‹ De l'or dans le traitement des scrofulesChapitre 2 sur 6 · DANS LE · texte numérisé non relu

DANS LE

PEEMÎEE MEMOIRE.

L'or, sous les auspices de mon vénérable ami, le docteur Chrestien , de Montpellier, est maintenant généralement employé dans tout le midi de la France et dans plusieurs contrées étrangères, pour le traitement des affections syphilitiques et scrofuleuses ; il n’en est pas de même pour Paris. Malgré mes constants efforts, malgré l’ouvrage que j’ai publié, et que l’Académie, par l’organe de M. le professeur Magendie, a daigné honorer de son suffrage (1) ; malgré aussi les travaux de mon excellent ami, M. le docteur Duhamel, dont j’ai l’honneur

(1) DE L’OR, de son emploi dans le traitement de la syphilis récente et invétérée;

DU MERCURE, de son inefficacité et des dangers de l’administrer dans le traitement des mêmes maladies, avec une appréciation du traitement antiphlogistique.

Deuxième édition , précédée du rapport fait à l’Académie royale des sciences, par M. le professeur MAGENDIE.

Paris, i832, i vol. in-8°; chez Baillière, libraire, rue de l’Ecole-de- Médecine, n° i3; et Bourgeois-Maze , quai Voltaire, n° 21. — Prix :

5 fr., et G fr. fio c. par la poste.

de faire distribuer aujourd’hui même à l Académie le rapport (t) fait sur cet objet à la Société de médecine pratique; c’est à peine si cet agent thérapeutique est connu de quelques médecins de cette capitale, qui encore, pour la plupart, n’ont entendu parler que du muriate d’or. C’est toujours, pour la preàque totalité des praticiens de Paris? et pour les plus répandus surtout, un médicament dangereux, ou, par une contradiction fort extraordinaire, un agent thérapeutique impuissant et absolument infidèle.

On a bien aussi cherché à déverser sur moi quelque ridicule (2), ce qui me serait resté fort indifférent, si la conséquence n’en avait point été de nuire à la méthode que je préconise. Je m’en suis cependant peu inquiété ; j’ai continué mes travaux en silence, et, convaincu de la justesse de

(1) Rapport sur les consultations publiques données à l’ Hôtel-de- Ville, par les membres de la Société de médecine pratique, commis a cet effet, depuis le ier octobre i833, jusqu’au 3 1 mars i834; par M. le docteur Duhamel ; publié avec quelques notes par M. le docteur A. Legrand. — Brochure in-8.

(2) Ainsi M. le docteur N. Devergie, dans un ouvrage considérable par son format (in-4°), illustré par de fort belles planches coloriées , du reste écrit d’un style qui n’est pas plus curieux que correct, s’exprime ainsi sur mon compte (tome x, page 196): « La même opinion est professée par M. A. Legrand, qui a publié » récemment un gros volume sur l’or et le mercure. Ce jeune » médecin, engoué des préparations d’or, ne voit pour les véné- » riens d’autres moyens de salut que son médicament chéri ; aucun » autre ne trouve grâec auprès de ce confrère enthousiaste, que » mûriront sans doute les enseignements de l’ expérience. D’un style » plus curieux que correct et relevé , M. A. Legrand stygmatise » tous les auteurs assez malavisés pour ne point partager sa ma- » nière de voir. Après la lecture de son livre, on n’y trouve qu’une

» idée dominante : de l'or , toujours de l’or, rien que de l’or J . «

5) C’est le remède par excellence, c'est une vraie panacée univer-

mes vues , je persévérerai dans mes efforts pour propager mes opinions , bien certain qu’en cela je travaille au soulagement de l’humanité. C’est du temps , juste appréciateur de tout, que j en attends le triomphe auquel j’espère arriver par la publication de faits nouveaux, recueillis dans ma pratique ou fournis par de bienveillants confrères. Je viendrai alors, comme aujourd’hui, en appeler au jugement , au témoignage de Y Académie, bien assuré que son suffrage , si je suis assez heureux pour le mériter, sera le plus puissant appui que je puisse trouver pour parvenir à mon but. Cependant, quant à ces nouvelles observations,

