DE LA MONODIE
L'oraison funèbre personnelle , calquée sur l'oraison funèbre politique, ne pouvait être et ne fut en eftet qu'un panégyrique et môme un panég}i'ique composé en vue d'une assemblée nombreuse : mais si le cœur humain trouve de la satisfaction à louer publiquement les morts qu'il a aimés, il éprouve aussi le besoin de leur donner des larmes, non plus devant la foule , mais seul , dans l'ombre et le silence ; de là la Monodie '.
En nous occupant de l'oraison funèbre primitive, nous avons parlé de l'antique coutume observée avant Homère et dont nous trouvons la trace dans ses poèmes ; les diflerents membres de la famille venaient, avons-nous dit, épancher successivement leur douleur dans des adieux pleins de tendresse. Cet usage ne pouvait , en
' Monodie^ |xovw^ia — fxdvo; îxîïj.
raison de son caractère tout privé, être atteint par le décret dont parle Gicéron. Il se perpétua d'âge en âge et existait encore à l'époque où nous sommes arrivés, témoin ce passage de Lucien qui s'en moque comme de tant d'autres choses :
« Bientôt la mère et le père aussi ma foi, s'avançant du » milieu des parents, vont embrasser le défunt (supposons » que c'est un jeune homme, le drame n'en sera que plus » pathétique) et se répandent en discours insensés, ridi- » cules, auxquels le mort ne saurait que répondre, s'il » recouvrait la parole. Le père vient donc et d'une voix » lugubre, en accentuant longuement chacun de ses mots : » Mon fils bien aimé, dit-il, tu es perdu pour moi, tu es » mort, tu m'as été ravi avant l'âge ; tu me laisses tout » seul, infortuné que je suis, avant que tu aies goûté les » douceurs du mariage, sans laisser de postérité, sans » avoir porté les armes, ni cultivé nos champs, sans être » arrivé à la vieillesse. Hélas ! mon fils, tu ne feras plus » la débauche, ni l'amour, tu ne t'enivreras plus avec » les jeunes gens de ton âge ' ! »
Nous ne prendrons pas au sérieux les railleries du philosophe ; ne voyons dans ses sarcasmes qu'une seule chose, c'est que ces adieux durent souvent, par leur expression saugrenue, irriter la fibre irascible de celui qu'on pourrait appeler le Voltaire du paganisme.
C'est dans cette expansion spontanée de douleur domestique qu'il faut chercher l'origine de la Monodie, seulement l'art s'y mêla à la nature pour la rendre plus puissante et trop souvent en gâta la naïveté. Ménandre, dans le traité déjà cité, a consacré un assez long chapitre
' Tlepï nivOùvç, g -13.
à cette variété de l'Oraison funèbre ; nous lui avons donné place dans l'appendice qui termine ce volume, toutefois détachons-en quelques lignes qui marquent bien le caractère particulier à ce genre.
tf Quel est le but de la Monodie ? Exhaler des lamenta- » lions et des plaintes... Mêlez à vos larmes l'éloge, mais » que vos regrets occupent partout la place principale. » Le discours ne doit pas être purement un panégyrique, ') l'éloge ne doit y figurer que comme moyen de justifier » les pleurs. »
Une différence bien tranchée existe, comme on le voit, entre la Monodie et l'Oraison funèbre ; rendons-la plus sensible par quelques développements et par la réunion de tous les éléments de cette dissemblance.
Et d'abord , la Monodie se distingue par cet isolement dans la douleur que nous a déjà indiqué son nom. L'Oraison funèbre ne se sépare pas de l'appareil de la cérémonie; de la tombe devant laquelle parle l'orateur : de la foule immense qui écoute, se souvient, admire et regrette ; de la famille à laquelle il faut des exhortations, des consolations, plus encore que des larmes la
Monodie prodigue sa douleur seule, pour elle-même, sans pompe extérieure, sans assistance, sans personne qui l'écoute, personne dont elle ait à tenir compte ; sans exhortations, sans consolations pour la famille : et son plus pressant besoin est de donner de l'aiguillon à la tristesse, loin de s'évertuer à sécher les pleurs.
