‹ De l'opium des fumeursChapitre 6 sur 10 · UN · texte numérisé non relu

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elle est laissée pendant quelques secondes en cet état, la couche supérieure est ramollie et peut être séparée des couches sous-jacentes sous la forme d'une sorte de crèpe, on recommence l'opération à plusieurs reprises, et on obtient une quinzaine de erèpes d’un gâteau d’opium. La masse subit une torréfaction qui détruit sans doute une partie de la morphine, les dosages de cet alcaloïde dans le chandoo donnant toujours une quantité inférieure à celle de l’opium brut.

Les erèpes sont mises alors à macérer jusqu’au lendemain, C'est-à-dire pendant une vingtaine d'heures, avec environ le double de leur poids d’eau; au bout de ce temps, on filtre le liquide sur du papier de bambou, le résidu est lavé avec de l’eau jusqu’à ce qu’elle passe peu colorée ; tout le liquide est alors mis dans des bassines et concentré, par évaporation sur les fourneaux, jusqu’à consistance d’extrait mou, en ayant soin d’agiter continuellement; ce travail exige environ trois heures. On enlève la bassine du fourneau et on agite l'extrait avec de larges spatules en bois jusqu'à complet refroidissement; on voit pendant ce temps le chandoo changer de couleur et devenir d'autant plus foncé que sa température se rapproche de celle de l'air ambiant.

Par cette longue préparation, on se débarrasse de beaucoup d’impuretés; les débris des végétaux, les parties résineuses et huileuses, la narcotine restent en grande partie dans le résidu. La perte subie par l’opium dans sa transformation en chandoo est d’environ 55 pour cent; mais si l’on tient compte de l’enveloppe de pétales, elle est de 50 à 55 pour cent.

Les enveloppes des boules sont soumises elles-mêmes à une macération dans l’eau, et on fait subir au liquide filtré des opérations analogues à celles que subit l’opium brut. On obtient un chandoo de seconde qualité qui est mélangé avec

us celui obtenu du dross (résidu du chandoo fumé) et qui n’est fumé que par les coolies les plus pauvres.

Le chandoo de première qualité se présente sous la forme d'un extrait mou, d’une couleur brun-marron, sa saveur est amère persistante, son odeur est plus agréable que celle de l'extrait officinal, légèrement vireuse, il contient 28 à 50 pour 100 d’eau. La quantité de morphine est assez variable mais elle est presque toujours un peu inférieure à celle de l’opium brut ; la quantité de cendres est d'environ 5 p. 400.

Le chandoo n’est livré à la consommation qu’au bout de trois mois au moins ; comme les vins etles eaux-de-vie, il devient meilleur avec le temps.

Conservation du chandoo.— Dans un pays comme la Cochinchine où l'air est presque toujours saturé de vapeurs d’eau, les champignons se répandent rapidement sur le chandoo quand il est placé dans des vases incomplètement fermés. Dernièrement encore, il était conservé à la bouillerie des pots en terre bouchés avec des couvercles également en terre ; ce mode de conservation était très-défectueux, bientôt en effet les moisissures envahissaient la couche supérieure qu’on était obligé d'enlever, et il en résultait une perte considérable pour la régie; une partie du chandoo avait aussi un mauvais goût très prononcé et les fumeurs se plaignaient. Dernièrement, on réunit une commission qui examina les différents modes de conservation; les Chinois enferment leur opium dans de petites boîtes en corne, bouchées par des couvercles de la même substance, ils les plongent dans l’eau lorsqu'ils doivent les garder quelque temps; ce procédé qui est paraît-il excellent ne saurait être appliqué à de grandes quantités. La Commission résolut de remplacer les pots en terre par des boîtes métalliques en cuivre et en fer blanc ; l'emploi du cuivre serait à mon avis trop coûteux, l'emploi

du fer blanc offre aussi des inconvénients malgré son prix peu élevé; l'oxydation ne permettra sans doute pas qu'on se serve plusieurs fois de la même boîte et pourra altérer une partie du chandoo. Nous croyons qu'il serait beaucoup plus simple, beaucoup moins coûteux de se servir de flacons en verre à large ouverture, il suffirait d'appliquer sur la couche supérieure du chandoo une feuille d’étain, de boucher avec des bons bouchons en liège et de cacheter avec de la cire. Le verre facile à nettoyer pourraitservir un grand nombre de fois, on pourrait mettre sur le bouchon, sur la cire, sur le verre bien des signes qui défieraient toute fraude.

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