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L'OUED-GHARBI

LA ZONE DÉFJANDAGE, LERG, LE TIN-ERKOUK,

LE MEGUIDEN ET LE TADMAÏT

La région sud-occidentale de la province d'Oran a été jusqu'à ce jour peu étudiée ; c'est à peine si depuis quelques années l'on parcourt, sans trop de difficultés dans leur totalité, les steppes à alfa des Hauts-Plateaux et la zone montagneuses des Ksour. La proximité de la frontière marocaine, où les turbulentes tribus des Béni- Guil, desOulad-Djerir, desDoui-Menin, échangent trop souvent des coups de feu avec nos indigènes, Hamyan et Amour, et razzient leurs trou-

peaux, rendait difficiles et dangereuses les études de détail.

On y était toujours un peu sur le qui-vive et il fallait aux impedimenta nécessités par de longs campements, joindre le poids lourd d'une forte escorte.

Vers Ich et Figuig, on ne pouvait même pas songer à séjourner et l'on devait, des postes de Sfissifa, du col de Founassa, de Djenien-bou-Rezg, pousser des raids aussi loin que le permettaient les montures et, bien vite, revenir nuitamment se mettre en sûreté dans les bordjs.

Enfin, dans le Sahara au-delà du dernier ridement montagneux de l'Atlas, au sud du revers méridional de la chaîne de la Ghelida et de la Chebket-Brezina, c'était pays ennemi, le bled des gens de Si-Kaddoar. L'autorité militaire n'eût jamais consenti qu'un européen y pénétrât profondément.

Jusqu'en 1890-1891, Benoud et El-Mengoub étaient les points extrêmes que les officiers des cercles du sud avaient ordre de ne pas dépasser, lorsqu'ils accom pagnaient chaque automne, au départ, les caravanes algériennes se rendant au (iourara et au Touat pour opérer leurs transactions annuelles.

Depuis cette époque, les hésitations de Si-Kaddourben-Hamza, lo chef religieux des Oulad-Sidi-Cheikh, oui, cessé; aujourd'hui définitivement gagné à notre

cause, avec l'aide de son frère, l'agha Si-Ed-Din, et des siens, il a, peu à peu, rendu possible la pénétration de cette partie du Sahara (1).

Au cours de notre mission, nous avons pu personnellement parcourir et étudier les diverses régions désertiques qui se succèdent du nord au sud, depuis le ksar dEl-Abiodh Sidi-Cheikhj jusqu'aux plateaux pierreux de Tadmaït ; nous allons tenter d'en donner une description succincte, d'en faire ressortir la fonction propre à chacune d'elles, et surtout de montrer combien étaient erronées les notions que l'on possédait sur ces pays et tout particulièrement sur la puissance et l'étendue des grandes dunes de l'Erg occidental réputées, hier encore, impénétrables.

(i; En novembre 1892, M. l'ingénieur des mines, Jacob, accompagné de M. le lieutenant Fariau, du bureau arabe de Géryville, descendait l'oued Namous, traversait une partie de l'Erg, atteignait Haci-Ouchen et remontant jusqu'à Haci-bou-Zid gagnait El-Goléa.

En mai-juin 1895, M. le Commandant Godron, MM. les lieutenants Sarton du Jonchay, de Lamothe et M. l'interprète Palaska, en compagnie de l'agha Si-Ed-Din, descendaient l'oued Gharbi. touchaient Tabelkoza et par Haci-Ouchen, remontant de nouveau l'oued Gharbi et la hammada au N.-O. de Benoud, rejoignaient Mo^hrar-Talitani et de là Aïn-Sefra.

Si Kaddour ben Hamza

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LA HAMMADA, L'OUED-GHARBl

La Hammada. — On sait que le Sahara oranais se divise en larges bandes parrallèles, obliques sur les méridiens, qui continuent ainsi, au sud, la disposition si remarquable, si caractéristique du Nord Africain; ce sont les hammadas et les grands oueds qui les entaillent, les grandes dunes de l'Erg, la vallée du Meguiden et le Tadmaït.

Au pied du dernier accident orographique de la chaîne atlantique, se développent les immenses plateaux de hammada, et cela, depuis la Chebka du Mzab a l'est, jusque dans l'extréme-ouest, vers les rivages océaniques au sud de l'Anti- Atlas marocain ; sans ressources, presque sans pâturage et sans points d'eau, les hammadas constituent dans le désert le

vrai désert.