De plus, et nous venons de le dire , l'Oraison funèbre est bien moins une lamentation qu'un éloge : grave et calme, elle pousse parfois la louange du mort jusqu'à atténuer les raisons que l'on peut avoir de déplorer sa perte, et l'exaltation do son bonheur durant sa vie est une des formes principales (|ui lui servent de base. La Mono-
die, au contraire, est une pure lamentation : sans rompre avec l'éloge , elle en fait un usage bien plus discret ; l'éloge même n'est admis chez elle que comme moyen d'arriver progressivement à d'impétueux élans de désespoir ; or, comme dans ces mouvements tumultueux, le cœur ne connaît ni loi ni mesure, il en résulte que, contrairement à l'Oraison funèbre qui a sa méthode, sa ligne toute tracée, la Monodie ne connaît nulle entrave *.
Autre différence : l'Oraison funèbre, avec les caractères que nous ont permis de reconnaître en elle les passages traduits des différents rhéteurs, s'accommode sans doute de tous les âges, mais elle n'a jamais de ressources plus fécondes que quand l'objet de ses éloges est un homme qui a marché longuement dans la vie, un vieillard. Cela se comprend : plus les événements, plus les faits auxquels aura été mêlé le défunt auront été nombreux, plus il aura connu de situations différentes, de vicissitudes diverses, plus enfin les périodes de sa vie auront été complètes, plus aussi il y aura matière à éloges, vrais ou faux, le cas ne nous regarde point. Au contraire, la Monodie, avec cette mollesse quelque peu féminine qui lui est propre, ne peut convenir à tous les personnages, à tous les âges, à toutes les conditions : l'homme mort dans toute la force de la virilité, avec le prestige d'une vie illustrée par des vertus, des honneurs, des services, a revêtu une sorte de majesté austère et digne qui veut être pleurée avec une majesté et une dignité non moins grandes ; ce n'est pas pour lui et encore moins pour les vieillards que retentira la Monodie ; mais elle se trouvera vraiment sur son terrain quand il s'agira d'enfants ^
Voir à l'appendice De la Monodie.
Ibid. ibid.
d'êtres chéris moissonnés dans l'adolescence, de jeunes femmes pleurées par leurs époux '. Ici en effet nous retrouvons toujours l'être gracieux et faible perdu pour l'être le plus fort, et, dans ces conditions, les tendres apostrophes, les larmes, les plaintes suivies de larmes nouvelles, puis de larmes encore, voiKà peut-être l'éloge qui convient le mieux à celui que la mort a ra\i dans sa fleur.
C'est donc à tort que Westerman établit entre ces deux genres cette seule distinction. « La Monodie est une la- » menlation : elle diffère de l'Oraison funèbre en ce » qu'elle se dit, non-seulement des morts, mais encore » d'une calamité quelconque ^ » Sans doute nous avons des monodies qui déplorent un tremblement de terre comme celles que composèrent Aristide à propos de la destruction de Smyrne, et Libanius pour une catastrophe semblable arrivée à Nicomédic : mais ce qui caractérise véritablement la Monodie, c'est essentiellement la plainte, et cela est si vrai que, dans l'âge suivant, le mot e^&^vo; s'employa concurremment avec le mot [Lov^êLv.. Ainsi, en parlant d'une monodie de Denys de Milet, Philostrate
écrit SyrrJOJ îÇ ULO-jy^rÀj ".
Un pathétique véritable et profond distingue donc la Monodie , puisque tout entièie aux regrets , elle éNite soigneusement les consolations :
El noluit consolari qui non sunt.
Par là peut-être se rapproche-t-elle davantage de nos mœurs et des habitudes que nous ont faites notre civih-
' Voir à rappendice De la Monodie.
=■ Page ^o.