» selle : et quand elle ne guérit pas, c’est toujours la faute du prati- » cien qui l'a administrée. »

La réponse à cette note inconvenante est facile ; je la trouve à la même page du même ouvrage : « Si les préparations d’or sont loin «d’être un spécifique contre la syphilis, il est toujours certain « qu’eu médecine elles sont d’un grand secours. Je les ai peu » employées clans le traitement de la maladie en question ( peu ici,

« veut probablement dire pas du tout); mais j’en ai fait usage plu- » sieurs fois contre quelques affections du système lymphatique ,

» telles que dartres, engorgements glanduleux, etc. , et je n’ai eu » qu’à m’en louer. )> Hé bien ! que M. Devergie , au lieu d’employer peu les préparations d’or, les emploie beaucoup dans le traitement des affections syphilitiques, ou seulement plusieurs fois comme il a fait pour les maladies du système lymphatique, et comme moi il en deviendra partisan enthousiaste. Et alors on ne Couvera plus dans tous les écrits de M. Devergie que deux idées dominantes : des sangsues et de L'eau tiède , toujours des sangsues et de l’eau

tiede , et rien que des sangsues et de l’eau tiède ! . En effet ,

M. Devergie, mûri sans doute par les enseignements de l’expérience, comprendra que ces deux moyens ne sauraient être une pa nacée univer selle

Nota. Celle note ne fait pas partie du texte qui a eié soumis au jugement de l’Académie des sciences.

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qui toutes auraient trait à des affections syphilitiques , je veux encore attendre que le temps ait témoigné en faveur de la solidité des cures obtenues , et je crois faire bien en retardant ces publications. Je ne pense pas devoir faire de même quant aux affections scrofuleuses. En effet, ce petit nombre de praticiens qui par-ci par-là ont expérimenté avec la méthode aurifère, je me trompe , aoec le muriate d’or , ne l’ont fait que dans quelques cas rares de syphilis constitutionnelle, et presque toujours après avoir épuisé toutes les ressources qui leur étaient offertes par les anciennes méthodes. Mais il n’en est aucun (ï), que je sache du moins, qui ait essayé d employer ce métal, ou même ce sel, dans le traitement des scrofules, quoique ce soit une des maladies où l’or se montre le plus efficace. Et cette maladie est encore une de celles qui affligent le plus l’espèce humaine, et dont l’incurabilité relative désespère toujours les praticiens, quoique sous ce rapport la science ait infiniment gagné depuis les beaux travaux de M. le docteur Lugol sur l’iode.

Comme je l’ai exposé avec soin dans mon ouvrage, auquel je dois renvoyer pour de plus amples détails, l’or est administré sous trois formes : 1° à I état métallique, or divisé y soit par ran procédé mécanique , soit par un procédé chimique; 2° à l’état d’oxide, oxide d'or par la potasse , oxide d’or par l’étain ou stannate d’or ; 3° à l’état de sel , perchlorure d’or et de sodium (2). Ces différentes préparations

(î) Il faut excepter M. le docteur Duhamel, qui obtient dans ce moment, avec la méthode aurifère, les plus brillants succès dans les maladies de ce genre.

(2) Depuis quelque temps j’ai introduit dans la thérapeutique une nouvelle préparation d’or, le sulfure, que j’administre dans le traitement des affections dartreuses ou dermatoses. Quand (e

