D’AUTREFOIS
7 mai 1894.
Victor Hugo a écrit que « Dieu avait créé le chat pour donner à l’homme le plaisir de caresser le tigre». L’Anarchiste semble destiné surtout à nous permettre de bien comprendre le Terroriste.
Ce que fut la Terreur, personne ne le pourra jamais raconter, car il faudrait des volumes et des volumes pour faire jaillir le drame individuel, qui seul émeut, de toutes ces horreurs accumulées. Les hommes qui connaissent à fond cette période affreuse deviennent, d’ailleurs, assez rares.
Depuis la disparition de Taine, il y a encore d’Héricault, Gustave Bord, Edmond Biré, qui ont étudié cette histoire extraordinaire dans les mono-
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graphies provinciales, dans les récits et les traditions de chaque région. Ils n’arrivent pas toujours à nous donner la sensation exacte de ces années étranges et, à vrai dire, nous ne pouvons les bien comprendre qu’en étudiant l’Anarchie.
Figurez-vous Ravachol, Vaillant, Henry, Pauwells, Rabardy avec des écharpes tricolores au flanc, s’entendant avec les compagnons de chaque localité pour égorger les Rourgeois comme les Rourgeois de la Révolution égorgèrent les Aristocrates, et vous aurez une idée de la Terreur. Le mot d 'Aristocrate, nous l’avons dit, avait alors le même sens effroyablement général qu'a le mot Bourgeois aujourd’hui, et la vérité est qu’on a tué beaucoup plus d’hommes du peuple et d’artisans que de nobles.
Quand on pense à cela, on voit des vieilles gens à moitié en enfance, des jeunes filles à peine nubiles, des religieuses, des prêtres, des chevaliers de Saint- Louis, des domestiques, des gamins de quinze ans passant tour à tour sous le couperet. — Me feras-tu bien du mal? demande au bourreau le malheureux enfant dont on ne peut ajuster le cou sous la lunette. — Elles sont trop belles pour mourir ! crie la foule à Nantes, en voyant passer les demoiselles au ru-
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ban bleu. — Rien n'est trop beau pour le bon Dieu ! répond l'une d’elles en souriant.
Tournez-vous de ce côté : voici les religieuses de Valenciennes ; elles sont parties au moment du siège; elles sont revenues plus tard sur l’ordre de la mère abbesse; elles ignorent absolument ce qui se passe. On les guillotine, et elles vont à la mort en chantant le Salve Regina.
Plus loin, voilà ce pauvre fils qui accompagne à l’échafaud sa vieille mère eu démence. Ce n'est pas une corvée agréable pour un fils. — Où m’emmènes- ç tu donc? demande la vieille.
Est-ce que nous allons visiter notre ferme? — Non, maman, nous allons visiter le Ciel...
Tout cela a été fait par des Carnot, des Cavaignac, par des Bourgeois dont les fils, gros propriétaires aujourd’hui, sont des zélés défenseurs de l’Ordre social ; par un certain nombre d’ancêtres de députés conservateurs qui regardent comme sacrée la propriété des biens nationaux que leurs ascendants ont volés.
Quelle impression éprouvaient les compagnonnes, les femmes de tous ces gens-là, devant ces tueries qui laissent bien loin derrière elles les égorgements des rois nègres et les sacrifices sanglants de la Grande-Coutume?
Du moment où ces actes épouvantables profitaient à la Bourgeoisie, c’est-à-dire à elles, ces dames trouvaient cela très bien. Ce' serait peutêtre, dans une situation identique, l’opinion des compagnonnes, quoique celles avec lesquelles j’ai causé m’aient paru, en leur qualité de plébéiennes, moins froidement implacables que les pimbêches atroces de 93.
Nous avons eu déjà un témoignage de cet état d’esprit. Simon dit Lockroy a publié chez Calmann Lévy le Journal d'une Bourgeoise pendant la Révolution. Cette Bourgeoise était la grand’mère de Bobèche, la femme de Jullien de la Drôme, qui joua un si triste rôle à la Convention.
C’est une tricoteuse, mais une tricoteuse avec des grâces de Philaminte, que cette coquine; elle applaudit à tous les crimes, aux massacres dans les prisons, aux exécutions populaires ; elle invente contre Marie-Antoinette prisonnière les infamies que reproduira Hébert.
