I>K LOR
» été pansées avec de l’or divisé incorporé dans le cérat de » Galien. Des ulcères profonds aux yeux ont été cica- » trisés sans aucune application. Cette malade a été dé- » livrée de douleurs dans les orbites et des ophthalmies » périodiques auxquelles elle était sujette. Chose digne de » remarque, c’est que pendant trois mois qu’a duré le » traitement, on n’a observé aucun de ces mouvements » tumultueux qui précèdent les crises , et il n’y a eu » aucune évacuation sensible : seulement des furoncles, » qui se sont abcédés et ont abondamment suppuré, sem- » blent avoir agi comme une sorte de résolution cri» » tique. »
M. Sizaire a tort d’hésiter pour considérer l’apparition des furoncles comme une crise éliminatrice. C’est un moyen que la nature emploie fréquemment pour se débarrasser de quelque principe morbide , et j’ai vu plus d’une fois l’or provoquer des crises de ce genre.
M. Sizaire a fait suivre cette observation des réflexions suivantes qui témoignent fortement en faveur de l'efficacité de l’or dans le traitement des maladies du système lymphatique.
« J’ai eu surtout occasion d’observer ces maladies chez » les enfants du peuple qui habitent les lieux froids et » humides du pied de la montagne ]\oire, qui se nourris- » sent d’aliments indigestes , qui s’exposent aux variations » subites de l’atmosphère. Contre ces maladies, caracté- » risées par l’atonie générale du système sanguin , l’engor- *> gement des glandes, l’épaississement des sucs abdomi- » naux , une sorte de décomposition osseuse; contre ces » maladies , auxquelles la nature imprime un cachet » qui les fait reconnaître malgré les formes bizarres » quelles affectent, je n ai pas trouvé de meilleur excitant ,
’’ de fondant résolutif' plus aclij et plus énergique que les » préparations d’or. »
L’ophthalmie est souvent une maladie de la plus grande gravité, et sa cure est presque toujours difficile. Cette difficulté s’augmente si l’ophthalmie se développe sous finfluence d un vice morbide quelconque, mais surtout sous celle du vice scrofuleux, Dans ce dernier cas, qui du reste se rencontre fréquemment, il faut en général se bien garder, au début de l’ophthalmie, de combattre la diathèse scrofuleuse ; ce qu’on ne peut faire que par des médicaments excitants, qui entretiennent et excitent même l’inflammation développée sur l’organe de la vue. Il faut donc avant toutes choses etemdre cette inflammation par des moyens appropriés, et c’est seulement quand on s’en est rendu maître, qu il faut attaquer le vice scrofuleux, qui deviendrait sans cela une cause persistante d’ophthalmies sans.cesse renaissantes. C’est pour n’avoir pas procédé de cette façon chez une jeune enfant, scrofuleuse au plus haut degré, que j’ai complètement échoué dans le traitement d’une oplithalmie double dont elle était atteinte, et qui n’a pu être guérie que par l’emploi d’un séton, conseillé par M. le professeur Roux. Si cependant l’inflammation est tout-à-fait passée à l’état chronique , si surtout elle paraît avoir plutôt établi son siège sur la conjonctive palpébrale que sur l’oculaire, il ne faut pas craindre d’administrer les préparations d’or- à plus forte raison si leur emploi est commandé par la manifestation d autres symptômes scrofuleux, comme dans l’observation qui va suivre.
de l an
Observ. XVII , XVIII et XIX , par M. le baron Girardot , déjà cité. Constitution scrofuleuse. Engorgement et ulcération des glandes du cou. Ophthalmie avec laies , tuméfaction et ulcération des glandes de Meibomius. Guérison par quinze grains, pour chaque malade, de perchlorure d’or et de sodium en frictions.
« J’ai traité deux petites filles âgées de dix ans et un gar- » con âgé de douze, qui touts trois avaient un vice scrofuleux » bien prononcé et caractérisé par la tuméfaction de la lèvre » supérieure, le volume des glandes sous-maxillaires, la tu- » méfaction et la suppuration de celles du cou, des taies sur » les yeux, avec tuméfaction et suppuration très-abondante » des glandes de Meibomius. Depuis trois mois qu’ils sont en » traitement, des glandes, les unes se sont cicatrisées, les » autres dissipées, et les taies ont tout-à-fait disparu. Je dois » dire que pour faciliter leur résolution, chaque jour, matin » et soir, jefaisais insufler dans les yeux une poudre compo- » sée de parties égales de tulie préparée, de sucre candi et de « calomélas. J’ai eu recours à ce moyen , parce que j’ai » craint que lemuriate n’agît pas assez énergiquement sur » ces taies, qui avaient acquis une telle intensité, que ces b êtres intéressants ont été privés de la vue pendant quinze » ou vingt jours. Aujourd’hui les yeux sont aussi sains que » s’ils n’avaient jamais été malades. En un mot, on peut re- » garder ces enfants comme radicalement guéris; touts les » symptômes ayant disparu et chacun mangeant pour deux. » Ils ont pris à eux trois quarante-cinq grains de muriate » en frictions; je leur en donnerai encore cinq à chacun, » afin de ne laisser aucun levain. Plus tard je vous ferai » part de leur état. »
Des renseignements ultérieurs , et qui trouveront leur place dans mon second mémoire , justifient de la solidité de cette cure.
Le baron Girardot a souvent administré l’or dans le traitement des affections syphilitiques (voir mon ouvrage) et dans celui des scrofules; aussi son opinion sur la méthode aurifère a-t-elle une grande valeur. Voici dans quels termes il s’exprime à ce sujet : « Votre méthode a sans « doute ses détracteurs; mais moi je puis, et je dois, pour » rendre hommage à la vérité, attester sur mon honneur » que depuis trente-trois ans que je pratique fart de gué- » rir, non seulement dans toutes les capitales de l’Europe, » mais même en Asie, je n’ai point encore trouve de spé- » cifique plus puissant contre les scrofules , pas même les » bains du Caucase, dont les eaux sont si énergiques pour j> détruire ce virus. Je n’ai jamais obtenu de succès si «efficaces, si surs, d’une manière plus commode que «ceux que j obtiens depuis cinq ans dans ce pays, où « l’on peut regarder les scrofules comme endémiques « parmi les enfants. Ainsi sur seize enfants qui sont à l’hos- « pice de la Maternité , il n’en est pas un seul des deux « sexes qui n’en soit atteint. Son action malfaisante se porte «sur les yeux, les glandes sous-maxillaires, inguinales, « pulmonaires , mésentériques : chez la plupart des ma- «lades, les os maxillaires, le cubitus, le radius et les os « du tarse sont cariés. Il en est presque de même parmi « les enfants des bourgeois et des grands seigneurs , ce qui « prouve que cela ne tient point seulement à la misère qui «accable le peuple, mais au climat, aux qualités de l’air « que respire le noble comme le pauvre, aux transitions « subites du chaud au froid, et vice versa. Ainsi, avant-hier « (8 juillet 1824),- à quatre heures du matin , nous avions « trois degrés de froid, et hier à midi, à l’ombre, vingt- « deux de chaleur! Quelle impression doit exercer sur les » vaisseaux exhalants et absorbants de la peau des différen-
DE L OR
» ces si considérables dans la température ! Depuis, dis-je , v que j’emploie le muriate triple d’or en frictions sur la «langue, en pommade, sur les tumeurs qui sont rebelles «et qui ont* besoin d’excitation; à l'intérieur, combiné « avec un extrait amer, ayant soin de faire prendre à chaque « malade, touts les jours matin et soir, un verre de décoction » de sommités de houblon, je me suis trouvé bien à même, « par ma nombreuse pratique dans ce genre de maladie, » d’apprécier l’excellence de cette méthode, qui sans aucun » autre auxiliaire donne les plus heureux résultats, quels « que soient l’âge, le sexe et la condition du malade (1). « Mais il faut dire que j’ai le soin de faire faire à chaque « malade sa friction devant moi , afin de m’assurer quelle » est convenablement faite. C’est en procédant ainsi que « j’ai la satisfaction de voir venir, à pied, conduits comme « en triomphe par leurs mères, de petits êtres qui , » quatre à cinq mois auparavant, étaient ou portés sur « leurs bras ou conduits en voiture. J’en puis d’autant « mieux juger que j’ai un terme de comparaison dans le « peu de succès que j’obtenais antérieurement par d’autres » moyens thérapeutiques. »
Une maladie scrofuleuse peut se prolonger chez une jeune fille jusqu’à l’âge de puberté ;elîe peut encore se développer au moment de cette crise naturelle : alors de deux choses l’une, ou la menstruation s’établira, ou au contraire elle sera empêchée par l’influence morbide. Dans le premier cas, la guérison pourra bien avoir lieu; dans le second, la maladie existante s’aggravera. Elle pourra aussi
r (i) La condition d’indigence des malades n’a jamais arrêté le baron Gîrnrdot, qui , en onlre de ses soins gratuits, leur fournissait de sa bourse le? moyens de se procurer les médicaments nécessaires.