Les éléments de leur sol caillouteux, arrachés aux rochers des montagnes des Amour, pendant les périodes géologiques antérieures, à la suite d'actions lentes, se sont cimentés, donnant naissance à des masses de

poudingues et à des conglomérats puissants, disposés en terrasses géantes qui disparaissent bien loin dans le sud, sous l'envahissement des sables.

Les surfaces rugueuses de ces plateaux, tour à tour et par places., se sont désagrégées ou polies sous l'action incessante des agents atmosphériques.

L'homme parcourt péniblement ces espaces arides,

Giralt, te.

Une rue à El-Abiodh-Sidi-Cheikh

le pied des bêtes de somme y est hésitant, les pasteurs iic s'y aventurent qu'à la saison des pluies et sans s'y enfoncer jamais ; ça et là, alors, dans quelques fonds de daïas, dans des r'dirs OU dans des mecheras, on trouve suffisamment d'eau pour abreuver les troupeaux.

En une uniformité monotone se succèdent, avec

les mêmes aspects, ces mêmes terrains, ces mêmes surfaces désolées, et pour ainsi dire infinies, depuis le Djebel-Tismert, le Sbâ-et-Tine jusqu'à la zone très spéciale qui forme la bordure des Areg.

Les Oueds sahariens. — Perpendiculairement à la direction qu'affectent les hammadas, et les entaillant profondément, de larges coupures brusques traversent ces plateaux déserts ; ce sont les vallées fertiles des grands oueds : les oueds Seggueur, Gharbi, Namous et, à l'ouest, l'oued Zousfana qui, sous le nom de Saoura, va porter ses eaux jusqu'au Sahara central. La route que nous avons suivie pour atteindre le Tin- Erkouk est celle des Oulad-Sidi-Cheikh ; elle emprunte dans le premier tiers de son parcours la riche vallée de l'Oued-Gharbi (El-Khebiz;.

Les oueds sahariens, larges dépressions bordées de falaises abruptes, n'ont d'eaux vives qu'à la saison des pluies, lorsque la quantité d'eau tombée dans les massifs montagneux septentrionaux est assez considérable pour amener une crue; ce fait ne se produit pas annuellement, mais alors, par places, l'eau météorique se maintient dans tontes les déclivités du sol, dans les bas-fonds argileux peu perméables, dans les sillons nombreux des mecheras ; d'octobre à avril-mai, les

r'dirs sont presque toujours suffisants pour permettre l'utilisation des gras pâturages qui occupent tout le lit de l'oued.

Si une crue se produit, c'est toujours avec une violence extrême, une rapidité effrayante que rien ne saurait arrêter ; les forêts d'arichs (tamarix) qui peuplent ces oueds sont souvent dévastées, les falaises s'éboulent, les berges se modifient, le sol s'érose ; ici il se creuse, là les apports limono-sableux, brusquement arrêtés, s'élèvent en dunes; absolument comparable à un mascaret, la masse liquide descend tumultueusement vers le sud ; sa muraille mobile paraît ne pouvoir laisser derrière elle que ruine et dévastation : elle apporte au contraire la richesse et la fertilité.

Quelques jours après une pareille inondation, tout reverdit, les arbres, les arbustes se couvrent de feuillage, les gazons épais tapissent le sol, les fleurs s'épanouissent, les paysages se tran forment, et, si l'arabe pasteur n'est pas ému par le seul spectacle de ce rajeunissement et de ce réveil de la nature, il n'en éprouve pas moins une grande joie, car c'esi pour lui la nourriture assurée de son bétail pour de longs mois, c'est-à-dire L'abondance, les échanges possibles dans un avenir proche, son existence rendue facile, son bien-être certain.

Oued-Gharbi. — L'Oued Gharbi est un fleuve de sable dont le lit est souterrain ; de nombreux puits le jalonnent et rendent cette route naturelle praticable en toute saison.

