HISTORIQUE
Presque tous les auteurs sont d'accord pour attribuer li J.-L. Petit l'invention du procédé opératoire consistant à débrider, sans inciser le sac, l'anneau qui donne passag'e au% intestins herniés. Cependant, on a cru trouver dans Franco et Ambroise Paré la description d'un mode de débridement se rapprochant de celui imag-iné par Petit.
Voici les passag'cs qui ont pu faire penser que cette découverte remonte à ces deux chirurg-iens.
Franco, dans son traité des Hernies (1), décrit ainsi l'opération de la hernie étrang*lée :
« Il faut avoir un petit baston de Iq, grosseur d'une plume d'oye, ou un peu plus gros, rond, et qui soit plat d'un costé et demy-rond. Il sera rond devanti afin qu'il entre plus facicilement. Or faut-il faire l'incision à la plus haulte partie du scrotum^, tirant vers le pénil, et faire l'ouverture au commencement telle que le baston y entre, se g-ardant de rien toucher aux intestins, comme a esté dit au chapitre précédent. Ayant trouvé le didyme, on passera le baston entre iceluy et la chair du pénil, et le fault pousser en haut en contremont. Le
(1) Traité des hernies coatenaat une ample déclaration de toutes leurs espèces, et autres excellentes parties de la chirurgie, à savoir, de la pierre, des cataractes des yeux et autres maladies, desquelles, comnfie la cure est périlleuse, ainsi est-elle de peu d'hommes exercée, avec leurs causes, signes, accidents, anatomie des parties affectées et leur entière guéiison, par Pierre Franco, de Turriers eu Provence, demeurant à présent à Orenge. Ljon, 1561.
costé plat du dit baston sera dessus, à cause qu'en coppant, s'il était du tout rond, ne se ferait si facilement, pour ce que le scalpelle on rasoir coulerait d'un- costé ou d'autre. Ayant mis la pointe du baston. assez avant, on coppera la chair du scrotum au pénil, sur le costé plat du baston : afin de ne blesser les intestins, ayant fait bonne ouverture; car n'y a dang-er de la faire assez long-ue : afin qu'ils se puissent réduire plus à leur aise; parce que le didyme et chair de Mirach.(l)se pourront mieux rélarg-ir par ce moyen qui pourra être cause que les intestins seront réduits en leur propre heu. Il faudra donc essayer à les remettre dedans petit à petit. » (2).
Il est évident, d'après ce qui précède, que Franco opérait en dehors du sac, « entre le didyme et la chair du pénil. >» Le didyme, en effet n'est pas, comme on l'a cru (3), le cordon seulement. Si on ne lui attribuait que cette sig-nification, la phrase citée précédemment, « le didyme et chair de mirach se pourront mieux rélarg-ir » serait tout à fait incompréhensible. Ce que Franco appelle le didyme, c'était les enveloppes ? du cordon. Ces enveloppes étaient, d'après lui, constituées : par un prolong-ement du péritoine en forme de doig-t de g'ant. . Dans le cas de hernie, les viscères pénétraient dans ce pro-long-ement. L'interprétation que je propose me paraît justifiée f par le passag-e suivant :
« Quand il (le péritoine) est bas vers l'os pubis, il s'en vient à descendre en la bourse ou scrotum. Ainsi que ledit Péritoine descend aux testicules pour les couvrir : et avec luii
(1) « Mirach est rabdomen, qui est appelé des Grecs épigastre, et des Arabes mi-i rach. » Franco. Loc. cit., p. 4.
(2) Id,, ibid., p. 45 et auiv.
(3j Malgaigne. Examen des doctrines, etc. (Gazette médicale, 1840, p. 581). H
descendent les vaisseaux espennatiques préparans, et par même vove remontent les diaculatoires ou expellans. Aucuns disent que ledit Péritoine est percé en ce lieu. Or, il n'y a nulle apparence; mais fait un processus ou voye, comme la cavité d'un doig-t de g'an, et par là descendent les intestins ou zirbus (1), qui font les relaxations comme enterocèle, épiplocèle, bubonocèle, qui adviennent.par la dilatation ou ruption du Péritoine en ces parties basses, pour ce qu'il est plus foyble, comme a esté dit : et se dilate fort, quand les intestins descendent jusqu'à l'océon ou scrotum Or,
depuis qu'il entre en le scrotum, il (le péritoine) est appelé dartos et erythroïdes : avec lesquelles tuniques descendent les vaisseaux spermatiques m (2).