•* Westerman, p. 4(>.
sation et le christianisme. Elle est aussi en principe plus voisine de la nature, parce qu'elle est libre de toute forme arrêtée à l'avance et adoptée par convention. Aussi, bien qu'elle ne soit qu'une œuvre élaborée dans le silence du cabinet, ou un exercice de déclamation, et, dans tous les cas, une production qui ne connaissait pas le grand jour, elle nous semble réclamer une place dans ce travail ; revenons donc sur nos pas pour étudier cette seconde forme de l'oraison funèbre personnelle.
HIMÉRIUS
MO>ODIE SUR LA MOUl DE SOiN FILS RLFLN
Le discours qii'Himérins composa sur la mort de son fils Rufin est bien véritablement une monodie avec tout ce qu'elle comporte de lamentations, et le cœur d'un père fortement ébranlé })ar un coup aussi sensible nous aurait révélé toute la puissance pathétique de ce genre, si ce père n'avait été un sophiste et n'avait gâté le sentiment \ rai, simple et profond par l'exagération, la recherche et l'emphase.
Que penser en effet d'un auteur qui commence à pleurer la perte de son fils par un exorde aussi étrange :
« J'ai tort de prendre la parole pour la mort de Rufin, » mais puisque, dans cette tragédie, le destin ne m'a » réservé que la monodie, je parlerai néanmoins, car il » ne semblerait pas juste qu'il ne fi\t pas pleuré par l'élo- » quence, celui qui fut le fils de l'éloquence même. 0, » quelle illustre matière ( vTroôêcn; i ! La fortune dans sa » munificence a donc voulu que les paroles de ton père » fussent ton partage ! Que ne puis-je les prononcer de- » bout sur la tombe ! Que no puis-je faire de ton tombeau
» cette tribune dont jouissent les mortels trois fois heu- » reux ! Mais tu m'as été ravi sans avoir pu échanger » avec moi quelques mots, quelques adieux, sans m'avoir » laissé la douceur de tes derniers embrassements ' ! »
Quelle froideur! Et sous un air de fausse tristesse, que de jactance et d'orgueil !
Pourtant, tout n'est pas aussi mauvais dans cette œuvre : il y a deux fragments beaucoup moins déclamatoires qui nous montrent ce qu'aurait pu faire Himérius sans celte fatale affectation ; rapprochons-les, quoiqu'ils appartiennent l'un au commencement, l'autre à la fin du discours ; débarrassés du fatras qui les encadre, ils formeront un agencement incomplet et tronqué sans doute, mais bien supérieur encore à tout l'ensemble :
« Mais la destinée semblait préparer {mSIvîiv) ce malheur )^ du jour où elle nous priva, moi de ta douce présence, » toi de mon sein et de mes baisers. Mais pourquoi accu- » ser la fortune ? C'est moi , mon fils , qui t'ai perdu, » car pourquoi m'étais-je éloigné de tes embrassements? » Tu as été la proie que m'a dérobée la haine, le com- » plément de mon être que m'a ravi un injuste démon. » 0 jour fatal et cruel ! de quelles ténèbres tu as obscurci » pour moi une si vive lumière ! Chaque jour, l'oreille » attentive, j'attendais la nouvelle trois fois désirée, » toujours je cherchais des yeux autour de moi le messa-
» ger qui devait me dire : Rufin arrive Et au milieu
» de cette attente , quelle affreuse nouvelle le sort a » mise à la place d'une nouvelle fortunée ? Moi-même » je préparais pour toi la maison, le bain, les jouissances » de la richesse, tout ce que les hommes comptent parmi » les biens ; ce à quoi je songeais la nuit, je le disposais
' Edit. Didot.