En 1894, il n'existait encore le long de ce cours d'eau que des puits aménagés par les indigènes : Bit- Thouan, Keroua, Haci-Herrou, Haci-el-Khanfoussi. — Aujourd'hui, depuis El-Abiodh-Sidi-Cheikh, jusqu'aux falaises de Djeldouat, tous les 25 kilomètres en moyenne, un puits marque l'étape ; l'eau, bonne, limpide, assez abondante, y est ordinairement peu pro fonde. La disposition très ingénieuse de ces puits permet une rapide alimentation des abreuvoirs destinés aux troupeaux. Jadis c'était temporairement que l'on pouvait séjourner dans ces parages ; ces points d'eau constants ont attiré d'abord, puis retenu ensuite, une nombreuse population ; la vallée est maintenant, en toutes saisons, toujours fréquentée et les campements succèdent aux campements, par suite une grande sécurité y est assurée. C'est là un état de choses bien différent de celui qui existait encore il y a trois ans à peine. A cette époque, nous avions, avec un officier du cercle de Géryville, rejoint Si-Kaddour alors établi à Kef-el-Fokra, point extrême que l'on ne pouvait dépasser et que l'on n'atteignait que fortement escorté.

Formé par la réunion d'oueds venus du nord, après avoir arrosé les Ksour des Arbaouat (Arba-Fuukani, Arba-Tahtani) et franchi, par le Kheneg-Menhar, la chaîne si étroite de la Ghelida, l'Oued-Gharbi atteint tout son développement ; il se répand alors en un large réseau de filets liquides souterrains, auxquels correspondent les puits indigènes des jardins d'Ël- Abiodh-Sidi-Cheikh.

L'oued, au-delà de ces ksour, parcourt une vaste plaine jusqu'à l'extrémité sud-oued de la Chebket-Brezina ; c'est une région très riche en pâturages, où les fonds limoneux de daïa permettent par place la culture de l'orge ; de caractère mixte, elle appartient encore par sa flore aux steppes des Hauts-Plateaux ; elle limite au sud la zone botanique de l'alfa.

Un peu avant Keroua, auprès de ksour ruinés et de jardins d'oasis délaissés, l'oued s'infléchit tout à coup au S.-E. et pénètre franchement dans le Sahara. A partir de ce point tour à tour resserré et élargi le cours de l'Oued-Gharbi suivra une direction S. -S.-E. jusqu'à sa perte vers Raknet-el-Habib et la daïa Oumed-Dhar ; vers Benoud la falaise orientale seule subsiste ; elle se dresse immense à l'horizon, montrant la masse compacte des assises rouges gréseuses des dépôts sahariens, couronnée par une table épaisse, continue, de tuf blanc.

Dans les anciens temps, bekri% comme discni les

de l'oraxie au gourara 23

arabes, de nombreux villages s'étaient établis sur ces faites, à Melk-Sliman, à Merfoua, à Benoud ; en ce dernier point, un des trois ksour en ruines, perché sur une gara détachée des falaises voisines, montre une magnifique citerne, très bien conservée, devenue de nos jours un lieu vénéré.

C'est à cette hauteur de l'Oued-Gharbi que l'on peut observer les plus beaux exemples de ce que l'on nomme les gour ; moins imposants par leur masse que ceux de Brezina, dans l'Oued-Seggueur, les gour des environs de Benoud affectent des formes plus complexes et plus étranges encore. Dus à l'action érosive des eaux, ils sont autant de témoins gigantesques des phénomènes clysmiens dont ces régions ont été le théâtre : El-Ahmoud surgit au milieu de la plaine comme une forteresse égyptienne ; vers Bab-el-Azadj c'est une amphore antique aux dimensions colossales. Melk-Sliman montre, au pied même de ses falaises, des colonnes qui se dressent à près de soixante-dix mètres de hauteur ; plus loin se développent les grandes orgues d'une cathédrale cyclopéenne. Perdu dans le sable des petites dunes, qui viennent mourir au pied des murailles naturelles de ces formations, on reste confondu par leur grandeur.

Au delà, les falaises (et par conséquent, les gour) perdent un peu de leur importance, elles s'abaissent insensiblement ; vers Djelid-Foukani et Djelid-Tahtani

et vers Bou-Aroua, sur la rive droite, elles apparaissent encore imposantes, mais elles ne reprendront une attitude élevée qu'à Raknet-el-Halib où elles viennent terminer, au sud, le plateau hammadien d'Ed-Dour qui sétend jusqu'à la limite de l'Erg.

