‹ De l'opium des fumeursChapitre 8 sur 10 · FALSIFICATIONS · texte numérisé non relu

FALSIFICATIONS

L’opium et le chandoo étant des substances fort chères sont sujets à de nombreuses falsifications faites bien souvent avec beaucoup d’habileté. La recherche des substances qui servent à ces fraudes exigent à notre avis une grande compétence, et nous ne saurions ici les indiquer toutes; nous nous contenterons de signaler les plus importantes.

Falsificalions de l'opium brut. -- Certains auteurs prétendent que l’opium qui vient des Indes est soigneusement analysé et exempt de toute fraude; d’autres au contraire soutiennent que l’opium apporté par le cultivateur est accepté ou refusé après un examen très sommaire; je partage l'opinion des derniers, car les cultivateurs portant séparément leurs opiums aux différentes agences, il y aurait près de 150,000 analyses à faire pour constater la pureté du produit, et ce travail exigerait un nombre de chimistes considérable.

Le chimiste de la régie devra donc s’assurer que l’opium contenu dans l’intérieur des boules est pur; il aura une couleur marron, une odeur aromatique vireuse, une saveur amère, il seraun peu ductile et il se tirera en aiguilles translucides et rouge-rubis; il ne devra pas contenir une quantité d’eau supérieure au cinquième de son poids.

Les principales substances qui servent à falsifier l’opium brut sont les suivantes: les extraits obtenus par l’ébullition des pétales, de la tige et des capsules de pavot, des feuilles de tabac; le lactucarium, la pulpe de tamarin, la racine de

MN dE réglisse, les substances gommeuses et mucilagineuses, les matières amylacées, la salep, le jaune d’œuf, le cachou, la boue, la sciure de bois, les débris de capsule de pavot, la suie, le charbon, les huiles siccatives de lin et d’œillette, etc.

Pour découvrir les matières amylacées, le salep, la boue, la seiure de bois, la suie, les débris de capsule de pavot, le charbon, on traitera une dizaine de grammes d’opium par 150 grammes d’eau, on laissera macérer pendant deux jours en agitant de temps en temps, puis on filtrera le liquide; le résidu sera examiné au microscope. Les grains d’amidon et le salep prendront sous l’action de la teinture d’iode une belle coloration bleue qui ne pourra laisser aucun doute; la suie et le charbon se présenteront sous la forme de petites masses noires; la sciure de bois, les débris de capsules de pavots laisseront voir des cellules oa des vaisseaux. L’opium incinéré ne devra pas laisser une quantité de cendres supérieure au douzième de son poids; s’il en était autrement, on pourrait soupçonner la présence de matières terreuses et en faire l’analyse qualitative.

Lorsque l’opium est falsifié au moyen des extraits obtenus par l’ébullition des pétales, de la tige et des capsules de pavot, il s’altère rapidement à l’air et devient aigre, sa cassure est courte et inégale, il est très peu ductile, ses bords sont foncés et non pas rouge-rubis comme ceux de l’opium pur.

Mélangés en petite quantité à ce dernier, il seront très difficiles à reconnaître.

L’extrait préparé avec les feuilles de tabac se reconnaîtra facilement à l’odeur qu’il dégagera en brûlant.

Lorsque lopium contiendra du lactucarium en assezgrande quantité, sa solution faible prendra une teinte rose caractéristique; sous l’influence de la potasse, son amertume disparaîtra en partie.

La pulpe de tamarin communiquera à l’opium un goût

= "06e acidule assez marqué; on pourra d’ailleurs doser la quantité de glucose, et on reconnaîtra ainsi la présence des sucs sucrés lorsqu'elle s’élèvera à plus de 10 p. 100.

Pour les substances gommeuses et mucilagineuses, on ajoutera de l’acétate de plomb à la solution d’opium et on aura un précipité très abondant dans le cas où il y aura fraude. MM. Fluckigeret Hamburg prétendent en effet que la gomme ajoutée à l’opium estprécipitée par l’acétate de plomb, tandis que celle qui y existe naturellement reste en solution et peut être précipitée ensuite par l'alcool.

