‹ De l'opium des fumeursChapitre 7 sur 10 · MANIÈRE DE FUMER L'OPIUM · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE FUMER L'OPIUM

Le chandoo ainsi préparé est confié à des employés de l'administration, appelés entreposeurs d’opinm. C’est .chez eux que viennent s’approvisionner les débitants au détail, ces derniers payent chaque année une somme variant avec l'importance du débit qu’ils tiennent, eux seuls peuvent vendre l’opium aux fumeurs, et la régie leur fait une remise de 10 pour 100, c'est-à-dire qu'ils doivent vendre le taël d’opium au prix de deux piastres, tandis qu'ils ne l’achètent qu’une piastre et 80 cents dans les entrepôts. A chaque débit est toujours adjointe une chambre dans laquelle les fumeurs trouvent gratis les objets qui leur sont nécessaires pour satisfaire leur passion; c’est une salle rectangulaire dont la partie antérieure est occupée par une sorte de guérite, dans laquelle le débitant pèse le chandoo qu’il passe à l’acheteur par un petit guichet; le reste dela salle est occupé sur les trois quarts de sa largeur par un vaste lit de camp légèrement incliné et couvert de nattes; les fumeurs sont placés dans la position horizontale, la tête un peu relevée par un oreiller en bois de bambou, devant eux se trouve un plateau en laque sur lequel on voit: 1° une petite lampe à huile à flamme effilée, entourée d’un tube conique en verre, ouvert à ses deux extrémités, qui empêche les oscillations de la flamme ; 2 une ou deux tiges en fer semblables à des aiguilles à tricoter; 9° un petit pot contenant de l’eau et une petite éponge, pour nettoyer de temps en temps l’extérieur du fourneau de la pipe ; 4° un petit pot contenant le chandoo; 5° la pipe.

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Celle-ci se compose de deux parties essentielles; le tuyau long de 50 à 60 centimètres, généralement en bambou, mais quelquefois aussi en métal et en jade dans les pipes riches ; il est percé à une de ces extrémités d’un trou par lequel on aspire la fumée; à quelques centimètres de l'extrémité opposée se trouve une ouverture sur laquelle peut s'adapter le fourneau de la pipe. Celui-ci est une demi-sphère creuse en métal ou en terre de pipe, dont la partie plane supérieure est percée en son milieu d’un trou gros comme la tête d’une épingle, la partie inférieure est portée par un pédoncule creux qui s'engage dans l'ouverture! latérale du tuyau. Ces pipes sont souvent montées avec des garnitures en argent ou en or, et les riches fumeurs d’opium leur consacrent des sommes très élevées. Les plus communes ont le tuyau en bambou et le fourneau en-terre de pipe.

Pour préparer une pipe d’opium, on prend une petite quantité de chandoo à l’extrémité d’une aiguille à tricoter, et on l’expose un moment au-dessus de la flamme de la lampe; on la tourne avec dextérité entre les doigts, on la retire de temps en temps de façon à ce qu’elle ne soit pas brûlée mais simplement desséchée, le fumeur roule la petite masse qui se boursouffle entre ses doigts et la ramène à un plus petit volume, puis il trempe de nouveau l’aiguille dans le chandoo et il recommence jusqu’à ce qu’il juge qu'ila une quantité suffisante pour faire une bonne pipe; la couleur de l’opium est alors brûn-noirâtre; la chaleur de la flamme l'ayant ramolli, il adhère à la pipe, lorsque par une habile torsion, la pointe de l'aiguille est introduite dans la partie ouverte du fourneau, puis retirée avec un mouvement de rotation. La pipe étant garnie, le fourneau est retourné au-dessus de la lampe sous un angle de 45°, de façon à ce que l’extrémité de la flamme vienne affleurer à chaque aspiration l’ouverture de la pipe; le chandoo est en partie brûlé, le reste est volatilisé

99e ou entraîné mécaniquement par les gaz de la combustion, ces gaz et ces vapeurs sont aspirés dans la cavité pulmonaire. L'inspiration nécessaire ne doit pas venir seulement de la bouche mais des poumons ; elle est lente, profonde, et se prolonge jusqu'à ce que la poitrine soit assez remplie de gaz; une seule de ces longues aspirations suffit pour qu'une pipe bien faite soit entièrement fumée. L’expiration se fait la bouche close, par les narines, elle doit être très lente. On recommence jusqu’à ce que l’on sente les effets que l’on recherche. La quantité de chandoo nécessaire pour faire une bonne pipe est d'environ 25 centigrammes; un grand nombre de fumeurs ne fument pas plus de 25 ou 50 pipes par jour et dépensent une somme d’environ 2 fr. 50 à 3fr., mais quelques-uns en fument un nombre bien plus considérable, ils arrivent jusqu’à 100 pipes dans la journée, quantité qui représente 25 à 30 grammes. On conçoit que lesindividus, auxquels leur fortune permet de dépenser une somme de 10 fr. par jour, pour satisfaire cette passion, sont heureusement assez rares, etque la cherté de la substance est la plus sûre garantie contre les abus qu’on pourrait en faire. Les ouvriers et les coolies à qui leur travail rapporte 1 fr. à 2 fr. 50 par jour, ne peuvent en fumer que de fort petites quantités qui ne sauraient leur être nuisibles.

Dross.—Les vapeurs et les gaz provenant de la combustion du chandoo se condensent en partie dans le tuyau même de la pipe; ils forment une sorte de charbon que l’on appelle dross ; on l’obtient en râclant l’intérieur du tuyau et celui du fourneau; il est en petits blocs noirâtres qui ne sont brûlés qu’à leur surface et dont l’intérieur ressemble assez au chandoo. Il est composé de charbon, d'huile empyreumatique, de quelques-uns des principes de l’opium jet d’un peu de Chandoo; des dosages de la morphine y ontfait constater une

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quantité de cette substance pouvant s'élever jusqu’à 3 p. 100. La quantité de dross obtenu est à peu près la moitié de celle du chandoo employé. En l’épuisant par des ébullitions répétées avec de l’eau et en évaporant, on à obtenu jusqu’à 70 p. 109 d'extrait qui différait peu du premier, mais le rendement n’est pas supérieur en général à 50 p. 100. La coloration de cet extrait est un peu plus foncée que celle du chandoo de première qualité, son odeur est moins agréable, empyreumatique et il contient une quantité à peu près égale de morphine. Les fumeurs fabriquent généralement euxmêmes l’opium provenant du dross, et l'extrait ainsi obtenu sert souvent à des falsifications du chandoo de qualité supérieure; pour empêcher cette fraude la régie s’est engagée à acheter le dross, elle à interdit à tout individu d’en avoir en sa possession plus de deux taëls, et de le vendre à des particuliers.

Souvent le résidu des pipes est mis à macérer avec du thé. et le liquide est bu par les coolies.

Les individus habitués à fumer l’opium et obligés de travailler pendant plusieurs heures, emportent avec eux une petite boîte contenant de l’opium, ïls en font de petites pilules qu'ils avalent et ils peuvent ainsi attendre l'heure où il leur sera permis de retourner à leur chère pipe.

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