra sur-le-champ : c'est une vérité. Dès qu'on « la découvre, il semble qu'on la reconnaisse, « quoiqu'on ne l'ait jamais vue ; et , quelque ri- « che que soit la nature pour les musiciens , si « nous ne pouvions comprendre le sens des ex- « pressions qu'elle renferme , ce ne serait plus « des richesses pour nous ; ce serait un idiome « inconnu, et par conséquent inutile. La musi<jue « étant significative dans la symphonie , où elle a n'a qu'une demi-vie, que la moitié de son être, « que sera-t-elle dans le chant , où elle devient « le tableau du cœur humain ? Tout sentiment , <c dit Cicéron , a un ton , un geste propre qui « l'annonce; c'est commelemot attaché à l'idée : « omnis motus animi suum quemdnm à naturâ hahcl « vultum et sonum et gestum. Ainsi , leur conti- « nuité doitformerune espèce de discours suivi ; « et s'il y a des expressions qui m'embarrassent, « faute d'être préparées ou expliquées par celles
« qui précèdent ou qui suivent ; s'il y en a qui « me détournent, qui se contredisent, je ne puis « élre satisfait.
« Il est vrai , dira-t-on , qu'il y a des passions « qu'on reconnaît dans le chant musical , par « exemple, l'amour, la joie, la tristesse : mais, « pour quelques expressions marquées , il y en « a mille autres dont on ne saurait dire l'objet.
« On ne saurait le dire , je l'avoue ; mais s'en- « suit-il qu'il n'y en ait point? Il suffit qu'on le « sente ; il n'est pas nécessaire de le nommer : « le cœur a son intelligence indépendante des « mots ; et , quand il est touché , il a tout com- « pris. D'ailleurs, de même qu'il y a de grandes « choses auxquelles les mots ne peuvent attein- « dre , il y en a aussi de fines sur lesquelles ils « n'ont point de prise ; et c'est surtout dans le « sentiment que celles-ci se trouvent (i). »
Si tous les sentimens ont des tons qui leur sont propres , et si le compositeur peut se servir de ces tons pour les exprimer, la musique, bien qu'elle soit bornée dans ses imitations , est cependant un art imitatif, puisque la nature lui f iurnit les modèles et les moyens de les reproduire. Aristote , Cicéron , Rousseau , Batteux , et beaucoup d'autres écrivains, ont consacré ce
(i) B.'ilteuT.
principe : je ne m'attacherai donc pas à réfuter tout ce que l'on a écrit pour prouver le contraire.
On appelle communément musiq'.ie imitative, celle qui rend trait pour trait le résultat de certaines actions, comme le bruit des marteaux frappant sur l'enclume , le chant des oiseaux, le sifflement des vents, le rhythme du galop : je lui donnerai le nom àe. pittoresque^ pour la distinguer de la musique passionnée et dramatique , qui est aussi imitative.
C'est principalement contre l'imitation pittoresque que les critiques ont dirigé leurs traits : ils se sont trompés constamment en attribuant à l'art les fautes de l'artiste. Corelli, dans un de ses concertos , intitulé la Nuit de JSo'èl, a voulu représenter l'adoration des anges et des bergers; Handel a cherché à rendre, dans une symphonie, le bruit d'une cascade(i); et dans son oratorio d^ Israël en Egypte, il a cru imiter, avec des notes pointées et des pizzicati ^ les sauts et les bonds des insectes que Moïse avait répandus dans les états de Pharaon ; enfin , Raimondi (2) a fait exécuter
(1) Waler mui^ick.