se compliquer de nouveaux accidents , qui se développent si fréquemment quand cette importante sécrétion ne s’établit pas, ou vient à se supprimer. Parmi ces maladies qui peuvent ainsi venir compliquer les scrofules, la chlorose doit se montrer assez souvent, soit qu’on considère cette dernière maladie connue dépendant d’un manque d’activité de l’utérus ou de l’inertie de l’estomac. Dans ces deux hypothèses sur la cause de la chlorose, l’or ne peut jamais produire que des effets favorables ; en effet, et c’est un point sur lequel je reviendrai, ce métal excite puissamment les fonctions digestives , et je l'ai souvent vu activer aussi le flux menstruel. Je suis donc bien convaincu qu’il y a tout lieu d’espérer les meilleurs effets de l’administration des préparations aurifères dans le traitement de la chlorose, même quand cette maladie ne se complique pas de symptômes de scrofules. Un motif pour recourir à la méthode aurifère dans le traitement de cette maladie, c’est qu’elle peut, pour ainsi dire, engendrer les scrofules. Ainsi, je viens de traiter (sans le secours de l’or) une jeune chlorotique , par une méthode qui m’est propre et que je ferai connaître en temps et lieu; et au moment ou je croyais toucher au sqccès, j’ai vu une glande du cou s’engorger et acquérir en peu de temps un volume assez considérable.
L observation suivante va venir parfaitement à 1 appui des propositions que je viens d’émettre dans les lignes qui précèdent.
DE LOR
Observ. XX j par le baron Girardot, déjà cité. Engorgement des glandes du cou. Aménorrhée. Chlorose. Inutilité de plusieurs traitements. Guérison par trente grains de perchlorure en frictions. Cinq mois de traitement.
« Mademoiselle L. B., née de parents robustes, riches, » ayant toujours habité les rives de la Narew, qui coule dans » un pays plat, assez marécageux, eut à l’âge de douze ans » trois glandes du cou engorgées. Sa face était pâle, sa lè* » vre supérieure très-tuméfiée,elle paraissait avoir beaucoup » de nonchalance dans le caractère, elle manquait d’appétit; » du reste, l’habitude du corps était^passable. Après avoir » subi infructueusement plusieurs traitements, les parents « résolurent d’attendre l’époque des règles, persuadés qu’a- » lors la nature ferait quelque chose pour la malade. A » quinze ans, elles parurent et continuèrent sans inter- » ruption pendant six mois. Mais aussitôt, sans cause con- « nue, elles se supprimèrent. Les glandes alors augmentè- » rent de volume. La jeune personne avait les pales cou - » leurs ; en un mot tout le faciès d’une personne dont le « système lymphatique est prédominant et yicié.
» Les parents me l’amenèrent, et me demandèrent si je » pourrais lui être utile par mes conseils.
» Sur ma réponse affirmative, onia soumit au traitement « que je prescrivis chaque semaine. Après cinq mois de ce » traitement, pendant le cours duquel cette demoiselle prit « trente grains de muriate en frictions et de plus fit usage, » à chaque époque des règles , de votre teinture avec le » camphre et l’opium dissous dans l’alcool, toutes les « glandes disparurent, ainsi que la tuméfaction de la lèvre; » les règles reparurent, et depuis trois mois elles se mon*
» tient très-régulièrement et avec assez d’abondance.
» Maintenant l’ ex-patiente se porte très-bien; et comme, » avec de la fortune , elle a une jolie figure et des talents, « elle est recherchée en mariage. »
Possesseur de plusieurs observations qui constatent l’efficacité de l’or dans le traitement du goitre , je me suis demandé si je devais les faire figurer dans ce premier mémoire ; en effet , faut-il considérer le goître comme une maladie scrofuleuse ? C’est une question que , quant à présent , je ne veux point trancher ; je ferai seulement observer qu’il naît le plus fréquemment sous l’influence des causes qui paraissent aussi favoriser le développement des maladies scrofuleuses. Ainsi , touts les auteurs qui ont écrit sur le goître, s’accordent pour dire que l’on y est plus exposé dans l’enfance et dans la jeunesse; que les femmes y sont plus sujettes que les hommes; que cette maladie se transmet par voie d’hérédité , et que souvent elle se montre endémique parmi les habitants de certaines localités où l’air se renouvelle difficilement et où règne assez constamment une température douce, mais aussi trèshumide. Toutes ces circonstances, il faut le dire, sont aussi données comme causes des scrofules. Ajoutez que presque touts les crétins sont goîtreux, et certes on peut bien considérer le crétinisme comme une maladie scrofuleuse. La misère et la malpropreté, qui, en détériorant la constitution , déterminent aussi la venue des scrofides, sont encore , au dire d’observateurs habiles , des causes prédisposantes du goître. Je n’ignore pas que cette maladie se montre à la suite d’efforts violents, de cris soutenus; mais ne peut on pas supposer que cette action toutà-fait mécanique n’agit là que comme cause occasionnelle, tandis que la cause efficiente réside dans la constitution de
DE L OU
l’individu? C’est l’histoire de deux enfants qui se foulent fortement la même articulation ; chez l’un , d’une bonne constitution, la guérison est prompte ; chez le second, qui offre touts les caractères d’une diathèse scrofuleuse , il survient une tumeur blanche. Ainsi donc , si le goitre n’est point une maladie scrofuleuse, convenons qu’il offre de nombreux points de ressemblance avec ces affections, dont les formes sont si variées. Les succès obtenus dans le traitement du goitre par l’iode , dont l’administration contre les scrofules donne aussi des résultats satisfaisants, sont un motif de plus pour reconnaître une espèce de similitude entre le goitre et les scrofules. Cette analogie a dû nécessairement faire naître l’idée d’administrer l’or , si souverain contre les scrofules , dans le traitement du goître , et on va voir que le succès a couronné cette tentative.
Obseav. XXI, parM. Mignot, chirurgien-major du régiment d'artillerie à pied à Rennes. Goître. Guérison par des applications résolutives et le perclilorure d’or et de sodium en frictions.
« Une dame à laquelle j’ai donné des soins dans diverses » circonstances , me consulta en juillet dernier ( 1820 ) , » pour une tumeur dont elle s’était aperçue depuis peu et « qui l’inquiétait. Située a la partie antérieure et inférieure « du cou, elle la gênait beaucoup. Je m’assurai que cet » engorgement avait son siège dans la glande thyroïde. » Connaissant le goût décidé de cette personne pour la « musique vocale , je lui conseillai d’abandonner cette ré- » création. Les sachets composés d ' O nonis en poudre et « (Y Hydrochlorate d Ammoniaque furent appliqués et main- » tenus nuit et jour sur la partie malade. J’administrai en » même temps le muriate qui , dès la 25e friction, annonçait
» tout le succès que j’en espérais. La tumeur effectivement » était plus souple et l’engorgement moins considérable. La « malade était au comble de la joie quand une grossesse » s est confirmée et m’a obligé de discontinuer le traite- « ment , dans la crainte d’une excitation trop pronon- » cée (I). »
M. Mignot paraît aussi considérer le goitre comme une maladie du système lymphatique, car plus bas il ajoute : «Je n’ai ajouté l’observation de la dame au goître que » parce qu elle peut venir à l’appui des succès que l’on « peut espérer du muriate d’or, dans les maladies du sys- » tème lymphatique. »
Je me rappelle fort bien, quoique je n’en aie conservé aucune note, d’avoir traité en 1824 ou 1825, une demoiselle âgée de 20 ans environ, et qui depuis plusieurs années portait un goître. Quoiqu il l’incommodât peu, comme elle craignait qu’il ne fît des progrès, elle désirait vivement en être débarrassée. Je lui conseillai d’abord l’usaoe de
sachet de poudre d’ononis et d’hydrochlorate d’ammoniaque, mais ces moyens restant sans résultats, je dus y adjoindre les frictions sur la langue avec le perchlorure d ’or et de sodium , ce qui détermina presque immédiatement une diminution notable de l’engorgement. La malade cessa ce traitement qui fut prolongé avec plusieurs interruptions pendant environ trois mois, avant la disparition complète du goitre; mais le travail de résolution ne s’en continua pas moins, soit par les seules forces de la nature, soit sous 1 influence éloignée du traitement : toujours est -il que
(i) I.;» craiule de M. Mignot n’est pas fondée , et j'ai, dans maintes circonstances, administré l'or à des femmes enceintes sans qu’il en soit résulté aucun inconvénient.
