A BRUXELLES
DEVANT SA1NTE-GUDULE
15 juillet 1894. .
Je ne vous cache pas que l’histoire de ce malheureux Anglais qu’on a arrêté pour avoir regardé le ministère des Affaires étrangères m’a donné à réfléchir. C’était un touriste prévoyant, puisqu’il avait emporté avec lui une petite gourde de café que des agents pleins d’épouvante ont versé dans un baquet d’eau; mais il n’avait certainement pas prévu le dénouement de son voyage.
Ce fils d’Albion, ne sachant pas un mot de français, n’a pu manifester son étonnement, mais il s’est hâté de repasser la Manche, et c’était certainement ce qu’il avait de mieux à faire.
C’est un cas intéressant encore que celui de cet infortuné qu’on a envoyé au Dépôt pour s’être écrié,
en regardant une photographie de Casimir-Perier : « Il a une binette qui ne me plaît pas! »
Étant de ceux auxquels la binette de Casimir- Perier ne plaît qu’à moitié, je crois que j’ai sagement agi en venant voir à Bruxelles la procession de Sainte-Gudule.
Pendant que j’irai visiter la Bruges de Rodenbach, ces dangereux imbéciles se calmeront peutêtre un peu.
C’était une véritable merveille que cette procession : sous un soleil radieux, ce défilé de centaines de bannières de vieilles corporations et de confréries toutes plus curieuses les unes que les autres se déployant au milieu de cierges ou de petites lanternes Moyen Age.
Avec cela, un respect de la liberté des autres plus développé que je ne l’aurais cru dans un pays où l’on disait la Franc-Maçonnerie si puissante. Il y avait certainement à côté de moi des indifférents et des athées; ils n’ont pas paru surpris quand nous nous sommes mis à genoux dans la rue au moment où passait le Saint-Sacrement.
Par une association d’idées, je pensais, en me relevant, à l’article de Fournière que j’avais lu en wagon et dans lequel il disait, qu’après la suppression du budget des Cultes, il est vrai, il trouve-
Bruxelles : Sainie-Gudule.
250 DE l’or, de la boue, du sang
l'ait tout naturel qu’on laissât circuler dans nos rues des processions de toute nature : des processions de Catholiques, de Francs-Maçons, de Libres-Penseurs, de Socialistes, de Communards.
Qu’est-ce que cela peut me faire à moi que les Communards traversent Paris avec un drapeau rouge pour aller saluer leurs morts au Père-Lachaise? Qu’est-ce que cela devrait faire à ceux qui gouvernent, puisqu’ils ont choisi un ancien Communard comme ambassadeur de France?
Le grand crime des Droitiers, qui s’allient aux plus impurs Chéquards et aux plus cyniques Nonlieu pour organiser le monstrueux régime qui commence à fonctionner, esl précisément de rendre impossible cette réconciliation de tous les Français qui auraient fini par se supporter réciproquement.
C’est vous, pauvres prêtres, que j’ai toujours défendus, c’est vous que je défends encore en défendant ces ouvriers qu’on veut traiter comme du bétail humain, qu’on veut avoir le droit d’arrêter, de juger, d’envoyer à Nouméa et à Cayenne.
Vous serez plus tard emprisonnés et jugés comme cela, avec une apparence de légalité, et vous comprendrez alors seulement l’ignominie des de Mun. des Reille et des Mackau qui se préparent à voter la loi nouvelle.
DEVANT SAINTE-GUDULE
Vous comprendrez ce que cela veut dire, cette chose, sans exemple peut-être dans l’histoire des peuples civilisés : Défense de rendre compte d’un procès, de donner les preuves de l’innocence d’un accusé si par hasard il est innocent.
Songez à ce que doit souffrir un malheureux qu’on arrête sur la dénonciation d’un Juif quelconque, parce qu’il n’a pas voulu se laisser voler par ce Juif et qui ne peut arriver à prouver qu’il n’a rien fait ! A qui voulezvous qu’il s’adresse?
Défense de parler de l’instruction... Auprès de qui voulez-vous que sa plainte trouve un écho? Défense de parler des débats...
C’est la chambre de ^
torture sourde, la : mw d. vni*
chambre de torture matelassée, afin que nul cri n’en sorte, que Sardou a montrée dans Patrie; c’est Vin pace dans lequel on meurt désespéré en se cognant inutilement la tête contre les murs.