(2) Ce compositeur a publié une bataille musicale, clans laquelle on trouve, romnre de raison, des commandeinens, des marches, des contre-marches, des charges de cav;<lerie, des coups de canon, des cris de blessés, etc. etc. Mais ce qui m'a paru le plus comique, parmi tant de bouffonneries, c'est la séance d'un eonscil de guerre , oii les vieux guerriers opinent en rondes et en
i44 DE L'EXPRESSION
à Amsterdam les ^{>entures\de Télémaque en symphonie. Quoique la musique de ces maîtres soit excellente , ils n'ont pas moins manqué leur but ; de pareilles images ne sont point du domaine des sons : le portrait est trop peu ressemblant pour que les plus fins même puissent le reconnaître. Mais si , par des signes certains , vous pouvez mettre l'auditeur dans la confidence , l'imitation pittoresque aura des charmes ravissans, et sa fidélité fera peut-être le principal mérite de l'ouvrage : c'est ainsi que l'auteur du Mariage secret a placé fort heureusement le rhythme du galop dans Tair où Paulin fait part à Caroline de son projet de fuite. Le chant de la poule dans la Fausse Magie ; la ritournelle du duo du JSouveaii Seigneur de village : Ce n 'est pas là du Chamherlin ; l'appel de cors qui se marie si bien aux tendres accens des violons , tandis que la sœur d'Euphrosine dit ces paroles :
Un doux soupir se mêle au bruit des armes.
la fanfare qui précède l'air que chante le roi Richard dans sa prison (i), et une infinité de traits
blanches, tandis qu'une bouillante jeunesse prodigue les triples croches , les roulades , les gammes chromatiques et les trilles.
(ij L'air, Si l'univers ejitier m'oublie ,2i montré unecliosc neuve. Les trompettes et timbales voilc(?s ont semblé rappeler avec douleur la gloire du héros. (Grktry, Essaix sur la Musique , toni- I , pag. 073.;
que ]e pourrais citer dans les oratorios de Haydn et de Jomelli , sont des imitations placées avec autant d'esprit que de goût , et dont l'effet est sûr, parce que le discours ou l'action des personnages empêche toute fausse interprétation.
On ne saurait trop recommander aux compositeurs de ne point abuser de ces moyens , et de ne les employer surtout que dans le récit d'une action, ou pendant l'action elle-même. Si le vers ou le mot qui donne lieu à un tableau musical , se trouve dans nne discussion philosophique ou dans une réflexion telles que celle d'Hippolyte se reprochant son amour,
Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus, Maintenant je me cherche , et ne me trouve plus : Mon arc, mes javelots, mon char, tout m'importune; Je ne me souviens plus des leçons de Neptune j Mes seuls gemissemens fout retentir les bois , Et mes couisiers oisifs ont oublié ma voix.
l'imitation pittoresque n'est qu'un rébus inutile que les gens de goût se gardent bien d'applaudir. J'aime à trouver le rhythme du galop dans l'ouverture an J eune Henri^ dans le trio de Barbe- Uleue ; l'un de ces morceaux me représente une chasse, l'autre, une troupe de cavaliers arrivant pour délivrer Isaure. Le bruit augmente , leur marche devient plus rapide, ils s'approchent; je les entends , je les vois. Mais dans le premier I. 10
ï46 DE L'EXPRESSION
duo de la Journée aux yiventures , il n'y a ni action , ni récit , ni mouvement ; les deux personnages s'entretiennent froidement des plaisirs de la ville et de ceux de la campagne.
Le jeu — nous ôte la santé, Et les femmes — la liberté. Les chevaux —
A ce mot , le second violon se met à galoper, on ne sait trop pourquoi. Ce lazzi me rappelle la méprise d'un musicien , qui avait commencé, avec un fracas épouvantable, une prière tendre et affectueuse , parce que le mot fur eu r s'y rencontrait,
Domine , ne in furore lue arguas me.
Si l'on reproche aux musiciens que leurs ta^ bleaux sont quelquefois infidèles , nous répondrons que l'artiste doit reproduire la nature dans ses masses, et se porter plutôt vers le beau idéal que s'égarer dans les détails mesquins d'une imitation exacte, mais servile (i).
