LA SURDITÉ SYMPATHIQUE
Seule de toutes les complications extra-oculaires de l’ophtalmie sympathique, la surdité parfois observée mérite de nous arrêter.
Isolant les malades du monde extérieur, elle représente une infirmité redoutable.
Sa pathogénie encore obseure est susceptible d’éclairer d’un point de vue particulier le mécanisme intrinsèque de l’ophtalmie sympathique et d’un point de vue général, les connexions de l’œil et de la VIII paire.
On peut s'étonner devant le triple intérêt de la question qu’elle n’ait pas davantage suscité la curiosité des otologistes et des ophtalmologistes. Parmi ces derniers, certains la nient, lui accordant seulcement la signification d’une coïncidence (Schirmer). D’autres la signalent sans préciser les détails de sa manifestation (Rogman, Snellen, Garrigou). Plus rares sont ceux (Peters, de Wecker) qui l’analysent avec quelque minutie et s'efforcent d’en expliquer le mécanisme.
De leur côté, les otologistes paraissent ignorer cette forme spéciale d’otocopose ; Gellé la mentionne pour en signaler la rareté, Escat y fait une rapide allusion mais aucune analyse d’ensemble n'existe à notre connaissance.
De ce fait, la symptomatologie de la surdité sympathique nous paraît fruste.
Elle semble compliquer avec une égale fréquence
PR Lie
les ophtalmies sympathiques succédant à un traumatisme soit banal, soit chirurgical.
D’apparition brusque ou progressive, la surdité sympathique, toujours bilatérale, se situe après les phénomènes sympathiques oculaires et en général dans les semaines ou les mois qui suivent la lésion initiale de l’œil.
Souvent, elle n’est précédée d’aucun prodrome. Parfois de violentes céphalées la devancent. Dans quelques observations un état fébrile en marque le début et cède dès que la surdité est installée.
Dans le cas de de Wecker, la diminution de l’ouïe ne fut que progressive survenant 45 jours après l’accident initial et précédée d’une phase d’hyperacousie douloureuse.
Dans ce dernier cas, où les phénomènes subjectifs furent parfaitement analysés, les sons aigus cessèrent
d’abord d’être perçus. Des acouphènes de type varié se surajoutèrent au tableau, puis survinrent des vertiges, particulièrement pénibles chez un sujet déjà privé de la vue.
Chez ce malade, Garrigou aurait noté deux tympans d’aspect normal et Gellé aurait conclu à «une otite interne de nature trophique ». On ne peut que déplorer que cette observation, qui comporte une ébauche d’examen otologique, ne soit pas plus complète ; les différentes épreuves cochléaires et vestibulaires, outre leur valeur localisatrice, eussent pu éclairer la pathogénie de cette complication.
La surdité une fois installée est, en général, définitive, absolue, sans rémissions ; il en a été ainsi de notre malade faisant l’objet de notre première observation ; celui de de Wecker paraît toutefois avoir présenté une très légère amélioration (la voix haute aurait été perçue au contact) de longs mois après le début de l'affection.
L'imprécision des faits cliniques ne permet — au point de vue pathogénique — que des hypothèses. S'agit-il d’une infraction de germes microbiens qui ont cheminé suivant le réseau lymphatique, des nerfs optiques vers la base du crâne jusqu'aux nerfs auditifs pour produire du côté de l'oreille interne des troubles analogues à ceux de l'œil sympathisé. Hypothèse peu vraisemblable en raison de l'intégrité des autres nerfs crâniens et de l’absence de réaction méningée concomitante. |
N'est-ce pas plutôt une otite neuro-trophique —sympathique ou trijémellaire — analogue à l’oto-tropho-neurose périphérique dont le type bien connu est la surdité progressive réflexe d’origine dentaire, véritable tympano-labyrintho-sclérose caractérisée par un processus dystrophique et atrophique des éléments anatomiques des organes de transmission, d’accomodation et de perception ? Les éléments manquent pour choisir entre ces hypothèses.
Nous ne ferons mention du traitement que pour signaler la pauvreté de l’arsenal thérapeutique dans ses applications locales. Les courants de haute fréquence, fréquemment employés, seraient peut-être de quelque secours si l’origine dystrophique de la surdité sympathique venait à être démontrée.