Et un peu plus loin :
« Le dartos et erythroïdes : lesquelles mem-
branes composent ce que nous appelons didyme. » (3).
Ainsi, le didyme était constitué par le dartos et l'érythroïdes, prolong-eraent du péritoine, dans lequel pénétraient, en le dilatant ou même en le rompant, les parties herniées. Franco, opérant en dehors du didyme, opérait donc en dehors du sac. *
Malg'aig'ne pensait que l'opération décrite par Franco n'était que le taxis immédiat, pratiqué après avoir découvert le sac et sans débridement de l'anneau. Le passag'e suivant de Franco, montrant que, dans un autre procédé, il débridait l'anneau, sans savoir d'une façon précise ce que
(1) Zirbus est l'épiploon.
(2) Franco. Loc. cit., Chap. III. — Du péritoine ou siphach vulg'airement, p. 7. (3' 1(1. Loc. cit., p. 28.
(4) Malgaigne. Loc. cit,, p 581.
c'était, milite en faveur de cetle opinion. Dans ce cas, le chirurg-ién incisait le didyme.
Cl Oncoppera le didyme sur ledit baston jusque au péritoine, ou plus haulte partie, qui est vers le trou par oii commencent les intestins à descendre au scrotum
Dans le passag-e cité tout à l'heure, l'auteur ne dit rien de cette « plus haulte partie », ce qui ferait croire que, dans le premier cas, il ne portait pas le bistouri jusque-là. Or, cette « plus haulte partie » parait bien être l'anneau, x le trou par oïl commencent les intestins à descendre au scrotum. » Cependant, lors même qu'il opère eu dehors du didyme, il recommande de faire » bonne ouverture ». Il est possible que cette « bonne ouverture » soit quelquefois allée jusqu'au siég"e de l'étrang-lement.
Ambroise Paré n'est guère plus explicite. Voici ce qu'il dit à ce propos dans son livre des Tumeurs en particulier, au chapitre XV : desharg-nes (2) ou g-reucures, qui sont tumeurs aux bourses des testicules :
« Faut venir à l'extrême remède, pliistostque laisser mourir le malade si vilainement : ce qui se fera par l'œuvre de la main en cette manière. Le malade sera situé sur une table ou sur un banc, puis luy sera faite incision en la partie supérieure du scrotum, soy donnant bien g-arde de toucher les intestins. Après faut avoir une cannule d'arg^ent g-rosse
comme une plume d'oye, ronde d'un côté, cave de l'autre
Icelle sera mise dans l'incision et poussée le long- de la pro-
(1) Franco. Loc. cit., p. 47.
(2) < Le mot hargne a esté donné à ceste maladie parce que ceux qui en sont vexés (pour la douleur qu'ils sentent) sont hargneux, c'est-à-dire mal plaisants et oriaris, principalement les petits enfants. » A. Paré, édit. de Malgaigne, vol. I, liv. vm p. 403, — Nous laissons à Paré la responsabilité de cette étymologie.
duction du péritoine, pour faire incision et ouverture sur la cavité d'icelle cannule, de peur de toucher les intestins du rasoir. L'ouverture suffisamment faite, on réduira les intestins peu à peu dans le ventre w (1).
Puis il ajoute que si la réduction ne peut se faire de cette nianière :
« Il faut par nécessité inciser la production du Péritoine jusques à l'intestin » (2).
Ainsi, lorsqu'Ambroise Paré disait tout à l'heure qu'il fallait pousser la sonde le long de la production du péritoine, cela voulait dire en dehors du péritoine.
Il essayait donc, comme Franco, auquel il a beaucoup emprunté dans ce passag-e de ses œuvres, d'opérer en dehors du sac, ne se résig-nant à l'onvrir que s'il ne pouvait faire autrement. Mais, dans Ambroise Paré pas plus que dans Franco, on ne peut trouver la preuve qu'il incisât l'anneau et qu'il ne fît pas seulement le taxis immédiat.