(i) Si elle était si frappante, que l'esprit pût reconnaître surle-champ l'objet iflîité, notre attenliou berait tellenjçnt fi\cc sur limitation , que l'effet général du morceau nous, échapperait. ( Essais sur la Poésie et sur la musique , par James Beattie. )
La musique ne copie point d'ol)jets, m;ùs la parole qui les décrit; et lorsqu'elle imite matériellement un bruit quelconque, son charme n'est plus aussi grand, si ce bruit est trop bien imité. Aux rcpélilions de Zémire et Azor, pendant qu'on répétait
MUSICALE. i47
Soyez riche et pompeux dans vos descriptions ,
nous a dit le législateur du Parnasse. De quel ridicule ne couvre-t-il pas Scudéri, pour avoir employé quatre cent quatre-vingts vers à la description d'un palais?
Le chasseur imite le langage des oiseaux , au point de les tromper eux-mêmes : que peuseraiton du musicien qui se servirait de ce moyen? la vérité serait parfaite , et l'image ne le serait point. On imitera bien le chant du rossignol et de l'alouette, mais ce n'est pas cela que l'on attend ; c'est le mélange délicieux de toutes les mélodies.
Sur la fin du printemps , allez dans une île du Khône y jouir du lever de Taurore ; je ne parlerai point de la beauté du spectacle , il ne s'agit pas de décoration. Soyez attentif, et vous en-
l'air des Ecîios, un auteur me demanda pourquoi je n'avais pas mis des voix de ft mmts au lieu des flùles et des cors qui repondent aux accens de Zémire, je lui dis qu'il y aurait trop de vcrité et pas assez de pri stig '. (Grétuy, Essais sur la Musique , t. III. )
A la prtmière représentation à! Orphée, le prinvipal acteur mit trop de vérité d.msle cri déchirant qui perce, par intervalles, à travers le chant île. Thraces cplorés ; il s'en aperçut, et s'adoucit. Il était, eu quelque façon, sorti de son art, pour se mettre tout près de la naïuie : l'inatinct du goût le lepous-.a , et le fit rentrer dans ses limites naturelles; l'imitation perdit sa vérité, mais elle devint plus musicale , et lut plus goûtée. ( M. tié Chabanun. )
i48 DE L'EXPRESSION
tendrez les sons file's , les roulades brillantes, les cadences perlées de Philomèle s'unir aux tendres accens de la fauvette , et le gazouillement de la linotte et du chardonneret, aux tierces du coucou. Le trille de l'alouette et du proyer va contraster avec le roucoulement de la palombe, et le rbytlime fier de la caille avec les soupirs amoureux de sa compagne. Le chant des coqs , des pintades , le mugissement du taureau de la ferme voisine , la cloche de l'hermitage , feront une diversion agréable ; et leurs sons affaiblis , épurés par l'éloignement, pourront se mêler, de temps en temps , à ce concert enchanteur. Si le murmure des eaux , le bruit du feuillage légèrement agité , le bourdonnement de l'essaim qui butine , viennent servir de base et de remplissage à toutes ces mélodies diverses ; et si l'aviron , frappant à coups égaux l'onde fugitive , leur donne un rhythme réglé , on aura f ensemble le plus parfait que l'harmonie de la nature puisse donner.
Yoilà ce que le musicien doit peindre. Peut-il y réussir? J'en appelle à ceux qui ont entendu les scènes d'Armide, d'Orphée, de B ion , l'ouverture de Richard, le duo de la Grise/do , les oratorios d'Haydn.
La musique unie à la poésie fait sur l'âme une impression si forte, que, même dépouillés du
MUSICALE. i49
charme des paroles, les airs de chant conservent encore leur signification. Ce ne sont que des souvenirs, mais cette expression mémorative agit d'une manière bien puissante. Entendrez-vous, sans frémir, les airs qui rappellent cerlaines catastrophes ? Que de tendres émotions , que de sentimens affectueux ont été excités par le quatuor de Lucilc ! Il semble que le courroux d'un père ne peut pas résister à des accens si pathétiques.