Jadis, en écrivant avec son sang sur un lambeau de sa chemise, Latude pouvait jeter par une embrasure de la Bastille cette lettre d’angoisse datée de la deux cent millième heure de sa captivité.
Une femme du peuple au cœur généreux, Mme Legros, trouvait cette lettre dans la rue et se passionnait pour la cause du prisonnier. Nos magistrats sont plus férocement subtils qu’au temps de Latude. Aujourd’hui, Mme Legros serait arrêtée immédiatement... Correspondance avec un Anarchiste! Songez donc !...
Et les miséi’ables qui votent des lois pareilles de connivence avec d’anciens Révolutionnaires repus, sont des gens comme d’Arenberg, dont la grand’mère a été guillotinée avec un prêtre, pour avoir reçu une lettre de sa fille émigrée ! •
Montalembert du moins a refusé de se prêter à cette ignominie. Il s’est souvenu que son grandpère, ancien officier de cavalerie, eut le cou coupé le même jour qu’André Chénier, coupable d’avoir fait l’apologie de l’assassinat dans des vers immortels consacrés à Charlotte Corday.
« L’Ange de l’assassinat! » Quel. . apologiste anarchiste que ce Lamartine! Et leur Judith ? En ai-je reçu des lettres de. catholiques,, dans lesquelles on me reprochait d’avoir parlé sans
DEVANT SAINTE-GUDULE 253
enthousiasme de cette veuve de Béthùlie qui avait assassiné Holopherne !
Il convient, d’ailleurs, au risque de se répéter, de poser nettement la question, afin de ne laisser plus tard aucun moyen d’ergoter aux Droitiers et aux Ralliés qui feront l’appoint de la majorité qui aura les 104 pour noyau.
Nous admettons que l’on élève les pénalités tant qu’on voudra, qu’on multiplie les rigueurs contre les auteurs de crimes que nous n’avons cessé de flétrir, mais nous trouvons abominable que
Bruxelles :
Maisons des corporations.,
l’on enlève la connaissance de ces crimes au Jury et qu’on la remette à des juges dépendant du Gouvernement, alors que l’on déclarait jadis, à tout instant, que ces magistrats étaient des vendus et des crapules...
De ce vote, Droitiers et Ralliés ne peuvent donner aucune explication ; ils n’en pourraient fournir qu’une : la faiblesse du Jury. Or, le Jury a condamné à mort Vaillant et Henry et il lui eût été vraiment difficile de faire davantage. Il a condamné à deux ans de prison un jeune homme de vingt ans coupable d’avoir écrit à propos de Carnot quelques lignes odieuses et là, encore, il ne pouvait faire plus, puisque c’était le maximum.
L’infamie que commettent ceux qui se font les complices de Dupuy est donc sans atténuations et il est nécessaire de le leur dire jusqu’au dernier moment.
Je suis convaincu, en effet, que ce faux Seize-Mai, s’il n’avortait pas misérablement, comme cela est probable, aurait les plus épouvantables conséquences pour le pays. Le mystère de ces tribunaux clandestins, où des Toutée jugeront dans les ténèbres de la nuit, affolera peu à peu les cerveaux et il se produira une telle poussée d’indignation et de fureur, que les conspirateurs orléanistes seront une fois de plus débordés.
DEVANT SAINTE-GUDULE
Sans doute, après une commotion terrible, après une longue guerre, un général victorieux pourrait faire régner dix ans un régime de fer. Mais ce pauvre Casimir-Perier est visiblement trop mince pour l’emploi.
« On vit de ce qu’on est et de ce que l’on crée », a dit Proudhon. Qu’est donc par lui-même ce favori de la Fortune? Qu’a donc donné à ce pays cet homme qui ne doit son luxe qu’au travail des autres? Il est, dès à présent, marqué du signe de la Fatalité. Il est condamné à échouer dans une œuvre méchante, illogique et absurde. Avant six mois, haï et méprisé de tous, il maudira les conseilleurs funestes qui ne craignent pas de déchaîner sur ce pays une révolution qui aurait pu encore être retardée.