Au reste, Franco et Paré avaient des notions anatomiques trop restreintes pour ag'ir parfaitement en connaissance de cause, et s'ils ne sont pas plus clairs, c'est qu'ils ne pouvaient l'être davantage. A cette époque, les anneaux n'étaient pas décrits. L'existence du sac était implicitement admise depuis que l^éonidas d'Alexandrie avait établi la possibilité des hernies par relâchement du Péritoine (3). Mais l'idée qu'on en avait était fort vag'ue; un des passag-es de Franco cité plus haut en est la preuve. Il n'est g-uère possible que. ne connaissant pas les anneaux, connaissant peu le sac, ces auteurs aieni
(1) A. Paré. Loc. cit., p. 410.
(2) A. Paré. Loc. cit., p. 411.
(3) Voy. Broca. Thèse d'agrégation en chirnrgie, 1853, p. 92.
appliqué d'une façon très-précise un procédé consistant dans le débridement de l'anneau sans ouverture du sac. Cependant il a pu arriver qu'en poussant leur sonde et en incisant* bellement et en contreraont )),ils aient parfois, sans s'en rendre bien compte, débridé jusqu'au siég-e de l'étranglement.
C'est en 1718, selon Gareng-eot, que Petit pratiqua pour la première fois l'incision de l'anneau sa'ns ouverture du sac. Des découvertes anatomiques importantes avaient été faites. Riolan avait complété la description de l'anneau ing-uinal après Fallope, et avait indiqué que c'était le siég-e de l'étrang-lement. Verduc avait décrit le sac herniaire, son trajet et son orig-incAussiladescription que Petit donnedeson procédé dans le tome II de ses œuvres chirurg'icales (1) est-il d'une g-rande précision. Non-seulement il décrit avec soin le manuel opératoire, mais il en donne encore les indications et les contre-indications. Ainsi, c'est avec raison qu'on rapporte à Petit l'idée de cette opération. Tandis que l'on pourrait discuter long'temps sur les textes de Franco et de Paré, sans pouvoir démontrer qu'ils débridaient ou qu'ils ne débHdaient point l'anneau, la description de Petit ne laisse aucun doute C'est donc avec justice que l'on désig-ne souvent, particulièrement en Ang'leterre, ce i^rocédé opératoire sous le nom d'opération de Petit (Petit 's opération).
Dès 1722, Mauchart (2) combattit vivement la méthodej de Petit. Il lui reprochait de ne pas permettre de se rendra compte de l'état des parties contenues dans le sac, principa-J lement de l'épiploon et de l'intestin, qui peuvent être altéréd
(1) .],-L. Petit. Œuvres chirurgicale, t. II, chap. IX : De la manière d'opérer lel hernies sana ouvrir le sac, p. 329. 1
(2) Mauchart. Dissertatio medico-chirurgica de lieruiâ incarceratâ. Tubinguœl
ou g-an^^renés, et enfin de n'être pas applicable dans le cas d'adhérence de l'intestin et de l'épiploon entre eux ou avec les parties voisines.
Du vivant de Petit, des faits nouveaux furent sig-nalés, qui devaient avoir une grande influence sur l'avenir de son procédé. Les observations de Ledran et le mémoire d'Arnaud démontrèrent la possibilité de l'étrang-lement par le collet du sac. Dès lors, tous les auteurs qui repoussèrent le débridement de l'anneau sans ouverture du sac donnèrent celte possibilité comnie un argument capital en faveur de leur manière de voir. C'est ce que l'on peut constater dans le livre de Sharp (1) et dans celui de Gunzius :
« Non enim vero accidit, sic, ut supra ostentum fuit, « herniœ immobilitatera ab aperturœ sacci ang-ustiâ prove- « nire, quam, etiam sacco restituto, manere, frequenti satis « experientiâ compertum est « (2).
L'année même de la mort de Petit, en 1750, un chirurg-ien vraisemblablement peu érudit, Ravaton. crut inventer le débridemenl de la hernie étranglée sans incision du péritoine. Il la pratiqua trois fois, et [)araît avoir été très-sincèrement persuadé qu'il en était l'inventeur (3).
Gnrengeot, après la mort de son maître, e^^posa et défendit toujours le nouveau procédé opératoire (4). Un autre élève
(1) Sharp, Recherches critiques, 1741.
(2) Gunzius. Observationum anatomico-chirurgicarum de heniiis libellas. Leipzise. 1744, cliap. XII, p. 48.