La mégère bourgeoise voulut jouir jusqu’au bout de l’agonie de la royale victime et tint à voir passer
LES COMPAGNONNES d’aüTBEFOIS
la charrette. C’était elle qui était à côté de David à une fenêtre de la rue Saint-Honoré, lorsqu’il crayonna le dessin de la reine allant à l’échafaud, qui est d’un si effrayant réalisme.
Les Mémoires de Mme Cavaignac, qui viennent de paraître sous le titre :
les Mémoires d’une inconnue , arrivent à point pour nous aider à compléter cette étude de la Bourgeoisie
en I3,C6 de 13. sur ja charrette
Terreur. (cr0ÎUis de Di'ld')
Mme Cavaignac n’a point la férocité agressive de Mme Jullien.
C’est une honnête femme, une bonne mère de famille, sensible à la façon de Rousseau, protestante d’abord, puis convertie au Catholicisme.
Elle ne paraît pas autrement troublée par les
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échafauds ruisselants de sang, les massacres dans les prisons, les noyades de Nantes, les scènes infernales de Lyon, l’égorgement de milliers d’êtres innocents. Tout cela lui semble légitime puisque la Bourgeoisie en a bénéficié... Voici tout ce qu’elle trouve à dire devant le charnier que fut la France pendant trois ans...
Je m’efforçais de remplacer auprès de ma mère les enfants qu’elle n’avait plus, mais l’cpoque était cruelle et trop en harmonie avec la teinte de tristesse qui avait succédé chez nous au temps heureux dont j’ai parlé. La Terreur était établie; chaque matin, au déjeuner, les journaux apportaient la liste des condamnés, et, de quelque enthousiasme qu’on fût pénétré pour la cause, il était impossible de n’être pas effrayé, désolé des moyens qu’elle devait employer.
11 est encore de mode, quoiqu’elle passe chaque jour, d’exagérer les maux de cette terrible époque, d’en calomnier les acteurs. Assurément, ils seraient justement couverts d’opprobre et de malédictions, si la Terreur eût été un moyen de leur choix, s’ils n’y eussent été conduits, entraînés par la force des choses et les nécessités de la position, s’ils eussent enfin pu sauver autrement le pays; mais ce système, plutôt commandé qu’adopté, pouvait seul préserver la France de l’invasion de l’Europe (et c’est ce qui n’est plus contesté), de la contre-révolution et de ses vengeances (et on se rappelle du début du duc de Brunswick à Verdun et, plus tard, les réactions du Midi), s’il pouvait assurer de plus à la nation les immenses bienfaits de la Révo-
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lution, bienfaits que chaque parti est obligé de reconnaître aujourd’hui, on doit honorer la mémoire de ceux qui se sont dévoués au salut de leur pays, qui n’ont reculé devant aucun moyen de l’obtenir et n’ont recueilli pour salaire que la calomnie, la proscription, l’échafaud.
Au fond, c’est la pure doctrine de Ravachol, de Vaillant et d’Henry.
— Pourquoi assassiner de braves gens qui n’avaient jamais été mêlés à la politique, qui vivaient doucement dans des coins de village?
— C’était pour assurer au pays les bienfaits de la Révolution.
— Pourquoi tuer des garçons de café ou des consommateurs inoffensifs qui prennent un bock dans un café?
— C’est pour faire triompher la bienfaisante Anarchie.
La similitude est telle que jamais vous n’entendrez des Anarchistes convaincus employer d’autre épithète que celle-là : la bienfaisante Anarchie...
Ce qui est intéressant, et qu’on ne peut malheureusement mettre en lumière, faute d’espace, c’est la façon dont ces abominations étaient oubliées deux ans après.
Quand on parla à la jeune fille d’épouser Cavaignac qui avait été un des plus impitoyables égor-
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geurs de la Terreur, elle ne manifesta aucune répulsion pour cet homme couvert de sang; comme elle le dit en ce langage bourgeois qu’Ohnet seul a su bien parler en notre temps : « C’était un mariage convenable sous plusieurs rapports. »
Chargé de missions dans les départements, Cavaignac avait ravacholisé comme jamais ravacholiste ne ravacholisera. C’est lui qui avait dénoncé à la Convention les jeunes filles de Verdun.