DE L on
quatre à cinq mois après il n’en restait plus aucune trace. J’ai revu depuis (juin 1834), cette demoiselle et le succès obtenu ne s’ètait pas démenti depuis.
Ce fait, que j’aurais voulu pouvoir entourer de plus de détails, a encore quelque importance en ce qu’il démontre que dans l’observation de M. Mignot, on aurait grand tort d’attribuer la cure aux sachets appliqués sur la tumeur. Ils ont cependant pu la favoriser. L’observation suivante démontrera l’efficacité du sel aurifère pour guérir le goitre, puisqu’il a été administré seul - malheureusement cette observation n’est point assez circonstanciée.
Odseuv. XXII, par M. Vessièkes, déjà nommé. Goitre. Guérison par six grains de perchlorure d’or et de sodium en frictions sur la langue.
« Madame L***, âgée de trente-deux ans, était affligée » d’un goitre très-considérable, qu’elle portait depuis quinze » ans et qui rendait la déglutition pénible et gênait la respi- « ration ; elle en a été délivrée par l’usage de six grains de » muriate triple d’or et de soude en frictions sur la langue, » ordonnés par M. Chrestien à la malade , que j’ai suivie » pendant son traitement. »
Obsekv. XXIII , par M. le docteur Niel, déjà nommé. Goitre. Guérison par six grains de perchlorure d’or et de sodium. Traitement de deux mois .
« Une dame, âgée de trente ans , mère de plusieurs en- » fants et ayant beaucoup d’embonpoint, portait, depuis » quelques mois, un goitre qui était placé à la partie laté- » raie droite de la glande thyroïde, et avait déjà le volume » d’un petit œuf de pigeon. Cette femme, alarmée sur une » incommodité qui menaçait de la déparer, me demanda un
* prompt secours. Les heureux effets queM. Ghrestien rap- » porte dans sa méthode iatmleptique de l’emploi desprépa- » rations d’or contre ces sortes de tumeurs, ordinairement » très-rebelles, me déterminèrent à en faire usage dans ce » cas. Six grains de muriate d’or et de soude, divisés, au » début, en sept fractions chacun, et en six, du milieu du » traitement jusqu a la fin, surfirent pour faire disparaître » cet engorgement. Il est digne de remarque que la tumeur » se fondit dans l’espace de dix à douze jours et pendant » l’usage des dernières doses du remède, et que jusqu’alors « elle n’avait pas manifesté le moindre changement. Vers » la fin du troisième grain , il survint une augmentation no- » table de la chaleur extérieure du corps , avec fréquence » et plénitude du pouls • cet état, après avoir duré trois ou » quatre jours, fut suivi d’un flux d’urines très abondant , » qui maigrit un peu la malade, et ne cessa qu’aprèsla gué- » rison. »
M. le d octeur Niel a traité par le même moyen une autre darne affligée de la même maladie $ mais quoique les mêmes mouvements critiques aient été produits, la tumeur n’a jamais éprouvé le moindre changement. M. Niel a éprouvé le même insuccès chez une demoiselle scrofuleuse âgée de seize ans, et qui consomma en vain onze grains de perchlorure d'or et de sodium, pris avec exactitude et à doses élevées. M. Niel conclut avec raison de ces insuccès qu’il n’est point de remède rigoureusement spécifique* tout en partageant son opinion , nous exprimerons le regret que dans ces deux cas M. Niel s’en soit tenu au sel triple seul, et qu’il n’ait point essayé d’une autre préparation aurifère ou de ce sel lui-même à l’intérieur. Tout en faisant cette observation, nous sommes bien éloignés de prétendre qu il eût réussi dans cette seconde épreuve ; car il est bien incon-
DE L OR
testable qu’il n’existe aucun médicament , si puissant qu’il soit dans des cas donnés, qui ne puisse cependant se trou ver inefficace.
M. le docteur Duhamel traite en ce moment une demoiselle de Nesles (département de la Somme), qui porte un goitre fort considérable. En même temps qu’il lui administre à l’intérieur l’oxide d’or par la potasse , il lui fait frictionner la tumeur avec le perchlorure d’or et de sodium incorporé dans l’axonge. Il a déjà obtenu, après environ deux mois de ce traitement, une amélioration assez notable pour espérer un succès complet.
Observ. XXIV, par le docleur Jalaguiek, déjà nommé. Goîlre. Inefficacité des préparations de fer, d'antimoine , d'iode, etc. Guérison par neuf grains de perchlorure d’or et de sodium, dont cinq en frictions, quatre à l’intérieur.
« Un jeune homme, âgé de vingt-deux ans, se plaignait,
» depuis environ six mois, d’un engorgement de la glande » thyroïde, dont il désirait ardemment être délivré. Tou- » jours soumis à l’influence des mêmes causes, cette espèce » de goitre croissait visiblement touts les jours, ce qui » détermina le malade à se rendre à Montpellier. Appelé » pour lui donner mes soins, je reconnus que cette affec- » tion dépendait de la diathèse scrofuleuse; pour la cora- » battre avec efficacité, je choisis parmi les moyens inter- » nés que l’art suggère comme les plus énergiques, tels que » les pilules faites avec les yeux d'écrevisses , et l’éponge x calcinée réduite en poudre, les coquilles d’œuf calcinées » alcoolisées à la dose d’un gros, les préparations de fer,
» d’antimoine, etc..., sans négliger les emplâtres fondants et » résolutifs. Ces diverses substances, prises alternativement » pendant trois mois et avec les précautions convenables
v> pour que les fonctions digestives ne fussent point trou- » blées, ne produisirent aucune diminution dans le volume » du goitre. Je conseillai au malade , qui paraissait avoir » perdu tout espoir de guérison , de prendre le muriate » d’or; il subit ce nouveau mode de traitement avec la plus « grande résignation. 11 prit en tout neuf grains de muriate, « cinq en frictions sur la langue, et quatre à l’intérieur dans » du sirop de tussilage, et après cinq mois de séjour » à Montpellier , la tumeur était réduite de plus des trois » quarts des dimensions quelle présentait lorsque je la vis » pour la première fois. Aujourd’hui, il n existe chez ce » jeune homme qu’un très-petit engorgement dont il ne fait » aucun cas. »
L’observation qui suit et qui terminera la série de celles qui ont rapport au traitement du goitre , recevra un nouveau degré d intérêt du mode d’administration qui a été mis en usage.
Obseuv. XXV, par M. le docteur Fourché, médecin en chef de la maison de détention de Montpellier. Goitre. Guérison par dix grains de perchlorure d’or et de sodium administré par la méthode en-dermique. Traitement de deux mois et demi.
« La nommée Rose Bousquet, originaire de Palmas, en » Aveyron, âgée de vingt-cinq ans , d’un tempérament lym- « phatique , détenue à la maison centrale, fut reçue à l’in- » nrmerie dans le mois de février 1824, pour y être traitée « dun goitre de la grosseur d’un œuf, et d’une dureté » presque squirrheuse. Je fis placer sur la tumeur un laro-e » vésicatoire que je saupoudrai chaque jour d’une petite « dose de muriate d’or combiné à la poudre d’iris, ayant » le soin de le panser de temps à autre avec delà pommade » épispastique : dix grains employés en deux mois et demi
DE LOR
» de cette manière suffirent pour dissiper ce goitre et pour ». rétablir les menstrues, qui étaient supprimées depuis cinq » ou six mois.