(3) Ravaton. Traité des playes d'armes à feu, avec des observations sur difl'érents genres de maladies et plusieurs méthodes nouvelles, tant pour les opérations que pour les réductions des fractures, par M. Ravaton, chirurgien-major de l'hôpital militaire de Landau, et pensionnaire du Roy. Paris, 1750, p. 310 et seq.
(4) Garengeot, Traité des opérations, 2" édit. t. 11, p. 368.
de Petit, Leblanc (1), prétendit que, dans les quinze dernières années de sa vie, celui-ci avait renoncé à son opération. 11 paraît bien étonnant que Petit n'ait pas dit un mot de ce chang-ement dans ses œuvres posthumes. Peut-être pourraiton admettre l'interprétation donnée par M. Aug*. Golson.(2). Il pense que le changement dans la manière de voir de Petit ne se rapportait qu'à la réduction du sac. En effet, en même temps qu'il recommandait de laisser le sac intact, il conseillait de le réduire, ou plutôt de le refouler dans l'anneau, où on le maintenait par un pansement approprié. Il espérait empêcher ainsi la récidive. Il n'y a rien de surprenant à ce qu'il ait reconnu plus tard le peu d'avantag-e qu'il y avait à ag-ir de la sorte.
Dans un remarquable mémoire, Louis combattit vivement la méthode de Petit ; il rappela les arg^uments de Mauchart et de Sharp, et insista ég*alement sur la possibilité de l'étran glement par le collet du sac.
« Le sac herniaire a plus souvent besoin d'être incisé dans le détroit de l'étrang-lement que l'anneau même. » (3),
Afin de réfuter plus facilement J. L. Petite Louis prétendit que la restriction émise par ce dernier relativement aux hernies « marronnées et g-ang-renées » avait trait seulement à la réduction du sac. Le texte de Petit est cependant fort clair, et il est facile d'y trouver la preuve que cette contre-indication porte bien plus sur la non-ouverture du sac que sur sa réduction.
Le travail de Louis, publié dans les mémoires de l'Acadé-
(1) Leblanc. Précis de chirurgie, t. I p. 75.
(2) Aug. Colaon. Thèse de Paris, 1874, p. 10.
(3) Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, t. VIII, p. 26. 1871.
mie royale de chirurg-ie, eut un grand retentissement, et, malgré les efforts de Gareng-eot, le procédé de Petit fut à peu près universellement condamné. Cependant Richterdans son Traité des hernies n'y est pas absolument opposé; mais il ne l'admet que pour les hernies récentes (1). ;
Jusqu'au commencement de ce siècle, on avait reconnu la possibilité de l'étrang-lement par le collet du sac. mais on n'en avait point déterminé la fréquence. Scarpa, dans son livre traduit en France en 1812, admit que le collet est la cause de beaucoup la plus fréquente de rétrang*lement. Cette proposition fut reprise par Dupuytren, d'abord dans la thèse de Maunoury (2), qu'il inspira, puis dans ses leçons orales(3). Il voulut même déterminer d'une façon plus précise la proportion de l'étrang^lement par le collet du sac, et fixa cette proportion à environ six sur neuf. Les mêmes opinions furent ég-alement soutenues dans la thèse de Breschet et dans celle de M. J. Gloquet (1819).
En Ang'leterre, une autre opinion avait cours. Percival Pott avait toujours admis que, dans l'immense majorité des cas, l'étrangiement se faisait sur l'anneau. Bell avait ég-alement soutenu cette manière de voir dans son Cours complet (4) et dans ses Principes de chirurg'ie (5). Enfin, Astley Cooper ne reg-ardait pas l'étrang-lement par le collet du sac comme la règ-le.
(1) Richter. Traité des hernies, t. I, p. 117.
(2) Mannoury. Thèse de Paris, 1819.
(3) Dupuytren. Leçons orales, t. III, p. 392. 1839.
(4) Bell, Cours complot, t. I, p, 289.
(5) Id. Principes de chirurgie, 1787.
« Ce mode d'élrang'lement (par le collet du sac) est moins fréquent qu'on ne l'a avancé. » (1).