» Je jour : malheureux ! je ne savais pas qu'au lieu de » bain, il fallait te préparer un sépulcre, au lieu d'une » maison, un bûcher et un tombeau, au lieu des délices » de l'opulence, les présents les plus tristes que puissent » offrir les hommes, les derniers devoirs. Plût aux Dieux » que tu ne fusses pas né pour moi, mon enfant , ou que, » venu au monde, tu n'eusses pas fait briller tant de » qualités de l'esprit et du corps ! A peine sus-tu parler » que déjà tu prononçais des harangues (èc^ïj/xavwveeç), tout » ce qui vit sous le soleil était suspendu d'admiration à n tes lèvres et tu balbutiais encore î etc.. »
Le reste n'est que le développement de plus en plus exagéré de ce que nous trouvons ici d'exagérations déjà si choquantes. Ainsi ce petit prodige, on ne se contente pas de nous le montrer supérieur à Périclès foriué à l'éloquence par Anaxagore, il était orateur dès le berceau ((Tïj/xïjyd/ioç ex ,t/£<7wv «TTraûyâvwv), autant Vaudrait le faire commencer dans le sein même de sa mère. Mais voyons le second fragment :
« Désormais les lieux les plus aimés me sont désagréa- » blés et odieux : je n'aurai plus que du dégoût pour ce » que j'estimais au plus haut prix. Il a servi à ton sépul- » cre, ce bosquet charmant que j'avais planté pour ton » hymen. Où désormais , à mon retour, me serreras-tu » dans tes bras ? A la maison / Mais tu l'as quittée pour » toujours et elle n'est plus pour moi qu'un souvenir des » plus douloureux de mon malheur ! Sera-ce dans ces y> bois sacrés et épais ^ Oui , je t'y rencontrerai encore, » mais tu m'y offriras des ruisseaux de larmes et non » plus des baisers ' ! Parla mort tu m'as fermé les
• Quô me miser conferam ? lu capitoliimi ne ?... Al fratris sanguine redundat... an donium ?... Malieui ne ut niiscrani lanicn-
» portes de la ville, car de quel œil pourrais-je les fran- » chir encore ? Tu m'as fermé celles d'Eleusis, comment » pourrais-je approcher du temple des déesses dont j'ai
» à me plaindre? Gomment adresser des supplications
» au Dieu de nos pères, mol père irrité de la mort de mon » enfant ? Me présenterai-je encore dans l'assemblée des » Grecs, quand il me faudrait commencer chaque dis- » cours par l'expression de mon deuil ? Si je jette les yeux » sur les jeunes gens de ton âge, pourrai-je supporter ma » douleur ? Comment me raidir contre mon infortune 2> quand je reverrai la jeunesse de mon école dont tu étais » en mon absence le pasteur et que tu dirigeais , sinon » par tes paroles, du moins par les grâces de ta personne ? » Tu étais encore un protecteur pour ma vieillesse dans » l'affection générale dont tu étais l'objet : en pensant à » toi on etit rougi de me faire de la peine , tes jeunes » années excitaient plus de respect que mes cheveux
)) blancs
» 0 cher enfant , cause naguère de
» tant d'espérances et maintenant de tant de douleurs, » appui de mon foyer qu'aujourd'hui tu éteins, tu ren- » verses ! Toi qui brillas pour moi plus tôt que l'étoile du » matin, mais qui disparus aussi bien vite, ce fut pour » moi le plus radieux de tous les jours que celui où le » soleil te montra pour la première fois sa lumière et » ce fut pour moi le plus sombre et le plus malheureux » que celui où je reçus la triste nouvelle de ta mort ! etc. » Ajoutons un dernier passage , celui qui termine le discours :
« Tu t'en es donc allé, ô mon fils, où le démon t'a
tanlemque videam etabjectam ! (C. Gracchus cité par Quintilien, liv. XI, g 3.)
» conduite Mais autant que cela sera possible à ton père, » tu seras immortel, fusses-lu môle aux joies des Dieux
» dans le ciel II n'est point vraisemblable, en effet,
» qu'une telle âme soit descendue dans les Enfers au « lieu de monter vers les Dieux. Je t'offrirai des jeux » funèbres, je transmettrai ton nom à la postérité et je me 1) montrerai en cela plus jaloux que le démon qui t'a ravi. » Je lui laisse ton corps qu'il possède, mais que le ciel » ait ton âme et que les générations humaines gardent le » dépôt de ta gloire '. »
Nous avons passé bien des choses et sans regret, pourtant revenons sur ce que nous avons omis pour relever quelques singularités qui ont dans notre littérature actuelle des analogies remarquables.