Jamais les femmes de Verdun, on le sait, ne vinrent au-devant du roi de Prusse, qui jamais n’entra à Verdun; jamais elles ne lui offrirent de dragées; quelques-unes eurent le tort d’aller au camp par curiosité. Le misérable Cavaignac n’en rédigea pas moins à ce sujet, au nom du Comité de Sûreté générale, un rapport absolument mensonger qui fut déposé à la Convention le 7 janvier 1793.
Douze de ces malheureuses, comprises dans le procès relatif à la capitulation de Verdun, furent condamnées à mort le 5 floréal an II (26 avril 1794) et exécutées le jour même.
Qui ne connaît les vers de Victor Hugo?
O vierges! encor quelques heures...
Ah! priez sans effroi, votre àme est sans remord.
Coupez ces longues chevelures Où la main d’une mère enlaçait des fleurs pures,
Sans voir qu’elle y mêlait les pavots de la mort!
LES COMPAGNONNES D’AUTREFOIS
Bientôt, ces fleurs encor pareront votre tête;
Les anges vous rendront ces symboles touchants;
Votre hymne de trépas sera l’hymne de fête Que les vierges du ciel rediront dans leurs chants.
Vous verrez près de vous, dans ces chœurs d’innocence, Charlotte, autre Judith, qui vous vengea d'avance;
Cazotte, Élisabeth, si malheureuse en vain ;
Et Sombreuil, qui trahit par scs pâleurs soudaines Le sang glacé des morts circulant dans ses veines;
Martyres dont l’encens plaît au martyr divin !
Cavaignac, après avoir fait partie du conseil des Cinq-cents, fut receveur aux barrières de Paris, envoyé à Mascate, employé aux bureaux de la loterie, créé comte par le roi Murat et enfin nommé préfet de la Somme pendant les Cent-Jours. Il avait été dans les Basses-Pyrénées un des plus sauvages proconsuls de la Convention. Étienne Arago l’a assez habilement disculpé d’un des actes infâmes qui lui avaient été reprochés pendant sa mission. L’historien Prudhomme, le Dictionnaire historique et biographique des hommes marquants de la fin du XVIIIe siècle et la Biographie Michaud ont raconté cette histoire.
Pinel et Cavaignac, dit Prudhomme, devant arriver à Bayonne, s’étaient fait retenir une loge au spectacle ; deux gendarmes la voyant vide osèrent s’y placer; ils furent arrêtés de suite et peu de jours après guillotinés, comme ayant outragé la représentation nationale.
Labarrère, prévost de la maréchaussée de Dax, était en prison; sa fille, âgée de dix-sept ans et fort jolie,
demeurait à Saint-Sever; les deux proconsuls y arrivent, elle se jette à leurs pieds pour obtenir la grâce de son père, ils la lui promettent, et Cavaignac lui propose de venir dans sa voiture à Dax pour voir l’auteur de ses jours rendu à la liberté.
En route, le monstre exige d’elle le prix de la rançon, du sang de son père... Mais tandis que la jeune fille désolée attendait chez une amie l’effet des promesses achetées si cher, elle entend un tambour; la curiosité la mène à la fenêtre... elle voit son père monter à l’échafaud. Elle tombe évanouie, et ne revient à elle que pour s’écrier : « Les monslres! ils m'ont violée en me flattant de me rendre mon père... »
Au moment du procès d’ Avril, en 1834, dans lequel était impliqué Godefroy Cavaignac qui était accusé, comme diraient les Républicains d’aujourd’hui. « d’avoir fait partie d’une association de malfaiteurs » , le fils de Vergers de Dax, qui avait épousé M"e Labarrère, vint déclarer que le récit de Prudhomme était faux. Obéissait-il à un sentiment de piété filiale assez naturel et désirait-il ne pas laisser planer un souvenir pénible sur la mémoire d’une parfaite honnête femme? Disait-il toute la vérité? Il faudrait, avant de se prononcer définitivement, consulter les archives des Basses-Pyrénées ou des Landes, savoir dans quelles conditions Labarrcre a été guillotiné.
