‹ De l'oraison funèbre dans la Grèce païenneChapitre 14 sur 32 · QUATRIEME PERIODE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PERIODE

RETOUR A L'ORAISON FUNÈBRE PERSONxXELLE ET PRIVÉE

En même temps qu'Athènes déchue de son importance politique se résignait à n'être plus qu'une cité littéraire, alors que dans le calme de la conquête et au sein de l'abâtardissement du goût , tout ce qu'elle avait de sève intellectuelle se portait \ers l'art corrompu des rhéteurs, ce besoin d'éloquence qui, chez les Grecs , se mêlait à toutes les choses pubhques et privées, put aborder impunément un genre autrefois interdit , l'éloge funèbre des simples citoyens. La liberté en mourant avait éteint toutes les défiances démocratiques et l'on vit succédera l'éloge collectif de nombreux éloges indiNiduels.

A vrai diie, ce n'était peut-être pas chose bien nouvelle ailleurs qu'à Athènes : ces petits peuples de la Grèce avec leurs nuances de constitutions politiques si différentes, depuis la démocratie la plus effrénée, jusqu'à l'aristocratie la plus absolue, n'avaient pas tous, à l'endroit des citoyens marquants, cette jalousie inquiète qui fit établir l'ostracisme à Athènes ; et il est assez vi'aisemblable (iiie \'iu\-

tique coutume de louer les morts ne se perdit jamais chez eux ; seulement comme les lettres n'étaient pas peutêtre l'objet de leurs plus constantes préoccupations, les éloges funèbres devaient y avoir conservé toute leur simplicité primitive. On s'expliquera donc facilement que nous n'en possédions aucun ; pour mériter d'être lus et de survivre aux besoins du moment, il aurait fallu qu'ils eussent passé par la bouche d'un de ces Athéniens élégants et polis , habiles dans l'art de la parole et désireux des hommages de la postérité.

La douleur d'une épouse qui fut en même temps une reine, aurait pu nous fournir ce curieux modèle , si le temps n'avait pris plaisir à effacer tous les monuments qui devaient raconter ses regrets aux siècles futurs. La veuve de Mausole, Artémise, reine de Carie , proposa, dit Aulu-Gelle cité par Westerman ', un prix considérable pour la meilleure oraison funèbre composée en l'honneur de son époux. Théodecte, Théopompe, Naucratès et même Isocrate, dit-on, entrèrent en lice; Théopompe l'emporta sur ses rivaux sans que nous puissions juger du fond, de , la forme, ni du mérite relatif de leurs éloges , puisque le même naufrage a englouti l'œuvre du vainqueur comme celles des vaincus.

Sans doute ces productions perdues ne furent pas inutiles aux rhéteurs qui s'essayèrent les premiers dans la nouvelle carrière ; peut-être aussi usèrent-ils de VEvagoras d'Isocrate ; de là la nécessité pour nous d'en dire ici quelques mots.

Nuits att..X AS.

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