‹ De l'Oranie au Gourara; notes de voyageChapitre 5 sur 26 · LE TIN-ERKOUK ECH-CHERGUI · texte numérisé non relu

LE TIN-ERKOUK ECH-CHERGUI

On sait que le Tin-Erkouk ou Bled-Meharza, ou pays des Meherza, est situé en partie dans les dunes et constamment envahi par les sables; il se divise en deux groupes, celui de l'ouest ou El-Gharbi, dont Sidi- Mansour est l'oasis capitale, et celui de l'est ou Ech- Chergui, dont le principal ksar est Tabelkoza f1).

Les oasis de Sidi-Mansour, au nombre de cinq : Zaouiet-Sidi-Mansour, Tilermin., Timezlan, Aneglou, Beni-Aïssi (2), sont plus particulièrement visitées par les caravanes desTrafî et des Hamyan, qui se rendent de Moghrar-et-Tahtani aux districts des Oulad-Saïd et de Timimoun ; situées entre trente ou quarante kilomètres à l'ouest de Tabelkoza, elles développent leurs palme-

(1) Voir général Colonieu : Voyage av Gourara et à UAouguerout, 1860. in Bull. Soc. Géog. Paris, 1892-93-94.— Général de Colomb : Notice sur les oasis du Sahara et les routes qui y conduisent. In Revue algérienne et coloniale, juillet, septembre et octobre, - tirage à part. — Commandant Déporter : Extrême sud de l'Algérie. Alger, 1890.

(2) D'après le général de Colomb, loc. cit., page 5, Sidi-Mansour, Timerlan, Oulad-Aîach, Beni-Aïssi, El-Guesseîha (ksar ruiné.)

raies dans une série de fossés profonds (comparativement aux dunes qui les enserrent;, orientés du nord au sud ; ces lignes de points d'eau paraissent se continuer au delà, vers le sud, jusqu'aux cuvettes secondaires dépendant de la grande Sebkha.

Le groupe de l'est, Ech-Ghergui, celui qui nous occupe, compte dix agglomérations de jardins et de palmeraies, avec ou sans Ksar : Tabelkoza, Tazliza (sans ksar), In-Hammou, Fatis, Zaouiet-ed-Debbagh, Tahantas, Ouadrar (Oudgha ou Oudjgak). Taouanza lj, auxquels on peut joindre les groupements restreints et presqu'entièrement abandonnés de Ras-er-Reg- Ech-Chergui, Ras-er-Reg-el-Guebli .

Le général de Colomb attribue cinq ksourau groupe occidental, mais ce ne sont pas les mêmes que ceux qui figurent dans les tableaux du commandant Déporter ; d'autre part, le premier de ces auteurs compte sept ksour pour le groupe oriental. Le commandant Déporter en signale dix.

On voit quelle confusion règne dans la nomenclaelature des ksour qui composent un groupe, et combien grande est l'incertitude à ce sujet, malgré les nombreux et importants travaux édités jusqu'en ces dernières années. La difficulté s'accroît encore lorsque l'on, compare les différentes cartes publiées sur

i D'après le même, loc. cit., page 5,Taziza, In-Hammou, Palis, Oudgha, Tahantast, Zaouiat-el-Debbagh, Tabelkouza.

DE LORAXIE AU GOURARA IOo

1 archipel touatien l) ; aucune ne s'accorde sur la position relative des ksour composant un même district.

Ces divergences s'expliquent- facilement; ces cartes et ces listes ont été dressées par renseignements indigènes, et la précision est bien difficile à obtenir en ce cas, surtout si Ton tient compte de la complexité du sujet. Que Ton jette un coup d'œil sur les cartes du seul district du Tin-Erkouk, dressées par les auteurs précités, aucune ne concorde.

Souvent même sur place, au cours d'une exploration rapide, il est bien difficile de préciser avec certitude un relevé de positions dans les conditions très défavorables où l'on se trouve, car, dans ces pays mouvementés, dans ces jardins d'oasis où l'horizon est très restreint, peu de points élevés permettent des vues d'ensemble et des visées lointaines: les palmeraies enserrées entre les dunes se cachent, pour ainsi dire, dans les sables.