». Huit autres observations, recueillies à la maison cen* »> traie, m ont convaincu de l effîcacité de l’or contre cette » maladie. J’ai essayé les diverses préparations d’iode, mais » il s’en faut qu elles soient d’une administration aussi sim- »» pie et aussi facile, et leurs effets aussi favorables et aussi » déterminés. >»
Le principe scrofuleux ne se fixe pas seulement sur le système glandulaire, il arrive souvent que portant son action délétère vers toute autre partie, il y détermine un point d’irritation qui produit des phénomènes propres à ce genre de maladie. C’est sans doute un travail inflammatoire , mais cette inflammation se manifeste par des symptômes qui ne sont plus ceux d’une inflammation ordinaire. Alors on voit naître un engorgement, qui s’accroît avec lenteur, sans occasioner presque de douleur, et détermine enfin la formation de ce qu’on a généralement nommé un abcès froid. Quand cet abcès vient à s’ouvrir, il fournit un pus séreux, grisâtre, transparent, mal lié, mêlé de stries sanguinolentes, chargé de flocons albumineux ou fibrineux, blanchâtres et opaques , ou quelquefois mélangé de lambeaux de tissu cellulaire en grande partie décomposé. A cette ouverture, soit qu’elle ait été spontanée, soit quelle ait été faite par l'instrument tranchant , succède presque certainement un ulcère scrofuleux, dont la cure, toujours longue, est plus ou moins difficile. Si l’or est administré contre des engorgements de ce genre, ou il en déterminera la résolution, c’est toujours la terminaison la plus favorable; ou il provoquera aussi la suppuration, mais dans ce cas, au lieu d’un abcès froid , on aura un abcès aigu , qui mar-
chera fanchement et fournira un pus qui sera toujours de meilleure nature que celui qui aurait été fourni par le même abcès, développé sous la seule influence du principe morbide, que l’or est appelé à combattre; la cicatrisation sera en général facile et se fera bien moins attendre. Je n’ai eu l’occasion qu’une seule fois d’administrer l’or dans des cas de ce genre , et j’ai obtenu le plus brillant succès.
Observ. XX YI , extraite de ma pratique. Abcès froid considérable à la cuisse. Inefficacité du traitement antiphlogistique. Guérison obtenue par les oxides d’or à l’intérieur et à l’extérieur. Cure qui ne s’est point démentie depuis cinq ans et demi.
Le jeune Q***, âgé de cinq ans et demi , est issu d’une mère très-lymphatique et qui a eu fréquemment dans son enfance les glandes du cou engorgées, sans qu’aucune soit jamais venue à suppuration : toutes ses sœurs ont été dans le même cas. Le père est d’une mauvaise santé , pâle , maigre , et en l’examinant on ne peut pas s’empêcher de craindre qu’il ne porte en lui un vice tuberculeux , quoique aucun symptôme caractéristique ne le dénote. Le jeune Q***, quoique maigre et d’une constitution extrêmement faible, s’était cependant jusqu’alors toujours bien porté, quand je fus appelé près de lui le 12 janvier 1829. Il avait un gonflement considérable de toute la partie inférieure de la cuisse. Cet engorgement , qui s’accompagnait d’une grande dureté, d’une vive sensibilité , de chaleur, de douleur au toucher , était compris entre les tendons de$ muscles fléchisseurs de la jambe sur la cuisse, et s’étendait jusque dans le creux du jarret. Ce mal était survenu à la suite de la guérison assez rapide et spontanée de gourmes dans la tête; cette éruption s’était accompagnée
d’un engorgement peu considérable de plusieurs glandes du cou.
Je prescrivis une application de quatre sangsues, dont on fit saigner les piqûres pendant près de quatre heures. La partie malade fut ensuite sans cesse tenue couverte de cataplasmes de farine de lin, préparés avec une forte décoction de têtes de pavots et souvent renouvelés. Le surlendemain de l’application des sangsues , je fis administrer une légère purgation. Ces moyens occasionnèrent d’abord une augmentation de la tuméfaction qui se dessina en pointe et me fit croire pour un moment à la marche franche d’un abcès chaud; mais une diminution notable qui suivit, me fit espérer une issue encore plus heureuse , la résolution. Ce mieux fut de bien courte durée : l’engorgement augmenta de nouveau , s’étendit davantage , envahit absolument le creux du jarret et empêcha la flexion de la jambe. L’enfant ne put plus se poser sur son membre , et fut obligé de garder le lit. Une nouvelle application de sangsues ne modifia nullement cet état , qui
parut bientôt rester stationnaire.
Je ne pouvais plus avoir de doute sur la nature de cet abcès, sa marche lente, irrégulière, le peu de chaleur et de rougeur, la diminution de la douleur, tout dénotait un abcès froid. Je prescrivis alors les pastilles suivantes , à prendre le matin h jeun , en commençant par une.
2/L Oxide d’or par la potasse . § ij*
Mucilage de gomme et de sucre, quantité suffisante pour faire 20 pastilles.
En même temps , tisane de chicorée avec le sirop de gomme, cataplasmes émollients, régime adoucissant et nutritif. Le 2Ô janvier, le jour même où le petit malade prit
la première pastille , il y eut une légère exacerbation dans les accidents , un peu de fièvre , peu de sommeil. Le 24 » légère moiteur, qui chaque jour augmenta et devint, le 2 février suivant, une sueur abondante * surtout aux pieds, ce qui n’empêcha pas les urines d 'augmenter et d*êlre en même temps colorées et fétides . Dès le 26 janvier, il y avait eu plus de calme, moins de douleur au toucher, et l’enfant allongeait mieux la jambe , qu’il était obligé de tenir en demi-flexion sur la cuisse. Cette amélioration continua les jours suivants , et le 29, il y avait de la diminution dans la tumeur qui, le 2 février, n’était presque plus sensible.
5 février. Les sueurs ont cessé , mais les urines continuent d’être abondantes et d’avoir de l’odeur. L’appétit est considérablement augmenté, aussi mon petit malade a-t-il bien meilleur teint, et sa petite mine n’offre -t-elle plus cet air de souffrance qu’elle avait auparavant. Quant à la tumeur, elle est moins saillante, mais toujours fort dure dans certains points , ramollie dans d’autres. Elle s’étend depuis le creux du jarret jusqu’à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de la cuisse. En même temps que je fais prendre deux pastilles le matin à jeun , je fais commencer l’usage de frictions sur l’engorgement avec la pommade suivante :
Stannate d’or .
Pommade de concombre
Incorporez avec le plus grand soin sur le porphyre et à l’aide de la molette.
1 2 février. La tumeur a continué de marcher vers la résolution ; il n’y a plus de gonflement , il ne reste pi us qu’un point dur, et encore est-il fort limité; il n’y a plus
DE L’OR
de sensibilité. Le jeune Q*** reste levé, marche assez bien , mais en traînant un peu la jambe. Il continue d’avoir des urines abondantes, et de nouveau des sueurs; ces deux sécrétions ont de l’odeur , et les urines sont colorées et déposent. Ces mouvements critiques se soutiennent, quoique souvent, quand ils sont fort marqués, on ne donne qu’une pastille. On les continue de cette manière, et les frictions faites avec la pommade aurifère, qui maintenant contient 2 grains d’oxide, pour la même quantité de graisse.
20 février. Il ne reste plus que de l’endurcissement, sans gonflement ni rougeur. Q*** marche et court bien , et il faut savoir son infirmité pour apercevoir moins de liberté dans les mouvements de la jambe malade. On a donné fort inexactement les pastilles , aussi les sueurs ont-elles cessé, mais les urines ont continué d’être un peu plus abondantes , de déposer et d’avoir de l’odeur. On fait très-exactement les frictions avec la pommade aurifère. Toutes les fonctions se font admirablement bien, l’appétit est bon , l’enfant digère facilement et va régulièrement à la garde-robe. Le 1er mars, il ne reste plus que trois petits endurcissements , fort circonscrits , et qui ne genent en aucune façon la marche. Malgré l’irrégularité avec laquelle on donne les pastilles , les urines sont toujours abondantes et fétides. On continue les frictions jusqu’à la fin de mars, époque à laquelle il ne restait plus aucune trace de cet engorgement si considérable et qui pouvait avoir les suites les plus fâcheuses, s il fut venu à suppurer. La santé générale de cet enfant était alors évidemment bien plus forte et bien meilleure qu’avant ce traitement, aussi avais-je manifesté le désir qu’il continuât pendant long-temps encore l’usage des pastilles aurifères : des mo-
tifs d’économie empêchèrent qu’on ne suivît ce conseil. Cependant, depuis cette époque jusqu’à ce moment (i5 août i834) , le jeune Q***, tout en restant d’une constitution assez faible, s’est toujours fort bien porté, et n’a ressenti aucune nouvelle atteinte de la maladie si heureusement dissipée par l’or.
Dans quelques circonstances , l’engorgement peut se circonscrire; il y a alors formation d’une tumeur qui, si elle s’abcède, fournit un pus souvent semblable à du suif demi-figé ou à du miel liquide; pus qui peut bien être renfermé dans un kyste, condition qui doit rendre plus difficile la terminaison par résolution. C’est sans doute à une tumeur de ce genre qu’a eu affaire M. Arnal , dans l’observation qui va suivre; car nous doutons que l’or eût pu déterminer la résolution d’un véritable lipome.