s administrent en frictions sur la langue, à l'intérieur, et en pansements sur les plaies : à l’intérieur on les donne sous la forme de pastilles ou sous celle de pilules, en les associant à des extraits. Parmi ceux-ci il n’existe que X extrait de thymèlée qui soit doué de propriétés marquées ; les autres, pour la plupart, sont insignifiants. J’ai indiqué avec soin dans mon ouvrage, auquel je renvoie de nouveau, les règles à observer, les précautions à prendre pour préparer chimiquement et pharmaceutiquement , et administrer les diverses préparations d’or. Il est peu de praticiens, après avoir lu les chapitres III et IV de cet ouvrage, pourvu qu’ils aient aussi quelque habitude de voir des malades, qui ne puissent bien formuler une ordonnance de préparation d’or, et ne parviennent, quoique plus difficilement, à déterminer quelle préparation et quel mode d’administration conviennent le mieux à tel cas et à tel individu. Il est, du reste, plus facile de le déterminer pour les affections scrofuleuses que pour les maladies vénériennes; parce que, dans le premier cas, il existe presque toujours une détérioration de l’économie qui permet d’avoir plus souvent recours au perchlorure d’or et de sodium et au stannate, qui sont les deux préparations les plus actives; vient ensuite l’oxide d’or par la potasse, puis l’or divisé, qui est la plus douce de toutes, et peut-être aussi celle dont les effets sont les plus certains.

Donnant ainsi, dans ce premier mémoire, un certain nombre d’observations qui tendent à prouver l’efficacité de l’or dans le traitement des scrofules, je n’ai pas cru

moment en sera venu, je ferai connaître les résultats que j'aurai obtenus; jusqu’à ce moment je u’ai qu’à m’en féliciter. J’ai voulu aujourd’hui profiter de l’occasion de ce mémoire , pour prendre date au sujet du sulfure cCor.

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pouvoir les présenter pêle-mêle, et j’ai suivi un certain ordre dans la manière de les disposer, de façon que le lecteur puisse faire en les lisant une étude, sans doute bien

incomplète, des désordres que peut causer le vice scrofuleux dans l'économie animale. Mais il n’y sera question que des maladies des parties molles , tandis que le second sera tout entier consacré au traitement des maladies des os et des tendons. Les observations qu’on va lire seront donc classées selon la gravité des symptômes , et selon l’ordre et le nombre des organes attaqués. A chaque observation , je me livrerai aussi aux considérations que je croirai de nature à éclairer le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies scrofuleuses. Je ne négligerai pas non plus de donner les renseignements les plus circonstanciés sur les effets physiologiques et thérapeutiques de l’or, et d indiquer les meilleures méthodes à suivre pour son administration.

Obs, I , extraite de ma pratique. Engorgement d’une glande du cou dissipé en quinze jours par l’or divisé, en frictions sur la tumeur.

Madame M**% épouse d’un artiste distingué de ce nom, m’appela, le 7 mars 1828, pour lui donner mon avis sur sa fille, âgée de onze mois, qu elle nourrissait, et à laquelle il était survenu sous le côté droit de la mâchoire inférieure une glande de la grosseur d’un petit œuf de pigeon, circonscrite, dure au toucher, peu chaude, d’un rouge pâle, n’offrant du reste aucune fluctuation. Cette petite fille •était fort lymphatique, et sa mère, d’origine anglaise, portait au cou la cicatrice d’un coup de bistouri donné pour ouvrir une glande qui s’était engorgée à l’âge de seize ou dix-septans; du reste, la petite M*** paraissait jouir d’une

fort bonne santé. Je iis pratiquer trois applications d’une sangsue chaque fois, en laissant trois à quatre jours d’intervalle dune application à l’autre; en même temps j’administrai des laxatifs doux. Ce traitement dissipa les accidents inflammatoires et procura une diminution considérable de l’engorgement. Mais la glande , une fois réduite à la grosseur d’une forte amande, resta stationnaire, et j’attendis en vain pendant quinze jours au moins que le travail de résolution se continuât. Alors je fis pratiquer matin et soir une friction sur la glande engorgée avec la pommade suivante :

Pr. Or divisé . . . 10 grains.

Axonge . . 1 once.

Mêlez avec soin sur le porphyre et à l’aide de la molette.