L'autorité d'Astley Cooper est avec raison fort grande en Ang"leterre. Aussi, l'opération de Petit, qu'il pratiquait et dont il publia plusieurs observtions, n'y fut-elle jamais abandonnée. Elle fut défendue avec conviction par plusieurs chirurg-iens éminents de ce pays, entre autres Aston Key (2) et Luke (3), entre les mains desquels elle donna toujours de très-beaux succès.
En France, il en était tout autrement. Tandis qu'en Ang-leterre, la méthode sans ouverture du sac était préconisée par la plupart des livres de chirurgie et placée par eux au premier rang* parmi les procédés de herniotomie, les classiques français, tels que Boyei', n'en faisaient mention que pour la repousser. Les résultats obtenus par les chirurg-iens ang-lais étaient publiés dans les principaux recueils, mais plutôt à titre de curiosités que comme exemples à suivre. C^est ainsi que M. Chassaig-nac donna, en 1837, dans les Archives de médecine, une remarquable analyse du travail d'Aston Key (4).
De 1750 à 1840, je n'ai trouvé qu'une observation française de kélotomie sans ouverture du sac. Elle est due à Glémot (de Rochefort) (5). Le même auteur publia également
(1) A. Cooper. Œuvres chirurgicales, traduites de l'anglais par E. Chassaignac et G. Richelot.
(2) A. Key. Mcm. of the advantages of the dividiag the stricture in strangulated hernia, on the outride of the sac, in-8, Lond., 1833.
(3) Luke. Medico-chirurgical transactions, vol. XXXI, p. 103. 1848 (Médical gazette, vol. 1. 1839-40).
(4) Chassaignac. Archives générales de médecine, 2" série, t. V, p. 600. 1834.
(5) Clémot (de Rochefort), Gazette àeà hôpitaux, t. YI, p, 173. 31 mai 1832.
quelques réflexions tnès-judicieuses sur les avantag-es de ce procédé (1).
En Ailemag^rie, la méthode de Petit fut peu g-oûtée, bien que, comme nous l'avons vu, Richter ne l'ait pas repoussée d'une manière absolue. Presque tous les chirurg-iens de ce pays ne l'approuvèrent point d'une façon g-énérale, Hesselbach (2) fit bien ressortir les avantages qu'elle présente pour les grosses hernies irréductibles ou adhérentes, qui viennent à s'étrang*ler. Difïenbach (Opérative Chirurg-ie) la considérait comme très-avantageuse dans le cas de hernies ombilicales et ventrales. Néanmoins, pendant long*temps, elle n'eut, pas plus qu'en France, de partisans déterminés.
Malg'aig-ne, en 1840, lut à l'Académie de médecine un mémoire, dans lequel il reprenait cette g'rande question de l'agent de l'étrang'lement (3). Ce travail était un admirable exposé historique, comme pouvait seul le faire l'auteur ae l'Introduction des œuvres d'Ambroise Paré. Après avoir résumé les opinions de ses prédécesseurs^ après les avoir discutées et rapprochées pour en faire ressortir la véritable valeur, Malg-aig'ne concluait que l'étrang^lement a toujours lieu sur le collet du sac et jamais sur les anneaux.
« Pour les anneaux ing'uinaux et l'anneau crural, Tétraiiglement est produit par le collet du sac. » (4).
Ce mémoire souleva des tempêtes. Ses conclusions, interprétées d'une façon trop absolue, furent l'occasion d'une po-
(1) Id., ibid., p. 365, 20 sept.
(2) Hessclbach. Die Lehre von Eingeweide-Brùcken . Wùrzbourg-, 1829.
(3) Malgaigue. Examen des doctrines reçues jusqu'à ce jour sur rétranglemeut. des hernies (Académie de médecine, séance du 15 juillet 1840, et Gazette médicale, pp. 577, ()09 et 640. 1840).
(4) Malgaigne. Loc. cit.,
Afl're »)
lémique, qui, par moments, devint fort vive. Certains articles écrits à ce propos sont de véritables pamphlets. Les principaux et les plus redoutables adversaires de Malg-aigne furent Velpeau et Laugier, M. Sédillot et M. Diday(l).
Velpeau publia deux observations de hernies ing-uinales, dans lesquelles il paraît évident que l'étrang-lement siég-eait à l'anneau interne. Dans le premier cas, l'étrang'lemenl fut levé dès qu'on eut incisé cet anneau. Cependant on ouvrit le sac. Dans le second cas, après que le collet eût été incisé, il fut évident que l'étrang'lement n'était point levé ; il le fut aussitôt qu'on eut incisé l'anneau. Il est étonnant qu'après avoir observé et publié deux faits aussi sig-nificatifs, Velpeau n'ait point song-é à pratiquer quelquefois l'opération de Petit.