Ce qui est certain, c’est que la Bourgeoisie ter-
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roriste, pour se substituer à la Noblesse comme classe dirigeante, commit des crimes monstrueux, des crimes qui dépassent ce que feront jamais les Anarchistes.
Nous avons protesté et nous protesterons toujours au nom de la morale éternelle, au nom du Décalogue, contre les attentats des Anarchistes; mais nous ne pouvons nous défendre d’une impression de dégoût en voyant les bourgeois révolutionnaires s’indigner bruyamment contre des forfaits dont ils ont donné l’exemple. Si vous n’aviez pas corrompu le peuple, si vous ne l’aviez pas perverti par le spectacle de chenapans couverts d’honneurs, si vous n’aviez pas élevé des statues à des assassins, il n’en serait peut-être pas où il en est.
'Voilà la vérité. Le crime est toujours le crime; le mal est toujours le mal; seulement, quand le crime profite à la Bourgeoisie jacobine, elle le glorifie; elle l’anathématise, au contraire, et le voue aux dieux infernaux quand c’est elle-même que ce crime
menace...
A VINGT ANS
22 mai 1894.
Émile Henry a expié son crime, et la Société doit être satisfaite.
Les polytechniciens, qui s’amusaient avec tant d’entrain l’autre jour à la scène des Ombres , auraient peut-être pu penser à celle-là, avoir l’idée de sauver ce malheureux, se dire : « Il est très coupable, mais il. a vingt ans comme nous; avec un peu plus de chance, il aurait pu être des nôtres ».
Peut-être l’un d’eux aurait-il pu, au milieu de la fête, essayer de présenter une supplique à Carnot, lui dire : « Votre grand-père a tué plus d’hommes qu’Henry. Le mot affreux d’Henry : « Il n’y a pas d’innocents parmi les Bourgeois » , n’est que la réplique du mot authentique du grand Carnot : « Il n’y a pas d’innocents parmi les Aristocrates. »
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A l’occasion du centenaire de notre École, accordez une grâce à la jeunesse ».
Une telle démarche aurait peut-être été contraire à l’étiquette sévère des Cours, et même des cours de mathématiques, elle aurait été, en tout cas, généreuse et humaine.
Les générations d’autrefois avaient de ces imprudences et de ces élans, au temps où l’attitude des étudiants décidait Louis-Philippe à arracher Barbés à l’échafaud.
Aujourd’hui, ce sont les Opportunistes et les Juifs qui commandent dans toutes les grandes Écoles. La belle jeunesse bourgeoise, qui jadis, poussait aux émeutes pour en faire sortir des Révolutions profitables, est maintenant implacable alors même qu’elle est folâtre. Groupée autour du chef de l’État, elle danse au Trocadéro pendant que l’on ajuste le couperet qui tranchera la tête d’un enfant de vingt ans!
A l’heure où le panier de son apportera au Champ des Navets une tète sanglante et un tronc mutilé, on apportera à l’Élysée la corbeille capitonnée de satin blanc dans laquelle l’arrière-petit-fils de Carnot, régicide et terroriste, disposera les merveilles destinées à Mlle Chiris, fille de l’opulent député réactionnaire et parfumeur...
A VINGT ANS
César est toujours chez lui dans cet Élysée plein de souvenirs, qui vit Napoléon Ier signer sa première abdication et Napoléon III écrire ses derniers ordres, pour le Deux-Décembre, sur une table en mosaïque qui représente des colombes. Seulement, César, cette fois, s’appelle César Birotteau.
Au temps où régnaient ces monstres de rois, plus d’une souveraine profita d’un anniversaire ou d’une fête pour enlever des victimes au bourreau.
Mme Carnot, très occupée à commander des robes pour la noce,
'Vi
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n’a pas même daigné recevoir cette pauvre mère angoissée qui, hantée par la vision de la guillotine, se disait chaque soir : « Est-ce pour demain? »
Demain, c’était hier...
Je ne crois commettre aucun délit en constatant que la Bourgeoisie révolutionnaire, qui doit tout à des insurrections et à des crimes, n’est véritablement pas tendre. Je souhaite comme homme qu’elle ne paye pas cruellement, plus tard, la froide férocité dont elle fait preuve; mais j’avoue, comme historien social, que j’éprouve quelque effroi pour elle en pensant à ce que seront peut-être un jour les représailles.