C’est, du reste, une des opinions de Mgr d’Hulst. Le langage qu’il tient à Notre-Dame vaut mieux que celui qu’il tient à la Chambre. Au Palais-Bourbon, il s’associe parfois avec des coquins comme Dupuy. A Notre-Dame, devant l’image du pâle supplicié du Calvaire qui fut crucifié entre deux criminels, il s’exprime d’une autre façon et il s’écrie :
<( ... Et savez-vous, messieurs, ce qui m'afflige ? C'est que tandis que les destructeurs ne se trompent pas sur l’attaque , les gardiens de l' ordre se trompent sur la défense .
« De la force, de la répression, disent les uns.
Des concessions, des flatteries, insinuent les autres. Vains remèdes que tout cela. Ün sabre ne vous protégera pas; des actes de faiblesse ne vous sauveront pas. Et qui nous sauvera donc?
« Dieu, si vous lui permettez de le faire, si vous l’écoutez quand il vous montre les vraies conditions de la Réforme sociale. »
C’est précisément ce que nous avons toujours dit.
Au lieu de frapper à tort et à travers, efforcezvous de moraliser par l’exemple. Au lieu de faire des lois scélérates pour envoyer à Mazas les journalistes indépendants coupables de dénoncer les voleurs, demandez donc à Dupuy des nouvelles de ses négociations avec Arton ! Demandez-lui pourquoi on a remis Soubeyran en liberté ! Demandezlui ce qu’il compte faire pour cette association de malfaiteurs qui a détroussé les actionnaires du Panama et qui avait pour chefs Rouvier, Freycinet et Rurdeau...
BONJOUR, PARIS
19 juillet 1894.
Bonjour, Paris! C’est le cri que je poussais à Pélago en montant sur une chaise pour apercevoir un bout de cheminée et un lambeau de ciel. C’est le cri qui sortait de ma poitrine le jour de ma libération, alors que la Police, qui n’a pas mis un seul agent autour de la voiture de Carnot, avait mis quatre roussins à mes trousses pour savoir où j’allais me faire couper les cheveux.
Bonjour, Paris! C’est le cri que je pousse sous les ombrages du Parc, après avoir été faire un tour dans les Galeries de la Beine.
Je t’ai aimé, je t’ai chanté, mon vieux Paris, je t’ai décrit dans un volume que l’Académie française a couronné jadis, et dont Flammarion a fait, avec Coindre, un bijou typographique.
DE L’OR, DE LA BOüE, DU SANG
Je suis ton fils, je suis indépendant comme toi; sans être bégueule, j'ai, comme toi, l’horreur instinctive de tous ces écumeurs de la Haute Banque qui ont élevé leurs monstrueuses fortunes sur la ruine d’infortunés qui avaient travaillé toute leur vie pour amasser quelques sous.
Et me voilà à Bruxelles regardant passer les chiens
Les Cosmopolites, les espions, les flibustiers, les Juifs baragouineurs de tout poil et de toute tribu, les Rothschild et les Erlanger, les Ephrussi et les Stem, les Bischoffsheim et les Camondo sont tranquillement installés chez nous... Et voici qu’un Parisien de Paris, qui n’a jamais rien volé à personne, est obligé de quitter sa maison sous peine d’aller à Mazas.
C’est un peu fort! Mais il faut en rire. Ceci ne
BONJOUR, PARIS
coûte guère, car notre courage est fait de bonne humeur et de gaieté comme notre œuvre est faite, au fond, de générosité et de bonté.
Quels gredins tout de même que ces gens-là! Que de haines sont venues à moi depuis deux ans que la Libre Parole est fondée! Que d’hommes exaspérés et furieux nous ont apporté des documents et des papiers ! Que de fois j’ai jeté à mes pieds des armes qui auraient pu blesser des innocents à côté de coupables! Que de Juifs se sont fait recommander par des confrères pour nous dire, avec leur sourire cauteleux et leur parole cajolante et fourbe : « Vous faites une guerre d’idée, mais nous savons que vous n’avez pas le cœur cruel. Ne parlez pas de cette famille! N’insistez pas sur cet incident. »
Que de fois je me suis laissé attendrir aux propos des petits camarades de Burdeau qui, sur la foi du docteur Miracle, s’en allaient disant : « Pauvre Burdeau! Il est perdu! Le docteur déclare qu’il ne passera pas l’année. »
Que de fois j’ai dit à mes collaborateurs : « Ne vous acharnez pas après cet homme. Après tout, s’il a été un travailleur de Donon, il a été un jieu aussi un travailleur de la Pensée. Il a aidé de Lesseps à dévaliser le pauvre monde, mais il a traduit
Les obsèques de Burdeau.