Le travail de M. Diday est plus intéressant au point de vue du sujet restreint que je veux traiter. Avant la lecture de
(1) Voyez pour l'histoire de cette polémique :
Malgaigne. Cours pratique sur les hernies (Gazette .des hôpitaux, p. 6, 18 février 1840). — Id. Examen des doctrines, etc., juillet 1840. — Laugier. Bulletin chirurgical, t. II, p. 1. 1840. — Diday. Gaz. méd., 1840. — Malgaigne. Lettre sur la doctrine des étranglements herniaires et sur les doctrines chirurgicales actuelles (Gaz. méd., p. 278, l"'' mai 1841). — Yelpeau. Clinique (Gaz. des hôp., 15 février 1842). — Malgaigne. Lettre sur.les étranglements herniaires (Gaz. des hôp., p. 103, 19 février 1842). — Velpeau. Considérations sur le siège de l'étranglement dans les hernies (Gaz, des hôp., p. 143, 15 mars 1842). — Malgaigne. Considérations sur l'étranglement secondaire et le siège de l'étranglement ; réponse à quelques objections de M. Velpeau (Gaz. des hôp., p. 174, 27 mars 1842). — Sédillot. Du siège de l'étranglement dans les hernies (Ann. de la chir, française et étrangère, t. V, p. 1, mars 1842). — Malgaigne. De siège de l'étranglement dans les hernies; lettre à M. le Rédacteur-gérant (Ann. de chir., p. 154. juin 1842). — Marchai (de Calvi). Réponse à la lettre de M. Malgaigne, ibid., même numéro— Gaz. méd.. Revue des journaux de médecine, p. 637, 1°'- octobre. — Malgaigne. LettTe au Rédacteur "(Gaz. méd., p. 750, 15 novembre 1842). — Sédillot. Réponse à M. Malgaigne, ibid.. même numéro, p. 751.
Malg-aig-ne, il avait déjà fait paraître un mémoire, où il se déclarait en faveur du débridemént sans ouverture du sac (1). Dans un second article, combattant l'opinion qui attribuait l'étrang-lement au collet, il fut log-ique en défendant de nouveau cette manière d'opérer. Il publia huit observations empruntées à Bonnet (de Lyon). Sur ces huit cas, l'opération de Petit fut sept fois suivie d'un plein succès (2).
A l'occasion de cette polémique, Malg-aig-ne précisa sa pensée, et fit voir qu'on lui avait attribué des conclusions trop absolues. Il établit une importante distinction entre les anneaux (anneaux ing'uinaux, anneau crural) et les orifices fibreux formés par les trous du fascia crebriformis dilatés par le passag-e d'une anse d'intestin. Ainsi complétée, son opinion était à peu près inattaquable. C'est celle que l'on admet g"énéralement aujourd'hui. Il en résultait que les hernies crurales, passant à travers les orifices du fascia crebriformis, peuvent s'étrang-ler sur eux.
« Dans la hernie crurale, jamais l'étrang^lement n'a lieu par l'anneau, qui est beaucoup trop Uirg'c, quelquefois par le collet du sac, mais le plus souvent par un des trous du fascia crébriformis. (3). »
Il était dès lors naturel, en pareil cas, de ne pas inciser le sac. Malgaig'ne fut le premier à entrer dans celte voie log-ique : il pratiquait souvent la méthode de Petit pour les her nies crurales et la conseillait pour les hernies ombilicales volumineuses (4).
(1) Diday. Considérations sur quelques points de l'histoire des hernies étranglées, par M. Diday {Gaz. méd., p, 689, 1839).
(2) Id. Recherches critiques sur le siège précis de rétrauglement herniaire (Gaz. méd., p. 786, 1840).
(3) Malgaigne. Leçons cliniques sur les hernies (Gaz, des hôpitaux), 1854,
(4) Id, Médecine opératoire.
Cependant son exemple ne fut pas immédiatement suivi. Tandis que les chirurg^iens ang-lais multipliaient les statistiques les plus démonstratives, l'opération de Petit parut encore pendant plusieurs années complètement oubliée en France.