Nous avons donné notre opinion sur un attentat que rien n’explique, mais enfin la même pensée vous obsède quand même. Il était si jeune! Est-ce qu’on n’aurait pas pu essayer de la grâce ? Sans parler de Bousquet et des misérables qui avaient torturé leur enfant, la clémence présidentielle s’est étendue sur des êtres autrement odieux et qui n’avaient pas même l’excuse d’un fanatisme quelconque.
Écrire ceci est déjà grave en un temps où toute parole de pitié est réputée séditieuse. Quel cortège, cependant, aurait eu le fourgon d’Henry, si tous les assassins, qui sont morts honorés et dont les fils
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sont aujourd’hui respectés, avaient accompagné le décapité au cimetière d’Ivry !
Quels scélérats que ces Terroristes, et combien aussi eurent les mains teintes de sang, parmi cette aristocratie dont les membres aujourd’hui dégénérés font maintenant consister l’honneur à être admis les premiers au baise... main de Rothschild et de Raynal !
Les nobles, il y a cent ans, luttaient comme ils pouvaient et ne luttaient pas toujours par des moyens très orthodoxes.
Dans un chapitre intitulé la Police de Napoléon , Ernest Daudet, qui n’est pas suspect d’animosité contre le parti monarchiste, a soulevé un coin du voile qui nous cache l’histoire mal connue du commencement de ce siècle. Il nous a montré ce qui se passait, non pas même sous le Consulat, alors que Tordre semblait rétabli, mais longtemps après la proclamation de l’Empire, quand le Pape, en personne, avait fait au nouvel élu les trois onctions consacrées et béni solennellement le globe, le glaive et le sceptre.
Des gens qui étaient excellents catholiques et qui appartenaient aux meilleures familles, ne se' gênaient pas pour arrêter les diligences, délivrer les prisonniers, attaqueras gendarmes, se saisir
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d’évêques constitutionnels et les fusiller au coin d’un bois.
Quelques-uns ont mieux fini qu’IIenry, et les chrétiennes populations du Canada ont longtemps conservé la mémoire du vénérable abbé de Closrivière, qui édifia les riverains de Saint-Laurent par l’exemple de ses vertus et l’évangélique douceur de ses maximes.
En France, l’abbé de Closrivière s’était appelé Limoelan; il avait été un des plus farouches lieutenants de Cadoudal. C’est lui qui, lors de l’attentat de nivôse, veillait rue Saint-Nicaise sur le tonneau de poudre destiné à faire sauter le Premier Consul, et qui ne tua que des grenadiers de l’escorte, qui s’étaient couverts de gloire à Marengo et qui étaient des victimes aussi intéressantes que les consommateurs du café Terminus.
Si Émile Henry avait réussi à s’échapper, il aurait peut-être terminé sa vie comme Limoelan.
Ceci vous explique qu’en province, où certaines traditions se sont conservées, on trouve un peu grotesque l’affolement de ces Droitiers qui s’allient aux Opportunistes les plus tarés pour supprimer toutes nos libertés, sous prétexte qu’il se commet des crimes, comme il s’en est malheureusement commis à toutes les époques troublées.
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En cherchant bien dans les ancêtres de ces Droitiers, on en trouverait quelques-uns qui furent des révoltés dans le genre d’Henry, et qui, en tout cas, montrèrent un grand mépris pour les autorités constituées. Je ne dis pas cela pour du Bodan. L'aïeul de du Bodan était du côté de Ravachol quand Ravachol triomphait, et, dans le Mémoire justificatif de la municipalité de Vannes, nous le voyons figurer parmi ceux- qui protestent de leur civisme.
Indignés des accusations de modérantisme qui leur sont adressées, les municipaux affirment qu’ils ont été les premiers à offrir une récompense de 60 livres à qui arrêterait un prêtre, et « qu'après la fuite du tyran, ils s’étaient réunis pour prêter ensemble le serment du 10 Août, pour proscrire la Royauté et voter la mort de Capet ».
Dans un pays qui. depuis un siècle, a vu de si étranges vicissitudes, de si extraordinaires spectacles et de si étonnantes métamorphoses, on aurait pu. tout de même, épargner de la besogne à Deibler et ne pas faire tomber une tête de vingt ans...