‹ De l'oraison funèbre dans la Grèce païenneChapitre 15 sur 32 · ISOCRATE · texte numérisé non relu

ISOCRATE

ELOGE U EVAGORAS

Gardons-nous de croire qu'Isocrate ait voulu faire une oraison funèbre. Il n'y a pas songé un seul instant : ainsi, il ne dit pas un mot de la mort de son héros, ni rien absolument qui rappelle les lamentations, les consolations dues à la famille, et c'est à peine s'il donne quelques conseils au fils du défunt, Xicoclès : mais les besoins de son sujet, surtout pour tout ce qui est éloge, le conduisirent dans une direction que devait suivre l'Oraison funèbre. 11 eût pu même se faire que les vicissitudes d'une existence aussi pleine de péripéties que celle d'Évagoras lui eussent inspiré, presque à son insu, quelques-uns de ces contrastes et de ces mouvements oratoires qui, plus tard, devaient être chez Bossuet le sublime du genre ; mais il eût fallu pour cela que l'orateur, ému et passionné, oubliât un peu, dans l'intérêt de son sujet, le soin de sa propre personne, et, malgré tout notre respect pour le grand nom d'Isocrate, il n'est, après tout, qu'un rhéteur.

En eflet, à l'absence complète de pathétique et d'émotion, on sent bien que si l'orateur a composé l'éloge d'Évagoras, il n'y a pas été poussé par le besoin impérieux de

payer au mort le sincère tribut d'une vraie douleur, et il est certain que s'il se trouve dans ses paroles l'expression bien sentie d'une admiration réelle, on y voit plus encore le désir de faire parade de son harmonieux talent de beau parleur.

Est-ce à dire qu'il n'ait considéré son sujet que comme un canevas propre à se produire avec tous ses avantages ? Non, sans doute ; mais, trop préoccupé de lui-même, il a renoncé volontairement au côté tragique de la vie qu'il raconte, aux mouvements pathétiques qui en devaient être la suite et qui ne lui eussent pas permis de se mettre suffisamment en scène. Par là, son discours qui eût gagné à être traité dans un esprit différent, n'est qu'un panégyrique d'Evagoras dans lequel Isocrate n'a pas oublié le sien.

Que dire en effet en voyant l'habile rhéteur discourir sur les avantages de la poésie, sur l'infériorité de la prose, et grossir à dessein les difficultés comme pour se faire mieux goûter quand il les aura vaincues ? Qui peut aussi s'empêcher de sourire en le voyant, dans son style d'une élégance et d'une déhcatesse infinies, déployer tous les secrets de cet art ingénieux qui fait songer à l'écrivain plus encore qu'au personnage qu'il vante, et accapare au profit des grâces merveilleuses de son langage les applaudissements qu'il solUcite pour les merveilleuses aventures de son héros * ?

■ On sent encore le rhéteur et l'orgueil des hautes prérogatives attachées à l'éloquence dans Tautorité qu'il s'arroge sans façon en s'adressant à son royal auditeur. Je ne suis point maître des comparaisons que me suggère VEvagoras, mais je songe, en le hsant, à notre école philosophique du wni" siècle : Isocrate ne fait pas seulement du roi de Salamine un prince philosophe, assurant le bonheur de ses sujets après avoir commencé par s'instruire afin