Après quinze jours de l’usage de cette pommade, dont on consommait soir et matin gros comme un fort pois , cet engorgement, qui ne s était pas renouvelé un an après, fut entièrement dissipé. Mais à cette dernière époque, cette enfant , que j’ai perdue de vue depuis , menaçait d’être bientôt rachitique.

Cette observation est: sans doute d’une faible importance, puisque for n’ayant point été administré à l’intérieur, la constitution de cette petite malade n’a pu en être modifiée, et qu’elle a bien pu par la suite être aussi tourmentée par le vice scrofuleux que si elle n’avait jamais suivi ce traitement. Cependant elle constate que l’or métallique , employé en frictions sur la peau, a une action résolutive marquée. J’en doutais encore à l’époque où je traitais la petite M***; mais depuis, des faits nombreux m’ont prouvé les bons effets qu’on peut retirer de ce métal réduit en poudre impalpable et employé eu frictions sur les engorgements,

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après l’avoir incorporé dans l’axonge. Avant d'avoir recours à cette pommade pour la petite M**% j’avais fait faire quelques frictions avec la pommade mercurielle adoucie; elles n’eurent d’autre résultat que de produire une éruption érysipélateuse , qui excita une vive douleur et dont il fallut attendre la guérison. Les pommades aurifères n’ont pas cet inconvénient, à moins que les poudres incorporées ne renferment quelques fragments de métal , auquel cas il pourrait se produire une irritation mécanique. Je n’ai jamais employé le perchlorure d’or et de sodium incorporé dans l’axonge; je croyais qu’il s’y décomposait trop complètement; M. Laillet, pharmacien, a eu l’occasion de reconnaître que cette décomposition était loin d’être complète; aussi je me propose de ne pas laisser échapper la première occasion qui se présentera d administrer le sel aurifère de cette façon.

Observ. II, par M. le docteui Beauclair , médecin à Clermont ( Hérault ). Engorgement des glandes du cou. Inefficacilé des topiques résolutifs. Guérison par le perchlorure d’or et de sodium en frictions. Quatre mois de traitement. Cure qui date de cinq ans.

« Mademoiselle Missié , de Clermont , âgée de dix-sept » ans , réglée depuis un an , d’une constitution lympha- » tique , habituellement pâle , avait au cou , depuis plus » de quatre ans, une traînée de glandes engorgées. Elle » n’y avait jamais ressenti de douleur; elle avait pendant » long-temps et inutilement employé plusieurs topiques ré- » putés fondants. Après quatre mois de l’emploi du mu» » riate d’or en frictions sur la langue, en débutant par un » quatorzième et poussant la dose jusqu’à un onzième de » grain seulement, j obtins une parfaite guérison qui, depuis » cinq ans, ne s’est pas démentie. »

Dans ce cas, avant d’avoir recours au sel aurifère, on n’avait essayé que des moyens locaux ; dans le cas suivant, on avait auparavant tenté la cure , mais en vain , à l’aide d’autres médicaments , de sorte qu’il est permis de dire qu elle prouve, encore plus que la précédente , en faveur de la méthode aurifère.

Obse*v. IIT , par le même. Engorgement des glandes du cou. Ineflicacité des préparations mercurielles et antimoniales, avec les extraits de ciguë et d’aconit. Guérison par le perchlorure d’or et de sodium en frictions. Cure qui date de six ans.

« Mademoiselle Bringuier, dç Clermont, âgée de dix- « sept ans , réglée depuis deux ans , mais d’une manière » irrégulière, et ne perdant à chaque époque qu’une pe- » tite quantité d’un sang noirâtre, ayant de l’embonpoint » et le teint fleuri , portait depuis l’âge de huit à dix ans » un engorgement dur, mais sans douleur, des glandes du » cou; il était assez considérable pour mettre cette région » de niveau avec les joues. On avait infructueusement » employé contre cet engorgement une infinité de remèdes, » parmi lesquels les préparations mercurielles et antimo- » niales réunies aux extraits de ciguë et d’aconit avaient » joué le principal rôle. Je conseillai , pour tout traite-. » ment , des frictions sur la langue avec le muriate d’or » à la dose de 1 /14e de grain qui fut portée à 1/1 0e. Après » six mois de l’usage de ce remède, la malade fut radica- » lement guérie de ses engorgements et le flux menstruel » régularisé. Six ans se sont écoulés depuis cette époque; *> et ces heureux effets ne se sont pas encore démentis. » Cette seconde observation de M. Beauclaid vient à l’appui de ce que j’ai dit dans mon ouvrage des 'vertus emmèruigogues de /’<?/'. Voici comment je me suis exprimé à ce sujet ( chap. IV, p. 72). « C’est par son action sur le