Observ. XXVII , par M. le docteur Arnal, médecin à Beziers (Hérault). Tumeur lipômateuse à 1 a cuisse. Inefficacité des dépuratifs ordinaires. Guérison par le perchlorure d’or et de sodium en frictions sur la langue. Traitement de six mois.
« Une fille, âgée de cinq ans, d’une assez belle consti- »tution, mais sans incarnat, et soupçonnée d’avoir la » manie de manger de la terre , se plaignait depuis quel- »ques jours d’une douleur obscure à la cuisse gauche, ce »qui ne paraissait point influer sur sa santé générale,
» mais rendait seulement la progression un peu difficile ;
» aussi les parents n’en tenaient-ils pas compte.
» Au mois de décembre 1811, la tumeur qui était sur- » venue avait acquis le volume des deux points réunis; «elle était indolente, sans adhérences, sans changement » de couleur à la peau, et elle avait l’apparence tipomaoteuse. Quoiqu’elle incommodât la malade , plus par soa
70 DJi L OR ,
«poids que par une douleur réelle, elle fixa, à cette «époque, l’attention des parents, et la malade fut mise h » l’usage des dépurants , des fondants pris à l’intérieur ; on «essaya aussi de plusieurs topiques : loin de céder à Fac- » tion de ces remèdes , le mal fit des progrès. L’insuffisance » de ce traitement, la difficulté de le faire continuer, «jointes au peu d’espoir que nous avions de le voir réussir, «nous engagèrent, M. Dazet, qui avait été appelé en con- » sullation , et moi , à proposer le muriate d’or, à la dose » d’un quinzième de grain , en frictions sur la langue , sui- » vant le système de M. Ghrestien. Le remède fut con- » tinué pendant près de six mois , avec des pauses plus ou » moins longues. La dose totale du sel aurifère fut de six » grains.
«Après l’emploi du troisième (c’était en mars 1812) , la «constitution de la jeune malade fut sensiblement amé- «liorée, le teint était fleuri; l’enfant mangeait avec plus «d’appétit; elle était plus gaie, plus forte. La tumeur, «cependant, n’avait pas changé d’une manière notable; «elle était restée stationnaire; elle offrait seulement un «peu moins de dureté. Peu de temps après, elle prit une » teinte vineuse , une couleur bleuâtre ; la peau s’amincit , «la fluctuation devint évidente; nous crûmes être au mo- «rnent de la voir s’ouvrir. Nous nous abstînmes cependant de topiques; mais loin de suivre cette terminaison , «elle prit celle de la résolution. La peau reprit peu à peu «sa couleur naturelle; quelques taches pétéchiales qu’on » voyait disséminées sur la cuisse , se dissipèrent, et Fen- » tant recouvra une santé h peu près parfaite. Toutefois la «cuisse malade qui, avant l’emploi du muriate avait com- «mencéà s’atrophier, n’a pas repris l’embcn point delà «cuisse droite; elle a conservé une certaine faiblesse qui
«ANS LE TRAITEMENT «ES SCROFULES. j \
» atteste assez la gravité du mal dont elle fut le siège. De » loin en loin la malade y ressent quelques légères douceurs, et aujourd’hui même la marche est parfois péni- »hle. A l’endroit de la tumeur, lorsqu’on regarde la cuisse » de profil , on aperçoit une sorte de tuméfaction dans la » peau , due sans doute à la boursouflure du tissu cellulaire sous-jacent. Malgré cela , ce fait prouve de la manière la plus concluante la grande efficacité du remède.
» C’est , en effet , à lui , et à lui seul , puisqu’il n’en a pas » été employé d’autres, qu’est due cette guérison vraiment » surprenante. Il y a plus : les progrès, plus ou moins » rapides vers la résolution, une fois qu’elle a été com- »mencée, nous ont plusieurs fois fait présumer de la plus »ou moins grande exactitude que la malade mettait à se «frictionner; en sorte que nous pouvions affirmer, avec «quelque assurance, en voyant l’état stationnaire du mal, «que l’on avait sursis à l’emploi du remède. »
Observ- XXVIII, par 1YL. le docteur Beauclaid, déjà nommé. Loupe à la cuisse, engorgement des glandes du cou. Guérison par le perchlorure d’or et de sodium en frictions. Cure qui date de deux années,
« M. B . de Clermont, âgé d’environ soixante- trois
«ans, d’un tempérament nerveux, d’une complexion grêle «et maigre, issu d’une famille dans laquelle le vice scrofu- «leux est héréditaire, avait toujours joui d’une excellente «santé. A quarante ans, il avait été sujet à un flux hémor- » roïdal qui, à fâge de soixante ans, avait cessé sans trou- » ble. Il y avait trois ans que ce flux avait disparu, lorsque » je fus consulté par lui pour une loupe de la grosseur d une «grosse noix qu’il portait à la cuisse droite , et dont l’appa- ® rition remontait à environ dix ans; mais surtout pour un
72 DB l’or,
» engorgement à la partie latérale droite du cou, qui existait » depuis un an et avait la grosseur et la forme d’une grosse » amande; il était très-dur, point douloureux, s’enfonçant » entre les muscles de cette région et y adhérant fortement : » au-dessous de cet engorgement, on remarquait quelques » glandes également engorgées et roulant sous la peau. Le » malade était très-inquiet, parce que, me disait-il, il avait » vu périr deux de ses sœurs, l’une d’une loupe sur le carpe » droit, loupe qui s’abcéda; l’autre de glandes au cou également ulcérées. Je le soumis pendant six mois à l’usage du » muriate d’or en frictions sur la langue; jele'fis commencer » par un neuvième degrain, etjeportai graduellement cette »dose à un tiers de grain. Après deux mois, la tumeur > du cou diminua de moitié ; au quatrième mois , elle »avait entièrement disparu, ainsi que les petites glandes »qui roulaient sous les téguments. A la fin du traitement, » la loupe de la cuisse était réduite à la grosseur d’une petite aveline. Deux ans se sont écoulés depuis, et le malade sque je vois souvent n’a plus eu d’engorgement au cou, et »sa petite loupe est toujours dans l’état où le traitement l’a » laissée. »
Cette observation offre la plus grande analogie avec celle qui précède , puisque c’est encore une tumeur très-probablement enkystée dont l’or a pu opérer la résolution. Mais déplus, l’existence de cette tumeur se compliquait de l’engorgement des glandes du cou, symptôme qui semble témoigner de la nature scrofuleuse de la plupart des engorgements de ce genre.
Nous avons vu au commencement de ce mémoire l’engorgement des glandes du cou donner lieu à des désordres assez graves; mais que sont-ils comparativement à ceux qui peuvent avoir lieu, quand In fâcheuse action du prin-
cipe scrofuleux ne se borne pas à cet ordre de glandes, et qu’il s’étend sur celles des cuisses, de l’aîne, et surtout sur les glandes du mésentère. L’engorgement de ces dernières glandes constitue une des maladies les plus graves qu’on connaisse, le carreau, qui, contrairement à une opinion assez généralement répandue parmi les médecins et les gens du monde, peut se montrer à tous les âges de la vie, et qu’on peut présenter, sans crainte d’être démenti, comme une des maladies les plus difficiles à guérir. Depuis que j’emploie l’or dans ma pratique , je n’ai point encore eu occasion d’essayer ce métal dans le traitement du carreau, mais à l’occasion, je n’aurai certainement pas recours à d’autre médicament. Il ne faudrait cependant point administrer l’or indistinctement dans tous les cas d’engorgement des glandes du mésentère, et il est de la plus haute importance de savoir distinguer quand cette maladie dépend d’un vice scrofuleux, ou quand elle a succédé, comme on le voit assez fréquemment, à une entérite. Nous devons cependant dire que l’or pourrait encore être essayé dans le traitement d’un engorgement des glandes du mésentère qui serait le produit d’une inflammation, mais il ne faudrait y avoir recours qu’avec les plus grandes précautions, qu’après avoir essayé d’un traitement antiphlogistique sagement dirigé, et que, malgré son insuccès, il ne faudrait point abandonner absolument dans les premiers moments de l’administration de l’or, qu’il faudrait autant que possible s’abstenir de donner à l’intérieur. Ces précautions sont moins importantes dans le traitement du véritable carreau. Cette maladie, en effet, se complique rarement d’accidents vraiment inflammatoires, qu’il faudrait aussi rationnellement combattre s'ils existaient, et s’accompagne presque toujours d’une détérioration de l’économie, qui réclame
l’administration de médicaments excitants ou du moins réparateurs. Nous espérons que les observations qui vont suivre feront partager h nos lecteurs nos convictions sur les bons effets de For dans le traitement de l’engorgement scrofuleux des glandes du mésentère.
