II
Celle manière de commencer un opéra par on tableau pittoresque , une scène mêlée de récits et de sentimens, d'action et de passions, est trèsbrillante. Le morceau de musique, composé sur ces élémens divers, s'appelle aussi introduction. Tl y a par conséquent deux sortes d'introduction : la première est purement symphonique , nous en avons déjà parlé dans le chapitre précédent ; c'est l'ébauche d'une ouverture , une pièce dont la brièveté semble être motivée par le désir qu'éprouve le musicien de nous livrer le plus tôt possible un objet d'un intérêt plus grand, en nous offrant à la fois les charmes de la poésie et de la musique.
L'introduction de la seconde espèce est faite au contraire pour captiver Tattention du spectateur au lever du rideau, en lui présentant de magnifiques images, une action déjà liée, et l'expression des sentimens, quand il ne s'attend qu'aux récits de l'exposition. Ces récits viendront ensuite et on leur donnera toute l'extension nécessaire pour l'instruire de ce qui s'est passé et de ce que l'on va faire. Il est beau de marquer le début du drame par un morceau d'éclat. Le dessin, la coupe de cette introduction varient selon la situatioi^ des personnages , le lieu de la scène, la nature des événemens que I on prépare. Tantôt c'est un air, un duo, un
chœur; mais ce chœur, ce duo, cet air ont des formes particulières à Tintroduclion et tiennent tous du genre descriptif ou du récit : car il faut nécessairement que les auditeurs sachent de quoi il s'agit. Un air consacré entièrement aux pas^ sions ouvrirait mal un opéra puisqu'on ne connaîtrait point la cause qui les a excitées. Le premier air de Joseph est un heureux mélange de récits et de sentimens. Celui qui ou\Te l'opéra de Mion est tout descriptif. ^
La nuit a disparu ; du haut de ces montagnes La lumière descend sur l'aile des ze'phirs. J'enteiids déjà de loin l'habitant des campagnes ; H reprend ses travaux, reprenons nos plaisirs. Tandis que sur ces bords l'astre du jour s'avance. Pour répandre la vie et la fécondité , Elevons jusqu'aux cieux notre reconnaissance, Et saluons le dieu qui nous reaJ la clarté.
Blond Phébus , la brillante am-ore ■V ient d'ouvrir les portes des cieux.
D'un voile de pourpre à mes yeus La cime des monts se colore ; Ton éclat m'annonce un beau jour.
Tu viens ranimer la nature; Tu rends à Flore sa parure.
Et tu rends des yeux à l'Amour.
Malgré la richesse de ees images que le chant instrumental embellit des charmes de l'imitation pittoresque, cet air porterait la langueur dans toute autre scène en arrêtant la marche de Tin-
trigue. Il a donc fallu le placera rintroduction, pour que le spectateur jouît sans partage de tous ses agrémens.
Dans l'opéra desiVW^^ de Figaro, au lever de la toile Figaro mesure le plancher avec une toise , Susanne essaie devant une glace le chapeau de la mariée. On remarquera aisément que le compositeur a consacré un motif particulier à l'action de chaque personnage. Les basses s'élèvent d'un degré toutes les fois que Figaro change sa toise de place , et les flûtes et les hautbois imitent la gracieuse coquetterie de la camariste. Dans une autre circonstance , ce duo aurait exigé de plus grands développemens ; mais il ouvre la pièce, l'action est déjà liée, et l'on est censé n'assister qu'à son achèvement.
L'introduction de Don Juan est plus importante. Elle commence par un récit de Sganarelle qui maudit le sot métier de valet en attendant son maître dans la rue ; celui-ci arrive poursuivi par Léonore ; le commandeur survient ensuite, défie l'insolent qui ose attenter à l'honneur de sa fille, se bat avec lui et tombe blessé mortellement. Cette scène toute en action finit d'une manière déchirante par l'expression de la douleur du malheureux vieillard qui rend le dernier soupir, et par les sentimens d'horreur que le crime inspire à son auteur et à Sganarelle.
On rencontre dans le début de Topera d Elîsa tous les genres divers que peut présenter une introduction. Les sentimens , les récits , Texposé de ce que l'on va faire, la description du calme et des ouragans , leur imitation pittoresque ; ce tableau magnifique est encore couronné par l'expression des vœux que les religieux adressent au ciel pour la conservation de leurs frères.
Les Italiens et les Allemands ne mantjuent jamais d'ouvrir leurs opéras par une introduction. Ce n'est encore qu'une coutume , espérons qu'elle se changera en loi , et que nos auteurs dramatiques s'y soumettront. Les pièces destinées à l'Académie Royale de Musique pourraient mieux s'en passer que nos opéras-comiques, puisque c'est le récitatif qui doit succéder à l'ouverture. Je désirerais vivement que les quelques mots que l'on déclame avant de chanter le beau duo de ma tante Aurore, malgré de trop justes alarmes, et ceux qui précèdent l'air d'Otlion dans Ariodant eussent été mis en récitatif
L'introduction scénique n'exclut pas l'ouverture: Elisa, les deux Lodoïs^a, Don Juan, Figaro ^ £ion , Tamerlan, Pierre - le - Grand ^ le Calife le prouvent assez. Quelques opéras tels que Richard Cœur-de-Lion^ les Bardes, JPaul et firginie Q^efiucur^^ réunissent les deux espèces d'introduction. Les opéras d'Orphée, Don Juan, Figaro,
Elisa , les deux Loddiska , Médée , les Bardes , Paul et J^irginie (Lesueur), Sion , Sèmiramis ont, de belles introductions scéniques.
L'introduction instrumentale diAriodant est la meilleure que fournisse notre répertoire.