Schopenhauer — ce qui est agréable pour ceux qui aiment ce genre-là. »
Aujourd’hui, ce jeune malade à pas lents, pour lequel Millevoye ne rimera certainement pas d’élégie, est le plus implacable des bàillonneurs de la Presse... S’il désespère de voir la chute des feuilles, il espère bien voir la chute de la mienne.
En ces instincts irréfléchis d’humanité, je suis aussi bête que toi, mon cher Paris, que toi qui es coutumier de ces attendrissements qu’on nous fait toujours chèrement payer. Le mot ne te fâchera pas, car tu sais qu’il n’y a que les gens d’esprit qui fassent des bêtises. Si le mot te déplaisait, je me
BONJOUR, PARIS
contenterais de dire que je suis comme toi un grand naïf.
T’en souviens-tu comme ils étaient abandonnés de tous, ces cléricaux, après la grotesque équipée du 16 Mai, conspués du soir au matin, et quelles attaques immondes pleuvaient sur les Religieux expulsés? Nous les avons défendus alors, avec quelque éloquence, a-t-on dit. Les livres où l’on parlait d'eux se vendaient à 1.500; les nôtres ont eu des millions de lecteurs.
Aujourd’hui, les élèves de ces gens-là, les Plichon et les d’Elva, payent leurs dettes en gentilshommes; ils votent des lois qui permettent de mettre les menottes à un écrivain et de l’envoyer au Dépôt entre deux malfaiteurs de droit commun.
Il est vrai que d’Elva prétend qu’il n’est point responsable de ces votes et qu’un membre de la Droite lui vole régulièrement ses bulletins. Il ferait bien, cette fois, d’ouvrir l’ceil. Il serait bien extraordinaire, en effet, qu’après m’avoir félicité jadis pendant tout un diner de mon énergie à flétrir des magistrats pourris, il opine aujourd’hui à ce qu’on m’arrache au Jury pour me faire juger par ces pourris...
Que veux-tu, mon pauvre Paris, c’est l’éternelle histoire du serpent qui mord celui qui l’a réchauffé.
Il est là, étendu sur la route, inerte et glacé, on en a pitié, on le ranime avec ce tout-puissant cordial qui s’appelle le mot de Liberté. Dès qu’il a repris ses forces, il menace de sa morsure empoisonnée celui qui s’est montré compatissant et humain . . . Vous aviez cru défendre un chrétien attaqué dans ses croyances; ce n’était pas un chrétien, c’était un vil politicien qui veut vous expédier à Nouméa pour tripoter à son aise avec les Rothschild et les Hirsch.
Bonjour, Paris, excuse-moi de ne pas t’en écrire plus long.
J’espérais être plus tranquille ici qu’au boulevard Montmartre et, depuis deux jours, je passe mon temps à expliquer ces énormités à ces Bel-
Bruxelles :
La colonne du Congrès.
ges, si hospitaliers et si habitués aux mœurs de la Liberté qu’ils ne peuvent comprendre qu’on ait versé des Ilots de sang pour en arriver à imposer à un pays, qui a fait la Révolution de 89,
BONJOUR, PARIS
un régime à peine digne des nègres de l’Abyssinie.
Quelques-uns ont tenu à venir avec moi saluer la Liberté de la Presse.
La Liberté de la Presse est une des quatre statues qui décorent les angles de la colonne du Congrès. Les trois autres sont : la Liberté des Cultes, la Liberté de l’Enseignement, la Liberté d’Association.
Voilà les assises quadrangulaires de la Constitution belge dont le préambule est gravé sur la colonne du Congrès.
Je crois qu’à l’heure actuelle, beaucoup de nos députés soi-disant républicains, sentiraient la rougeur leur monter au front s’ils passaient devant le monument qui rappelle que, si la Belgique a pu échapper à l’Anarchie, elle le doit à son immuable respect pour les droits des Citoyens...
DE REINACH A VAILLANT
28 juillet 1894.