Il est aussi une autre cause d'erreur ; elle réside dans la facilité avec laquelle les indigènes désignent sous un nom propre, un groupe sans importance, une demeure isolée, un jardin, auquel forcément on attri-

(i) Sous le nom d'archipel touatien l'auteur comprend l'ensemble du Gourara. du Touat. et du Tidikelt. Les indigènes étrangers à ces trois groupes les réunissent sous le nom collectif de Touat ; mais il y a pour nous, européens, confusion à conserver indistinctement cette appellation pour désigner soit le Touat seul tel qu'on le délimite habituellement, soit la réunion des chapelets d'oasis qui s'étendent du Tin-Erkouk à In-Salah.

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bue la valeur d'une oasis ou d'un ksar ; je ne saurais mieux faire à ce propos, que de citer textuellement ce qu'écrivait le général Colonicu ' , à propos de la publication du général de Colomb sur les Oasis du Sahara et les routes qui y conduisent :

« Ce travail, fait avec les plus scrupuleuses recher- « ches, accuse chez son auteur une patience bien « puissante et bien persévérante, car rien n'est plus « difficile à distinguer ce qu'il faut appeler oasis de « ce qui n'est qu'une habitation isolée et fortifiée, « appartenant à une famille riche ou à une réunion « de quelques marabouts, quelquefois même à un seul « homme qui a pour compagnons de son isolement « quelques haratin et ses esclaves. Ces kasbas isolées « placées à faible distance d'une grande oasis, ont « leur nom, qui est généralement un nom de famille « ou de fraction. Quelquefois on les appelle kasba de « un tel.

« Les marabouts, généralement respectés de tous, « ont le plus spécialement des habitations isolées afin « de se distinguer de la masse, de donner leur nom à « un lieu habité et laisser ainsi un souvenir. Souvent « ce nom a la prétention de s'appeler oasis, zaouia, ! on [ail suivre ou précéder le nom de la fraction

(I) Commandant Coloniei : Voyage au Gourara et à VAouguerout page 54, Bulletin Soc. Uéog. Paris, :• trimestre 1892.

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« ou du marabout du mot ksar ou zaouia oukasba de « un tel ou des oulad un tel. »

Voici la description du panorama des oasis de Tin- Erkouk ({), vus de Guern-ech-Chouf, et la position relative des groupes tels qu'ils nous ont été désignés sur place par les indigènes et les guides qui nous accompagnaient ; la carte de leurs positions relevées ici et à Tin-Haïmed, au X.-E. de Tahantas, correspond assez bien pour cette partie à la carte du Tin- Erkouk, annexée à la relation du voyage du général Colonieu.

Peu à peu, lorsque l'œil s'est accoutumé aux distances, aux jeux d'éclairements très particuliers, aux masses foncées des oasis, aux grillages des sables, on distingue, se détachant successivement de l'ensemble, des lignes parrallèles de palmiers qui s'étagent en divers plans, alternant avec des langues de dunes ou

(1) Le résumé qui précède et qui suit, concernant les oasis du Gourara, a été rédigé d'après les vérifications dues à l'obligeance de M. le lieutenant Sarton de Jonchay. chef du poste d'EI-Abiod- Sidi-Cheikh. de M. Palaska, interprète militaire attaché au même poste, d'après les renseignements fournis en cours de route par Si M'hammed-ben-Hamza de Tiberghamin (Aouguerout), par Si Mohammed ben Cheikh du Makhsen d'El-Abiodh, qui nous accompagnaient dans notre mission et d'après nos observations personnelles. Nous avons d'autre part cité des travaux de M. le général de Colomb et de M. le général Colonieu. Loc. cit.

se confondant en masses compactes paraissant relier plusieurs oasis. Tazliza s'indique par une petite tâche qui s'estompe au delà de la ligne de verdure de Tabelkoza ; In-Hammou, Fatis, Zaouiet-Debbagh, en des plans différents, se montrent plus éloignées vers le sud-ouest.

Enfin, au delà de Tahantas, de l'ouest à Test, deux longues plages noires se montrent plus à l'horizon ; ce sont les regs de Tabelkoza et de Tahantas séparés par une faible chaîne sableuse.

Le ksar d'Ouadrar ne se voit pas de Guern-ech- Chouf.

