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L AMOUR LIBRE

Nous avons plus que personne le respect de cette institution du mariage, sans laquelle il n’y a pas de Société possible; mais nous détestons, par-dessus tout, l’hypocrisie, l’imposture et le mensonge.

Devant le commandement de Dieu qui défend l’adultère, il n’y a qu’un amour libre, un amour coupable. Pour M. Arthur Meyer et ses amis de la Droite, il paraît qu’il y a deux amours libres, et oela serait vrai s’il fallait juger d’après les apparences.

Il y a un amour libre vêtu de velours et de soie; il a des dessous dignes d’être décrits par Bourget; il laisse, avec un sourire, flotter un jupon brodé sur un pied aristocratique ; il agite un mouchoir de fine dentelle marqué d’un tortil de baronne et il s’en dégage un parfum pénétrant et suave, le parfum qui plaît à l’homme qu’on aime.

Devant cet amour libre-là, les Mackau, les de Mun, les Piou, Meyer lui-même — si austère — oublient volontiers que le mariage est un sacrement et ils sont indulgents devant cette évocation des amoureuses royales du passé.

Il y a un amour libre qui est infiniment moins séduisant d’aspect. Incarné dans Mme Marchai, il se présente sous les traits d’une plébéienne couverte d’un jupon crotté, ahurie par le drame auquel elle

se trouve inopinément mêlée, sourde comme un pot, portant un vieux sac dans lequel j’ai mis les bonbons de Sidonie, et tendant la tête vers ceux qui lui parlent avec le mouvement inquiet et pénible à regarder des sourds. Cet amour-là ne serait pas chanté par Anacréon et il n’inspirerait pas Faublas;

L’avenue de Choisy.

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LA PETITE SIDONIE

il traîne après lui une fillette de dix ans, qui foule les cinq pavés tragiques de la place de la Roquette sans se douter que c’est là qu’on montera bientôt la guillotine pour son père.

Devant cet amour-là, nous sommes pris par l’angoisse et nous songeons à tout ce que contient de fatalités et de tristesses la vie de certaines créatures humaines. Les Catholiques de la Chambre ne pensent pas ainsi; ils applaudissent le Juif qui ramasse, pour les jeter à la compagne de Vaillant, les pierres dont les Pharisiens de Jérusalem voulaient lapider la femme adultère à laquelle Notre-Seigneur pardonna...

BAEBÈS ET VAILLANT

26 janvier 1894.

Le XIXe Siècle donne aujourd’hui d’intéressants détails sur une démarche tentée près du Président de la Piépublique par un ancien ami d’Hippcdyte Carnot, afin d’obtenir la grâce de Vaillant.

M. Maréchal, officier du génie en retraite, officier de la Légion d’honneur, semble être le type du Répuplicain de 1848; il se croit encore au temps lointain des générosités et des clémences, il a pu s'apercevoir qu’il retardait. Cet Épiménide a eu un réveil pénible.

M. Maréchal avait entre les mains un petit papier qui lui semblait devoir être un sûr talisman pour

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quelqu’un qui venait faire appel à la pitié. C’était un autographe de Victor Hugo : la feuille de papier même sur laquelle Victor Hugo avait écrit les quatre vers qui sauvèrent la tête de Barbés.

On connaît cet épisode. Barbés avait été condamné à mort au mois de juillet 1839 pour avoir tué le lieutenant Drouineau qui commandait le poste du Palais de Justice.

En ce temps-là, l’esprit juif, mercantile et cruel, n’avait pas encore pourri la France. Les Français étaient accessibles à tous les sentiments élevés. Un journaliste aurait cru se déshonorer à tout jamais s’il s’était fait le valet du bourreau, s’il avait écrit certains articles comme nous en avons vu récemment, où l’on déclarait que l’échafaud était trop long à se dresser.

La jeunesse des Écoles s’était émue et 3.000 étudiants s’étaient rendus au ministère de la Justice pour demander à grands cris la grâce de Barbés. Une colonne de citoyens, qui s’était portée, dans le même but, vers le Palais-Bourbon, avait été dispersée avec beaucoup de peine.

Le roi, qui n’était pas méchant, inclinait à l’indulgence; le Conseil des ministres résistait quand même. L’exécution devait avoir lieu le lendemain. Ce fut alors que Victor Hugo arriva à minuit aux

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Tuileries, réveilla l’officier de service et le décida à remettre au roi les quatre vers immortels dans lesquels, évoquant le fantôme d’une morte et la sou-

Les Tuileries en 1839.

riante image d’un enfant qui venait de naître, il demandait la grâce de l’homme qui, stoïque et presque gai, causait en ce moment avec les gardiens, de son exécution prochaine :

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