Ces réserves faites, VÉloge d'Évagoras, qui n'en est pas moins une production empreinte à un haut degré de cette beauté particulière aux chefs - d'oeuvre antiques, a dû être utile à ceux qui les premiers abordèrent l'oraison funèbre individuelle : ainsi la noblesse des ancêtres se rattachant à une souche glorieuse, devint une des formes que préconisèrent les rhéteurs : la naissance d'Évagoras, les qualités de sa jeunesse, celles de son âge mûr, les comparaisons par lesquelles l'orateur ajoute à la gloire de son héros, donnèrent l'idée d'autant de heux communs que nous retrouverons plus tard ; ajoutons que le sujet admirablement conduit a pu servir de modèle à ceux qui devaient mettre en relief avec ses mérites divers, au milieu de grands événements, une noble et imposante figure ; ainsi une heureuse variété fait succéder au tableau de la conquête celui de l'administration si sage d'Évagoras : puis, à celui de la prospérité de Salamine, la lutte qui relève Athènes et abaisse Lacédémone. Ces deux implacables rivales, la Perse qui descend aussi dans l'arène, l'image de Conon qui nous apparaît à côté d'Évagoras, élargissent le cadre, agrandissent le conflit, ajoutent au prix de la victoire et à l'importance du roi de Salamine, qui devient le centre de toutes ces secousses tumultueuses. Enfin, après la lutte suprême qu'Évagoras soutient contre Artaxerxès, avec une énergie peu commune,

de se perfectionner soi-même -, du haut de sa chaire de rhéteur, il semble encore traiter d'égal à égal avec le monarque successeur de celui qu'il célèbre; il y a même dans ses exhortations celle dignité bienveillante que prend parfois la puissance (juand elle s'adresse à un inférieur. Peut-être ce rapprochement est-il téméraire, mais il me semble reconnaître çà et là. avec moins de fle.vibililé et de souplesse, le latent que posséda si bien Vollaire de se mettre à son aise avec les grands.

l'orateur amené, pour couronner cette série de grandes actions, à nous parler du bonheur dont son héros a joui de son vivant — bonheur dont la continuation est probable encore après sa mort — ainsi que de l'immortaUté qui doit être son partage, revient à la pente d'idées familières à l'oraison funèbre , et ici encore ses successeurs ont pu trouver des inspirations.

Qu'lsocrate n'ait pas été plus loin pour le motif que nous avons indiqué, ou si l'on aime mieux, parce que son âge, dont il nous parle, lui ôtait la vigueur et l'élan nécessaires pour y réussir, ou bien encore parce que le pathétique allait peu à son talent refroidi par la vieillesse, ou bien enfin parce qu'il ne songea nullement à s'exercer dans un genre qui n'existait pas de son temps à Athènes, c'est chose regrettable sans doute ; néanmoins son œuvre, telle qu'elle est, a jeté quelques clartés devant ceux qui sont entrés dans la nouvelle carrière, et elle fut pour l'oraison funèbre personnelle un objet de fréquentes imitations et un modèle.

ni.

Pourtant ce ne serait pas remonter à la cause première que de s'arrêter à l'influence qu'a pu exercer VÊvagorns : en réalité , que présente l'éloge du roi de Salaniinc, sinon l'emploi de quelques procédés communs au panégyrique et à l'oraison funèbre collective ? Isocrate fut ici particulièrement utile en montrant le parti qu'on pourrait tirer de ces belles barangues politiques que nous venons d'étudier, car elles furent pour l'époque suivante la source féconde où alla puiser l'oraison funèbre personnelle et elles la marquèrent d'un cacbet particulier, d'une empreinte profonde qui ne se perdit pas.

En effet, pour ces rhéteurs si complaisamment prodigues d'barmonieuses paroles, il devait être pénible de renoncer à ces brillants lieux communs : l'antiquité de la patrie, la naissance distinguée de ses premiers habitants, les exploits des ancêtres, l'éloge de la démocratie si chère au peuple et mainte autre forme que nous avons vue successivement passer devant nos yeux. Ils imaginèrent — et rien ne fut plus heureusement trouvé pour leur art ingénieux — de transporter à l'éloge d'un seul ce qui se disait autrefois de l'éloge de tous ; à peine eurentils besoin de quelques modiiicalions légères : ainsi on loua l'individu de la noblesse de sa race, de ses ancêtres, de son éducation, de ses vertus publiques et privées,

comme jadis on louait le peuple de son autochthonie, de ses institutions, de Marathon, de Salamine, etc.... On côtoyait de cette façon l'oraison funèbre collective, lorsqu'on ne rentrait pas nettement dans son cadre ; c'était une manière de la continuer en la rajeunissant et de lui donner, à défaut d'un intérêt aussi général, une action plus précise et mieux sentie sur cette portion de l'auditoire qui touchait plus particulièrement au mort.