Poussière et boue... Jaurès a résumé l’histoire de ces vingt dernières années lorsqu’il a dit : « La poussière, à certains moments, devient de la boue. » Depuis vingt ans, la Franc-Maçonnerie juive a réduit en poussière tout ce qui consolait et rafraîchissait l’âme des hommes... Poussière, les vieilles traditions et les antiques croyances... Poussière, les grands sentiments d’autrefois : le culte du drapeau, l’intégrité des magistrats, la fidélité aux convictions, le respect du nom honorablement porté de père en fils...
Poussière, vous dis-je, que tout cela... Le magistrat qui condamne impitoyablement le pauvre diable qui a volé des pommes de terre dans un champ, acquitte, avec toutes sortes de politesses, le finan-
DE L’OR, De' LA BOUE, DU SANG
cier qui a volé des millions. Les représentants de la vieille aristocratie française recherchent, pour les max-ier à leurs fils, les filles des Juifs les plus déshonorés en se disant que les plus malpropres doivent être les plus riches.
Il n’y a rien, plus rien que la poussière, la poussière glorieuse que soulève dans la grande avenue des Champs-Élysées le landau de quelque flibustier de la Haute Banque qui a réduit des milliers de braves gens à la misère, au désespoir ou au suicide, avec les Bons turcs, les emprunts argentins ou les emprunts du Honduras...
Un beau jour, l’orage a grondé et la poussière s’est changée en boue, la boue de Wilson, qui, en comparaison de ce qu’on a vu depuis, était simplement de la crotte.
On a fait semblant de balayer, et la poussière est redevenue la poussière triomphale qui enveloppe d’un nuage léger les beaux retours de courses et le défilé devant la foule badaude de tous les filous célèbres et de toutes les prostituées bien cotées.
Le ciel s’est assombri de nouveau et nous avons eu la boue du Panama, la vraie boue noire, collante et tenace que nulle brosse ne peut faire disparaître et dont la benzine des Non-lieu de complaisance n’efface pas la trace ignominieuse... Nous
DE REINACH A VAILLANT
avons vu patauger là-dedans, pendant près d’une année, les ministres et les députés, et nous les y verrons, dans quelque temps, barboter plus éperdument encore avant de se noyer définitivement...
Voilà ce qu’a indiqué merveilleusement Jaurès en montrant les origines de l’état d’esprit anarchique. Poussière et boue...
Tous ces programmes déchirés, toutes ces promesses tra-
Poussière ! !...
268 DE l’or, de la boue, du sang
hies, toutes ces espérances trompées ont laissé au peuple la sensation de dégoût que laisserait une poignée de cendres dans la bouche... Tous ces scandales, ces marchés honteux ont produit sur les plus difficiles à émouvoir l’impression d’un cloaque pestilentiel, dont les exhalaisons méphitiques corromperaient tout le voisinage.
Poussière et boue... Mensonge et corruption, désillusion et vénalité, lâcheté ou trahison, imbécillité ou scélératesse : voilà le bilan du régime actuel.
Ce que Jaurès a dit, d’autres auraient dû le dire; mais, dans ce qui fut le parti catholique, il n’y a plus que des approbateurs de Rouvier et des amis de Reinach. Nous avons eu, nous aussi, notre poussière, la poussière des vains discours et des déclamations vides, et cette poussière, elle aussi, s’est changée en boue.
Puis de la boue du Panama sont nés des hommes de sang, des êtres fantastiques et difformes comme les monstres qui sortirent des alluvions du déluge, des gens qui, pris d’une névrose affreuse, ont tué pour tuer, ont détruit pour détruire.
Le régime actuel qui, dans les Assemblées et les Académies, glorifie les Terroristes de 1793, a été pris d’une sorte de frénésie, d’épouvante en voyant surgir tout à coup devant lui les Terroristes de 1893 et de 1894.
DE REINACH A VAILLANT
C’est cette histoire-là que vous lirez dans ces pages qui vous montreront le monde bourgeois en face de la Société qu’il a faite, les bénéficiaires sanglants de la Révolution aux prises avec des héritiers qui réclament leur part, les Jacobins nantis en face des Anarchistes qui veulent se nantir.
C’est un spectacle très saisissant et très beau pour ceux qui sont capables de penser.