Tabelkoza. — L/ oasis de Tabelkoza n'a pas de ksar, au vrai sens du mot; les habitants ont établi leurs demeures, maisons ou tentes, au milieu de leurs plantations', on les divise en doux quartiers: Tameslouh au nord, Djedid au sud.

Comme la plupart des oasis de Yarchipel touatie», Tabelkoza possède une a kasba. » La kasba d'une oasis est, en temps de paix, un vaste magasin, si nie de ruche dont chaque habitant possède une alvéole. La s'entassent les richesses de l'oasis, les provisions, les denrées à échanger, les dépôts et produits de ghazzia confiés par les tribus nomades. Ordinairement, comme dans les citadelles du mn\ cii-a-e. a l'intérieur de l'en-

ceinte, les maisons en grand nombre se pressent les unes sur les autres et les rues très étroites sont rédui tes à de simples passages. Se produit-il une panique, apprend-t-on qu'une harka s'approche menaçante, bien vite la population entière, abandonnant ses jardins, se réfugie dans la kasba anx murs crénelés, plus facile à défendre et où sont accumulées toutes les réserves. Des puits existent ordinairement dans ces kasbas, mais dans la plupart des cas ils sont insuffisants pour les besoins des assiégés.

La kasba de Tabelkoza affecte la forme d'un rectangle, à chaque angle duquel se dresse une petite tour carrée; elle offre une surface d'environ 1.300 à 1.500 mètres carrés, elle est donc de dimension très réduite ; comme toutes les constructions des ksour, murs, habitations, koubbas, elle est bâtie en briques cuites au soleil ou toub (*).

Les autres oasis du district est, Ech-Ghergui, se trouvent dans des conditions sensiblement les mêmes.

Tahantas, situé sur une éminence, est entièrement entouré de murs crénelés, défendus par des tours ; sa position domine bien le pays vers l'élargissement du Meguiden, et il en est ainsi de In-IIammou, de Zaouiet-Debbagh, d'Ouadrar et de Taouanza.

(1) Cubes irréguliers formés d'un mélange de limon argilosableux coulé dans des moules de bois ou façonnés à la main.

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Tazliza a peu d'étendue et d'importance ; Fatis, comme Tabelkoza, a ses jardins ouverts et non murés.

Les ressources en eau sont relativement abondantes; ici la nappe liquide est à 3 h. 50 de profondeur au maximum, plus près du sol dans beaucoup de jardins; les puits sont donc très nombreux; il en existe un dans chaque plantation, destiné aux arrosages des arbres fruitiers, aux cultures maraîchères et aux besoins journaliers des habitants; les palmiers, eux, poussent leurs racines jusqu'à la nappe d'eau souterraine.

Les puits sont à levier, à bascule; c'est un système de puiseraient répandu dans tout l'archipel touatien ; ils sont d'une manipulation commode, rapide, qui n'exige pas un grand développement de force; ce procédé est appelé par les indigènes « rerraz » ; des seguias, ou canaux d'irrigation, partant des puits, distribuent l'eau suivant les besoins.

Zaouiet-Debbagh, de même que Tilermin et Timezlan, dans El-Gharbi, en dehors des puits ordinaires, possèdent des eaux courantes dues aux feggaguir; les feggaguir constituerai le mode normal de captation des eaux, employé dans toutes les régions de l'oued Saoura, du Gourara ei du Tidikelt.

u Les oasis sont ordinairement adossées aux peu-

« tes douces des rebords qui limitent de grands basce sins.

« C'est ce qui explique le parti adroit que leurs « habitants ont su prendre pour se procurer de grandes « quantités d'eau par le moyen des feggaguir. Ils « ont foré des puits dans les parties élevées, de « manière à créer ainsi des sources souterraines, « qu'ils ont reliées par des conduits, et ont ensuite

« creusé, suivant la ligne de plus grande pente, une « série de puits pour construire des canaux souter- « rains de communication qui les amènent à fleur de « terre. De là les eaux sont distribuées, proportionce nellement aux droits des co-associés dans la cons- « truction de la foggara (*). »

Indépendamment des palmiers qui produisent des dattes d'excellente qualité, et sous la protection de leur ombre, les productions des jardins sont assez variées ; comme arbres fruitiers, on y constate : figuiers, grenadiers, abricotiers, pêchers, pommiers, cognassiers ; des légumes, oignons, navets, choux, fèves, carottes, citrouilles, melons, tomates, aubergines, courges, poivrons; une luzerne servant à la nourriture des chèvres ; tabac et quelques rares cotonniers. Ce sont exclusivement les haratin et les nègres qui sont ici fellahs. Les premiers ont droit au cinquième

(1) Général Colonieu : Voyage au Gourara. et à l'Aouguerout page 81, Bull. Soc. géog. Paris, 1er trimestre 1893.

de la production des plantations qu'ils cultivent ; ils sont libres ; les nègres sont esclaves ; ils travaillent pour le compte de leurs maîtres, mais ils sont nourris et entretenus par ces derniers.