Les rhéteurs confondirent si bien, dans leur pensée, ces deux genres en apparence fort distincts, qu'en signalant dans leurs traités les sources de développements où pourraient puiser leurs élèves, et en donnant les préceptes relatifs à ces deux oraisons funèbres, ils ne marquent pas deux méthodes différentes : préceptes, conseils, règles, tout est présenté comme commun, comme s'appliquant également à l'une et à l'autre ; seulement, quand une forme appartient plus particulièrement à l'un des deux genres, le rhéteur l'indique aussi bien que les fM-oportions relatives qu'il convient de lui donner. Ainsi faitDenys d'Halicarnasse, et, pour un lecteur qui ne se serait pas mis au point de vue que nous venons de signaler, le chapitre où il traite de l'éloge funèbre paraîtrait peutêtre manquer de méthode et de cet ordre père de la clarté, lucidus ordo, qui doit se trouver au plus haut point dans tout ouvrage didactique. En le lisant sans être prévenu, on s'étonne de le voir parler de l'éloge individuel, quand on le croit occupé de l'éloge collectif, puis de l'éloge collectif quand on le pense arrêté encore à l'éloge individuel. Il n'en est rien : l'auteur fait marcher de front ces deux méthodes ; les préceptes qu'il donne s'appliquent à toutes deux en même temps, parce que, dans sa pensée, l'une a donné naissance à l'autre et qu'elles peuvent marcher en se donnant la main.

En rapprochant de ce morceau le chapitre de Ménandre dont nous avons déjà parlé, et un autre de Théon sur l'éloge, nous avons, dans toute sa générahté, ce que put être chez les Grecs l'Oraison funèbre personnelle.

Huit parties la composent :

io L'éloge proprement dit, comprenant tout ce que peuvent fournir à l'auteur la naissance, l'éducation, les mœurs, les avantages physiques, moraux et extérieurs ; 2o les lamentations ; 3° les comparaisons ; 4° le bonheur du personnage, pendant sa vie, après sa mort ; 3° l'immortalité de lame ; 6» el 7° les consolations et les exhortations à la famille ; 8o îine prière aux Dieux.

Nous ne garantissons pas toutefois que tous les éloges indistinctement aient été en harmonie avec ces préceptes, et que tous aient présenté invariablement les mêmes caractères : des circonstances exceptionnelles, une heureuse inspiration ont pu produire autre chose ; d'ailleurs, le génie est essentiellement créateur, c'est loin des routes tracées qu'il aime à chercher sa voie et qu'i. la trouve ; or nous n'avons ici que des procédés de rhéteur. Aussi, bien que les productions que nous allons examiner autorisent rénumération des caractères qui précèdent, il est présumablc que des éloges funèbres perdus pour nous ont pu être conçus d'une manière différente et s'éloigner de la méthode aussi bien que des formes que nous venons d'indiquer.

De ces lieux communs, h^s uns, comme la naissance, l'éducation, le bonheur des morts, les consolations et les exhortations aux parents du défunt, nous viennent en ligne directe de l'éloge funèbre collectif; d'autres en procèdent avec quelques modifications, ce sont les mœurs, la comparaison, les avantages moraux, le bonheur durant

la vie ; les avantages physiques et extérieurs, voilà tout au plus ce que Ton peut trouver de nouveau dans l'espèce d'éloges que nous allons étudier. Du reste, les intérêts matériels , les avantages purement humains sont restés ceux auxquels on accorde la préférence , nous le verrons mieux encore en parcourant les monuments élevés sur cette base , les vues terrestres domineront presque exclusivement, même quand il s'agira de la vertu.

