‹ De l'oraison funèbre dans la Grèce païenneChapitre 23 sur 32 · DL DISCOURS DE CONSOLATION · texte numérisé non relu

DL DISCOURS DE CONSOLATION

Quand Euripide, le plus orateur des poètes, met en scène Ulysse chargé d'une de ces missions difficiles que les Grecs confiaient souvent à la souplesse de son génie, il nous le montre toujours commençant par adopter on apparence, les sentiments qu'il vient combattre : ainsi procède le discours de consolation. Son but visible quand il débute est d'exalter la douleur comme pourrait faire la Monodie : la ressemblance des deux méthodes en fait tout d'abord une sorte de discours funèbre, de là la nécessité de lui donner place dans ce recueil.

» Le discours de consolation, dit Ménandre, pleure, lui » aussi, celui qui n'est plus et grandit l'importance de la » perte en augmentant le pathétique autant que le per- » met la parole. Il se sert à cet effet des moyens que y> nous avons indiqués en parlant de la Monodie *. »

Ainsi c'est d'abord à l'éloge, à l'éloge fait avec exubérance que Ménandre veut qu'on emprunte les moyens de consoler ; le passé, le présent, et ménK^ l'avenir — par

' Voir à iaitpendicc la traduction de ce cliapilre.

les espérances de perfection dont l'attente est trompée — voilà les trois sources auxquelles il recommande de puiser, en donnant aux regrets une vivacité toujours croissante : car la meilleure manière de préparer la consolation est d'adoucir l'amertume des pleurs en les faisant couler avec abondance.

Les consolations proprement dites — le but véritable à atteindre — se trouvent reléguées dans la seconde moitié du discours ; elles sont en général tirées du spectacle des misères humaines dont le défunt est affranchi, ou de la nécessité de la mort commune à tous les hommes, ou d'autres considérations analogues et de tout ce que peut donner une philosophie douce et résignée. Les vues religieuses ne font pas défaut cependant, voici même un passage d'une pureté toute platonicienne et dont le chrétien qui console pourrait s'inspirer au besoin.

c< Je suis convaincu qu'il est allé habiter les Ghamps- » Élysées avec Rhadamante , Ménélas, le fils de Pelée et » de Thétis, avec Memnon, ou plutôt il vit sans doute » maintenant au milieu des Dieux , il parcourt l'Éther, » abaisse sur nous ses regards, et peut-être nous blàme- » t-il de nos larmes. En effet, d'origine céleste, notre » àme, après être descendue des cieux, se hâte de remon- » ter à son principe. »

Quoique ce double procédé nous donne bien la méthode la plus généralement suivie, gardons -nous de croire qu'elle ait été employée seule et à l'exclusion de toute autre ; on comprend d'ailleurs toutes les modifications qui ont pu résulter de la diversité des circonstances, des personnes, des positions et des caractères.

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