Lorsque M. Golson (de Beauvais) publia en 1863, dans les Archives de médecine, son mémoire sur l'opération de la hernie étrang-lée sans ouverture du sac(l), il se crut d'abord l'inventeur du procédé. 11 reconnut bientôt qu'il remontait au moins à J. L. Petit. Ce mémoire est certainement le travail le plus complet qui ait paru sur cette question. Il contient plusieurs observations : les indications et les contreindications de l'opération préconisée sont long-uement discutées, ainsi que les procédés opératoires applicables aux différents cas. Aussi rend-il difficile la tâche de ceux qui veulent écrire sur le même sujet.
Depuis la publication du mémoire de M. Golson (de Beau vais), et probablement en partie g-râce à lui, la méthode de Petit a toujours eu des défenseurs.
M. Gosselin, qui avait d'abord jug-é peu favorablement c procédé opératoire (2), s'y rallia cependant peu à peu, et dans l'article hernies crurales du Dictionnaire de médecin et de chirurg-ie pratiques, il cita plusieurs observations de ké lolomie sans ouverture du sac pratiquées ou tentées pa lui (3). C'est assurément pour nous un g-rand encouragemen que de voir l'opinion que nous voulons soutenir partag-ée pa un maître d'une si g-rande autorité.
(1) Golsou (de Beau vais). Mémoire sur l'oporatiou de la hernie étrauglôe sans ou vcrcure du sac (Archives de méd., 6° série, t. I. 1863).
(2) Gosselin. Leçons sur les hernies abdominales, p. 265. Paris, 1865.
(3) (tosaelin. Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art, Hernies crurale», t. XX.
Cependant cette opération fut surtout pratiquée par d'autres chirurg'iens, par M. Alph. Guérin et par M. le professeur Lefort, qui l'employèrent toutes les fois qu'elle n'était pas sérieusement contre-indiquée. Aussi l'auteur du trèsremarquable article hernie du Dictionnaire de médecine et de chirurg-ie pratiques (1), a-t-il commis une erreur en croyant qu'au mioment oià il écrivait, M. Gosselin seul à Paris avait appliqué le procédé de Petit, A cette époque M. Guérin et M. Lefort le préconisaient depuis plusieurs années.
Les publications consacrées à la réhabilitation et à la défense de la herniotomie sans ouverture du sac se sont depuis rapidement succédées.
C'est ainsi que parurent successivement l'article de M. Doutrelepont(2) (de Bonn), puis la thèse de M. Chauvet présentée à Berne, et dans laquelle l'auteur a recommandé le procédé qu'il soutenait, d'une façon peut-être trop absolue, sans tenir assez compte des contre-indications (3). Citons encore les articles et les mémoires de Bavoth (4), de Fieber (5), de Fische (6), et en France, la thèse de M, Aug*. Colson, qui contient des observations intéressantes (7).
(1) Ledentu, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XVII, 1873.
(2) Doutrelepont. Archiv fur klinische chirurgie de Langenbeck, 1867-68, t. IX.
(3) Chauvet. De la kélotomie sans ouverture du sac. Thèse de Berne, 1872.
(4) Ravoth. Berliner kUnische Wochenschrift, 1866, n° 52.
(5) Fieber. Beitrâge zùr pathologie und thérapie der eingeklemmten hernien (Wien. med. Wochenschrift, 1867.)
(6) Fische. Opération einer eingeklemmten crural hernie nach der petitsclien method. (Wien. med. Zeitschrift, 1866).
(7) De l'opération de la hernie étranglée sans ouverture du sac. Thèse de Paris no 199. 1874
Dans son article Hernies, M. Ledentu ne se montre pas hostile à l'opération de Petit; il en admet même l'indication dans des cas assez nombreux.
u Toutes les fois que le taxis avec chloroformisation est inefficace, on peut pratiquer sans hésiter l'opération sans ouverture du sac. » (1).
2nf]n, depuis quelques années, cette opération est entrée peu à peu dans la pratique chirurg-icale. Nous citons dans ce travail des observations récentes dues à plusieurs chirurg-iens français. Ce n'est plus seulement en Ang-leterre que l'on emploie le procédé imag-iné en France par J. L. Petit.