L’opium falsifié par les jaunes d'œufs ne se desséchera jamais assez pour être pulvérisé ; l’éther en séparera un corps gras abondant.

Quand l’opium sera falsifié par le cachou, sa solution aura perdu presque complètement son goûtamer, et on y décélera très difficilement la présence des alcaloïdes; il en sera de même lorsque l’opium contiendra d’autres tannins.

Les huiles siccatives se dissoudront dans l’éther qui les abandonnera par évaporation.

Falsification du chandoo. — Les fraudes faites sur le chandoo sont souvent exécutées avec beaucoup d’habileté et le chimiste a presque toujours beaucoup de peine pour les reconnaître ; la plupart du temps en effet il n’a à sa disposition qu’une quantité de substance insignifiante, deux à trois grammes par exemple, avec lesquels il est très difficile de faire des analyses sérieuses; en outre, le procès-verbal de la saisie ne lui est jamais communiqué et aucun renseignement ne vient le mettre sur la voie. Aussi les caractères organoleptiques acquièrent une grande importance et bien souvent l’expert pourrase prononcer sans que les caractères chimiques lui aient donné aucune indication précise.

L’échantillon à analyser devra se dissoudre complètement

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dans l’eau bouillante; il sera ensuite comparé au chandoo de la régie au point de vue de l'odeur, de la saveur; de la couleur.

L’odeur devra être agréable, légèrement vireuse; on distinguera facilement par elle la fraude faite au moyen du tabac; la saveur sera franchement amère, persistante; j'ai reconnu au goût une substance sucrée n'ayant pas la moindre amertume et qui probablement était destinée à être mélangée à du chandoo de la régie.

La coloration obtenue en étendant au moyen du bout du doigt une goutte de l'échantillon sur une feuille de papier blanc devra être brun rougeûtre, elle sera plus foncée quand le chandoo aura été fraudé avec du dross ou des matières charbonneuses.

L'examen microscopique donnera la plupart du temps les meilleurs résultats, bien souvent le microscope seul permet de reconnaître la fraude; on pourra distinguer par lui les fragments de divers corps solides, et apprécier la quantité plus ou moins grande des cristaux.

Les falsifications les plus communes du chandoo sont obtenues au moyen de l’eau, du dross, des matières amylacées, et des sucs sucrés; les autres substances qui servent à falsifier l’opium brut se rencontrent assez rarement et nous n’insisterons pas sur leur recherche.

L’eau est souvent ajoutée ou chandoo pour en augmenter le poids, cette fraude est facilement découverte; on prend une re ie Use d’opium et on la fait sécher à l’étuve à 100° jusqu’à ce que le poids ne change plus; la perte ne doit pas être supérieure à 30 p. 100.

La fraude au moyen du dross peut être faite de deux manières : la première est facile à découvrir, elle consiste à ajouter le dross finement pulvérisé au chandoo de la régie ; onreconnaît facilement les matières charbonneuses lorsqu'on

LRO | étend une goutte de l'échantillon sur une feuille de papier blanc, ou encore en l’examinant au microscope.

La deuxième se reconnaît bien moins facilement, le dross traité par l’eau est réduit à consistance d’extrait et mélangé à du chandoo de la régie. L’'odeur pourra ici donner quelques indications, elle sera plus empyreumatique, la couleur sera un peu plus foncée, mais le goût sera amer comme celui du chandoo, et la quantité de morphine variera peu. Dans ce cas l'opinion de l’expert fumeur devra avoir la priorité.

Une fraude très-commune est celle qui consiste à ajouter à du chandoo de la régie du riz que l’on a torréfié, puis fait bouillir avec de l’eau et trituré ensuite finement dans un mortier ; elle se reconnaîtra à l’odeur analogue à celle du café torréfié, et sion examine une goutte de l’échantillon au microscope, on distinguera des matières charbonneuses et des grains d’amidon qui prendront, sous l'influence de la teinture d’iode récemment préparée, une belle coloration bleue.