Nous avons déjà mentionné les villages en ruines qui, tout au long du cours de l'oued, se rencontrent sur les plateaux au bord des hautes falaises gréseuses des terrains sahariens ; des légendes, encore très répandues parmi les tribus qui fréquentent ces parages, rattachent leur existence à l'histoire du peuple arabe : quelques-uns de ces ksour n'ont même été ahandonnés qu'à la suite d'événements presque contemporains ; l'emplacement des jardins au pied des berges, y est encore souvent reconnaissable, et les palmeraies, aujourd'hui incultes et délaissées, prouvent leur vitalité d'autrefois ; tels sont : Sidi-Brahim, sur la rive droite de l'Oued-Namous, Benoud et Merfoua, sur l'Oued-Gharbi.

Mais il est d'autres ruines, plus anciennes, au sujet desquelles on ne saurait rien préciser ; les indigènes les attribuent, d'une façon vague, aux Beni-Amcur. Mais aucun fait, aucun récit ne fixe plus sur ce sujet leur attention, (les ruines sont-elles réellement berbères, appartiennent-elles à une période antérieure?

D'autres monuments, aussi bien remarquables, lis

DE l'oranie AU GOURARA ~2i)

djedder, sortes de chouchets ou de basina, se rencontrent en grand nombre sur les bords de ces oueds sahariens, ou non loin des rives ; ce sont des tours cylindriques atteignant à la base 4 à 6 mètres de diamètre, édifiées en pierres sèches, disposées en bancs successifs. Quelquefois les matériaux en sont grossiers, blocs informes entassés les uns sur les autres avec des remplissages de pierrailles ; mais pour quelques-unes de ces constructions, les pierres, taillées intentionnellement, sont dressées avec art.

Une disposition très remarquable de ces djedder s'observe plus particulièrement, soit au nord dans les vallées de l'Atlas, soit au sud dans la dépression du Meguiden ; les tours occupent un ou plusieurs des angles de camps retranchés établis entre les rochers émergeant naturellement du sol à la suite d'érosions et de plissements. Les hommes de cette époque ont même choisi ces emplacements, privilégiés pour une défense facile, avec un rare discernement.

On peut remarquer ici que la nature du terrain a été seule la cause de la dispersion de ces deux zones où se rencontrent si multipliés les camps retranchés ; en effet, dans les montagnes des ksour du Sud Oranais comme dans le Meguiden, se développent les masses puissantes des grés crétacés, qui affectent très généralement la forme si caractéristique des alignements connus sous le nom de delaâ ; ces delaâ présentent à

chaque pas des accidents locaux qui constituent de véritables fortifications naturelles.

Entre ces deux régions, sur les hammadas et sur les gour de l'Erg, les camps retranchés, très rares, très restreints comme étendue, sont dus entièrement au travail de l'homme.

Au voisinage des ruines très anciennes et auprès des camps retranchés gisent sur le sol ou sont faiblement enterrés des outils préhistoriques de formes diverses : pointes de flèches, poinçons, couteaux de silex, d'agate, de jaspe, de quartzite, le plus fréquemment en des points éloignés des gisements de ces minéraux ; leur abondance, leur taille ne laissent subsister aucun doute sur leur origine et sur leur destination. Dans les hammadas et surtout dans 1 Erg, au milieu des couloirs des daïas crayeuses, dans les oueds, sur les terrasses qui dominent les r'dirs et les mécheras, auprès de certains puits peu profonds établis dans des terrains meubles, auprès de quelques kheloua creusées dans les hautes falaises des berges, les silex taillés abondent.

Ainsi, aux différentes périodes, préhistorique, protohistorique <•! actuelle, «les peuplades imnibiviist'S

ont sucessivemenl vécu sur les rivages de ces oueds;

fle ] Oranie au Govrara

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7f Callcja. .Se

Gara de Melk - Sliman . C Oued-Gharii . )

DK L ORAME au gourara 29

les premières étaient en partie troglodytiques, les suivantes construisaient des villages, enfin les dernières venues y cultivaient des jardins; autrefois très peuplé, Y oued n'est plus aujourd'hui qu'un lieu de transhumance, fréquenté en hiver et au printemps par les pasteurs.

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