L AMOUR LIBRE
Chacun les nomme à haute voix, et personne n'ignore comment des femmes qui n’ont pas quinze mille francs de rente arrivent à en dépenser cent mille tous les ans.
Mme de Moraines, l’héroïne de Bourget, résume d’innombrables figures féminines dont tout le monde connaît l’énigme.
Arthur Meyer peut, d’ailleurs, demander à Gyp quel est le personnage principal de ce Journal d'un philosophe qui va paraître dans quelques jours. Ce ménage à trois que subventionne le frère d’un prince d’Israël est plus connu que le loup blanc.
Evidemment, ce monde-là, quelque bruit qu’il fasse et quelque agitation qu’il se donne, ne personnifie pas absolument la haute Société française, et l’on a pu me faire avec quelque
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raison le reproche de généraliser un peu trop.
On rencontre encore en province, et même à Paris, force braves gens qui vivent selon les mœurs chrétiennes. Abêtis longtemps par la lecture des journaux conservateurs rédigés par des boulevardiers et des Juifs, ces vrais Français commencent à réfléchir sur tout ce que nous leur avons dit. Ils n’en causent pas avec leur évêque quand il est Opportuniste, mais ils s’en entretiennent avec quelque digne prêtre de campagne ou quelque religieux qui aime la France et Jésus-Christ. Ils sentent bien que rien ne peut empêcher le cataclysme imminent, mais ils se disent aussi qu’après le cyclone il sera possible aux natifs de se grouper pour reconstituer une vraie France, d’où seront rigoureusement éliminés les éléments dissolvants : les Juifs et les Cosmopolites.
Il n’en est pas moins vrai qu’à Paris l’amour libre est universellement accepté, admis même par ceux qui ne le pratiquent pas. Le substitut Bulot, le représentant de la Société, faisait preuve au moins de franchise lorsqu’il prononçait, avant-hier, devant le président Caze, — qui faisait un nez! — ces paroles extraordinaires : « Je ne m'élève pas contre l'amour libre , je n'y vois aucun mal; je tiens à. être de mon temps. y>
l’amour libre
Il faut, encore une fois, que M. Arthur Meyer ait un rude aplomb pour laisser passer, dans un journal comme le Gaulois, une phrase comme celle que nous avons citée.
Il existait un officier général, un de ceux qui doivent donner l’exemple, qui avait pour compagne légitime la plus irréprochable des femmes; il avait d’elle deux grandes filles que leur mère élevait admirablement, comme elle avait été élevée elle-même.
Un jour, cet homme abandonna la mère de ses enfants, l’amie de ses heures de jeunesse et de pauvreté, pour aller vivre dans un double adultère avec une baronne mariée elle-même.
Que croyez-vous qu’ait dit Meyer? Que croyezvous qu’ait dit le Gaulois ? Que croyez-vous qu’ait dit le comte de Paris, bon époux et bon père? Que croyez-vous qu’aient dit ces Droitiers, tous fervents catholiques et à cheval sur les principes?
Ils ont pensé que cet adultère avait précisément toutes les qualités morales pour gouverner la France. Ils ont versé à cet homme douze millions pour arriver à ce résultat. Ils ont sollicité l’investiture de ce parangon de vertu; ils se sont disputé l’honneur de figurer sur ses listes. Les meilleurs, comme de Mun et Piou, ont fait partie du comité de la bourse de la duchesse d’Uzès, comité destiné à faciliter l’avènement de ce champion de la moralité.
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Cette histoire, qui ressemble joar tant de points à un roman, est d’hier. La situation du général Boulanger était exactement la même que celle de Vaillant, avec cette différence que le général avait eu une fdle de la baronne de Bonnemain. C’est un fait très peu connu, je crois, et que prouve jusqu’à l’évidence une curieuse lettre de la baronne que j’ai entre les mains.
Personne n’ignorait cet état de choses. La duchesse d’Uzès, qui recevait chez elle la baronne de Bonnemain, savait très bien qu’elle recevait une adultère. Les députés qui allaient délibérer à Bruxelles ou à Jersey avec Boulanger déjeunaient, après la délibération, à une table présidée par Mme de Bonnemain.
Sans doute, nous comprenons que des journaux comme l’Univers qui, en cinquante ans, n’ont pas inséré une ligne qui pût corrompre un être humain ou lui donner même des pensées mauvaises, aient le droit d’être sévères et de rappeler les droits de l’Église sur le mariage. Mais, franchement, ce droit appartient-il à des journalistes boulevardiers et juifs, qui font partie de cette troupe d’amuseurs publics, d’histrions et de bateleurs qui ont contribué pour une large part à pourrir les classes dirigeantes d’abord et les classes populaires ensuite?