Observ. XX ÏX , par M. le docteur Sizàire , déjà cité. Engorgement des glandes du cou, des aisselles, de l'aine, du mésentère. Hydropisie ascite. Symptômes généraux très-fâcheux. Guérison par deux grains de perchlorure d’or et de sodium en frictions , et Por divisé en pommade.
« J’ai vu l’or, dit M. Sizaire, dissiper, pendant l’automne » de 1825, des obstructions mésentériques et une hydropisie » ascite commençante chez une jeune fille de Trausse, âgée » de quinze ans. Elle venait de perdre sa jeune sœur du car- «reau, et offrait tous les symptômes du scrofule. Toutes les «glandes du cou, des aisselles, des aines et du mésentère, «étaient engorgées. Une fièvre lente, qui existait depuis » trois mois, menait la malade vers la consomption. Le «ventre brûlant, tendu, balonné , ne pouvait supporter les » applications émollientes; les urines, rares et épaisses, n é- » taient rendues qu’en excitant les cuissons les plus vives. « Quelques sangsues appliquées sur l’abdomen et aux cuisses, » des lavements émollients , des lotions sur la partie irritée » avant amené une détente, on en vint de suite au muriate
» d’or. Deux grains divisés en douze et dix frictions subirent » pour déterminer un flux d’urines. Pour opérer plus » promptement la résolution des glandes , je tentai des » frictions sur les endroits qui avaient le plus de rapports « avec les glandes engorgées, au moyen de l’or divisé à la » dose de dix grains dans une once d’axonge. Ce traitement, «continué pendant deux mois, fut couronné d’un plein
» succès. Il détermina aussi l’apparition du flux menstruel » et un changement favorable dans la constitution de cette » jeune fille, qui, en devenant nubile, a pris de l’embon- * point et la fraîcheur de son âge. »
Il y avait chez cette malade une triple indication à rem plir, dissiper l’hydropisie ascite, procurer la résolution des glandes engorgées, et assurer la guérison en favorisant la venue des règles; aucun médicament ne pouvait mieux que l’or donner ce triple résultat. Mais c’était un de ces cas où il fallait qu’il fût administré par une main habile. En effet, l’époque où la menstruation devait s’établir était arrivée pour la malade, et de ce qu’elle n’avait pas lieu, il résultait une surexcitation qu’il fallait d’abord diminuer par les antiphlogistiques, c’est ce qu’a parfaitement senti M. le docteur Sîzaire. Il a continué de se montrer aussi habile prà ticien, en préférant les frictions sur le ventre avec une pommade aurifère au perchlorure d’or et de sodium, qui, s’il eût été continué plus longtemps, aurait pu faire renaî tre l’inflammation. Nous allons voir que, dans l’observation qui va suivre, on n’a point été obligé d’user des mêmes précautions.
Observ. XXX, par M. le docteur Pourche , déjà cité. Engorgement des glandes du cou. Guérison par le perchlorure d’or et de sodium en frictions. Deux mois après, engorgement des glandes du mésentère, du foie. Hydropisie ascite. Guérison par le perchlorure d’or en frictions , et l’oxide d’or par la potasse à 1 "intérieur.
« Le nommé Solère , Roussillonnais, âgé de vingt-deux » ans, remarquable par ses cheveux très-noirs, son teint » très-brun, et ses formes durement exprimées, avait sur la » partie latérale droite du cou un grand nombre de tubercules, pour la plupart de la grosseur d’un œuf de poule.
76 DE L’OR
»I1 en fut guéri, dans l’espace de deux mois , l’année derrière, par le moyen du muriate d’or; il s’en écoula près de » quatre , sans qu’il éprouvât d’autres affections que quel- » ques légers vomissements. Lorsqu’il rentra à l’infirmerie , »il avait des douleurs abdominales, la fièvre, la langue » rouge et un peu sèche, de la constipation, etc. Ces symptômes disparurent par l’emploi de l’eau de veau, d’une » potion huileuse et de lavements émollients. Le ventre avait » néanmoins un volume disproportionné avec la maigreur » des membres, ce qui m’engagea à en faire l’exploration. » Il me parut que les glandes mésentériques étaient dures » et volumineuses, et je sentis le lobe gauche du foie en- » gorgé; je reconnus encore une ascite commençante (1). » J’ordonnai le lait pour toute nourriture, et comme par «les antécédents, ainsique les signes actuels, je ne pouvais «méconnaître une affection scrofuleuse, je prescrivis en «même temps le muriate d’or en frictions, et l’oxide d or «précipité par la potasse h l’intérieur. Dès l’emploi du troi- » sième grain de muriate et du quatrième de 1 oxide, le ma* «lade eut des évacuations fréquentes et tres-abondantes «d’urines; douze grains de plus le guérirent tout-à-fait de «l’opilation partielle du foie, de l’affection mésentérique et » de l’ascite. Il se trouve encore dans la maison, et y jouit » de la meilleure santé.
« Six autres observations m’ont prouvé l’efficacité des » préparations d’or dans le cas de maladie scrofuleuse du mé- » sentère. Cinq de ces observations ont été recueillies à la
(1) L’autopsie de plusieurs individus, morts d hydropisie ascite, m’a prouvé que les glandes mésentériques sont, dans cette maladie, souvent tuberculeuses.
(Note de M. le docteur Fourché.)
«maison centrale, en présence de plusieurs élèves; la » sixième l’a été chez un jeune enfant de cette ville. »
Les deux observations qui vont suivre, sans être plus probantes, auront cependant un degré d’intérêt de plus , en ce sens que l’or a procuré une guérison qui n’avait point été obtenue par d’autres moyens, encore assez généralement employés.
Observ. XXXI, par M. h; docteur PàgÉs, médecin à Alais (Gard). Engorgement des glandes du mésentère, par suite hydropisie ascite. In efficacité Jdes préparations martiales et des diurétiques les plus usités. Guérison par Pusage du perchlorure d’or et de sodium à l’intérieur. Traitement de six mois. Cure confirmée par un délai de quinze mois.
« La fille de M. F***, âgée d’environ huit ans, éprouva, » vers l’âge de trois ou quatre ans, un engorgement au bas- » ventre avec obstruction des glandes mésentériques. L’u- »sage soutenu des préparations martiales fit disparaître «cette affection. Mais dès que cette jeune fille eut atteint sa » sixième année, les mêmes symptômes se renouvelèrent ; «on revint aux mêmes moyens, mais infructueusement. » L’engorgement du bas-ventre augmenta et il se déclara » une ascite. Cette dernière fut combattue par quelques «légers purgatifs toniques et par les diurétiques, mais la «maladie résista à ces différents remèdes. La jeune malade «fut alors conduite à Montpellier (fin de septembre 1811). «MM. Méjan et Ghrestien, qui l’examinèrent, reconnurent » l’existence d’une ascite, qu’ils considérèrent comme la «suite des obstructions des glandes mésentériques, et d’un » état d’atonie dans le système des lymphatiques absorbants; » ils proposèrent l’usage du muriate d’or, qui fut administré » de la manière suivante : »
-8 de l’or,
» On fit dissoudre trois grains de ce sel dans une pinte » d’eau distillée, et chaque matin on en donnait une cuillerée à bouche dans une tasse de décoction de racine » de squine. Les effets de ce remède furent très-prompts , » l’appétit devint meilleur: les forces et la gaîté de la jeune » malade augmentaient journellement, et la diminution de » l’ascite était sensible. Cependant, la malade ayant été ha- »biter la campagne, et l’automme ayant été très-pluvieux, » l’ascite parut augmenter, et il se manifesta un œdème aux » grandes lèvres et au-dessous du nombril. M. Chrestien, à »qui l’on fit part de ce nouveau symptôme, prescrivit «d’augmenter fa dissolution du muriate d’or d’une demi- » cuillerée chaque huitième jour, ne s’arrêtant que lors- » qu’on aurait à craindre une excitation trop forte, et de «donner, comme moyen auxiliaire, des pilules composées » de demi-grain de digitale pourprée, deux grains d’assa (ce- «tida, et autant de gomme ammoniaque. Ce traitement fut «mis en usage et produisit les plus heureux effets. La dis- » solution de muriate d’or a été continuée environ six mois* «et la dose de ce sel a été portée à douze grains par pinte » d’eau distillée, et on était arrivé à prendre trois cuillerées «à bouche par jour de cette solution. »
x Depuis plus de quinze mois, que le traitement est fini , «on n’a plus aperçu le plus léger engorgement au bas- » ventre. La santé de la jeune demoiselle est des plus floris- » santés, et tout annonce qu’il s’est opéré dans sa constitu- »tion un changement des plus avantageux. »
M. Chrestien craignant que les pilules , qu’il avait fait joindre à l’emploi du muriate , pussent être considérées comme ayant contribué, peut-être plus que le sel triple, à la guérison dont on vient de lire l’histoire, crut devoir pren-
dre des renseignements auprès de M. Pagès. Voici quelle fut la réponse de ce médecin.
