‹ De l'opéra en FranceChapitre 23 sur 38 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE l'eNTR'aCTE.

« L'entr'acte est l'espace de temps qui s'écoule « entre la fin d'un acte d'ope'ra et le commente cément de l'acte suivant, et durant lequel la « représentation est suspendue, tandis que l'acte tion est supposée se continuer ailleurs.

« L'orchestre remplit quelquefois cet espace « par l'exécution d'une symphonie qui porte « aussi le nom ^entracte.

« Quoique le théâtre reste vide dans l'en- « tr'acte, ce n'est pas à dire que la musique « doive être interrompue; car à l'Opéra où elle « fait une partie de l'existence des choses , le « sens de l'ouïe doit avoir une telle liaison avec «< celui de la vue, que tant qu'on voit le lieu de « la scène on entende l'harmonie qui en est « supposée inséparable , afin que son concours « ne paraisse ensuite étranger ni nouveau sous « le chant des acteurs.

« La difficulté qui se présente à ce sujet est de '( savoir ce que le musicien doit dicter à l'or- « chestre quand il ne se passe plus rien sur la « scène : car si la symphonie , ainsi que toute la « musique dramatique , n'est qu'une imitation « continuelle , que doit - elle dire quand per- 'i sonne ne parle? que doit -elle faire (^uand il

i42 DE L'ENTRACTE.

« n'y a plus d'action? Je réponds à cela, que, « quoique le théâlre soit, vide , le cœur des spec- M tateurs ne l'est pas; il a dû leur rester une forte « impression de ce qu'ils viennent de voir et « d'entendre. C'est à l'orchestre à nourrir et à « soutenir cette impression durant Tentr'acte, « afin que le spectateur ne se trouve pas au dé- « but de l'acte suivant , aussi froid qu'il l'était au « commencement de la pièce, et que l'intérêt « soit , pour ainsi dire , lié dans son âme comme « les événcmens le sont dans l'action représen- « tée. Voilà comment le nmsîcien ne cesse jamais « d'avoir un objet d'imitation, ou dans la si- « tuation des personnages , ou dans celle des « spectateurs. Ceux-ci n'entendant jamais sortir « de l'orchestre que l'expression des sentimcns « qu'ils éprouvent, s'identifient, pour ainsi dire, « avec ce qu'ils entendent , et leur état est d'au- « tant plus délicieux qu'il règne un accord plus « parfait entre ce qui frappe leurs sens et ce qui « touche leur cœur.

« L'habile musicien tire encore de son or- « chcstre un autre avantage pour donner à la « représentation tout l'effet qu'elle peut avoir, « en amenant par degrés le spectateur oisif à la « situation d'àme la plus favorable à l'effet des <f scènes qu'il va voir dans l'acte suivant (i). "

(i) Rousseau, Dieu de Musique.

DE L'EISTR'ACTE. 14a

Comme on peut le remarquer dans Médée , Monlenero, Montano et Stéphanie, Ariodant.

Il fait plus , et ses chants imltatlfs donnant une suite à cette action que l'on vient d'interrompre, nous représentent, en quelque sorte, les événemens qui se passent loin de nous ; et lorsque les acteurs rentrent sur la scène nous savons d'où ils viennent et même une partie de ce qu'ils ont fait. La contre -danse, exécutée entre les deux actes de T Epreuve f'^ illageoise , le bruit de guerre de la Sataiile d Içr^, l'orage du Barbier de Séville^ le tambourin villageois succédant au motif des trompettes qui a déjà annoncé les poursuites dirigées contre l'époux d'Héléna , l'auguste sévérité du plain-chant qui sépare les deux premiers actes de Montano, sont autant de tableaux offerts par la musique à notre imagination déjà fixée sur un objet d'un grand intérêt. Et s'il m'était permis de chercher les exemples sur le théâtre illustré par Corneille et Racine, je citerais encore l'effroyable tocsin de la tragédie de Charles IX. Sa lugubre monotonie inspire autant d'horreur que le récit des crimes dont il est le signal.

L'entracte n'est point une partie essentielle du drame lyrique , le compositeur ne consulte à cet égard que son génie et même son caprice. 11 est parfaitement libre de faire garder le silence

i44 DE L'ENTR'ACTE.

à roichcstre tout le temps que la scène resie vide. Beaucoup de nos opéras n'ont point d'entr'actes symphoniques. Le musicien rencontrant rarement le sujet d'un morceau de ce genre qui promette de l'effet , se borne à reproduire avec une harmonie plus riche et plus travaillée quelques motifs heureux que l'on a déjà entendus. Les entr'actes de Richard, à'Une Folie, à' Aline sont pleins d'agrémens. D'autres fois il compose une petite symphonie concertante où les instrumens à vent se font entendre tour à tour, comme celle que Méhul a placée dans Joseph ; ou bien de nombreuses variations sur un thème tiré de l'opéra même. Les entr'actes de la Rosière de Salenci^ et de Sophie et Moncars^ sont traités de cette manière.

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