Les Meharza, au Tin-Erkouk, ainsi que les Khenafsa dans l'Aouguerout, sont presque les seuls pasteurs de l'archipel touatien ; arabes, ils sont en partie nomades, et possèdent des troupeaux de chameaux, de moutons et de chèvres)1). Ce sont eux que nous avons rencontrés depuis El-Azz, dans les vallées de Bent-Maamar, d'El-Khadem, de Rekama. L'industrie pastorale pour la race ovine est à peine développée dans ces oasis, et le mouton y atteint un prix très élevé. Nous avons payé, à El-Azz, deux moutons très ordinaires comme poids trotte francs pièce ; c'était leur prix normal, rendus à Tabelkoza.

Le district du Tin-Erkouk, El-Gharbi et Ech-Chergui réunis, compte d'après le commandant Déporter (sj .'i.OOO habitants ; ils sont vassaux des Oulad-Sidi- Cheikli.

Bordure méridionale de l'Erg. — Après avoir passé la nuit dans le lit de l'oued Rekama, nous quittions le

M) Les troupeaux de chameaux et de chèvres sont assez nombreux, tes moutons rares.

2) Commandant Déporter, Sahara Algérien, Extrême sud de l'Algérie, Alger 1890; du même auteur, deux conférences sur la Question du Touat.

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campement de Guern-ech-Chouf, dès le matin, pour nous diriger sur le Fort Mac-Mahon où nous comptions pouvoir nous ravitailler.

Nos provisions étaient alors en partie épuisées; nos arrêts trop nombreux et trop prolongés, pendant toute la première partie du voyage, depuis notre départ d'El-Abiodh-Sidi-Cheikh, avaient presque doublé le nombre prévu de nos journées de marche. Il nous était donc absolument nécessaire, d'abord, de gagner rapidement ce poste, puis, à nouveau pourvus de vivres, d'opérer notre retour en montant par le N.-O jusqu'aux environs immédiats du Tin-Erkouk (au sudest de Tahantas).

Il avait été décidé que la presque totalité du convoi se séparerait de nous, car nous tenions à être aussi légers que possible; les hommes du makhzen, le gros des bagages devait nous attendre au puits d'El-Azz, se tenir à proximité de ce point d'eau, et le cas échéant

le garder.

En cours de route, nous avions été constamment gênés par la lenteur de marche des chameaux du convoi, voir des mehara eux-mêmes ; toutes ces bêtes fatiguées par de longs mois de service, pour ainsi dire sans repos, n'avaient pas eu le temps de se refaire dans les pâturages du Nord.

Tout avait été préparé pendant la nuit, avant la levée du camp ; groupement de cantines, séparation de cais-

ses de réserve, sous le couvert de la préparation du retour ; les indigènes, mokhazenis et sokhars, étaient à dessein, laissés dans l'ignorance de nos projets.

Le départ s'effectua donc comme de coutume, et nous reprîmes dans l'ordre habituel le chemin que nous avions déjà suivi la veille, mais après un parcours de deux kilomètres, il y eut arrêt et séparation.

Réduits à neuf cavaliers et accompagnés d'un convoi de quelques bêtes (les subsistances réduites à la portion congrue) nous nous dirigeâmes au sud -est, laissant, non sans un vague sentiment de mélancolie, le reste de la caravane remonter vers le nord.

La première étape fut courte ; nous campâmes à Haci-Aïcha; le lendemain nous gagnions Raknet-el- Beïodh, le surlendemain Feidjet-el-Grara; ainsi qu'il a été dit plus haut, nous traversions alors la région de taght'high et de faibles vallées qui caractérisent la bordure méridionale de l'Erg.

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