Les falsifications à l’aide des sucs sucrés sont aussi très fréquents, des fruits, tels que les litchis, les kakis, les tamarins, des racines, celles de réglisse par exemple, sont soumis à l’ébullition avec de l’eau, le liquide filtré est évaporé à consistance d'extrait, puis mélangé à du chandoo de la régie. Nous avons déjà dit que nous avons rencontré un jour un échantillon ne contenant qu'un extrait sucré, sans la moindre trace de morphine, saisi comme de l’opium, mais servant probablement à faire des mélanges avec de l’opium de la régie. Il est donc toujours nécessaire de doser la quantité de glucose contenue dans un opium; celui-ci en renferme toujours à l’étatnormal, et d’après M. Décharme,on en à trouvé une quantité pouvant s'élever jusqu’à 8 p. 100. Il faudra done, pour pouvoir conclure qu’il y a fraude, que l’échantillon à analyser contienne

REA) |) ARR une quantité de glucose supérieure à celle contenue dans le chandoo de la régie. M. Décharme prétend que le glucose n’est pas le seul corps de l’opium qui réduise la liqueur Cupro-potassique; d’après lui, l’albumine végétale et l'acide méconique la réduisent aussi; le procédé que je vais décrire permet de se débarrasser de ces deux substances.

On prend 2 grammes d'extrait et on les dissout dans environ 50 c. c. d’eau distillée, on ajoute alors 2? grammes d’acétate de plomb, on laisse en contact pendant une dizaine d'heures, la liqueur est alors presque complètement décolorée, l’albumine et l'acide méconique sont précipités, on filtre, puis on précipite l’excès de plomb par du carbonate de soude en léger excès, on filtre de nouveau; on lave le résidu avec quelques centimètres eubes d’eau et on ajoute au liquide assez d’eau distillée pour compléter 50 centimètres cubes: c'est avec ce liquide qu'on fait l'essai au moyen du saccharimètre ou de la liqueur cupro-potassique. MM. Chevalier et Baudrimont conseillent de traiter l’'opium dans lequel on veut doser le glucose de la manière suivante: on fait bouillir dans l’eau 10 grammes d’opium, on filtre et on précipite la liqueur par le tannin en léger excès. Après filtration, on se débarrasse de ce dernier par addition d’albumine dont l’excès est coagulé par une ébullition suffisante. On filtre et on dose le sucre dans la liqueur à l’aide du réactif cupro-potassique.

J'ai essayé ce dernier procédé qui m'a donné un liquide encore trop coloré à mon avis pour permettre l’emploi des liqueurs cupriques, et je donne la préférence à la méthode de décoloration par l’acétate de plomb.

Les liqueurs qui pourront servir à faire le titrage sont celles de Bareswill, de Fehling, de Poggiale, de Violette, etc. Je donnerai la préférence à cette dernière qui, à mon avis, se conserve très longtemps sans altération. La liqueur de Violette s'obtient de la manière suivante: On prépare une

première solution avec 56 gr. 46 de sulfate de cuivre et 140 c. c. d’eau distillée ; d’autre part, on fait une autre solution avec 200 grammes de tartrate neutre de potasse et de soude, et 600 c. c. de lessive caustique de soude à 22° Baumé. On verse la deuxième solution dans une carafe graduée de 1 litre de capacité. On ajoute ensuite par petites parties la première solution; enfin, on complète le volume d’un litre par une dernière addition d’eau distillée avec laquelle on à rincé les deux vases ayant renfermé les deux solutions. Cette liqueur, dont les avantages m'ont été indiqués par M. Delteil, pharmacien principal de la marine, se conserve très longtemps sans altération sensible.

Le chimiste aura lieu souvent à examiner si un échantillon ne présentant aucune apparence de fraude est bien du chandoo de la régie, il sera obligé de doser les substances dont la quantité est assez constante dans l’opium, ainsi il devra doser la glucose et la morphine. Nous avons assez insisté sur le dosage du glucose, nous allons nous occuper maintenant de celui de la morphine.

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