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» système sanguin que l’or devient un puissant emména- » gogue; aussi l avons-nous toujours vu être efficace pour » détruire 1 influence morbide syphilitique ou scrofuleuse » qui retarde si fréquemment chez les femmes l’établis ^ » sement de la menstruation , et amener cette évacua- » tion périodique qui joue un rôle si important dans leur « santé et dans les fonctions qu’elles sont appelées à rem- » plir. M. Souchier, dont le nom se représentera souvent « dans le cours de cet ouvrage, a constaté dans sa pratique » les vertus emménagogues du perchlorure d or et de » sodium. Ce sel lui a presque constamment réussi quand » il l a administré dans le but de rétablir le flux menstruel, » et il possède plus de trente cas dans lesquels il avait mis » en vain à contribution toute la classe des toniques et » celle des emménagogues les plus usités , et où il a eu à » se louer d’une manière toute particulière de l’adminis- » tration du perchlorure. »

Observ. IV, extraite de ma pratique. Engorgement d'une glande du cou. Cure longue et difficile par le perchlorure d’or et de sodium en frictions, le stannate d’or et l’extrait de ihymélée à l’intérieur et à l’extérieur. Succès que n’a pas démenti un intervalle de six ans et demi.

Eugénie G'" ( 4 janvier 1828 ), âgée alors de cinq ans et demi, est issue d’un père qui a eu de nombreuses maladies vénériennes, mais qui paraît cependant jouir d’une excellente santé et avoir une bonne constitution : et d’une mère non maladive, mais d’une constitution plus molle que je ne saurais dire. Jusqu’à vingt-deux mois, cette petite fille, qui fut nourrie par sa mère, s’est toujours bien portée; à cet âge, il lui survint une glande sous la mâchoire inférieure ; c’est celle qui existait encore au moment où j’entrepris de la traiter. Elle était située sous le

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menton et transversalement sur la ligne médiane; sa surface était dépouillée d’épiderme. A trois ans, il lui survint à gauche, dans lintervalle des fausses côtes et successivement, trois engorgements qui s’abcédèrent spontanément, à l’exception du second, qui tut ouvert par 1 instrument tranchant. On retrouve facilement les cicatrices de ces trois engorgements. Les lèvres de cette petite fille sont gonflées, et les ailes du nez écartées.

Je lui fis immédiatement commencer le perchlorure d’or et de sodium en frictions sur la langue, et j’en élevai successivement la dose de 1 /20e de grain par friction à 1/1 0°, de telle manière que le 7 juillet , elle en avait consommé 9 grains. On voit déjà que la malade mettait de la négligence dans son traitement, puisque cette dose de sel aurifère aurait dû être consommée en 136 jours, au lieu de 1 80 qu’elle y mit. Nous signalerons plus tard une autre cause plus puissante de la lenteur de la cure enfin obtenue. Dans les premiers temps de l’usage du sel aurifère, il est survenu à trois ou quatre reprises, et à deux ou trois jours d’intervalle , un léger dévoiement qui avait une durée variée, mais qui, dans les premiers moments, était quelquefois de plusieurs jours. Ce léger dérangement a bientôt cessé, et s’il s’est représenté, ce n’a plus été que de loin en loin. On a observé de l’augmentation dans l’appétit, les fonctions digestives se sont améliorées et ont bientôt acquis la plus parfaite régularité. La petite a en même temps pris de la gaieté ; son faciès est devenu de jour en jour meilleur par la diminution bien sensible dans le gonflement des lèvres et des ailes du nez. Dans les premiers jours de mars, des mouvements critiques se sont manifestés ; il y a eu une augmentation bien marquée dans la sécrétion des urines, et la glande a laissé suinter de temps