Reconnaissons pourtant que les idées religieuses, la croyance à une vie future y ont suivi une progression ascendante assez marquée : chancelantes et indécises encore dans Isocrate, elles ont leur iDlace réservée et préconisée parmi les préceptes de Ménandre. De plus, nous rencontrerons çà et là l'élévation de l'àme vers la divinité dont on ne craint plus de prononcer les noms, la parole et même la prière adressée aux morts, une sorte de désir de voir au delà du trépas pour y saisir une certitude de consécration au profit des vertus qu'on raconte ; sans doute ce dernier trait surtout n'était pas chose nouvelle après Socrate, mais au milieu du matérialisme, devenu depuis général, on peut y voir une infiltration du christianisme.

Voilà ce que fut l'Oraison funèbre pendant la quatrième période, et elle se fit entendre non -seulement sur la tombe de ceux qui avaient joui d'une certaine renommée, mais même sur celle de tout citoyen qui, obscur et sans mérite — le cas avait été prévu par Théon — avait quelqu'un de ses amis ou de ses parents assez éloquent pour prononcer un éloge, ou assez riche pour le demander à un rhéteur. Chacun put donc prononcer l'oraison funèbre de son père, de son maître, de son bienfaiteur, de son ami ; les femmes mêmes jouirent à leur tour de cet honneur,

car Diogène Laërce ' nous rapporte que Xénocrate composa l'éloge d'une certaine Arsinoé. En cela l'Oraison funèbre chez les Grecs se rapprocha de celle qui était en usage chez les Romains ; mais entre autres différences elle n'eut jamais de caractère officiel. Ainsi, tandis qu'à Rome, au rapport de Quintilien *, un sénatus-consulte confiait souvent à un magistrat le soin de louer un mort illustre, à Athènes et dans la Grèce proprement dite rOraison funèbre resta toujours chose privée et toute de famille ; on ne saurait trouver un seul exemple d'éloge prononcé au nom d'une ville quelconque sur la tombe d'un grand citoyen ^

Avant d'aborder les monuments de celte période, on nous permettra quelques réflexions sans lesquelles, jugés à un point de vue qui n'est pas le leur, ils pourraient, après les œuvres remarquables dont nous nous sommes occupé , n'être plus lus sans surprise , ni môme , il faut l'avouer, sans une certaine défaveur.

Pour l'orateur plus encore que pour le poète, les goûts du public sont des lois, et comme le succès appartient à qui les flatte, il faut tenir compte de cette nécessité en étudiant les orateurs d'une époque de décadence.

Or, représentons-nous sous l'immobilité politique de la domination romaine , un peuple littérateur, passionné pour l'éloquence, quoiqu'elle soit désormais sans objet, et fier de ses antiques chefs-d'œuvre. Il apprécie à sa juste

' Liv. IV, § 2, p. 90, édit. Didol. — ' Liv. 111, g 7.

' Nous ne comprenons pas dans ce jugement les villes qui, comme Gaza. i)ar exemple, placées en dehors du monde grec, pouvaient avoir emprunté aux civilisations éU-anirères bien des habitudes, bien des usaf^'cs. Ainsi nous verrons dans Choricius que l'éloge funèbre y était, de par la loi, la récompense de ceux qui avaient honorablement vécu.

valeur l'excellence de sa langue, la plus belle que les hommes aient parlée et qui reste encore pour son oreille la plus suave de toutes les harmonies. Privé de son indépendance, ce peuple ne retrouve sa nationalité que dans son admirable idiome et dans les productions immoilelles des plus beaux temps de sa liberté : peut-on s'étonner que, pour se consoler de ce qu'il a perdu autant que pour protester contre cette conquête qui lui a ravi toute existence active, il s'emprisonne pour ainsi dire dans une vie exclusivement littéraire et au milieu des hauts faits de ses aïeux? Non sans doute : l'étude des monuments de son glorieux passé deviendra l'objet unique de son admiration ; et l'on comprend le seul rôle que, devant un pareil peuple, puisse jouer l'orateur : s'il est soucieux de plaire, évidemment, avant de paraître original, il cherchera à paraître érudit, sera savant, antiquaire même dans le sens littéraire du mot, et ne manquera aucune occasion de rattacher au sujet qu'il traite des éléments empruntés au passé. Sa marche en pourra perdre de sa rapidité et de sa prestesse ; qu'importe ? Même aux plus beaux temps de sa gloire, l'imagination grecque , cette aimable enchanteresse , se pressait peu d'arriver à son but, tant que sur son chemin elle rencontrait des (leurs.