« Je m’empresse, mon cher confrère, de vous donner ® les renseignements que vous me demandez sur la fille de »M. F***. Les pilules avec la digitale, Passa-foetdia et la » gomme ammoniaque, ont été continuées un mois et demi, » mais je dois vous faire observer qu’avant d’en faire usage, » il existait chez la jeune malade un mieux très-sensible » caractérisé par le retour de l’appétit, des forces, de la » gaîté, enfin par tous les signes qui annoncent un change- » ment favorable dans la constitution; elle n’avait cepen- » dant employé encore que le muriate d’or. L’addition des » pilules ne fut faite qu à raison de l’ascite, qui, quoique » diminuée, ne cédait point aussi promptement qu’on l’au- » rait désiré. Ainsi je ne doute point qu’on ne doive au mu- » riate d or, et au muriate d’or seul, la guérison de la jeune » demoiselle et la résolution heureuse qui s’est opérée chez » elle. »
Observ. XXXII, par M. Ségane, médecin à Oupia , près d’Olonzac , département de l’Hérault. Engorgement des glandes cervicales, hydropisie ascite, mauvais état général. Fâcheux effets produits par la digitale. Guérison obtenue par trois grains de per-
chlorure d or et de sodium. Traitement de quarante jours. Cure qui date de deux ans.
« M. M.... Emile, doué d’une bonne constitution, d’un » tempérament lymphatico-sanguin , avait constamment » joui d une bonne santé jusqu’à sa seizième année. Ayant » éprouvé alors des chagrins violents , il ressentit bientôt » des palpitations de cœur qui l’incommodèrent beaucoup.
» Les boissons aqueuses et anlispasmodiques , les bains » et I application des sangsues à l’anus ramenèrent le
DE L’OR
» calme. Vers le milieu de l’année classique , quelques » indispositions sollicitèrent l’emploi réitéré des évacuants » vomitifs et purgatifs. Ces médicaments lui laissèrent des » douleurs peu fortes mais presque continues dans la partie » droite du ventre ; sa santé fut bientôt altérée au point » qu’il fallut le faire revenir auprès de ses parents. Une » diète humectante et rafraîchissante amena du mieux et » bientôt son rétablissement parfait. Il y avait quatre mois » qu’il avait repris ses études , lorsque ayant éprouvé une » nouvelle secousse morale violente , il ressentit de nou- » veau des douleurs abdominales très-vives. Quelques se- » maines s’écoulèrent et il s’aperçut que son ventre avait » grossi. Rendu de nouveau à sa famille, il nous fut présenté » lorsqu’il y avait déjà deux mois que le mal avait com- » mencé; nous le trouvâmes dans l’état suivant. Le visage, » comme tout le corps , était amaigri ; dans le courant de » la journée il ressentait , à diverses reprises , un peu de » soif; une partie des glandes cervicales était engorgée ; la » respiration restait libre , mais il éprouvait des palpita- » lions vives et cependant peu incommodes , le pouls était » petit et fréquent , le ventre volumineux dépassait les » dernières côtes, la peau en était tendue et luisante, la » fluctuation était très-manifeste; l’exploration de l’abdo- » men développait ou augmentait une douleur, qui se faisait » sentir des deux côtés. Ces douleurs avaient augmenté à » mesure que le ventre avait grossi. Les urines claires, de » couleur citrine , restaient long-temps écumeuses , elles » étaient un peu moindres que la boisson. Les selles glai- » reuses étaient souvent mêlées de stries de sang. Le malade » avait cependant conservé un bon appétit et digérait assez » bien. Lorsque l’état d’irritation dans lequel se trouvait le j, malade eut été calmé par les moyens appropriés , nous
dans le traitement des scrofules. 81
» conseillâmes , pour combattre l’hydropisie ascite , la di- » gitale , qui fut administrée sous toutes les formes ; elle » ne produisit aucun effet avantageux. Au contraire, pen- » dant son usage , les symptômes précédemment décrits » s’étaient aggravés , la peau était sèche , rude et comme » terreuse , il y avait une petite fièvre continue. Notre ma- » lade ne pouvait rester assis une demi-heure dans son » fauteuil , sans être pris de crampes très- douloureuses » dans les extrémités ; s’il était dans sonlit , la gêne de la » respiration l’obligeait à garder la position assise. »
» Dans une affection aussi grave, j’éprouvai le besoin » de m’aider des lumières d’un praticien distingué , je ne » crus pouvoir mieux m’adresser qu’à M. le docteur iïor- « tala , qui, après un examen approfondi, nous proposa, » d’après sa sage expérience , l’emploi du muriate d’or en » frictions sur la langue , en commençant par un grain en » seize doses. »
» La première friction ayant été faite avec soin , une » heure après le déjeuner, nous observâmes les effets sui- » vants : la face fut plus animée, les mouvements du cœur » et des artères plus accélérés et plus forts , il y eut plus » de chaleur à la peau, les douleurs du ventre furent plus » vives pendant une heure et demie ou deux heures seu- » lement. »
» 2P, 3e et 4e frictions : augmentation de l’appétit, » douleurs abdominales , borborygmes la nuit, deux selles » copieuses et grisâtres dans la matinée où l’on devait faire » la 5e friction. »
» 5° et Ge frictions : un peu d’amertume à la bouche, les » palpitations sont vives mais peu incommodes , le pouls » est plus plein et plus fréquent, toujours quelque peu de » douleurs abdominales , deux selles très-fétides la nuit,
^2 DIÎLORj
» urines moins ëcnmeuses et déposant quelques mucosités. »
» Septième et huitième frictions : les effets sont à peu près » les mêmes , le volume du ventre n’a pas varié. »
» Voyant que l’action de ce médicament n’avait point «apporté de trouble fâcheux dans les fonctions, je deman- » dai un grain en quatorze doses. »
» Neuvième et dixième frictions. Douleurs de ventre un » peu plus fortes , mais de courte durée , constipation. » «Onzième, douzième et treizième frictions. Continuation «de l’appétit; les palpitations et le pouls sont à peu près » les mêmes , toujours quelques douleurs de colique après » la friction. »
«Quatorzième et quinzième frictions. La figure est de- » venue meilleure, toujours des douleurs abdominales, » urines légèrement augmentées, claires, moins écumeuses , » déposant du mucus. »
«N’obtenant point de mieux, malgré l’emploi d’un grain «entier de muriate, et espérant qu une dose plus forte ne » serait point nuisible et amènerait un changement plus «prompt , je fis prendre à notre malade un grain en douze
» doses. »
» Après l’avoir laissé reposer pendant trois jours, je lui fis « la seizième friction, qui produisit les effets suivants : la face » fut plus animée , le pouls plus fréquent et plus fort , les «douleurs abdominales furent aussi plus vives, mais d’une » durée moyenne. »
«Dix-septième, dix-huitième et dix-neuvième frictions. «La fi gure s’est dépouillée de plusieurs taches qui la cou- » vraient , elle est devenue plus satisfaisante , l’appétit est » augmenté , les digestions se font bien , le pouls est plus » plein et accéléré, la respiration est libre , le ventre mesuré
«avec soin est bien diminué, les urines sont les memes, «et déposent toujours des mucosités. »
» Vingtième , vingt-unième et vingt-deuxième frictions. «Toujours un peu de douleurs de colique, décubitus facile » sur les côtés. »
«Vingt-troisième et vingt-quatrième frictions. Toujours » quelques douleurs , mais de plus courte durée , urines » moins écumeuses : l’amélioration que le malade éprouvait «l’ayant engagé a faire quelques visites , le médicament fut » suspendu pendant trois jours. »
«Vingt-cinquième et vingt-sixième frictions. Meme bien- »être, toujours des douleurs abdominales après la friction; » le malade peut se coucher meme sur le ventre , qui est » considérablement diminué. »
» Suspension d’un jour, à cause d’une douleur d’estomac «que le malade a éprouvée en se levant. »
» Vingt-septième friction. Douleurs de colique assez vives, » mais passagères ; le ventre, mesuré de nouveau, est revenu » a son état normal, on n’y sent plus aucune douleur, lors- «que la friction est faite depuis quelques heures; il reste h. » peine un peu de sérosité dans l’abdomen , mais toutes les « autres fonctions sont revenues à leur état naturel. Quoi- » que la guérison paraisse parfaite , nous avons conseillé h » M. Emile , pour assurer la convalescence, de prendre en- » core un grain de muriate en douze doses. »
)> Rendu h ses études, il a suivi nos conseils, et depuis déjà » deux années notre jeune malade jouit d’une santé par- » faite, qui ne s’est pas démentie un moment. »
Les maladies scrofuleuses peuvent quelquefois revêtir des formes singulières , et pour les reconnaître sous ces apparences peu usitées, il faut être doué d’un certain tact médical. Mais une fois le diagnostic bien établi, sous quel-
que aspect que se présente une maladie de ce genre, c’est h la méthode aurifère qu’il faut avoir recours , et dans le plus grand nombre de cas le succès couronnera les tentatives de ce genre.