Les airs que l'on a répétés long-temps, et qui sont gravés dans la mémoire de tout le monde, donnent lieu à d'ingénieuses allusions ; et l'on ne manque jamais d'applaudir le musicien qui les fait entendre à propos dans une sérénade, un divertissement , une fête publique. La clarinette joue le motif, et les paroles volent de bouche en bouche. L'emploi de ces airs parlans, de ces proverbes musicaux est d'un grand secours pour l'intelligence de la pantomime des ballets ; ils ajoutent au piquant de certains couplets de vaudeville. Il n'est point d'action dans la vie , point de passion qui n'ait son expression dans la musique de chant , et qui plus est , son expression consacrée. Il faudrait être tout à fait étranger à notre scène lyrique , pour ne pas comprendre ce que signifient la plupart de ces airs. Par la même raison qu'ils frappent l'esprit et portent dans le cœur
î5o DE L'EXPRESSION
le sentiment de leurs paroles , on devrait se faire une loi de ne les exécuter jamais dans les églises en les transformant en cantiques. Rien n'est si misérable surf orgue ou les instrumens militaires , que cette bigarnue d'airs connus ; au lieu d'ajouter à la pompe du service divin et au recueillement des fidèles , une telle musique va leur donner des distractions très-profanes , et les ramener au bal ou à l'Opéra. La musette de Joconde met sous les yeux la situation tbéâtrale , qui rappelle à son tour le récit de La Fontaine ; et l'on ne sait pas où Fimagination s'arrêtera.
Attachez une idée forte à une mélodie d'une belle expression , et le trait va laisser dans la mémoire une impression si profonde , que rien ne pourra feffacer.
Il est encore des chants à qui des associations accidentelles donnent une expression mémorative ; ils n'ont jamais élé accompagnés de paroles, mais on les a constamment appliqués aux mêmes actions , on les a entendus dans les mêmes lieux. C'est ainsi qu'une lanfare de cors donne soudain l'idée d'une chasse, et la gavotte de Panurge celle d'un bal ; des airs favoris rappelleront aux Suisses et aux Ecossais retenus d'ans les camps le bonheur dont ils jouissaient au milieu de leurs montagnes et sur les bords riants du Rhin ou de la Tweed.
iJi
Mais voyez l'habitant des rochers helvétiques:
A-t-il quitté ces lieux, tourmentés par les vents,
Hérissés de frimas, sillonnés de torreus?
Dans les. plus dou\ climats, dans leurs molles délices,
Il regrette ses lacs , ses rocs , ses précipices ;
Et comme en le frappant d'une sévère main ,
La mère sent son fils se presser sur son sein ,
Leurs horreurs même eh lui gravent mieux leur image ;
Et lorsque la victoire appelle son courage ,
Si le fifre imprudent fait entendre ces airs
Si doux à son oreille, à son âme si chers ,
C'en est fait , il répand d'involontaires larmes ;
Ses cascades, ses rocs, ses sites pleins de charmes.
S'offrent à sa pensée : adieu , gloire, drapeaux !
Il vole à ses chalets , il vole a ses troupeaux,
Et ne s'arrête pas , que son âme attendrie
De loin n'ait vu ses monts et senti sa patrie ;
Tant le doux souvenir embellit le désert!
DxLiLLE, l' Imagination , chant IV.
Pourquoi les vieillards tiennent-ils tant à la musique ancienne ? C'est que les momens les plus doux de leur vie , les sensations les plus vives qu'ils aient éprouvées se rattachent par des liens imperceptibles à certaines mélodies, qu'ils ont entendues ou répétées dans leur jeunesse. L'un a fait l'aveu de sa flamme , en dansant le menuet d'Exaudet avec sa maîtresse ; l'autre soupirait sous ses fenêtres une romance d'Albanèse ; un troisième, plus heureux, chantait le duo dî'Aimide de Lulli avec l'objet de ses feux; une mère a bercé ses enfans en fredonnant Malbrouck. Tout cela fait époque dans la vie.
i52 DE L'EXPRESSION
La sensibilité se perd à mesure que les organes s'affaiblissent. Le vieillard, qui reste froid à la représentation ai Euphrosine ou de Figaro , trépignait de plaisir en écoutant les Indes galantes ou le Devin du village. Il était jeune, ardent alors» aujourd'hui son oreille est engourdie et son cœur ne bat plus (i). La musique a beaucoup gagné, peu lui importe s'il n'a plus les moyens d'en jouir. Toutes les fois qu'il opposera le système moderne à l'ancienne psalmodie, les souvenirs d'un plaisir goûté dans toute sa plénitude l'emporteront nécessairement.