Tout le monde connaît cette orientale de Victor Hugo :
« Que j'en ai vu mourir, hélas ! de jeunes filles ! etc. »
On se rappelle surtout ce passage que le poète semble n'avoir introduit à la fin de sa mélancolique élégie que pour la gâter, et faire succéder aux charmes d'une poétique tristesse un sentiment de dégoût et d'horreur :
« Un spectre, au rire affreux, à sa morne toilette » Préside au lieu de mère, et lui dit : 11 est temps ! » Et, glaçant d'un baiser sa lèvre violette, •) Passe les doigts noueux de sa main de squelette » Sur ses cheveux, longs et flottants !
.) Puis, tremblante, il la mène à la danse fatale, etc.. -
Étrange coïncidence de toutes les littératures vieillies et qui visent à l'originalité par la recherche ! Ce n'est pas sans surprise qu'on voit Himéiius rencontrer, dans un
' Himérius so répète : il a dit à peu prés la môme chose des morts de Marathon. Voir page -150.
ordre d'idées tout différent, une fiction à peu près semblable :
« 0 Gérés et Proserpine , vous n'avez point veillé sur » celui qui s'était mis sous la protection de vos autels ! » Il est initié, mais c'est dans le temple infernal ; il est » initié, mais cen'est pas son père qui l'a conduit à la ce- » rémonie, c'est quelque démon hideux et cruel (axve/:w7ro0 » x«l TTtxpov Mi^ovoq) ; ce n'est pas le feu sacré d'Eleusis » qu'il contemple , mais les torches des Éi ynnis et des » Furies. »
Cette intervention de l'esprit du mal , cette mythologie satanique qui a pour le poète français et son école tant de charmes, nous la retrouvons à chaque pas dans cette production d'Himérius ; le mot c?«£>wv est employé par lui avec une prédilection marquée. Est-ce un souvenir delà philosophie alexandrine ? Est-ce un effet des croyances du christianisme ? Je crois plutôt à cette dernière influence qui, nous l'avons dit, avait, en dépit d'eux-mêmes, envahi les païens les plus endurcis. Himérius rapporte à cet esprit infernal la cause de la mort de son fils. Après des éloges donnés aux vertus du jeune homme , il ajoute :
« C'est pour cela sans doute que le démon pervers et » cruel s'acharna à la lutte : après bien des assauts il » s'était retiré impuissant , mais il finit par t'ébranler, » grâce à ses ruses secrètes. A ce qu'on me rapporte, » même au dernier moment, tu ne lui as pas aban- » donné la victoire ; et tout en faiblissant quant au corps, » tu n'as pas cédé quant à l'âme : il te serrait la gorge » avec violence , toi cependant , déjà sous la pression » de la fatale étreinte , tu parlais de Minerve, ta chère » nouriice, jusqu'à ce que t'ayant privé de tout secours, » il acheva de serrer le lacet mortel. » Sans doute on pourrait voir dans ce dernier passage une personnifica-
tion do la mort, il en est de même de quelques endroits où ce même mot peut se traduire linr destin , sort, fortune, mais il en est d'autres, et c'est le plus grand nombre, où le mot démon est nécessaire, témoin celui que nous avons rapproché d'une strophe de Victor Hugo.
Puisque nous relevons quelques pensées originales, notons encore un passage qui semble aussi un reflet de notre civilisation : la piété, les vertus du jeune homme y sont présentées comme des symptômes qui annonçaient à ses amis sa fin prochaine :
« Depuis longtemps déjà tu méditais de nous quitter : )) depuis longtemps ceux qui t'observaient pouvaient re- » marquer que tu étais trop pur pour cette terre, etc.. »
Malheureusement cette délicatesse de pensée est ici assez rare : toutefois, malgré le mauvais goût et l'exagération déclamatoire qui altèrent si souvent le cri du cœur dans cette œuvre de sophiste, les deux fragments cités plus haut ont de quoi nous faire bien comprendre ce qu'était la Monodie , et nous pourrions nous borner à citer simplement celle de Libanius si ce rhéteur ne l'avait traitée d'une manière neuve et originale qui la fait sortir des règles que nous avons indiquées.