‹ De l'oraison funèbre dans la Grèce païenneChapitre 30 sur 32 · DU DISCOURS DE CONSOLATION · texte numérisé non relu

DU DISCOURS DE CONSOLATION

Le discours de consolation pleure, lui aussi, celui qui n'est plus et grandit l'importance de la perte en augmentant le pathétique autant que le peut faire la parole. Il se sert à cet effet des moyens que nous avons indiqués ' en parlant de la Monodie. Il faut ne

' Nous avons déjà regretté que l'édition Teubner, dont nous nous sommes servi, laissât à désirer pour la correction et la ponctuation des textes ;

pas perdre de vue que la Monodie se compose de ces lieux communs élogieux : la famille, le naturel . Tcducalion. rinstruclion, les mœurs, les actions. Gardez-vous bien de prendre un à un toute la série des éloges : lorateur ne doit point paraître froidement maître de lui, mais en proie à Texaltalion de sa douleur. Vous partagerez les éloges conformément à la division en trois temps [présent , passé . futur] que nous avons établie. Quiconque offre des consolations doit procéder ainsi dans la première partie de son discours : qu'il dise par exemple, s'il se trouve que le défunt soit mort jeune : « 11 a succombé à la fleur de son âge et » de la manière la plus déplorable, et il a trompé les espérances »' de ses parents et de sa ])atrie : car il n'était pas un homme vul- » gaire, il avait au contraire telle et telle (jualité.... Voilà pourquoi »> je ne blâme pas ceux qui pleurent, ceux qui regrettent un tel >• homme. »

Puis faisant parler la douleur avec une force croissante, selon l'occurence. vous passerez à la seconde partie de votre discours, aux consolations. Vous commencerez à peu près de cette manière : « J'aurais lieu de m'étonner, ô parents ici présents, s'il ne vous » était pas venu à l'esprit quelque souvenir de ce que dit l'excel- >. lent poète Euripide, qui fut véritablement le nourrisson chéri des » Muses: Il faut, dit-il, quand un homme vient au monde, pleurer » en songeant au devant de quels maux il s'avance ; quelqu'un » meurt-il au contraire, laisse-t-il là le fardeau de ses peines, on » doit se réjouir et en le félicitant le conduire à sa dernière de- » meure. » Vous ne citerez pas textuellement tous les vers du poète, ils sont sus et connus de tout le monde, mais vous en reproduirez le sens, vous ferez de même pour ce qu'Hérodote rapporte de Cléobide et de Biton. Quelques mots de philosophie à ce propos ne seront pas déplacés sur la nature de l'homme en général : vous direz par exemple ([ue la divinité a voué les choses humaines à la mort : que pour tous les hommes, le trépas est le terme de la vie et que les héros et les enfants des Dieux n'ont pu l'éviter ; ceci vous permettra d'autres digressions sur ranéanlissement des cités mêmes et la destruction radicale de certains peuples -. \ous

on pourrait cii dire autant de l'arrangement des chapitres. Ainsi le discours de consolation (chap. IX; y figure avant l'oraison funèbre (chapitre XI) el la monodie (chap. XVD ; et pourtant il est clair en le lisant (ju'll ne devrait venir qu'en troisième ligne, puisque l'auteur y parle dr la Monodie à laquelle il renvoie, comme d'un sujet déjà traite.

pourrez dire encore que le départ le plus prompt de cette terre est le meilleur, puisqu'il nous délivre de l'injustice, de Tavidité et des rigueurs imméritées de la fortune -, que ce qui se trouve en majorité dans les choses humaines, ce sont les tourments causés par les maladies ou les chagrins. Vous ajouterez ensuite que si la vie est un bien, le défunt en a suffisamment joui et vous direz de lui ce que vous savez, par exemple qu'il s'est fait remarquer à la tribune (si la chose s'est présentée) ou au timon des affaires: si au contraire la vie est un mal, c'est une faveur de la fortune que d'en ôtre quitte et dans ce cas le mort a échappé aux misères d'ici-bas. Vous direz en outre : « Je suis convaincu qu'il est allé habiter » dans les Champs-Elysées avec Rhadamante , Ménélas , le fils » de Pelée et de Thétis, avec Memnon, ou plutôt il vit sans doute » maintenant au milieu des Dieux, il parcourt l'Éther, abaisse sur » nous ses regards, et peut-être nous blâme-t-il de nos larmes. » En eflet, d'origine céleste, notre âme, après être descendue des » cieux, se hâte de remonter à son principe. C'est ainsi qu'Hélène, » les Dioscures et Hercule vivent , dit-on , avec les Dieux. Céléw brons donc le défunt comme un héros ou plutôt proclamons-le » heureux comme l'un des immortels, reproduisons son image , » invoquons-le comme un Dieu. »

Donnons à ce discours une étendue proportionnée au sujet. Reconnaissons en outre que le discours de consolation peut être prononcé de vive voix ou traité par écrit selon les préférences de chacun.

CHORICIUS DE GAZA

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