Qui, mieux que nous, peut juger de Teffet des airs patriotiques sur l'esprit de la multitude • des soldats surtout! L'orateur le plus éloquen* épuisera vainement toutes les ressources de son art pour ramener au combat une troupe mutinée ou que de grands revers ont frappée de terreur; que l'on batte la charge, et que, sur ce rhythme belliqueux et pressant, le fifre joue l'air accoutumé : les murmures cessent, le soldat rougit de sa faiblesse , son courage se ranime , sa gloire
(i) « Convenez que les anciennes contredanses valaient bien « mieux que celles d'aujourd'hui ,» me disait une dame d'un âge mûr. «C'est que vous les dansiez alors,» lui n-pondis-je. «Vous recc ti ouvez au bal un orchestre brillant , mais il ne vous donne « plus le signal du plaisir; au contraire, son éclat importun « vient troubler d'autre s amusemens , et vous empêche de suivra it les coups de la bouillotc et du reversis. »
MUSICALE. i53
passée se présente à son imaginalion , et ce refrain chéri, ce refrain qui Ta si souvent conduit à la victoire, pareil àTétincelle électrique, frappe en même temps toutes les oreilles , résonne dans tous les cœurs , et l'homme le plus timide devient un héros.
Nous avons fait de grandes concessions à ceux qui paraissent douter de la force expressive de la musique. On remarquera sans peine que nos observations n'ont d'autre but que de rectifier les idées que l'on a sur ce sujet, en distinguant la puissance de l'art des tentatives souvent téméraires de l'artiste. Ce n'est pas rétrécir le domaine de la mélodie que de repousser avec dédain tout ce qui tient à la jonglerie et au mauvais goût. La littérature serait -elle moins riche après avoir perdu les rébus et les calembourgs ? Quant à ce qui regarde les beaux effets de la mélodie et de l'harmonie , les sensations délicieuses que procurent le chant et la symphonie, tout ce que nous pourrions dire serait bien au-dessous des prodiges de l'expression musicale. Nous inviterons seulement les incrédules à entendre les virtuoses allemands , italiens et français, et si les œuvres des Haydn, des Cimarosa, des Méhul, exécutés par le Conservatoire » ne leur paraissent qu'un bruit agréable mais insignifiant; si les périodes brillantes des Viotti ,
i54 DE L'EXPRESSÎOIN MUSICALE.
des Bohrer; les accens palliéliques des YogtV des Tulou, des Dacosta, des Du\ ernoi , des Gebauer, n'ont pour eux d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue; si l'admiration ou le sentiment n'élèvent pas leurs âmes jusqu'au ravissement, au délire même, en entendant les Martin, les Ponchard, les Roland, les Garât, les Pellegrini, les Tacchinardi , les Garcia; mesdames Duret, Regnault , Garât, Branchu, Fodor. Testa , et surtout madame Catalani, la merveille de nos jours; ce sont des malheureux qu'il faut plaindre : ils sont privés des plus douces jouissances que les arts puissent faire éprouver.. Mais ils devraient au moins garder le silence, et ne pas rejeter, sur l'impuissance de la musique , ce qu'ils feraient mieux d'attribuer au vice de leurs organes , et se persuader enfin qu'on ne fait pas plus d'attention à leurs discours qu'à ceux du malade qui voit toutes les fleurs jaunes ou qui se plaint du froid pendant les ardeurs de la canicule.