Observ. XXXIII , par M. le docteur Niel déjà cité. Leucorrhée abondante survenue après la disparition de glandes cervicales engorgées et ulcérées. Guérison par le perchlorure d’or et de sodium à l’intérieur et en frictions , et par l’oxide d’or par la potasse.
« Une demoiselle, âgée de vingt-quatre ou vingt-cinq ans, » avait offert depuis le commencement du second septénaire » de la vie les caractères les plus convaincants de la consti » tution scrofuleuse. Divers engorgements glanduleux , la «plupart situés sur les côtés et tout le long du cou , avaient » d’abord subsisté plusieurs années dans un état d’indolence « pour venir ensuite en suppuration, et produire, en consé- » quence de ce phase , des ulcérations rebelles et dont les «cicatrices annoncent encore aujourd’hui l’étendue, l’irré- «gularité et la profondeur. Une foule de moyens furent «mis en œuvre 9 dans le temps , pour combattre les effets «d’un principe contre lequel la médecine a si peu de res «sources; touts ces moyens échouèrent également. L’ar- «rivée de la menstruation, entre la dix-septième et la dix- > huitième année, fit cependant naître des espérances, et «l’on crut devoir attribuer à son bénéfice la guérison des » ulcères, ainsi que la fonte d’un goître naissant. Néanmoins, » la révolution dont je viens de parler, loin de procurer une « amélioration véritable et de conduire la maladie Vers sa «guérison, n’aboutit qu’à en déplacer les symptômes pour » les fixer vers les organes de la génération. À peine les «glandes engorgées eurent-elles disparu et les ulcères fuirent-ils séchés, qu’une leucorrhée, d’abord blanche, suc-
» cessivement jaune et verdâtre, se manifesta; modérée » dans les premières années qui suivirent son invasion , elle » s’accrut ensuite au point d’obliger h changer de linge «plusieurs Ibis dans la journée. Soit que la matière en fut » très-âcre, soit que son abondance macérât l'épiderme des « parties avec lesquelles elle était le plus en contact , son «action devint telle , que la malade ne pouvait fournir la «marche la moins prolongée sans ressentir, au voisinage de «1 orihee sexuel, des cuissons intolérables. Sous l’influence «de cette nouvelle forme morbide, le teint prit un aspect «blafard , le regard perdit toute expression, la maigreur «s empara du corps, et les facultés intellectuelles s’émous » s ère ni. »
«Ce lut dans cette situation que, pour la première fois, «je visitai la jeune personne. Son père, à qui les effets des «préparations d’or étaient déjà connus , me les proposa lui- » même avec confiance. En entrant dans ses vues , je ne lui » dissimulai ni 1 incertitude de la cure , ni les longueurs «qu’elle entraînerait en cas de succès ; rien ne le découra- «gea, et je pus dès lors me livrer avec sécurité aux tenta- « tives dont on va lire les détails. »
«Le 5 du mois d’avril 1826 , on commença à prendre un « dixième de grain par jour de muriate d’or et de soude «dissous dans l’eau distillée et étendu dans une tisane de » tussilage édulcorée avec la racine de réglisse. Après dix «jours d’usage de cette solution , on passa à celui du même «muriate frictionné sur la langue, de manière à en eonsom- » nier sept grains divisés comme il suit, faisant chaque jour «une friction et ne mettant aucune interruption dans l’em- « ploi du remède. »
«Premier grain divisé en 1 4 fractions, second en i5,
86 DE L OR
» troisième en 12, quatrième en 11, cinquième et sixième »en 10, septième en 9. »
»Les trois premiers grains n’eurent aucun effet sensible »sur les phénomènes de la vie; mais dès l’emploi des pre- «mièrcs frictions du quatrième, l’appétit augmenta, le re- »gard sembla s’animer, le teint s’éclaircir, les facultés mo- » raies prendre un peu de ressort , et ces différentes facultés »se développèrent et s’accrurent avec une sorte de rapidité, « sous l’action des doses subséquentes. Le cinquième grain » donna lieu à un peu d’excitation vers le soir et produisit » de la sueur pendant la nuit. La perte commença alors à « diminuer. La sueur nocturne se maintint pendant quelque «temps, mais cessa de paraître au moment des dernières « doses du sixième grain ; la perte alors redevint abondante, » et le septième grain parut être sans effet. »
» Pénétré de cette vérité pratique que les médicaments les » plus héroïques perdent souvent leur action sur l’économie «par l’influence de l’habitude , je ne songeai plus qu’à «changer celui employé dans ce cas et à lui en substituer «un autre du même genre. L oxide d’or par la potasse me «fournit le moyen que je cherchais. Uni à un extrait amer » et donnant un huitième de grain par pilule , il fut admi- « nistré depuis le 14 septembre jusqu’à la fin de novembre, «à des doses plus ou moins variées * commençant par deux «pilules chaque jour, passant ensuite à trois et à quatre; «je revenais aux premières doses lorsque la chaleur du « corps devenait intense, que le pouls s’élevait beaucoup , et «que l’écoulement des urines devenait considérable. Enfin, «au commencement de novembre je ne donnai plus qu’une «seule pilule jusqu’à la fin du traitement, parce que durant » cette période les sueurs avec odeur alcaline devinrent » très-copieuses pendant la nuit, une gaieté insolite dénota
» une exaltation morale extraordinaire , et la leucorrhée » fut tout -h- fait tarie. Elle n’a plus reparu depuis, et » l’embonpoint de la jeune personne, la beauté de son teint, »son enjouement, enfin le bien-être entier dont elle jouit » annoncent une guérison complète. »
» Je ferai remarquer , en terminant cette observation,
» i° que la perte , avant de tarir, perdit insensiblement sa «couleur verte et jaune, et que, de séreuse qu’elle était » depuis le commencement , elle devint muqueuse et dia- »phane; 2° qu’au fur et à mesure qu’elle diminuait, l’agi- » lité et la souplesse du corps augmentaient; 5° que le « cours des urines se soutint , même lorsque les sueurs fu- »rent le plus abondantes. »
Cette observation n’est certes pas la moins importante de ce Mémoire. En effet, en même temps qu’elle signale un fait qui, je crois, se représente souvent, mais qui, du moins que je sache , n’a point encore été signalé ( la leucorrhée produite par une métastase scrofuleuse ) elle fait connaître une nouvelle et curieuse application de la méthode aurifère. Et si, comme je le pense, la leucorrhée , maladie qui afflige un si grand nombre de femmes, surtout parmi celles des grandes villes , existe souvent sous l’influence d’une diathèse scrofuleuse , on possédera une arme de plus (1) , et une arme puissante pour combattre celte affection si rebelle, et qui, dans de nombreuses circonstances , après avoir flétri la beauté , trouble si notable
(i) Il paraît que M. le docteur Gimelle retire de grands avantages de l'administration de l’iode dans le traitement de la leucorrhée ; c’est une présomption de plus en laveur de notre opinion sur une des causes de cette maladie , si fréquente à Paris. Nous ne doutons pas qu’on obtienne des résultats pour le moins aussi bons avec la méthode aurifère ; nous saisirons avec empressement l’occasion de le prouver.