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à autre une gouttelette d’un pus liquide et grisâtre; en même temps elle a, quoique lentement, diminué chaque jour de volume d’une manière sensible. Plus tard (20 avril), les urines ont cessé d’être aussi abondantes, mais elles ont déposé , et il leur a succédé des sueurs bien marquées , qui se manifestaient touts les matins avant le réveil de la jeune malade.

Quand , le 7 juillet , je vis que je n’avançais plus , je prescrivis le perchlorure à la dose de 1 /8e de grain et des frictions faites sur la glande matin et soir avec la pommade contenant de l’or divisé ( Voyez Observation Ire). Cette modification dans le traitement fut presque sans résultat, et il devint bientôt évident pour moi que la jeune malade était habituée au sel aurifère. Je prescrivis alors des pilules avec 1 grain d’extrait de thymélée et 1 /10e de grain d’oxide d’or par l’étain , et dans la pommade je remplaçai l’or divisé par ce même oxide. J’augmentai successivement la dose de l’extrait et celle de l’oxide, de façon que le 5 janvier 1829, Eugénie prenait chaque matin à jeun 1 grain de stannate d’or et 3 grains d extrait de thymélée : à la même époque , l’extrait de thymélée fut introduit dans la pommade à la dose de 5 grains , comme le stannate. Ce nouveau mode fit reparaître les mouvements critiques, quoiqu’on ne se fut jamais montré si pêu exact à faire suivre son traitement à la jeune malade; il y eut aussi une nouvelle diminution très marquée de la glande , surtout dans une de ses extrémités. Les mois d’octobre, novembre et décembre se passèrent sans amélioration sensible , seulement la petite malade se développa, grandit, et sa santé générale prit une solidité qu’elle n’avait jamais eue. A cette époque , le refus qu’on fit de la recevoir dans un pensionnat, par

suite du petit engorgement qui persistait encore , fut cause que de nouveau , pendant quelque temps, on lui fit prendre exactement ses pilules; et on pratiqua de même les frictions, ce qu’on ne faisait que tout au plus deux ou trois fois par semaine depuis quatre mois ; aussi le 15 février suivant y eut-il un changement complet dans l’état de la glande, et put-on la considérer comme entièrement dissoute. En effet, il n’en restait plus que deux petits tubercules, placés à chacune de ses extrémités, et qui étaient tout-à-fait semblables à ces turgescences qu’offrent si souvent les cicatrices d ulcères scrofuleux. Quant à ces deux tubercules, qui étaient au plus gros comme deux lentilles , j’obtins leur disparition complète en les cautérisant un grand nombre de fois avec le muriate d’or acide.

Ainsi il m’a fallu quatorze mois de traitement pour obtenir un résultat aussi petit en apparence que celui de la disparition d’une glande grosse comme une forte amande. Voyons si la méthode que j’ai mise en usage mérite ce reproche qu un esprit prévenu pourrait fort bien lui adresser. Commençons d’abord par réduire le traitement à sa véritable durée, et disons que par les continuelles suspensions qu’on y a mises , et qui, pour la plupart , n’étaient pas motivées , on peut le réduire à une durée effective de huit mois. En second lieu, j’ai rencontré chez la jeune malade les conditions hygiéniques les plus contraires au succès. En effet , elle a pour mère la femme la plus malpropre que j’aie jamais rencontrée de ma vie, et la petite G*** promettait sous ce rapport de ressembler entièrement à sa mère. Je n’ai jamais pu obtenir d’elle quelle se lavât , pas plus que de sa mère quelle la lavât, ou que du moins elle la conduisît au bain. Si souvent que j’y allasse, je n’ai jamais

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