Mais ce n'est pas tout, s'il faut au génie oratoire le mouvement, la lutte, la vie, que faire quand le despotisme a pacifié C éloquence, si ce n'est chercher par un art ingénieux à donner de l'attrait aux sujets sans actualité, sans intérêt, sans grandeur ? D'autre part, quand les habitudes deviennent plus délicates, les manières plus recherchées, la vie plus moite et plus élégante, on demande à la parole des plaisirs plus rafiinés. D'ailleurs on se fatigue de tout, même de la perfection, même des choses qu'on aime le plus : le besoin de nouveauté est un des plus impérieux

que connaisse un public léger , impatient, spirituel et désœuvré ; il ne veut pas qu'on rompe sans doute avec ses chefs-d'œuvre, il veut même que des allusions délicates lui en rappellent toujours le parfum, mais il veut aussi qu'on tâche de faire un peu différemment, puisqu'il est impossible de faire mieux.

Aussi, api'ès la nécessité de paraître érudit, venait le besoin de paraître ingénieux, spirituel, neuf, et quand ces qualités rares et qui ne peuvent se passer d'une certaine sobriété , sont réclamées par le public , la recherche et l'affectation sont bientôt les défauts de l'écrivain qui s'eflorce de le satisfaire , tant il est difficile de se bien tenir sur ce terrain dangereux !

Si du moins l'insuccès punissait quelquefois l'orateur de ses témérités de langage ! iMais non, il a voulu être agréable, on lui sait gré de ses efforts, et l'indulgence lui est acquise : s'il offense notre goût, nous n'avouons qu'à demi de légitimes répugnances et il nous plaît par cela seul que nous avons remarqué en lui au plus haut point le désir de nous plaire.

L'éloquence funèbre dans les conditions où nous venons de la montrer, fut chère à tous les rhéteurs, parce qu'elle convient à la médiocrité ; on s'expliquera donc qu'ils l'aient adoptée sans partage, et l'aient fait prévaloir si longtemps malgré tous ses défauts. Quelle n'était pas en effet la popularité et l'influence des rhéteurs ! On se ferait difficilement une idée de l'ascendant dont ils jouissaient dans cette vie oisive du peuple le plus intelhgent de la terre : leur tribune était pour eux quelque chose comme un trépied du haut duquel ils laissaient tomber leur parole plus vénérée que celle d'un oracle ' ; nous allons

E>>>ï3vwv wx\ 7r/joT:7ï;Tov. (./El. Aristide, édil. Jcbb, 1. 1, p. 88.)

les trouver peut-être d'une arrogance et d'un orgueil extrêmes, mais songeons qu'ils avaient bien le droit de se faire illusion, eux dont la présence et la parole étaient sollicitées comme un bienfait, et qui, chaque jour, tenaient une population tout entière, attentive et ravie, suspendue à leurs lèvres et s'enivrant de la douce mélodie de leur voix'.

Pénétrons-nous donc bien de cette action réciproque de l'auditoire sur l'orateur, de l'orateur sur l'auditoire, avant d'aborder les oraisons funèbres qui vont suivre : elles gagneront à être envisagées ainsi ; du reste elles sont loin de manquer d'intérêt, car, après les ouvrages marqués du sceau de la perfection, rien n'appelle l'attention comme ceux où l'on trouve le caractère original d'une époque, ses qualités et ses défauts, se montrant franchement, avec une foi robuste en soi et un naïf orgueil.

' Il est d'ailleurs une chose, perdue pour nous sans doute, mais dont on ne lient pas assez compte à ces rhéteurs, c'est l'accentuation savante du langage, cette musique de la parole qu'ils ont possédée au plus haut point.

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